‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 91 sur 251 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

nent à ce que l'on sache que leurs pères étaient des 0-Chouohla, ou Chillouks, dont ils ont conservé l'idiome inaltéré, sauf l'introduction de quelques mots empruntés aux dialectes du voisinage.

Leur territoire a des limites fort restreintes, et leur nombre n'excède pas vingt mille âmes. Au nord, ils sont bornés par la nombreuse tribu desDcmbos, et par des clans de la même famille. Au sud est le pays desBongos. Par delà ce pays, à quatre-vingts milles, toujours dans une direction méridionale, résident les Bélandas, dont les rapports avec les Bongos ont modifié les usages, mais qui parlent un chillouk très-peu différent de celui des Diours. Ces Bélandas sont à la fois sous la surveillance de Solongo, roi des Niams-Niams, et tributaires des marchands de Khartoum.

Lorsqu'on voit la carte d'Afrique si divisée, on se demande comment la civilisation pourra cheminer à travers toutes ces provinces. Il y a une absence complète de rapports utiles, ou même inoffensifs, entre toutes ces peuplades. Tel indigène qui franchit la frontière d'une tribu parlant une autre langue que la sienne, tente une aventure qui peut lui coûter la vie. Il se trouve des districts prospères qui deviennent trop peuplés, et d'où émigrent en masse une partie des habitants, ce qui peut amener pour ceux-ci un changement d'occupation : des tribus, jusqu'alors agricoles, se livrent à la chasse; ou des gens qui vivaient de leurs troupeaux deviennent agriculteurs. En d'autres lieux, on voit les débris d'un peuple résister à l'oppression jusqu'aux dernières limites du désespoir, disparaître dans la lutte, ou bien être réduit en esclavage; mais nulle part on n'a l'exemple d'une tribu, quelles qu'aient été ses vicissitudes, qui se soit soumise à des gens d'une autre race et qui ait changé de langue.

Des voyageurs qui m'ont précédé chez les Diours ont remarqué, sans connaître l'origine de cette peuplade, que la peau de ces nègres était d'une teinte plus claire que celle des Dinkas. Pour moi le fait est certain ; cependant je ne me crois pas autorisé à en conclure qu'il y ait une différence réelle entre les Dinkas et les Chillouks. Il est probable que les Diours sont devenus moins foncés en vivant dans les bois; mais c'est là un problème qui soulève des questions de géographie et de météorologie en dehors de ma compétence.

Malgré les rapports qu'ils ont depuis longtemps avec les Dinkas, dont ils dépendent à certains égards, les Diours ont conservé

la marque distinctive des Chillouks. Même à l'extrémité de leur territoire, on voit des gens ayant sur le front les raies traditionnelles, bien que d'ailleurs le tatouage soit d'un emploi très-rare chez les deux sexes. Leurs rclal ions journalières avec les Nubiens ont également peu influé sur leur costume, qui n'en est pas devenu plus modeste. Ils portent seulement, par derrière, deux petites queues, taillées de préférence dans une peau de veau, et suspendues à une étroite ceinture. On ne voit parmi eux aucun exemple des coiffures ornées dont les Dinkas et les Chillouks prennent tant de souci ; hommes et femmes portent leurs cheveux très-courts.

Par contre, les ornements favoris des hommes ressemblent beaucoup à ceux des Dinkas : au-dessus du coude, un énorme bra-

Bracelet de laiton des Diours.

celet d'ivoire ; et, à l' avant-bras, une série d'anneaux de fer. Toutefois les Diours ont une parure spéciale, qui consiste en des cercles de laiton, d'une grande épaisseur, et travaillés avec beaucoup d'art. L'airain, qu'ils appellent damara, a chez eux trois fois la valeur du cuivre. Longtemps avant l'arrivée des gens de Khartoum il leur était apporté, comme article de commerce, par les Dembos, qui, voisins des Baggaras, étaient en relations d'affaires, d'une part avec le Kordofan et le Darfour, de l'autre avec les provinces septentrionales du pays nègre. Nos métaux précieux leur sont complètement inconnus.

Les femmes des Diours diffèrent très-peu de celles des Dinkas. De même que ces dernières, elles se chargent les poignets et les chevilles d'épais anneaux de métal. Il est très-commun de leur

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