LE SCULPTEUR DE LA FORÊT-NOIRE. I I
Et i) continuait joyeusement, prenant ainsi possession, dans l'avenir, de tout ce qui flattait ses regards ou sollicitait son désir.
Enfin, après vingt jours de voyage, il aperçut devant lui une masse confuse qui barrait l'horizon, et au-dè*ssus de laquelle flottait un dôme de vapeurs : c'était Paris !
L'étranger avait laissé son adresse à Herman, lorsqu'il fêtait séparé de lui à Badenwiller, en lui recommandant de s'en servir s'il se décidait jamais à visiter Paris. Lo jeune sculpteur se hâta donc, à peine arrivé, de se rendre rue Saint-Lazare, où demeurait M. de Riol.
Celui-ci poussa une exclamation d'étonnement à l'aspect deCloffer.
— Vous ici, maister ! s'écria-t-il ; la montagne s'estlonc écroulée dans votre vallées ? les charbonniers d^
la forêt ont-ils brûlé votre cabane? ou bien êtes-i faite pour cause politique?
— Ma cabane est toujours à sa place, répondit Herman uriant, et le duc n'a point de sujet plus fidèle que
— Ainsi vous êtes à Paris... volontairement?
— Volontairement.
— Et qui a donc pu faire ce miracle?
— Vos paroles, monsieur.
Le Parisien regarda avec surprise le jeune Allemand, qui lui expliqua alors tout ce qui s'était passé.
— De sorte, reprit de Riol quand Herman eut achevé, de sorte, mon cher maister, que vous venez à Paris pour faire fortune?
— Je viens pour m'y faire connaître.
— C'est ce que je veux dire; nous vous aiderons à cela.
— Je compte, en effet, sur vos conseils, sur votre protection.
— Et vous avez raison; mais avant tout je veux vous faire voir nos artistes célèbres, j'en aurai demain ici plusieurs; venez diner avec nous, et apportez quelque sculpture.
— Soit.
— A demain donc, mais tard; car nous dînons ici à l'heure où vous soupez dans votre Allemagne.
— A demain, sept heures.
— C'est cela.
Ils se serrèrent la main et se séparèrent.
Herman employa une partie de la journée à chercher un logement et une pension. Il parcourut ensuite les jardins publics, admirant les statues et s'arrètant en extase devant les monuments.
Le lendemain, il était à l'heure indiquée chez de Hiol, qu'il trouva entouré d'une douzaine de jeunes gens auxquels on le présenta.
Il avait apporté son groupe d'enfants, qui excita l'admiration générale; un peintre trouva qu'il y avait dans cette œuvre du Benvenuto et du Goujon réunis, un sculpteur compara Herman au Dominiquin; et un journaliste, qui se trouvait là, vint lui serrer la main, en déclarant qu'il le proclamerait le lendemain, dans son feuilleton, le Canova de la Forêt-Noire.
On se mit ensuite à table, et la conversation roula presque uniquement sur la peinture et la sculpture. Herman fut singulièrement étonné de ce qui! entendit