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Le voyage se continua...
Jogues exténué, était à peine parvenu à sa bourgade, qu'on le voulut, avec une charge de blé-d'Inde, renvoyer d'où il venait.
Obéissant, le voilà donc de nouveau en route; mais trébuchant et tombant à chaque enjambée sur le verglas, il revient sur ses pas.
Point n'est besoin de vous écrire, ma fille, comment il fut reçu par ses inhumains, qui lui infligèrent toutes sortes d'injures, disant : qu'il était un chien, un mal bâti, et que sais-je encore? Bref,
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on le jette cette fois, dans la cabane d'un homme tout pourri de plaies, dont il se fait l'esclave. Comme on lui laissait quelque liberté, il en usait Pour visiter d'autres villages et prodiguer aux Hurons captifs, les réconforts de la religion.
[Il advint alors quelque chose de providentiel. Lisez, ma fille, et dites-moi si vous connaissez rien de plus çonsolant. Un jour, qu'il accompagnait des Iroquois dans une course chez des nations étrangères, il entre dans une cabane, où il aperçoit mourant Sur un grabat, (devinez qui ?) le compatissant Sauvage, qui l'avait délivré de ses liens, alors qu'il était attaché à Ja croix comme je l'ai rapporté. L'homme le reconnaît. Jogues se penche vers lui, l'instruit, le baptise, et peu après, l'Ê:ne du nouveau chrétien s'envole vers Dieu. Ainsi fut récompensé ce bon naturel, de son action charitable.
À quelque temps de là, le Père suivant ses marauds, qui allaient faire la pêche et la traite, repart pour de neuves randonnées. Cette fois, Dieu voulut que la bande approchât d'un établissement européen. Comme les Iroquois se préparaient à
dresser des embûches aux poissons, avis soudain arrive, que des leurs qui étaient allés en guerre contre les Hurons, en avaient tué cinq ou six, et amené quatre prisonniers, pour les torturer dans leur village.
Le Père, songeant à ces délaissés, voulut retourner à la bourgade, et obtint de le faire. Or, pour s'y rendre, il fallait passer par un poste de Hollandais, dénommé: Rensalaerivich. 1° Là, Jogues apprie que toute la bourgade iroquoise était montée dt rage contre les Français et que lui-même n'y était attendu, que pour y être mis à mort, à cause de certaine lettre!! qu'il avait fait parvenir à Richelieu, aux Français, les avertissant des mauvais desseins de ses bourreaux, contre eux. Les Français, en effet, mis en garde par Jogues, avaient fort mal reçu les Iroquois.
Malgré ces menaces, le bon Père désirait ardemment atteindre sa bourgade, mais le capitaine hollandais, de la place, instruit de ces périls, prit le parti de sauver Jogues
Il lui offre donc de le faire esquiver, dans un navire qui se trouvait devant le poste, en partance,
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pour l'Europe. Mais le missionnaire reste indécis et objecte que s'il part, les Sauvages pourront bien en faire peser la faute sur lui et sur ses gens. Le capitaine ne faisant aucun état de cette crainte du Père, insiste de nouveau, alléguant que l'occasion était trop bonne, pour la laisser passer. Cependant, l'autre toujours inquiet de chercher et de suivre les voies de Dieu, demande la nuit pour prier, réfléchir et requérir les lumières du Ciel; puis, le matin venu, signifie au brave Hollandais, qu'il accepte son offre charitable. Le capitaine lui dit de retourner comme pour la nuit, avec ses sauvages, et qu'alors, il tâchât de se dérober à leur insu, jusqu'à la rive, où une barque serait laissée, dans laquelle il pourrait gagner la nef, au large.
Jogues s'en va incontinent avec ceux-là, qui logeaient dans une grange... Le soir venu, avant que de se coucher, il sort pour voir comment il pourrait aisément partir malgré ses géoliers. Malheureusement, des chiens qu'on avait laissés libres, se jettent sur lui, le mordant cruellement, à la jambe.
Il rentre meurtri, dans la grange. Les sauvages ferment soigneusement la porte et se couchent
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auprès de lui. En sus, ils confient spécialement à un homme, de le surveiller.
Je vous laisse à songer, ma toute bonne, quelle nuit passa ce pauvre prêtre.
Au lever du jour, un domestique du Hollandais à qui appartenait la grange, vient à entrer. Le Père lui fait comprendre par signes, qu'il a besoin de son aide. Le moment semble bon. Autour de lui, les Iroquois, les uns pelotonnés, les autres étendus de tout leur long sur le ventre, dans leurs couvertures de peaux, sont plongés dans un pesant sommeil. Ils rêvent sans doute à d'abondantes chasses, à des combats glorieux, à moins que ce ne soit, à quelques festins ou crèvailles gigantesques de sagamité.
Mais, il faut enjamber tous ces corps endormis, usant de précautions que vous pouvez essayer de vous imaginer, ma chère Arthénice.
