‹ Au coin du feu (volume 4)Chapitre 3 sur 17 · AD LECTEUR · texte numérisé non relu

AD LECTEUR

subtil qui ne peut être respiré que dans la solitude, tantôt des sentiments qui nous remuent assez profondément pour que le regard des tiers nous embarrasse, tantôt des images trop vives pour être facilement contemplées à plusieurs. L'intimité domestique a ellemême ses réserves, elle ne permet guère de lire que ce qu'elle permettrait de raconter. La brièveté des loisirs communs exige, en outre, de courts récits ; on aime à se séparer sur une impression complétée, que chacun emporte comme un thème pour ses réflexions. La lecture des longues œuvres est difficilement achevée, ou entraîne à des empiétements sur les devoirs, et alors l'idéal, au lieu d'agrandir le réel, finit par le dévorer.

Quant à la nature môme des romans ordinaires, elle s'oppose encore plus nux lectures de famille. Tandis que quelques auteurs refont Amadis de Gaule et ne sortent ni des grandes passions, ni des grandes aventures, ni des grands coups d'épée ; que d'autres, attentifs au monde véritable, mais obligés de réveiller à tout prix des curiosités blasées, vont chercher dans l'exception des tableaux qui saisissent; les plus pirissants entrent au cœur même de l'homme et de la société, dont ils nous dévoilent les sombres profondeurs !

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