CHAPITRE IV
le territoire, de quatre cents milles de large, présente une aire de soixante mille à soixante-dix mille milles carrés; toutefois j'ai acquis sur cette peuplade des données assez précises pour ajouter mes observations à celles de mes prédécesseurs.
Bien que, sous le rapport physique, IcsDinkas de quelques tribus puissent être classés parmi les hommes les plus forts et les plus grands de la terre, ceux de la branche occidentale dépassent rarement le niveau de la taille commune. Les vingt-six représentants de cette branche que j'ai mesurés m'ont donné, l'un dans l'autre, une hauteur d'un mètre soixante-quatorze centimètres. D'après ce chiffre, la moyenne de la taille des Dinkas serait inférieure à celle des Cafres et supérieure à celle des Anglais.
Comme tous les hommes de marais, s'il est permis d'employer cette expression, les Dinkas ont la jambe longue et décharnée, qui caractérise les Chillouks et les Nouërs. Leur buste est plus court que celui des hommes qui habitent les hautes terres rocailleuses de l'intérieur, et qui sont à la fois plus fortement bâtis et d'une teinte moins foncée. Le corps est nerveux, carré, surmonté d'épaules anguleuses et horizontales. Un long cou, légèrement contracté à la base, correspond avec une tête qui se contracte au sommet et par derrière, et qui, en général, est étroite et aplatie. Ordinairement la mâchoire est large et saillante. Néanmoins, il règne dans tout l'ensemble une harmonie qui fait reconnaître à l'observateur, qu'en développant cette forme, la nature a poursuivi un but déterminé.
Les Dinkas peuvent compter parmi les races les plus foncées de l'Afrique; mais l'usage de la cendre dont ils se barbouillent avec délices change le noir profond de leur couleur naturelle en une teinte brune. Lorsque après avoir perdu son badigeon leur peau est frottée d'huile ou seulement lavée, elle a un éclat pareil à celui du bronze. Le poli du chocolat peut être pris pour terme de comparaison de la teinte la plus brillante. Mais il est rare de rencontrer cette nuance; lorsque la peau est nue, elle s'écaille et devient grise après la chute de 1'épiderme. La teinte bleue, qu'on a attribuée à la peau des nègres, est simplement un reflet du ciel ; onl'observe particulièrement lorsqu'on voit un de ces individus, â peau brillante et foncée, à l'entrée de sa hutte où la lumière ne pénètre que par la porte.
L'uniformité apparente des traits et de la physionomie est illusoire, elle provient de l'inexpérience de l'œil bien plus que
d'une ressemblance positive; les trois profils ci-joints montrent dans la ligne nasale des différences marquées. En général, d'après nos idées sur l'esthétique, les hommes sont mieux que les femmes du même âge. Toutefois les traits agréables, pour ne pas dire les figures humaines, se rencontrent rarement; des contorsions hideuses, accrues par des grimaces, des sourcils mobiles placés très-haut, laissant entre eux et la chevelure peu d'espace, donnent à la majorité des visages un aspect qui ne vaut guère mieux que celui des singes. Il y a cependant des exceptions, et celles-ci, nous devons le reconnaître, présentent parfois des traits d'une régularité remarquable.
La toison des Dinkas est presque toujours très-pauvre; elle est
Profils de Dinkas.
généralement coupée ras, excepté au sommet de la tête, où l'on conserve une touffe de laine, qui se décoré de plumes d'autruche pour imiter l'aigrette du héron. Les plaques de mèches laineuses sont également fort à la mode; nulle part nous n'avons trouvé la crête en cimier des Ghillouks. Parfois de petites nattes forment sur le crâne des lignes transversales et parallèles. Les femmes ont les cheveux complètement rasés ou les portent aussi courts que possible.
La gravure ci-contre représente ce qu'on peut appeler un dandy ; ce fashionable doit être classé parmi les plus beaux types de sa race. Il se fait remarquer par la longueur insolite de ses cheveux. Soumise à un peignage continuel, divisée, lissée, maintenue au moyen d'épingles, la toison du nègre perd beaucoup
//itfPN&Ji
Un dandy dinka,