CINQUIÈME RÉCIT
LE SCl'LPTKÏR DSi LA FORKT-KOIBS.
Il est impossible de parcourir le duché de Bade sans être frappé du caractère à la t'ois doux et sauvage de la contrée. Il n'en est aucune autre, peut-être, où les contrastes soient plus heureusement ménagés. Tout a son effet et son harmonie ; on dirait un parc immense doni Dieu a été l'architecte, et où il a réuni tous les charmes de la création.
Mais c'est surtout à la lisière de la Forêt-Noire que les sites prennent un aspect impressif. Là, les vallées qui s'étendent jusqu'au Rhin se resserrent tout à coup, et finissent par n'être plus qu'une fente de rocher, donnant à peine passage aux petits chevaux des fabricants d'eau de cerises (kirschwasser). Vues d'une éminence, elles représentent d'immenses triangles dont la hase borde le fleuve et dont le sommet se rattache à la montagne par un étroit sentier.
L'herbe de ces vallées, arrosée par des eaux thermales, pousse à la hauteur des blés, toujours verte, ondoyante, et nuancée de plus de fleurs qu'un savant n'en pourrait classer en un jour. On dirait un tapis de velours et de soie étendu au pied de la forêt.
Celle-ci couvre les collines, autour desquelles elle tourne, en formant mille spirales de verdure et s'arrêtant au-dessous des sommets les plus élevés, qui montrent, de loin en loin, leurs têtes chauves et blanchies de neige.
Or, c'était entre deux de ces collines, au fond d'une des gorges étroites où viennent finir les vallées, qu'habitait, il y a quelques années, un jeune homme, appelé Herman Cloflfer, dont aujourd'hui les vieillards répètent souvent l'histoire à leurs fils. Nous la donnerons ici, non telle qu'on la raconte dans la montagne, mais telle que le ministre de Bademwiller nous l'a fait connaître, avec tousses détails et tout son enseignement; car il avait aimé Herman dès son enfance, et avait reçu ses confidences à son lit de mort.
Herman était fils d'un maître d'école. Son père lui