‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 87 sur 251 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

compagnie Agad possède dans cette province sont éparses, au milieu de territoires qui appartiennent à d'autres négociants. Leurs succursales s'étendent dans l'ouest jusque chez les Krédis ou Kredjs; les expéditions de la compagnie vont même jusqu'à la frontière occidentale des Niams-Niams.

Plus on avance à l'ouest du Di*our, plus on voit le niveau du pays s'élever rapidement ; la montée indique la progression du bassin de la rivière des Gazelles vers le plateau central. C'est au milieu d'une vallée, doucement inclinée vers l'ouest, qu'est située la zèriba de la Yahou. A l'époque de ma visite, le fond de cette vallée était couvert d'une prairie marécageuse, qui, dans la saison des pluies, se transforme en un affluent de la rivière. Un escarpement de cent pieds de hauteur borne la vallée au sudouest. J'ai été frappé de la richesse et de la diversité du feuillage dont cette côte est revêtue; c'est l'un des traits particuliers de ce coin de l'Afrique, où la végétation a une tendance très-prononcée à devenir ligneuse, et forme surtout des buissons et des arbres.

Parmi les essences qui, dans cette région, décorent les rochers, quelques-unes sont remarquables par leurs fruits. L'arbre que les Bongos appellent gheul porte des gousses dont l'aspect et la saveur les font ressembler à celles du pain de Saint-Jean, ce qui leur a valu de la part des Nubiens le nom de caroubes. Ces derniers emploient l'écorce du gheul au tannage des cuirs ; et les indigènes font avec le bois de cet arbre, qui a l'air de palissandre, de jolis tabourets et de jolis bancs sculptés. Au même endroit j'ai vu Yoncoba, avec lequel se fabriquent ces petites tabatières rondes que vendent les Arabes des bords de la mer Rouge ; le strychnos edulis, dont le fruit ressemble un peu à une grenade et contient une pulpe comestible, renfermée dans une coque ligneuse et fragile ; le ximenia, arbrisseau commun sous les tropiques, dans les deux hémisphères. A ses fleurs, qui répandent un doux parfum d'oranger, succèdent des fruits jaunes et ronds, de la grosseur d'une cerise; la pulpe en est juteuse, a le goût du citron et une acidité que rien ne dépasse ; on la mange néanmoins avec l'amande du noyau, amande qui est douce et qui a la saveur de la noix.

Des figuiers-sycomores de plusieurs variétés, et selon toute apparence de même espèce que ceux d'Egypte, se mêlent aux arbres précédents; leurs figues sont mangeables, mais peu charnues et insapides. Le carpodinus, plante grimpante bien connue des traitants de Guinée, en raison du caoutchouc qu'elle

produit, court parmi les branches. Son fruit globuleux, qui est le pichamitie de la côte occidentale, renferme un grand nombre de pépins nichés dans une pulpe fibreuse. Plus acide que le citron, il fournit un breuvage aussi désaltérant que la limonade.

Le fruit du sarcocéphale, type sauvage de l'espèce que l'on cultive en Guinée, dans les jardins, n'arrive ici qu'à la grosseur de la pêche. Pour la forme et pour la couleur, on peut le comparer à une fraise; pour le goût, il ressemble à une pomme; mangé avec excès, il agit comme l'émétique. Cette rubiacée a des fleurs blanches, qui ont le parfum de celles de l'oranger; elle est d'ailleurs de la tribu des gardénias.

Le péricarpe du cordyla renferme une pulpe verte ressemblant à du miel; celui du detarium, une poudre jaune et douceâtre. De nombreux vitex, de différents genres, portent des fruits aromatiques pareils à des olives; et les spondias vous tentent par leurs belles prunes d'un jaune vif, mais dont l'arrière-goût est d'une âpreté qui vous serre la gorge. Les baies des vangueria, largement répandus, ont, à leur maturité, la saveur du pain d'épices ; saveur qui, dans une certaine mesure, appartient à presque tous les fruits comestibles de l'Afrique centrale. Ceux qui n'ont pas l'acidité et l'astringence de la groseille à maquereau , lorsque celle-ci est verte, ont quelque chose de douceâtre et d'altérant. Excepté la banane {musa sapientium), qui a tous les titres possibles pour être regardée comme originaire de l'Afrique équatoriale, tous les fruits de cette région sont acides et grattent le palais, ou bien ils sont doux et vous laissent une sensation de sécheresse. Le pichamine et la datte représentent parfaitement les deux genres; entre ces deux extrêmes se place le tamarin.

L'élève du bétail cesse tout à coup à l'ouest du Diour, par suite de la quantité de mouches venimeuses qui infestent le pays ; même dans les zèribas on ne trouve plus que des moutons et des chèvres, et encore en très-petit nombre. En revanche les buffles, qui manquaient depuis longtemps à l'est de la rivière, commencent à reparaître. Nous n'en avions pas vu un seul depuis notre arrivée au Bahr-el-Ghazal, jusqu'à la frontière sud du pays des Bongos, où nous rencontrâmes le premier de ces parages.

On ne connaît qu'une espèce de buffle dans cette partie de l'Afrique ; mais il y a dans l'armure des deux sexes une telle différence, qu'en voyant le mâle et la femelle on pourrait croire à deux variétés distinctes. Chez le taureau, les cornes se touchent par la base et recouvrent tout le front; tandis que, chez la

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