SOLDATS, MOUSQUET AIRES ET ARQUEBUSIERS
Pierre Barreau... .......28 ans Pierre du Crès........ 25 ans Robert Le Comte. ...... 23 ‘ Jean Daluzeau.….….. 29 * François Labbé........ 29 ‘ Jean Quentin... ..... 25 lienne de Saints.......26 “ Antoine Loquet.......23 René Huguet.......... 22 ‘“ Le père Lamothe... 60
Lecture faite, monsieur le commandant après avoir cacheté le tout, en donnant quelques ordres pour la soirée, sort de l'enceinte fortifiée, par la poterne, qui donne sur le petit pont jeté sur la | rivière Saint-Pierre, lequel relie à la terre ferme, la
pointe, où se trouve assis le fort de Ville-Marie.
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De cette forteresse, à la résidence des seigneurs de l'Isle de Montréal, les Messieurs de Saint-Sule pice, la distance est tôt franchie. ? Des bastions et des courtines, on découvre même, très bien, la façade du château de ces Messieurs, flanqué de ses deux tours carrées, surmontées de toitures en pyramides, dont les paratonnerres dominent les plus hautes cimes de la feuillée environnante.
A l'huis de la demeure seigneuriale, monsieur le major est salué par des gardes, portant les couleurs du Roy; qui y stationnent, la hallebarde au poing. Car, il faut dire, que Monseigneur le marquis de Tracy, vice-roy de la Nouvelle-France, a précédé de quelques jours, monsieur l'intendant, en ces lieux, et que, de même que lui, il est l'hôte de Messieurs les seigneurs.
Dans le jardin, où monsieur le major se rend offrir incontinent ses hommages au vice-roy, il y a déjà force compagnie qui l'a devancé. D'abord: voici messire Gabriel Souart, le supérieur de Saint-
Sulpice et le représentant autorisé des seigneurs, puis, messire Gilles Pérot, le curé de la paroisse, aussi, messires Dominique Galinier, Michel Barthélemy et Claude Trouvé; tous de la communauté, tous commensaux de cette demeure, qui est le séminaire, aussi bien que la résidence des seigneurs. Quant à messire l'abbé Dollier de Casson, s'il n'est pas là, c'est qu'il est Parti pour le fort Sainte-Anne. :
Maintenant, monsieur le major cherche parmi les Broupes, que les vapeurs du soir commencent à envelopper de leurs ombres, la figure de monsieur l'intendant.
Il reconnaît et salue au passage: le juge royal, Louis Artus sieur de Sailly, le sieur Picoté de Bélestre, le juge Charles Dailleboust, Etienne Bouchard, le chirurgien, Jacques Leber, trafiquant de fourrures, Charles Le Moyne, le trésorier du roy, Jean-Baptiste Migeon, le procureur fiscal, Jacques Le Moyne, le marguillier-comptable, dont il est le collègue,
puisqu'il est, lui, le major, marguillier d'honneur. Il va, de ci, de là, scrutant les groupes... Mais d'intendant point.
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— Je suis un peu à l'avance, se dit le major. Je me remets, que Vlonsieur l'intendant ne m'a donné rendez-vous ici, que pour huit heures. Ce n'était pas la peine de tant me hâter et d'abréger ma collation ce soir, mille arquebuzades !
Viennent à passer maitre Bénigne Basset, * Je tabellion, avec François Bailly, le maiître-maçon, entrepreneur de bâ isses.
— Bonsoir, Monsieur le Major ! disent-ils.
— Bonsoir, Maître Bénigne, bonsoir François ! Hé là ! qu'il vous plaise de me dire l'heure.
— Un peu passé sept heures, fait Bénigne, sipre qu il eut levé les yeux vers le firmament ma::…. clignent quelques étoiles.
Et pendant ce temps-là, monsieur l'intendant, au seuil d'une maison qui borde l'un des sentiers de la naissante Ville-Marie, s'entretient avec un colon, sa femme et ses enfants.
Ce ménage est le cent vingt-quatrième et le dernier qu'il ait à visiter.
Voyez-le, dans le demi-jour de la nuit tombante.
C'est un homme de quarante-deux ans. L'ovale de sa figure est d'une singulière régularité. Les yeux sont grands et beaux, le nez est légèrement busqué, la moustache fine, la bouche délicate, mais énergique. Une Perruque, dont les larges boucles flottent sur les épaules, encadre tous ces traits empreints de sageëse, de force et de bonté.s II porte des souliers à talons hauts et à boucles d'argent, des bas de soie noirs, une rhingrave et un habit de drap marron très foncé, avec un rabat de toile de Hollande, qui se détache sur le devant | de l'habit. ‘Il est coiffé d'un feutre, orné d'une plume noire.
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| Sans apparât, sans autre fonctionnaire qu'un secrétaire, au foyer du colon, tout près de lui, il s'informe de ses besoins, de ses espoirs; il s'enquiert de ses griefs et de ses joies.
Vaillant monsieur Jean Talon !
— Oui, Monsieur l'intendant, dit l'homme de la terre nouvelle, il y a quatorze ans que j'habite ce pays. Quand j'y vins, avec la recrue de 1653,
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ce bourg avait onze ans... Puis, il dit: ses nom et prénoms, son âge, ceux de sa femme et de ses enfants, de son domestique, le nombre de ses bestiaux, et les arpents de terre en valeur.
Le secrétaire qui accompagne monsieur Talon, enregistre les particularités données.
Enfin, paternellement, l'intendant prend congé de ses hôtes, qui le regardent s'éloigner sur la route grise, que la lune accentue maintenant, d'un peu de clarté.
Bientôt, il foule le sentier qui cotoie la rivière... Il passe devant l'école qu'il a visitée la veille, où gîtent : les sœurs Marguerite Bourgeoys, Catherine Crolo, Marie Raisin, Anne Yon et quatre jeunes filles de F rance, à marier, ? qu'il a placées lui-même, sous l'égide de Marguerite Bourgeoys, en cet asile pieux, berceau de la Congrégation. 3
Soudain, il s'arrête... De l'école, sortent des Voix qui montent dans le ciel serein, de douces voix de jeunes filles et d'enfants, qui chantent en dansant ronde de F rance, aux accents harmonieux d'un luth :...
La Tour prends garde,?
La Tour prends garde.
De te laisser abattre...
... module une voix.
Nous n'avons garde, Nous n'avons garde, De nous laisser abattre...
...répondent deux autres. |
J'irai me plaindre, J'irai me plaindre, Au duc-que de Bourbon...
...Chante la première.
Va-t-en te plaindre, Va-t-en te plaindre, Au duc-que de Bourbon...
...ripostent les voix jeunettes, toujours soutenues par les accents du luth. Alors, il y a une pause, un silence de paroles, durant que le luth continue é seul, le rythme de la ronde enfantine. Mais, la première voix se fair entendre de plus bel :
Mon duc, mon prince,
Mon duc, mon prince, Je viens me plaindre à vous...