‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 93 sur 251 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Les fourneaux dont cette peuplade fait usage sont des cônes d'argile, qui n'ont pas plus de quatre pieds d'élévation, et dont la partie supérieure s'élargit en manière de gobelet. Tous ceux que j'ai vus différaient si peu les uns des autres, quant à la forme, qu'ils m'ont semblé avoir été construits d'après un môme modèle, rigoureusement suivi. Leur faible dimension tient à l'extrême difficulté qu'il y a d'empêcher l'argile de se fendre en séchant, difficulté qui s'accroît avec la masse. La cuvette supérieure communique par un étroit goulot avec la cavité qu'elle surmonte et qui est remplie de charbon. Elle reçoit le minerai sous forme de petits fragments d'environ un pouce cube. Le vide intérieur du fourneau descend plus bas que le niveau du sol ; à mesure de la

Haut fourneau des Diours.

fusion, la fonte traverse le brasier et tombe dans le creuset au milieu d'une pile de scories. A la base du fourneau sont quatre ouvertures, dont l'une est assez grande pour permettre l'enlèvement du laitier; les trois autres sont fermées par des tuyères qui atteignent le milieu du bassin. Il fut répondu à mes questions que jamais on n'employait de soufflet; qu'un feu trop vif était nuisible, et occasionnait une déperdition de métal. Un peu plus d'un jour et demi — environ quarante heures — est la période voulue pour assurer le succès de l'opération. Quand la flamme a traversé toute la masse de la cuvette, on présume que le fondage est terminé.

Chez les Bongos, l'appareil et les procédés ne sont plus les mêmes : le fourneau est en général à trois compartiments, des soufflets y sont adaptés, et le minerai est disposé couche par

couche alternant avec des lits «le combustible. Le dépôt du métal esl refondu, et la portion la plus lourde, qui se détache par granules ou par folioles, est de nouveau soumise au feu dans des creusets d'argile. Ces parcelles, chauffées au rouge, sont alors battues avec une grosse pierre, et réunies en un lingot dont un martelage suffisant chasse les dernières impuretés. Près de la moitié du métal s'éparpille dans le cours du traitement, et sérail perdue si les ouvriers n'avaient grand soin de la recueillir. Trèshomogène et très-malléable, le fer obtenu de cette façon égale tout à fait le meilleur fer forgé de notre pays.

Quant à la fabrication du charbon, les Bongos et les Diours paraissent aussi peu experts les uns que les autres. Ils ne savent

Fer de lance.

Bêche dis Diouis.

ni carboniser le bois en pile, ni empêcher l'air de pénétrer dans le fourneau. Toute leur science se borne à entasser des bûchettes au-dessus d'un foyer, jusqu'à ce que le feu s'étouffe, ou bien à le modérer en arrosant le monceau. J'ignore si d'autres nègres ont découvert le secret de la carbonisation; mais si la méthode des Diours est la seule qu'emploient les Africains, cela explique pourquoi, en dépit de l'abondance de leur minerai, ils en utilisent une si faible quantité. De là une valeur relative plus grande. Si la comparaison peut être établie, je dirai que le fer a, dans cette partie de l'Afrique, un prix équivalent à celui que le cuivre a parmi nous , et le cuivre une valeur analogue à celle de notre argent.

L'absence de chaux dans cette région fait que les bâtisses en pierre sont inconnues des indigènes. Depuis quinze ans que les

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