I. L'âme des i-illes a Chaise-Dieu, Le Puy, etc.), Perrin
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Cependant, la Cour du Puy entendait d'autre poésie, comme nous le rappellera la biographie de Pierre de Vie, le moine de Montaudon, qui en avait été fait seigneur, et chargé de donner Véperçier.
L'histoire des troubadours d'Auvergne et du Velay ne diffère pas de celle des autres troubadours, à laquelle le lecteur devra se reporter. En effet, un volume entier ne suffirait pas à contenir les généralités maintenant acquises sur cette période si longtemps mal connue et négligée, où, pourtant, les maîtres du Gai-s^a^oir assuraient l'hégémonie littéraire de la France méridionale sur les contrées voisioes. D'ailleurs > ce Précis existe, des \ies, des œuvres, de l'influence des troubadoars,parM. Joseph Anglade. L'érudit professeur fournit la critique décisive qui ruine le fatras d'erreui^ accumulées depuis Nostradamus et Raynouard. Il élucide la doctrine de ï'Amour courtois, source de la perfection poétique et morale. Il montre le culte de la « forme » en tant de genres^ admirée par Dante et Pétrarque.Du premier troubadour jusqu'à la Renaissance féiibréenne M. Anglade a projeté la lumière sur les légendes et la réalité,, les théories, les écoles, les hommes et les œuvres.
Il a doté nos bibliothèques d'un livre assez clair et assez simple pour qu'il fût à la portée de tout le monde. 11 a réalisé le vœu de Giraut de Bornelh :
Je ferais, sî f avais assez de talent, une chansoDuette asser claire pour que mon petit-fiîs ïa coï»fwîl.
NoQS ne détacherons donc des « Troubadours »,
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les Auvergnats, que pour leurs origines. Car ils n'ont pas laissé d'œuvres de teri^ir. Sans doute, voilà la raison de l'oubli où s'est affaissée leur mémoire dans un pays, d'habitude, fidèle au souvenir de ses enfants célèbres. Mais « l'amour courtois », de mode à travers les châteaux et les assemblées du moyen âge, ne devait guère toucher nos peuplades montagnardes, seules fixées au sol, alors que se désagrégeait la société féodale. Chanteurs, musiciens et jongleurs, avec leurs chansons, sîrventes, tensons, complaintes, aubades et sérénades, pastourelles, ballades, estampies, ne pouvaient être que des amuseurs, dont les jeux n'offrent pas d'attrait pour une race peu sentimentale, sans penchant vers le féminisme. D'Auvergne, nos troubadours avaient vite JËait d'émigrer jusqu'à l'étranger. Je comprend"* que, si légers et fugaces, on omette de les situer parmi le décor énorme et comme foudroyé du Puy,et de ses HKHDLts tout boursouflés de scories et hérissés dedykes voicaniques. Des centaines de noms se sont perdus. De ces « tournées »^ fastueuses^, dont les « vedettes » imposaient à l'Italie» à l'Espagne,, au Portugal, aux. oo*Ltrées geriïULai<^ucs, le génie lyrique provençal,, il ne reste que de maigres fragiaents dispersés dans les bibliotlièques de Paris.,, de Milan, de Florence, de Rome, d'Oxford,, et jusqu'ici mal identiûés.! Nulle publication, nulle traduction d'ensemble ; et c'est à la philologie allemande qu'est dû le grand cooFant des études romanes. Comment Ebos esprits seraient-ils ^atrainés à Févocatioa de ees visages iiusef tains. Des troubadours, la foule ne sait que le mot qui les désigne^ avec une nuance de raillerie
Icil d'Aherne i sunt Us plus curteis (Ceux d'Auvergne sont les pîus courtois.)
Par une erreur fréquente, on rapporte l'éloge à l'honneur de nos troubadours, paisibles poètes. Or, il s'applique à nos guerriers : les plus courtois, c'est-à-dire les plus loyaux et les plus braves, à nos preux, défenseurs de Fiance la douce, contre le Sarrazin, — qu'en une revue homérique nous montre la Chanson de Roland.
Cependant, nos troubadours d'Auvergne se recommandent par assez de mérites personnels pour qu'il soit inutile de détourner à leur profit des compliments qui ne leur furent pas destinés.
