QUATRIÈME RÉCIT
M Pofrre ET LE PAYSAN
UnjeunehommecAtoyaitlaforëtqDiBépueSainte-Ha' tie-aux-Mines de Ribauvillé, et, malgré la. nuit qmveiiait, malgré la brome à chaque instant pins épaisse, il maz^ chaitlentement sans prendre gardean tenipset iriieuie.
Son costome de-diap vert, ses guêtres de daim et l'élégant fusil qu'il portait en bandoulière auraient pu la EÙK regarder comme uQ Nemrod, si le vqIuiuq >i-j i t-n--
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tait & demi de sa gibecière n'eût ttahi le tAveor poui qni ' la poursuite du gibier n'est qu'un préteste de solitucl«. Dans ce moment même, la noucbalance méditative de sa démarche démentait ses apparences cynégétiques, et prouvait qu'Arnold de Munster songeait moins à ob* servPT la piste des bêtes fauves, qu'à suivre, dans leurs détours, toutes les fanjalsies dé sa pensée.
Depuis quelques instants, celle-ci s'était reportée sur ' le souvenir de la famille et des amis laissés i Paris. Il se rappelait l'élégant atelier décoré par ses soins de gravures fantastiques, de toiles curieuses, de statuettes -étranges ; les mélodies allemandes que chantait sa sœur, les vers mélancoliques répétés par lui à la lueur voilée des lampes du soir, et ces longs entretiens où chacun apportait la confidence de ses sensations les plus intimes, où tous les mystères des sentiments étaient tour à tour soumis à la discussion, examinés, traduits en paroles enflammées ou charmantes t Pourquoi avait-il quitté cette société d'élite et ces plaisirs choisis pour venir s'enfermer dans une campagne de l'Alsaceï La nécessité des affaires était^lle une excuse suffisante à cette espèce de déchéanceT N'eût-il pas mieus valu affronter une perte d'argent que la prosaïque existence de la province? Qu'allait devenir, bu milieu des natures vulgaires qui l'entouraient, la nature délicate et choisie dujeune hommeï
Tout en s'adressant ces questions et beaucoup d'auti-es, Arnold de Munster avait continué à marcher sans s'occuper de la ronte suivie. Il fut enfin arraché à sa méditation par l'impression dn brouillard qui se transformait en pluie et commençait & pénétrer sa veite d«
LE FOàTE KT LE PATSAR. 83
chasse, n voulut alors h&ter le pas ; mail, en regardant autour de luij il s'aperçut qu'il s'étaitperdn dans les d^ tours de la forètj et chercha en vain & reconnaître la direction qu'il fallait prendre. Un premier essai ne lénitil qu'à l'égarer davantage. Le jour disparut, la pluie devint plus épaisse, et il continaait à s'enfoncer au hasard duu des routes inconnues.
Le découragement le^agnait, lorsqu'un bruit de grelots arriva jusqu'à Ini i travers les arbres dépouilMs. Un attelage, conduit par un gros homme en' blouse, venait de paraître sur une route laUrale et se dirigeait vers le carrefour qu'il venait d'atteindre.
Arnold s'arrêta pour l'attendre, et lui demanda >il était loin de Bersberg.
— SersbergI répéta le durretier; j'eapère bien qn« c'est pas là que vous comptez coucher ce soirT
— Pardonnez-moi, répliqua le jeune homme.
— Au château de Sersbergi reprit son intariocuteur; alors, faut que vous connaissiez un chemin de fer 1 II y a six bonnes lieues d'ici la griUe ; et, vu le temps et les routes, elles en valent douze.
Le jeune homme se récria. Il était parti le matin du chÂteaUj et ne pensait pas s'en ttre autant éloigné ; mais le paysan comprit à ses explications qu'il avait fait fausse routd depuis plusieurs heures, et qu'en croyant reprendre le chemin de Seraberg, il avait continué à lui tourner le dos. Il était trop tard poor réparer une pareille erreur : le viUage le plus voisin était distant d'une lieue, et Arnold n'encooDaissait point lo chemin ; force Ini fut donc d'accepter l'abri offert par son nouveau eomp^ïion, ..Cookie
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dont la fenne se trouvait beurensement à quelques portées de fosil.
Il légla^ en conséquence, son pas sxxt celui du charretier> et essaya de nouer conversation avec lui ; mais Uoser était peu causeur, et paraissait complètement étranger aux fiensations habituelles du jeune bomme. Quand ce dernier lui montra le ma^fique borizon qui s'étendait sous leurs yeux au sortir de la forêt, et qu'empourpraient les dernières lueurs du soleil couibant, le fermier se contenta de faire la grimace.
— Mauvais temps pour demain ! murmnra-t-il en ramenant sur ses épaules la limousine qui lui servait de manteau.
— On doit voir d'id toute la vallée, reprit Arnold, qui cherebait i percer les ténèbres dont les pieds de la colline étaient déjà enveloppés.
— Oui, oui, dit Moser en bocbant la tête ; la cbienne de oAte est assez baute pour ça? En voilà une invention qui ne profite pas à beaucoup I
■ —Quelle invention 1 .
— Eb bien, parbleu I les montagnes.
— Vous aimeriez mieux la plaine partout?
— Tiensl cette question! s'écria le fermier en riant; autant me demander si j'aimerais mieux ne pas éreinter mes chevaux.
— C'est juste, dit Arnold avec une ironie quelque pen méprisante; j'oubliais les chevauxl Ilest clair que Dieu aurait dû surtout y penser lorsqu'il créa le monde.
Dieu, je ne sais pas, reprit Moser tranquillement; mais pour sftr, les ingénieuTS auraient tort de les on-