En Auvergne
3. Les Troubadours Cantaliens (duc de la Salle de Rocbemaure).
avait trop de boa sens pour répéter ce que disaient les poètes damour de son époque. Il paya son tribut à l'amour, à la beauté, suivant l'usage des cours ; mais ses armes préférées, qu'il manie de main de maître, sont la raillerie et la plaisanterie, et ses traits sont dirigés contre le plus sacré des sentiments chevaleresques: contre les femmes (i).
Son originalité fut, et demeure, d'avoir, parmi la poésie apprêtée de son époque, fait entendre une voix de montagnard pratique, à qui le luxe, la grandeur et les apparences n'en imposaient pas. Par la Provence, la Catalogne, l'Espagne, il représente l'Auvergne. L'empreinte de Vie et d'Aurillac avait été définitive. A travers les tournois, les fêtes, la robe sobre du Moine de Montaudon tranche sur la soie, le velours, les brocarts, l'or, les bijoux et les armes des cours magnifiques. .. Oh !un Moine chanteur, et buveur, plus que prêcheur. Dans le Moine de Mautaudon persistait indéfecliblement Pierre de Vie, pareil à ces blocs erratiques de la vallée que ne touche point le sourire de la saison, qui ne se laissent pas gagner par les grâces de la prairie, des fleurs, des arbres, autour de leurs corps immuablement frustes et sombres. . .
Le Moine de Montaudon resta de Vie, même alors qu'il adressait ses chansons à Marie de Ventadour : il n'y apportait point la souplesse précieuse, ni le charme compliqué de la casuistique amoureuse du siècle.
Quand il fut las de la vie nomade, il sollicita sa
retraite monastique, et obtint le prieuré de Ville-
ranche, en Espagne. Il y mourut, non sans l'avoir
. Philippson.
enrichi et amélioré. L'ancien prieur de Montaudon, qui faisait du bien à la maison, tout en composant et chantant, n'avait point perdu son adresse ni sa ténacité ; l'émigrant aux royaumes de l'amour chevaleresque et courtois avait conservé les traits saillants de la race.
Pierre d'Auvergne aurait dû être cité avant Pierre de Vie ; mais, au Puy ; il était impossible de ne pas rencontrer le Moine de Montaudon, l'épervier au poing.
(( Peire d'Alvernhe », savant, lettré, avenant de sa personne, était fils d'un bourgeois de Clermont- Ferrand. Très honoré et fêté par les vaillants barons et les nobles dames, il ne doutait point de son mérite : « Jamais avant moi ne furent écrits de vers parfaits. (Du temps de Pierre d'Auvergne, toutes les sortes de poésies étaient comprises sous ce nom générique. Chanson ne vient que plus tard, pour désigner les pièces galantes qu'on chantait.) Sa célébrité se répandait, en ses voyages et séjours, à la Cour de Sanche III de Castille, à la Cour d Ermengarde, comtesse de Narbonne, à celle de Raimond V de Toulouse. Selon Nostradamus, — dont l'autorité est faible, — il était si bien accueilli de toutes les dames qu'après leur avoir récité ses pièces il s'en récompensait en embrassant celle qui lui plaisait davantage; et, presque toujours, la belle Glarette de Baux avait la préférence... Cependant, au bout de tant de succès terrestres, il songea au salut de son âme, rentra au pays, et, dans l'état monas-
r» AU CŒUR DE L AUVERGNE
tique, fit longue pénitence, avant de mourir, très âgé.
Celui-ci fut un troubadour — expert en gracieuses trouvailles; ainsi, quand il fait du rossignol son messager d'amour (i) :
Rossignol, en sa retraite tu iras voir ma dame, dis-lui mes sentiments et qu'elle te dise sincèrement les siens; qu'elle mêles fasse connaître ici...,el que d'aucune manière elle ne te garde auprès d'elle...
L'oiseau gracieux s'en va aussitôt, droit vers le pays où elle règne; il part de bon cœur et sans crainte jusqu'à ce qu'il l'ait trouvée.
Quand l'oiseau de noble naissance vit paraître sa beauté, il se mit à chanter doucement, comme il fait d'ordinaire vers le soir. Puis il se tait et cherche ingénieusement comment il pourra lui faire entendre, sans la surprendre, des paroles qu'elle daigne ouïr :
Celui qui vous est amant fidèle voulut que je vienne en votre pouvoir pour chanter selon votre plaisir...
Et si je lui porte un message joyeux, vous devez en avoir aussi grande joie, car jamais ne naquit de mère un homme qui ait pour vous tant d'amour, je partirai et volerai avec joie où que j'aille; mais non, car je n'ai pas dit encore mon plaidoyer.
Et voici ce que je veux plaider : qui met son espoir en amour ne devrait guère tarder, tant d'amour a des loisirs; car bientôt les cheveux blonds se changent en cheveux blancs, comme la fleur change de couleur sur la branche . . .
L'oiseau a bien volé tout droit vers le pays où je l'ai envoyé; et il m'a fait tenir un message, suivant la promesse qu'il m'a faite : « Sachez, dit la dame, que votre