Les troubadours d'Auvergne ! La délimitation n'est pas commode. Tantôt ils sont mêlés à ceux du Velay. Ou bien, l'on essaie de mettre à part ceux du Cantal. Mais, en vérité, ici ou là, ils ne sont guère Auçergnats^ que de naissance. Ils n'ont rien laissé sur l'Auvergne qui atteste leurs hérédités montagnardes. Ils ne chantent pas le pays. Ils ne s'expriment pas dans le parler populaire. Ils sont des troubadours, pareils à ceux d'Aquitaine, de Languedoc, de Provence, de Roussillon, de Catalogne, écrivant tous à peu près la même langue littéraire limousine provençale, qui avait gagné partie de la péninsule ibérique et de l'italique. Ils sont des troubadours, lyriques et satiriques, des adeptes exclusifs de la doctrine chevaleresque de l'amour courtois. Ils sont des troubadours, à la dévotion des nobles dames et des puissants seigneurs, des poètes de l'art le plus raffiné : leur richesse de
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technique est inouïe; près d'un millier de formes de strophes attestent leur incomparable virtuosité !
Aussi, est bien vaine la classification des Troubadours Cantaliens , imtigméG par M. le duc de la Salle de Rochemaure. Même, elle ne va pas sans danger, en provoquant l'illusion qu'un troubadour cantalien présente des caractéristiques régionalistes évidentes. Mais ce n'est pas tout. Sous ce titre : Les Troubadours Gantaliens,XII^-XX^ siècle, l'auteur, comme par une chaîne ininterrompue, relie tous poètes romans et patois natifs du futur, ou présent département du Cantal, de Pierre de Vie à J.-B. Brayat !
Il eiit sufïi d'une dilTérence de quelques mètres dans le bornage administratif pour que tels troubadours ne fussent plus cantaliens, mais de la Haute- Loire ou du Puy-de-Dôme. C'est écrire l'histoire littéraire d'une manière bien hasardeuse. Nous avons approché Arsène Vermenouze d'assez près pour être en mesure d'affirmer qu'il ne connaissait guère les ancêtres médiévaux qu'on lui octroie si délibérément. Sans doute, on l'eût fort étonné en le saluant comme de la lignée de Pierre de Vie, Guillaume Moisset de la Moissetrie, Pierre de Rogiers, Ebles de Saignes, la dame de Castelboze, Pierre de Gère de Cols, Fayard du Bellestat, Bernard Amouroux, Astorg d'Aurillac, Astorg de Scgret, Guillaume Borzats, et d'autres, incertains :Gavaudan-le-Vieux, Hugues de Brunet, Raymond Vidal de Bezaudun ! Troubadour, le rude chantre réaliste du pays et du paysan cantalien ! C'est le patoisant qui lui a succédé comme majorai au consistoire félibréen qui commet telle hérésie ! Il est vrai que M. le duc de la
Salle de Rochemaure n'aTait pas publié son ouvrage, quand il s'agit de remplacer Vermenonze. Les Récits Carladéziens pouvaient mériter les suffrages méridionaux à leur auteur. Non qu'ils vaillent par des qualités d'invention et de composition. Mais ils abritent de la destruction quotidienne le dialecte de Carladez que M. le duc de la Salle possède intimement, — de l'avoir appris,tout enfant, avec les pâtres du Doux, et de le pratiquer couramment avec ses gens et les fermiers de son village. Ce n'est donc pas un divertissement d'amateur. Lui, non plus, ne s'apparente guère aux troubadours, quand il déchaîne le rire des assemblées par sa verve drue, toute farcie des savoureuses expressions du terroir.
Dans un ouvrage de deux volumes, à prétentions savantes et artistiques, curieusement imprimé et illustré, voici des reproductions de miniatures {manuscrits de la Bibliothèque Nationale), portraits des Troubadours Gantaliens . Voici des photographies de nos patoisants modernes . Voici une transcription de la musique faite sur une pièce du Moine de Montaudon. Car les récitations des troubadours sont soutenues d'un accompagnement musical : « Le couplet sans musique est un moulin sans eau » , dit Garbonel, de Mai-^eille. Enfin, tome II, voici les textes des œuQres des Troubadours, repas, corrigés, traduits et annotés par René Lavaud, agrégé de Lettres.
