‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 71 sur 251 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

potame. Les queues de chèvre et celles de vache sont employées par tous les hommes qui s'en font des parures très-seyantes, et qui s'en servent pour décorer leurs armes.

Les Dinkas ne pouvant pas faire grand 'chose de leur misérable toison, y suppléent par des ornements qui remplacent pour eux les bonnets et les perruques. J'ai vu souvent, pendant que nous étions chez Koudy, une parure de tète ayant la forme du casque de mailles des Gircassiens, et faite entièrement de grosses perles blanches cylindriques appelées mourias par les gens de Khartoum. Cette espèce de heaume est surtout commune parmi les Nouërs1. Une autre décoration, composée de plumes d'autruche, forme une coiffure légère, et qui protège efficacement contre le soleil.

Suivant un usage, qui semble appartenir à tous les Africains, les Dinkas, en signe de douleur, se mettent une corde au cou. Nous verrons d'autres tribus y ajouter, en cas de deuil, plusieurs marques annonçant la perte qui a été faite.

Le pays occidental des Dinkas, formé d'alluvions ne produisant pas de minerai, l'industrie métallurgique y est beaucoup moins développée que dans les provinces dont nous parlerons plus loin. Avant l'arrivée des traitants, les Diours, qui déjà avaient entre les Bongos et les Dinkas, fixé leur demeure sur le terrain minier, travaillaient tout le fer dont ceux-ci avaient besoin. Il semblerait qu'à cette époque les Diours étaient tenus par les Dinkas dans un état de vasselage analogue à celui auquel certains Dinkas sont maintenant soumis par les gens de Khartoum. Les Bongos, possesseurs de mines, n'auraient jamais fait de commerce avec les Dinkas, dont ils étaient les ennemis déclarés. D'autre part, ces derniers, essentiellement pasteurs , ont peu de temps à consacrer au métier de forgeron, métier pénible et qui n'est pas de leur goût; il en résulte que si leurs ornements de fer sont nombreux le travail en est des plus primitifs.

La plus importante de leurs armes est la lance; chez eux l'arc et les flèches sont inconnus; l'objet que certains voyageurs ont pris pour un arc est simplement défensif. Mais les armes le plus en faveur parmi eux sont le bâton et la massue, qu'ils font en bois d'héglik (balanites égyptien), et en ébène de la con-

1. Ces parures sont exactement représentées dans l'ouvrage de Wood, Natural History of man, p. 522.

trée (diospyros mespiliformis). Ces armes les rendent un objet de risée pour les autres peuplades, et leur ont fait donner par les Niams-Niams le nom moqueur d'A-ïagbondos , qui signifie Gens du bâton.

Des conditions d'existence analogues, même quand elles s'imposent dans des régions différentes et à des races dissemblables, amènent toujours une similitude de goûts et d'usages. Les nombreuses coutumes que les Dinkas ont en commun avec les Gafres en sont une nouvelle preuve. On retrouve chez eux la même prédilection pour le bâton et pour la massue, et ils ont le même bouclier : un long ovale en peau de buffle, dont un morceau de bois inséré transversalement à ses deux bouts dans l'épaisseur

Le kouerr et le dang.

du cuir constitue la poignée. Toutefois l'arme destinée à parer les coups de massue est particulière aux Dinkas. Autant que je puis le croire, pas un de mes prédécesseurs n'a parlé de cel instrument de défense. Il est de deux sortes. L'une consiste en une pièce de bois, soigneusement sculptée, ayant un mètre de longueur, et creusée au centre pour que la main soit à l'abri : c'est ce qu'on appelle le kouerr. L'autre, qui se nomme dang, celle qui a été prise pour un arc, doit, en raison de l'élasticité et de la résistance des fibres qui la composent, remplir parfaitement sa mission, qui est de briser la violence du choc.

Il n'est pas douteux que la propreté du logis, et le soin apporté à la préparation des aliments, ne témoignent partout d'un haut degré de culture physique et d'une certaine dose d 'éleva-

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