‹ Au coin du feuChapitre 12 sur 26 · LES DEUX DEVISES. 7S · texte numérisé non relu

LES DEUX DEVISES. 7S

sQivit H. RosmaQ qui avait eu la bonté de l'allendre. En amvant chez ce dernier, il trouva madame Chsilotte et sa fille Louise préparant le tbé devant un feu de pommes de pins. Son conductenr dit & Hemi-voix quelques mots aux deux femmes qui accueillirent le jeunb bomme avec courtoisie. Ou le força à ptendre place devant la table, tandis que Louise remplissait les tasses. Quant à madame Charlotte^ elle n'était point encore revenue du trouble occasionaé par le voyage ; elle prétendait sentir^ dans son fauteuil, les oscillations de la diligence, et retrouver le bruit des roues dans les frémissements de la bouilloire. Elle s'informa pourtant de ce qu'était evenu le jeune bomme qui, à Ceraay, avait pris l'impériale d'assaut, et M. Rosman raconta ce qui venait de lui arriver à l'auberge.

— Mais il ne cherche donc partout que guerre et procès I s'écria madame Charlotte; c'est un homme à fuir comme le l'eu

— On ne saurait trouver un coeur plus loyal, fit observer Muizen ; il tient seulement à suivre partout sa devise Chacun son droit.

— Tandis que la vôtre est : Charité, reprit en souriant la vieille femme. Oh I j'ai tout entendu à Cernay,

*— Vous voyagez ensemble? demanda M. Rosman.

— Nous sommes cousins, répondît Joseph, et nous Tenons à Kaysersberg pour un testament dont l'ouver* ture doit avoir lieu"demain,.

— Un testament 1 répéta madame Charlotte étonnée.

— Celui de notre oncle, du docteur Harver.

Les deux femmes et M. Rosman firent un mouvement.

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— Ah I vous êtes les parents du doctenr? reprit 06' âernier, en regardant le jeune homme; le hasard ne pouvait alors mieux tous adresser, monsieur; car j'ai été son anaien compagnon et sonmeilleur ami.

Cette espèce de reconnaissance servit d'introduction pour parler du mort. Mulzen ne l'avait jamais vu, mais il ressentait pour lui cette affection respectueuse que l'iostinct établit entre les membres inconnus d'une même famille. H causa longtemps du docteur, écouta avec un intérêt ému tout ce qu'on lui raconta de sa vie, de ses derniers instants ; enfin, après un de ces entretiens intimes dans lesquels les Ames s'oublient et se laissent voir l'une & l'autre sans déguisement, il monta à la chambre qui lui était destinée, enchanté de ses hôtes qui se retirèrent également satisfaits.

La fatigue prolongea son sommeil, et lorsqu'il se réveilla le lendemain, il était déjà tard. Il s'habilla i U h&te pour rejoindre son cousin avec lequel il devait se rendre chez le notaire ; mais il trouva ce dernier au salon en comp^nie de M. Rosman et de Henri que l'on avait fait chercher. Madame Charlotte et Lomse ne tardèrent pas elles-mêmes à. paraître. Quand tout le monde fut réuni, M. Rosman se tourna- vers les dâuxieunes gens, et dit en souriant :

— Personne ici n'est étranger & l'affaire qni vous conduit à Kaysersberç, messieurs; car ma belle-EMeur, madame Charlotte Revel, et sa nièce Louise Armand, dont je suis le tuteur, y viennent comme vous pour assister & l'ouverture du testament de leur frète et oncle le docteur Harver.

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Les denx jennes gens saluèrent rnsdama Cbariotte et mademoiselle Louise, qni leur rendirent le saint.

— J'ai pensé, continua H. Rosman, qoe la lecture det dernières dispositions dn docteni pouvait se faire cbex moi, puisque le hasard y avait réuni tontes'les parties intéressées.

Henri répondit par un signe d'assentiment. Chacun t'assit, et le notaire allait briser le cachet dn testament, lorsqu'il s'arrftta.

— Ce testament est d'une date déjà ancienne, flt-il observeTi et, dans les derniers mois de sa vie, M. Harver m'avait exprimé plusieurs fois l'intention de le détruire afin de laisser à chacun de ses héritiers la part réglée par les lois. S'il ne l' a point &it, je ne pois l'attribuer qn'i la rapidité de sa mort. J'ai dû déclarer ceci pour la décharge de ma conscience ; maintenant je demande à toufiles intéressés présents, s'ils ne veulent pointaccom> plir l'intention du docteur, et annuler d'un commun accord le testament, avant qu'aucun d'eux sache s'il le dépouille ou s'il l'enrichit. ,

Cette proposition inattendue fut suivie d'une panse de quelques instants. Mulzen fat ie premier i prendre la parole.