Dans le monument bizarre, de tous styles et de toutes époques, où M. le duc de la Salle de Rochemaure a recueilli tant de littérature douteuse, un pavillon spécial, heureusement, abrite les vrais troubadours, amenés par M. René Lavaud. Ils viennent
de loin, publiés en Allemagne, pour la plupart. Désormais, les voici réunis à. la halte provisoire, sans doiite, où ils se reposent, en attendant la maison définitive où les installera leur introducteur, enfin seuls et chez eux. Mais, déjà, dans l'annexe de M. le duc de la Salle de Rochemaui-e, ils ont pu se défaire de toutes les souillures d'un voyage de sept et huit siècles. Enfin, ils sont eux-mêmes avec un état civil en règle, avec des références contrôlées, — avec une traduction exacte en regard d'un texte authentique.
Nous nous i^trouvons au Puy, à la cort del Puoi Santa Maria dont Pierre Vie /o faitz seingner et de dar l'esparvier. Le dauphin d'Auvergne l'en avait fait seigneur avec la charge de décerner l'épervier... A l'origine de ces fêtes périodiques de la cour de l'Epervier « on plaçait un épervier en mue sur une lance. Or, quiconque se sentait assez puis« sant d'avoir et de courage venait et prenait le dit épervier sur son poing ; il convenait que celui-là fournît aux dépenses de cette année. » C'était la ruine, quand il s'agissait de tournois de chevalerie où le prix était disputé en pompeux appareil, devant de nobles et brillantes assemblées, par nombre de réputés combattants, sous le regai\i des dames de leurs pensées. Le Moine de Montaudon n'était guère en mesure de pourvoir à de tels frais somptuaires» Mais des luttes poétiques suivaient les joutes guer* rières, et le vainqueur, aussi, recevait un épervier, — sans doute un épervier d'or. Pierre de Vie dut présider à ces concours ; des miniatures le repré-
sentent, dans les manuscrits, en « moine à cheval avec un épervier au poing ».
Pierre de Vie, de son nom de famille, dont le château dominait Vic-sur-Cère, y naquit vers ii45 ou ii5o (estime M. le duc de la Salle de Rochemaure, dans le tome I de l'ouvrage où M. René l.avaud fixe ii55, au tome IT. Ainsi, de page en page, abondent les indications approximatives et contradictoires). L'enfant accomplit son noviciat à l'abbaye d'Aurillac, alors en lutte armée contre la ville ; la prière s'entrecoupait de fréquentes échaulTourées ; la vocation religieuse du jeune gentilhomme ne devait guère s'affirmer au milieu de ces moines batailleurs. Il avait hâte d'être pourvu. Il reçut le prieuré de Montaudon que l'on ne sait où placer. Il ne s'y tint guère, toujours voyageant, gagnant la faveur de Philippe-Auguste, de Richard-Cœur-de- Lion, du roi d'Aragon, admis à Ventadour, en Limousin, où il pouvait s'exercer à l'école des maîtres, comme Pons de Capdeuil et Guy d'Ussel ; mollement, il encensait la vicomtesse Marie ; le compliment et les grâces n'étaient point son fort. De composer sirventes et chansons sur les événements du pays et de s'absenter des mois, voire des années, ne l'empêchait pas de faire beaucoup de bien à la maison. Il était autorisé à suivre ses goûts ambulants, à condition d'en rapporter les bénéfices à son prieuré ; il n'y manquait pas, et les présents étaient de prix, que lui valaient l'admiration et l'amitié de haute et puissante châtelaine...
Non, ce n'est pas par les hommages aux dames, par le savoir « de galanterie » (sabor de drudaria), par le maniérisme voluptueux et sentimental que se distingua le moine de Montaudon. Gomme le froc qu'il ne quitta jamais, il garda le caractère le plus auvergnat» rude et réaliste ; il n'est pas le plus courtois, mais le plus bourru des troubadours.