Enfin, Jogues parvient à sortir sans bruit, avec le compatissant Hollandais, qui fait taire les chiens; puis, s'en va à la rive, tant bien que mal, clopin clopant, à cause de.sa morsure à la jambe. Il y trouve le canot promis, mais la mer s'étant retirée, il est
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à sec et loin de l'onde. II appelle au navire: aucune voix ne fait écho. Alors, rassemblant ses forces, et tirant si bien la barque, de ci, de là, il parvient à la mettre à flot et à toucher le bord où on le cache à fond de cale.
Cependant, au réveil, les Iroquois frustrés de leur Prisonnier, commencent à s'agiter et à faire des recherches, sans le pouvoir découvrir.
Of, la seconde nuit qu'il était dans sa cachette, un ministre des Hollandais vint dire à Jogues : que les sauvages faisaient sabbat de diables et que les habitants craignaient qu'ils ne brûlassent leurs maisons et ne massacrassent leurs animaux. Ce qu'oyant, le bon jésuite laisse le Vaisseau, contre l'idée des nautonniers, et s'en va à terre, chez le Capitaine qui lui avait facilité sa première délivrance. Celui-ci, en attendant qu'il puisse apaiser les féroces criards, le donne à recevoir à un vieux de sa nation, qui le loge dans un galetas.
Ce que ci-dessus, se Passait vers le commencement du mois d'août 1643.
Voici le Père donc, en nouveau lieu, où le ministre protestant, (dont Jogues n'eut toujours qu'à se
Bone
JOGUES 259 louer de la bonté et des meilleurs procédés) le visite souvent. Au reste, le ministre tenait le jésuite en grande estime et en la plus grande pitié.
Mais Jogues, dans son réduit, vivait fort piteusement, n'ayant pour manger, que juste ce que nécessaire pour ne pas mourir. Car,le vieillard son gardien, qui était un avare, bien qu'il reçut ce qu'il fallait pvur le sustenter à foison, en gardait une partie par coupable parcimonie, ou mieux, par avarice. Au surplus, dans son misérabic logis, (peut-on appeler un lieu semblable, un logis ?) où il passa environ six semaines, en proie à la chaleur et à la faim, le pauvre martyr était sans cesse en danger d'être découvert par les sauvages qui venaient dens la maison, ce qui le forçait à rester des heures durantes, immobile et quiet, dans des positions peu confortables et partant épuisantes; derrière des futailles qui y étaient emmagasinées.
Cette faim, cette chaleur et cette angoisse constante, ne vous semble-t-elles pas trois bien méchantes bêtes, ma chère fille ?...
Erfin, vers la mi-septembre, une rançon de trois cents livres ayant satisfait les [roquois, le pauvre
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Français fut bientôt envoyé de Rensalaerivich, à Manhatte, :? fort principal de la Nouvelle-Hollande.
En effet, le capitaine du susdit Manhatte, sis à soixante lieues de là, ayant su la gêne du missionnaire français, le fit mander auprès de lui et. l'accueillit avec grande considération; changeant ses misérables guenilles et ses haillons contre un bon habit et un chapeau à la mode de son pays. Et tous les habitants du bourg en usèrent avec lui, de la plus grande révérences et de la plus profonde admiration.
Ici, grâce au gouverneur de la région, Jogues prit passage à bord d'une barque de cent tonneaux, qui faisait voile, pour la Hollande. C'était au début de novembre 1643. Le voyage fut rude. Jogues couchait sur le tillac ou sur les cordages que balayait l'eau de la mer.
Je ne vous dirai rien d'une traversée pareille, Sans vivres suffisants ni habits convenables, par le froid de cette saison hivernale. Que vous en semble, Arthénice, sinon misère et privation ?...
M Sur la fin de décembre, on jette l'ancre dans un di port d'Angleterre, à Falsmouth, plus précisément,
et les mariniers laissant la barque à la garde de s Jogues, s'en vont se rafraîchir un petit, dans un ? village voisin de la côte. Sur ces entrefaites, une C. nef de pirates vient, dont les occupants, le pistolet t au poing, fouillent la barque et enlèvent tout le
bagage des Hollandais; dépouillant même Jogues de sa casaque et de son chapezu. Et ces cuistres s'enfuient si bien, qu'au retour de l'équipage, nul ne put retrouver la trace des pillards.
Or, on était à la veille de Noël. Pendant que l'on cherchait dans le port, pour découvrir les voleurs, Jogues fit la rencontre de gens qui appareillaient un | petit navire chargé de charbon de terre, en destina- | Ù 3 tion de la Bretagne. Il obtint d'eux, de s'embar- . 1 quer, et le lendemain, il prenait pied sur les rives de la Basse-Bretagne, entre Brest et Saint-Paul-de- Léon.
Il y avait tout près sur la grève, une pauvre masure. Î[ls'y dirige, voulant aller aux informations afin de découvrir une église. L'ayant su, il s'y
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