I. J.Anglade, les Troubadours
discours me plait; or, écoutez — pour le lui dire — ce que j'ai au cœur.
« J'ai bien sujet d'être triste, car mon ami est loin de moi... la séparation fut trop rapide, et, si j'avais su, je lui aurais témoigné plus de bonté, c'est ce remords qui m'attriste.
« Je l'aime de si bon cœur qu'aussitôt que je pense à lui me viennent en abondance jeux et joie, rires et plaisirs; et la joie dont je jouis secrètement aucune créature ne la connaît. . .
« Même avant de le voir il m'a toujours plu ; je ne voudrais pas en avoir conquis qui fût de plus haute naissance. . .
« Le bon amour est semblable à l'or, quand il est épuré ; il s'affine de bonté pour celui qui le sert, avec bonté, et croyez que l'amitié chaque jour s'améliore. . .
a Doux oiseau, quand viendra le matin, vous irez vers sa demeure et vous lui direz en clair langage de quelle manière je lui obéis. » Et l'oiseau est revenu très vite, bien renseigné et parlant volontiers de son heureuse aventure (i).
Mais, Pierre d'Auvergne peut chanter que « l'homme sans amour ne vaut pas mieux que l'été sans grain », on n'est pas toujours assuré de sa sincérité amoureuse. Par contre, les poètes contemporains n'ont point à douter de ses sentiments caustiques qu'il expose dans un sirvente, plus tard repris et continué par le moine de Montaudon :
Je chanterai de ces troubadours qui chantent de plusieurs façons. Les plus mauvais croient faire des prodiges ; mais je leur conseille d'aller chanter ailleurs; car