Sans doute, dans les « Tensons entre Dieu et le Moine », où, accueillant la plainte des Images Saintes, Dieu veut interdire le fard aux dames, le Troubadour prend leur défense ; il ne semble pas qu'il tienne à gagner sa cause. Le choix même de son si puissant contradicteui^ le prouve assez :
— Moine, dit Dieu, vous excusez (i) Une grande faute et luie grande imposture, A savoir que ma créature Se pare sans ma volonté.
Donc elles seraient chose égale à moi, celles Que je fais vieillir tous les jours.
Si, à force de se peindre et de se fourbir, Elles pouvaient redevenir plus jeunes !
Seigneur, vous parlez trop fièrement Parce que vous vous sentez au faîte de la grandeur. Et malgré cela l'usage du fard Ne cessera pas sans une convention:
I. Nous ne donnerons des pièces citées que le début da texte original.
— Monges, dis Dieus, gran faillimen
Razonatz e gran falzura
Que la mia creatura
Se genssa ses mon maudamen.
Doncs serion cellas mieu par
Qu'ieu fatz totzjorns enveillezir,
Si per peigner ni per forbir
Podioii plus joves tornar!
Etc.
C'est que vous fassiez durer leur beauté,
Aux daines jusqu'à la mort.
Ou que vous fassiez périr le fard.
Qu'où n'en puisse plus trouver au monde.
Cependant, on arrête une transaction, comme il s'en pratique an marché, ou par devant le juge rural. Dieu est de bonne composition :
— Dieu dit aux Images : Si cela vous semble bon
Au-dessus de vingt-cinq ans je leur permets. Concédez cela Qu'elles en aient vingt pour se peindre, Si vous en tombez d'accord.
Les Images ne veulent concéder que dix ans. Il faut recourir à l'arbitrage :
Alors vinrent Saint Pierre et Saint Laurent, Et ils ont fait de bons accords Et les ont garantis; Et des deux côtés avec des serments
Ils les ont jurés.
Et ils ont retiré cinq ans des vingt Et avec les dix ils les ont additionnés
Et réunis :
C'est ainsi que leur débat s'est arrêté Et acheA'é.
Pauvres images, qui se plaignaient de la hausse des prix du fard, alors que les Dames n'en usaient que de vingt-cinq, trente à quarante, cinquante ans ! Mais déjà beaucoup ne respectaient pas le serment et trahissaient le pacte. Tant de blanc et de vermillon elles se mettent sur la figure qu'il ne reste pas une parcelle de leur peau reconnaissable !
Devant Dieu et devant les Dames, le moine de Montaudon parle le langage le plus crûment réaliste ;
par là, il décèle une marque auvergnate ; par là, quelques troubadours de souche montagnarde mêlent la rudesse natale à la mièvrerie et aux grâces alambiquées do la poésie courtoise. M. le duc de la Salle de Rochemaure se hâte de pallier cette caractéristique savoureuse. Le moine de Montaudon est a trop gaulois, trop rabelaisien ». Hardi! la gomme à effacer...
Le Latin dans les mots brave l'honnêteté, Mais le lecteur François veut être respecté.
Ainsi, nombre de vers seront traduits en latin. A ceux qui ne savent pas le latin cela fera supposer de l'obscénité où il n'y a que de la vigueur, de la franchise, de la santé d'expression. Par ces réserves gênées, M. le duc de la Salle de Rochemaure n'est pas éloigné de faire un satyre — du poète satirique bien auvergnat. Gardons notre poète tel qu'il est ; il nous intéresse davantage ainsi. Nous l'avons vu au ciel plaidant de manière bien terre-à-terre. Il ne se départ que rarement de sa sincérité première. 11 y a comme un prélude de Villon dans ses plaintes sur les maigres soupers et les mauvais gîtes, quand il est sevré de la chère fastueuse de la cour du Puy, ou de la Catalogne... C'est saint Julien qui se plaint à Dieu de l'hospitalité mal observée. Mais le Moine se trouvant là, par hasard, la réclamation lui plut fort. On peut croire que son témoignage est pour bonne part dans l'hommage rendu à l'Auvergne :
Eu Auvergne, sans réception préalable (i) Vous pouvez loger, et venir