‹ Au cœur de l'histoire [microforme]Chapitre 43 sur 56 · PP LL · texte numérisé non relu

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rend, se confesse, communie, ce jour de Noël, avec quelle joie, pensez, ma chère Arthénice, dans sa douce patrie de France, qu'il avait été en doute, plusieurs fois, de ne plus jamais revoir. ...Ses dévotions accomplies, il retourne à la hutte, sur l'invitation qui lui avait été faite, d'y revenir s'y réconforter.

Son état de complet dénûment et le récit de ses aventures ébaudirent et émurent jort. ces honnêtes gens, qui ne savaient que faire, pour le dédommager un tantinet de sa détresse. Les filles du maître de séant, lui firent la charité de leurs épargnes, à savoir : quelques sols. Un marchand de Rennes qui se trouvait dans la chaumière, le voulut lui-même conduire, avec son cheval, à Rennes; où le pauvre prêtre arriva, le 5 janvier 1644, à la porte du collège des Jésuites, ses frères. Mais Jogues, était tellement changé, dénudé, et somme toute, d'aspect si misérable, que le portier qui lui ouvrit, ne le reconnut point. Si bien, ma fille, qu'on eut pu lui appliquer, à l'imitation de son Divin Maître, ce passage des Ecritures : « IL est venu vers les siens, et les siens ne l'ont point reconnu ».

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Cependant, Jogues disant venir du Canada, avait demandé à voir le Père Recteur. Or, juste à ce moment, le Père Recteur se préparait à dire sa messe ct prenait les habits sacrés. Ayant oui, qu'un homme au parloir, disant venir du Canada, porteur de nouvelles, l'attendait, i! laisse son aube, sa chasuble, et va à sa rencontre. Tout en causan le Père Recteur lui demande sil connait |& Père Jogues. «Je le connais fort bien», réporil l'autre. COn nous a mandé qu'il était pris des [roquois» reprend le premier, «est-il mort, est-il encore captif?...»

A ces mots, le doux Jogues se jette aux pieds du Père Recteur en disant : «JL est en liberté, et c'est luimon R. P. qui vous parle...» Le Père le bénit, le relève et l'embrasse... Toute la communauté accourt, pour voir ce martyr ressuscité et pleurer de joie avec lui.

Et moi-même, ma fille, en entendant raconter ce trait, je n'ai pu m'empêcher de verser des larmes. Considérez aussi, ma chère Arthénice, par quelles voies extraordinaires Dieu mène ses saints.

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Enfin, la renommée de tant de prodiges s'étant répandue par la France entière, la Reyne-Mère voulut voir le Père Jogues; et c'est à la Cour, où il vint alors, (il y a de cela trois ans) !# que je le vis moi-même, tout mutilé, véritable martyr vivant. Au moment où j'écris, je me rappelle encore les paroles que prononça tout haut la Reyne-Mère, en entendant la narration de ses pieux agissements et de tout ce qu'il avait souffert. «On feint des romans, nous dit-elle, en voilà un véritable, entremêlé de grandes aventures». ...Ayant dit ces mots, elle baisa les mains vénérables de l'humble missionnaire de la Nouvelle-France.

Ces mains étaient dans un état si pitoyable, qu'on fut en doute dans sa communauté, s'il pouvait encore offrir le Saint Sacrifice; l'un des doigts consacrés, le pouce gauche, lui manquant complètement... Son cas référé au Saint-Père, celui-ci répondit: « ]ndignum esset Christi martyrem Christi non bibere sanguinem...'* Il ne serait pas juste, de refuser à un martyr de Jésus-Christ, de boire le sang de Jésus-Christ ».

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