— Ponrmapart, dit-il d'un ton modeste, n'ayant ancnn droit particulier & la bienveillance du inort, je ne puis regarder comme un sacriSce l'acceptation de l'éga* lité dans les partages, et j'y accéderai volontiers.

— Je n'y mettrai point d'obstacle pour ce qui me regarde, continua madame Charlotte.

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— Et moi j'y consentirai, au nom de ma papule^ ajouta M. Rosman.

— Alors, dit le notaire en se tournant vers Henri, il ne reste que monsieur...

Gelui-ei parut éprouver quelque embarras.

—Je q'^, comme mon cousin, dit-il, aucun motif d'espérer une disposition testamentaire qui me favorise ; mail par cela môme Je dois me montrer plus réservé. Quelles qu'aient été les intentions du docteur, son testament seul doit aujourd'hui faire foi; anéantir d'avance ses dispositions, c'est attenter k la fois au droit du teatateuz et à celui du légataire inconnu.

— N'en parlons plus alors, interrompit le notatre; l'unanimité seule pouvait légitimer ma proposition; restons dans le droit de chacun... comme le demande monsieur, et veoillez écouter.

^ A ces mots il dédiira l'enveloppe, ouvrit le testament; et lut ce qui soit:

c Des quatre héritiers qui peuvent prétendre & ma succession, je n'en connais que deux, ma soeur Charlotte Revel et ma nièce Louise Armand; mais toutes deux n'ont, depuis longtemps, qu'un mfcrae intérêt comme elles n'ont qu'un même cœur, et ne forment, en réalité, qu'une seule personne; je n'ai donc véritablement de ce côté que Louise pour héritière. Ua première intention avait été de lui donner ce que je possède; mais parmi mes deux autres neveux, il peut s'en trouver un également digne de tout mon intérêt ; reste seulement la di^ ficùlté de le distinguer.

■ Ne pouvant le faire moi-même, et connaissant l'in*

D,mi,.=db,Gooylc j

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telligence et le tact de ma nièce I^uise^ je m'en remets

& son jugement, et je déclare prendre ponr légataire uni-

veisel ceini des deux cousins qu'elle choisira pour mari

«Haetbe.»

n 7 eut, après cette lecture^ un asses long silence. Les ' deux jeunes gens paraissaient embarrassés, et Louise, confuse, tenait la tète baissée.

— Dieu me pardonne 1 le docteur a donné là à ma nièca nnertâche difficile 1 s'écria madame Charlotte.

— Moins que tous ne le croyez, ma sœur, dit Rosman en souriant. Je connaissais depuis longtemps le testament d'Harrer, et j'avais pris en conséquence mes informations ; tout ce que j'ai pu apprendre m'a prouvé que, quel que soit le choix de Louise, elle n'a rien à craindre.

— Alors que mademoiselle décide, reprit le notaire en riant; dès qu'il y a sûreté, ce n'est plus qu'une affaira d'inspiration.

— Je m'en rapporterai à ma tante, murmura la jeune fille^ qni se jeta dans les bras de madame Charlotte.

— A moil reprit celle-ci...; mais c'est fort embarrassant, ma chère, et je ne sais en vérité...

£n prononçant ces mots d'un air incertain, son regard avait glissé sur Mulzen ; Henri s'en aperçut.

— Ah 1 votre 'choix est fait, madame, dit-il vivement, et, quoi qu'il puisse me coûter de regrets, je dois l'approuver.

— Mademoiselle, ajouta-t-il en prenant Joseph parla main et le conduisant jusqu'à la eune fille : votre tante

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a bien tu et bien \ag& ; mon cousin vaut mieux qae mot.

— Ce que tous faites prouve le contraire, dit madame Chariotte attendrie, mais nous connaissons déjà un peu M. Uulien; et puis... tenez... vous mérites qu'on tous dise toute la Téril4...

— Dites, dites I interrompit Fortin.

— Eh bien 1 s& devise me rassare> tandis que U Tfttre me fait peur; il promet Tindulgence, et vous la jastice. BélasI cher monsieur, la.justice peut suffîreauz anges, mais pour les hommes il faut de la charité.

— Peut^He avez-TOua raison, madame, dit Henri pensif; oui, depuis hier, les faits semblent s'être succédé, à dessein, pour me donner ime leçon. La rigoureuse défenseâe mon droit a toujours tourné contre moi,

' tandis que la bienveillance de mon cousin a toujours tourné i son profit. Oui, la devise de Josepb vaut mieux que la mienne; car ello est plus près de la loi de Dieu : le Christ n'a pas dit : À chacua son droit; mais bien : ÂitMX votre prochain cotmw votu-nUme,

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