‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 88 sur 251 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

vache, elles ont entre elles presque toute la largeur de la tête. 11 faut qu'ici les habitudes de l'espèce soient différentes de ce qu'elles sont ailleurs, car la poursuite du buffle y est considérée comme n'étant pas dangereuse. Après l'expérience que j'en avais faite au bord du Nil, je fus très-surpris du grand nombre d'individus qui ne demandaient pas mieux que de m'accompagner dans cette chasse. Quant à moi, je redoutais la bête, me rappelant qu'un de mes prédécesseurs, Herr von Harnier, avait été victime d'un buffle qui l'avait mutilé au point de le rendre méconnaissable.

Le lendemain matin de mon arrivée, j'eus la chance de surprendre dans un marais une petite bande de ces animaux. Ils s'enfuirent immédiatement, à l'exception d'une bufflionne et de son petit, qui nous regardaient d'un air étonné. Mon compagnon et moi nous tirâmes en même temps, et nous aurions eu le jeune, si le marais ne se fût pas trouvé sur notre passage.

La chair du buffle de cette région égale à peu près, dans les morceaux de choix, celle du bœuf de boucherie; elle est plus dure, plus filandreuse, mais en somme très succulente. Le buffle domestique du midi de l'Europe, au contraire, a la viande plus mauvaise que celle du chameau , et peut être qualifié d'immangeable.

J'aurais poussé volontiers mon excursion du côté de l'ouest jusqu'au mont Kosanga, voire jusqu'aux établissements de Ziber, de Biselli, même plus loin. Les agents étaient toujours pleins de bonté, et si je n'avais pas eu tant de bagages, j'aurais facilement accompli mon désir; mais j'avais largement accru ma collection de plantes, et je manquais de papier. En outre, la rapidité avec laquelle se développait la végétation m'annonçait qu'il fallait rentrer à la zèriba de Ghattas avant le commencement des pluies, afin que, pendant toute la saison, je pusse appartenir tout entier aux recherches qui étaient le but de mon voyage, leur consacrer toutes mes pensées, toutes mes forces. Donc, après avoir exploré les alentours de Vahou, je revins à la zèriba de Kourchouk-Ali , où je passai plusieurs jours à courir dans les environs.

Autour de rétablissement les bois étaient toujours épais, bien que, pour se procurer des terres arables, Kalil en diminuât journellement l'élendue. Le peu de profondeur du sol dans ce district, souvent un pied tout au plus, est une cause d'instabilité pour les habitations et pousse aux défrichements. Attaquées en haut par

les vers, en bas par les fourmis blanches, les cases sont rapidement détruites ; forcés de les rebâtir, les habitants profitent de la circonstance pour s'établir sur un sol vierge; d'où il résulte que non-seulement les villages des naturels, mais les zèribas changent continuellement de localité. Chaque endroit porte le nom du chef indigène; à la mort de celui-ci, le nom est remplacé par un autre, ce qui rend la carte du pays très-difficile à faire, et très-incertaine. Comment y inscrire des bourgades dont il est rare que la permanence soit de plus de dix ans, et dont les noms tombent successivement en oubli? Les seuls traits durables de la contrée sont les rivières, qui, tout en remplissant leurs fonctions

Caama.

dans l'économie de la nature, laissent passer les siècles et ne subissent que peu de changements.

Le gibier de toute espèce abonde autour de la zèriba de Kourchouk-Ali. Civettes, genettes, mangoustes rayées, phacochœres, cochons sauvages, lynx, chats, servals et caracals, sans parler de la grande famille des antilopes, y ont leur domicile.

Je tuai là mon premier bubale et une antilope leucotis. Le bubale [antilope caama), l'hartebeest des colons du Cap, est commun dans la plus grande partie de l'A Crique, où il varie quant à la forme, à la taille, à la couleur et aux cornes suivant l'âge, le sexe, les lieux et les saisons. Il est rare que les collections zoologiques en aient deux échantillons absolument pareils. Cette grande antilope, que les Bongos appellent karia, et les Niams-Niams songoro, est, parmi le gros gibier, l'espèce que l'on voit ici le plus

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