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ai dit, qu'il y avait au delà de quatorze cents âmes de population.
Voici des détails sur Ville-Marie, que Madame de Bullion, serait, j'estime, bien aise d'entendre de votre bouche, noble Marraine.
De plus, le Sieur de Chomedey qui est à Paris, les ouirait aussi avec joie, je pense. ,
Peut-être, ignorez-vous cependant, la raison de l'intérêt que peut porter Madame de Bullion, !? à la lecture de mon épitre. Et bien voilà.
C'est que, la généreuse inconnue, qui a baillé l'argent nécessaire, à la fondation de l'Hôtel-Dieu et qui a envoyé Mademoiselle Mance présider à son élévation, n'est autre que cette dame. Vous aurez à coup sûr force occasion de la voir chez le Roy, pour lui faire part des choses que je vous mande.
Quant à Monsieur de Chomedey, comme il vit retiré, allant fort peu en visite de civilité, je doute, qu'à moins d'en faire surgir l'occurrence, vous puissiez le voir, aux fins de lui faire connaître ces détails. Si la chose vous agrée, invitez-le,en votre hôtel et lisez-lui telle partie de malettre qui l'inté-
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ressera. Il loge me dit-on, au Fossé Saint-Victor, près des Pères de la doctrine chrétienne. ?°
Je ne vous ai écrit jusqu'à présent, Marraine, que des trois postes les plus importants; mais il y a aussi tout le long des rivières, de nombreuses habitations.
Car, Duchesse, les cours d'eaux étant les principales voies de communication ici, les colons s'y établissent de préférence.
Aussi, j'opine qu'en remontant le cours de la grande rivière de Saint-Laurent, à partir de Tadoussac jusqu'à Ville-Marie, et de là, jusqu'à la rivière des Outaouais, qui mène au Pays du lac Huron, puis y naviguant, on peut voir une moitié des contrées explorées de cette colonie. Pour parcourir l'autre moitié, il faut après s'être rendu par la rivière Saint-Laurent jusqu'au fort de Monsieur de Sorel, entrer à cet endroit dans la Rivière-aux- Iroquois, que d'aucuns appellent Richelieu, et remonter ce cours jusqu'au lac Champlain. Alors, poussant au de là, dans cette région, on atteint le lac Saint-Sacrement et les cantons des Iroquois.
En accomplissant ces voyages, l'on passe, en route, les autres établissements de la Nouvelle-France.
C'est en vue de peupler l'intérieur des terres, que Monsieur l'intendant a donné l'essor en ces derniers temps, à: Bourg-Royal, Bourg-la-Reyne et Bourg- Talon, ?! à proximité de Québec, lesquels pourront tenir lieu de modèles, aux autres villesou hameaux, : à être fondés à l'avenir.
Et pour conclure, Duchesse, je vous mande que les habitations y sont pour la plupart confortables, presqu'autant que chez nous; et meublées quessi- | quemmi.
Les mets sont bons. Ceux qui ont de l'argent peuvent y faire grande chère, tout comme dans la vieille France.
Quant au climat, il est propice aux bleds et sain pour le corps. Les grandes chaleurs de l'été durent peu de temps et le froid de l'hiver bien que rigoureux, est si pur et vivifiant, qu'on s'y pâme de santé; les femmes surtout, Marraine. ? ?
Ajoutez que tous les colons et les habitants français sont affables, polis et secourables, ce qui
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fait que l'on vit, en cette France rajeunie, le plus content du monde.
J'apprends de science certaine, que sept ce nenfants sont nés dans la colonie, l'an dernier (1671), et l'on estime qu'il en naîtra environ onze cents, cette année (1672).2% L'accroissement naturel et les recrues de colons nous font augurer en sus, que le recensement de l'an prochain (1673), portera le nombre des Français d'ici, à plus de six mille sept cent. ?4
Il est oiseux d'écrire d'abondance, que les indigènes en beaucoup plus grand nombre y foisonnent. Et si l'on excepte certains Iroquois, qui sont des marauds et des cuistres, ennemis des Français, on peut à la vérité estimer, que les sauvages nous sont bons et serviables généralement...
Aù reste, plusieurs voyages d'explorations ont été faits cette année, et d'autres se préparent.
