‹ Au coin du feu (volume 3)Chapitre 13 sur 30 · LE SCULPTEUR DE LA FORÊT-NOIRE · texte numérisé non relu

LE SCULPTEUR DE LA FORÊT-NOIRE

qu'il ne put quitter la chaumière. La pauvre mère effrayée courut chercher un médecin.

Celui-ci examina le jeune homme avec attention, l'interrogea, lui prescrivit le repos, la distraction, et se retira. Dorothée courut après lui :

— Vous ne dites rien, monsieur? balbutia-t-elle en regardant le docteur avec angoisse.

Il parut embarrassé.

— La vérité ! au nom du ciel, reprit la mère éperdue.

— La vérité? balbutia le médecin.

— Je la veux.

— Eh bien!... Je vais prévenir le pasteur. Dorothée jeta un cri et se laissa tomber à genoux.

Le pasteur vint le lendemain sous prétexte de commander à Herman quelques travaux; mais le jeune homme sourit tristement : sentant les progrès du mal, il avait compris ce qui amenait le prêtre. Il lui ouvrit son cœur et lui racoftta tout ce que nous avons dit. Lorsqu'il eut achevé, celui-ci voulut hasarder une consolation; mais Herman l'interrompit.

— Ma douleur est guérie, monsieur, dit-il d'un accent pénétré. Près de mourir, la vérité m'est enfin apparue; tout ce qui est arrivé était juste. J'ai voulu changer les immatérielles jouissances de l'art contre les avantages de la fortune et les vanités de la célébrité; j'ai sacrifié mes affections et mon tranquille bonheur à un délire ambitieux; tôt ou tard je devais subir la peine de mes erreurs. Puisse-t-elle seulement servir de leçon. Si quelque autre, tenté par de vaines promesses, voulait

quitter nos vallées pour les grandes villes, racontez-lui mon histoire, monsieur; dites-lui ce que coûte le succès, sans rendre plus heureux ni meilleur ; répétez-lui enfin de cultiver son cœur et son intelligence non pour le profit, mais pour le devoir; car la joie ici-bas n'est "naux âmes simples.

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