‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 89 sur 251 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

fréquemment. Elle se rencontre en général par petits groupes de cinq à dix botes, et principalement en lieu désert. Dans les endroits cultivés, le bubale recherche les forêts de bushy qui avoi-

Antilope leucotis (mâle).

sinent les cours d'eau, bien qu'il ne paraisse jamais dans les vallées que ceux-ci traversent. Il fait sa méridienne en restant debout, appuyé contre les arbres, ou à la muraille d'une fourmilière;

Antilope leucotis (femelle).

et la similitude que présente la couleur de sa robe avec celle du fond qu'il a choisi lui permet souvent d'échapper aux regards. Pendant

1. Nous conservons ce mot qui signifie buisson et qui désigne, en Afrique, ces bois composés d'arbres peu élevés, souvent épineux et buissonnants, bois fourrés do broussailles, que l'on y rencontre dans tous les lieux secs. {Note du traducteur.)

toute la saison pluvieuse, son pelage esl d'un ion vif, le manteau d'un brun jaune, et le ventre presque blanc; mais, en hiver, il devient d'un gris terne. Après l'antilope leucotis, le caama est le meilleur gibier du pays.

De tous les animaux de cette famille que j'avais rencontrés jusque-là, c'était le leucotis (antilope à oreille blanche) qui formait les hardes les plus nombreuses. En temps de sécheresse on le voit fréquemment dans les ouadis par troupes de cent à trois cents bêtes. Lorsque arrive la saison humide, il se retire dans les forêts plus élevées. C'est alors l'époque des amours, et la bande se divise. Très-gracieuse, l'antilope leucotis a les mêmes allures que le spring-bok, gazelle du midi de l'Afrique; comme celui-ci, elle court à toute vitesse, les jambes tendues, bondit souvent à quatre ou cinq pieds de hauteur; et, dans la harde, saute par-dessus ses compagnes. La femelle, qui n'a pas de cornes, ressemble beaucoup, pour la taille et la couleur, à l'ialo [antilope arundinacea) ; toutefois on l'en distingue aisément par le poil du métatarse, qui chez elle est noir, et qui chez l'ialo a une teinte grise.

Il y a, dans toute la contrée en question, des plaines dont le sous-sol est un minerai de fer limoneux très-souvent dénudé, plaines qui la plupart du temps sont stériles. Ce n'est qu'à l'époque où la pluie atteint son maximum que ces minières se couvrent d'herbe; et, relativement à la végétation qui l'entoure, celleci n'est qu'un maigre duvet, à peine comparable aux produits de 10s plus mauvais pâturages. Sur ce plateau, les pluies de mars et d'avril commencent à emplir les dépressions et les crevasses. Les nombreux étangs, formés de la sorte, renferment une quantité de plantes aquatiques intéressantes, qui disparaissent totalement lorsque vient la sécheresse. Dans tous les endroits où elle surgit, la roche ferrugineuse se revêt à cette époque des fleurs roses du dianthéra, capparidée qui tient ici la place de la primevère et du silène visqueux d'Europe. Nulle part, sous les tropiques luxuriants, le paysage du lieu natal ne nous a été rappelé d'une manière aussi frappante que dans les endroits tels que ceux-ci, où, à la rive des précipices boisés, brillent ces tapis de dianthéra, que fait ressortir le vert gai des pelouses environnantes. Ces bouquets roses, décorant la pierre nue, groupée ellemême d'une façon pittoresque, rivalisent avec ce que j'ai vu de ^lus charmant; et tandis qu'ils enchantent les yeux, les gardénias répandent dans l'air un double parfum, qui semble venir d'un bois de jasmins et d'orangers.

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