Monsieur de Saint-Simon avec le Sieur Couture et le jésuite Albanel scnt parvenus par terre à la baie de Hutson, que l'on voulait atteindre ainsi
depuis longtemps. * Vous savez, Duchesse, que l'Anglais Hutson l'avait reconnur, dès l'an 1610, en y naviguant par la Mer du nord.
Un Français du nom de Jolliet, né dans ce pays et qui y fut instruit au collège des Jésuites, à Québec, jusqu'à la philosophie, est parti cet automne (1672), pour aller à la rencontre du Père Marquette, jésuite, au lac Tracy, qu'on appelle aussi Supérieur, et qui se trouve dans la région, dont Monsieur de Saint-Lusson, ancien officier du régiment de Cari” gnan, prit possession l'an dernier (1671), au nom du Roy de France. Le Père Marquette et le Sieur Jolliet comptent partir de ce lieu au printemps prochain (1673), à la découverte d'une grande rivière, que les naturels dénomment Mitchi Sipi, ce qui signifie dans leur langue: Père des eaux.’ D'aucuns estiment, que là se trouvera le passage, vers la Mer du sud, et partant, la route du Japon, de la Chine et des Indes; royaumes fabuleux des épices, des soies et de l'or.
Mais, nous voilà rendus à cent lieues de Québec, Duchesse, revenons-y.
Je vous mande, que nous avons eu ici, nos Etats généraux; chose vous le savez, inusitée en France, depuis longtemps. Monsieur le comte de Frontenac les réunit à Québec, en l'église, que les Jésuites lui avaient prêtée et ornée, à cette fin, le vingttroisième d'octobre dernier (1672). La Noblesse, le Clergé et le Tiers-état y furent en grand éclat et cérémonie, formant un concours tel, qu'il n'y en eut jamais de semblable, en ce pays. Le nombre en fût de mille personnes. Tous prêtèrent serment de fidélité à notre grand monarque. Le gouverneur adressa un long discours. parlant à chacun des Etats en particulier, les priant de travailler de tous leurs efforts à l'agrandissement et à la prospérité de la Nouvelle-France. Il fit de plus, un bel éloge du Roy, qui contenta l'assemblée. ??
l - a cependant, une ombre. Monsieur l'intenda. s abstint d'y paraître; prétextant d'être retenu par la maladie.?# J'y vois protestations, de sa part.
Vous savez, Duchesse, que . »s princes, depuis longtemps se sont interdit de convoquer ces sortes
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de parlements de la nation entière, n'en n'approuvant pas la pratique.
En effet, les derniers Etats généraux ont été tenus à Paris, la quatrième année du règne de notre bien-aimé Louis XIII, coit en 1614, il y a donc cinquante-huit ans.
Je doute que Monsieur de Colbert et le nouveau ministre de l'Intérieur Monsieur de Louvois, goûtent cette façon d'agir de Monsieur de Frontenac. 329
Sa Majesté a d'ailleurs suffisamment laissé connaître ses désirs, sur la manière qu'elle entendait règner, disant à son Conseil, en prenant les rênes du royaume l'Étai c'est moi! »...
A Dieu ne plaise, qu'il ne me vienne en pensée, de dire du mal de notre gouverneur, mais Monsieur de Frontenac a ses idées à lui seul, sur bien des sujets et veut conduire cette colonie, à son entendement.
Partant, m'est avis, que si Monsieur de Courcelles, l'ancien gouverneur, n'était déjà en route pour l'Europe, et si Monsieur l'intendant Talon, ne fut retourné cet automne en France, tous deux
eussent eu avec Monsieur de Frontenac, forces occasions de brouilieries et de houspillades.
Au surplus, la question de la traite de l'eau-devie menace déjà de créer de graves contestes, entre ce dernier et le clergé...
Voici, belle Marraine, je l'avoue, une lettre bien austère pour une grande duchesse, accoutumée aux discours sur le Tendre et à la société des Divines.
Parlons de choses plus aimables et plus galantes.
A quelques jours de l'assemblée des Etats” Monsieur Talon étant sur le point de s'embarquer pour l'Europe, *° Monsieur le comte donna en son honneur, à Québec, un grand diner, et voulut qu'il fut d'une belle ordonnance, comme vous l'allez voir. #1
Vous eussiez pensé être ux iuileries.
Il y eut trois services.
Pour le premier, un grand potage, à savoir : un plat de saumon du Saguenay, bouilli avec force légumes, et quatre petits plats d'autres poissons, (barbue, esturgeon, morue et hareng). ... Comme