‹ Au coin du feuChapitre 16 sur 26 · ONZIEME REGIT · texte numérisé non relu

ONZIEME REGIT

LES CHOSBS INUIlLn

— La diligence de Paris I cria un garçon d'auberge, ca onvrant la pwte de la saUe à manger du Grand-Pétiean, à Golmar.

Un voyageur de moyen ige, qui achevait de déjeuaeise leva précipitamment à cett« annonce et courut à l'en trée de l'hâtel, où la lonrde voiture venait de s'arrêter.

DanBlem&inemstaiit>unjeuiiehommemettait latéU'

D,mi,.=db,Gooylc

à la portière du coupé. Tous deui se leconourent et poussèreut une exclamation de joie.

— Mon père 1

-'Camillel

A ces deux cris Jetés en même temps, la portièie fut rapidement oaverte ; le nouvel arrivant ;fraQcliit d'un bond le marcbepiedj et vint tomber dans les bras du plus vieux voyageur qui le tint loi^mps pressé contre sa poitrine.

Le père et le flls se revoyaient pour U première fois, après une séparation de buit années que ce dernier avait dû passer à Londres chez un oncle de sa mère. La mort de ce parent, dont il se trouvait héritier, lui permettait enfin de rejoindre la maison paternelle qu'il avait quittée presque enfant et où il revenait majeur.

Après le premier attendrissement et les premières questions, U. Isidor Berton proposa à Camille de repartir sur-le-cbamp pour la campagne qu'il babltait près de Ribeauvillé; celui-ci, pressé de revoir le logis où il était né, accepta; te cabriolet fut attelé, et tons deux se remirent en rout«.

n y a danB ces premières entreviies, à la suite d'une • longue absence, un certain embarras curieux qui entrecoupe l'entretien de silences involontaires. Désaccoutumés l'un de l'autre, on s'étudie, on s'observe, on s'efforce de découvrir les cbangements que le temps & dû apporter aux idées comme aux personnes; on recherche le passé (tans le présent avec une sorte d'incertitude inquiète. M. Berton surtout était anxieux de connaître le jeune homme qui lui revenait à la place de l'enfant

D,mi,.=db,Goog[e

LES CHOUB HtUTOES. 903

quil avait vu partir. Pareil au médecin qui examine un malade, il l'inteTrogeait lentement, observait chacune . de 868 impressions, et analysait ses moindres paroles.

ToBt en continuant son étude, il finit pooilant par se laisser emporter au courant de la conversation, et se mit i lui parler de ses propres goûts et de ses occupations depuis son départ

Le propriétaire de Ribeauvillé n'était ni un savant ni an artiste; mais, impuissant à produire, il aimait ce qu'avaient produit les autres; c'était un miroir qui, sans rien créer, reflétait la créationlaucmi élan de l'intelligence ne lui était indifférent, aucune émotion étrangère. Il s'intéressait à toutes les découvertes, s'associait à tontes les tentatives, encourageait tous les efforts. Pour lui, vivre n'était point seulement entretenir l'étincelle que Dieu a mise en chacun de nous, mais l'ae* croître et l'enflammer aux autres étincelles. Grâce aux loisirs que lui faisait un riche patrimoine, son activité avait pu se développer librement, en dehors des préoccupations du besoin. N'étant enchaîné sut aucune route, - il les avait parcourues toutes & la suite des travailleurs, soutenant leur courage par ses récompenses ou ses sympathies. L'Alsace l'avait vu i la tète de chaque entreprise formée au profit des lettres, des sciences ou des arts, et les musées dp Strasboui^ avaient étâ enrichis

Dans ce moment encore, il faisait exéCQter des fonilles dispendieuses aux flancs d'une colline, où quelques vestiges de poteries antiques avaient été découverts. Il montra, ne passant, à son ûls, la bulle romaine; et lui

204 kv COIN DO nn.

■/aconta commeot, pour l'acquérir de son posseeeeur, U (.^ait doixnéj en échange, un arpent de ses meilleuis ylréa.

Camille parut surpris.

— Tu trouves que je suis bien fou, n'est-ce pasî demanda M. Berton qui l'observait.

— Pardon, mon père, dit le jeune homme, je m'étonne seulement du marché.

— Pourquoi cela?

— Parce qu'il me semble qu'en toute chose on doit avoir égard à l'utilité, et qu» cette colline aride ne peut valoir un arpent de prés.

— Je vois que tu n'es pas archéologue.

— n est 'nai; je n'ai jamais bien compris ce qoo prouvent de vieilles poteries, et quel intérêt on peut prendre à des générations éteintes.

M. Berton regarda son âls, mais ne répondit rien. Jaloux de le connaître à lond, il ne voulait pas effaroucher sa confiance par un débat, n j eut quelques instants d' uu silence qui fat tout à coup interrompu par le cri de Camille, n venait d'apercevoir au loin, parmi les arbres le manoir dont il avait reconnu la grande tourelle.

— Ah 1 oui, c'est mon observatoire, dit son père en souriant; car je ne suis pas seulement antiquaire, mon pauvre ami, je me suis fait, de plus, astronome.

— Vous, mon père!

— J'ai transformé notre tourelle en cahinet de tra ail, »t j'y ai braqué un télescope avec lequel j'examine ca qui se passe dans les astres.

— Et vous tiouvez plaisir & vous occuper d& choses

LES WOSXS INUTILES. 903

qai sont hors de Totie portée, auxquelles tous ne pouvez rien changer, et qui ne vous rapportent rieni

— Cela emploie le temps, dit M. Berton, qui continuait k éviter une discussion sérieuse. Du teste, tu en verras bien d'autres. L'ancienne basse-cour & été transfonnée en volière, et le verger en jardin botanique.

-"Tous ces changements ont dû vous coûter fort diers — Et ne me rapportent çien.

— G'est^Hiire alors que vous les condamnez vousmême.

— Je ne dis pas non; mais nous voici arrivés : descendons.

Le palefrenier accourut pour prendre les rSnes, et nos deux voyageurs le laissèrent conduire le cabriolet aux remises, tandis qu'ils entraient au manoir. ■ Camille trouva le vestibule encombré de vieilles armures, d'échantillons géologiques et d'herbiers relatifs i la flore alsacieime.

— Tu cherches une parère pour ton manteau? dit H. Berton, qui le voyait regarder autour de lui avec une sorte de désappointement; cela serait, en effet, plus Qtile que mes curiosités ; mais passons au salon.

Le salon était orné, depuis'les pliuUies jusqu'aux corniches, de peintures, d^ dessins rares ou de médailliers. he propriétaire voulut faire admirer quelques cadres à son âls ; celui-ci s'excusa sur son ignorance.

— Au fait, tout cela n'a pas grande importance, dit M. Berton avec bonhomie ; nous sommes de grands enfants que les curiosités amusent ; mais je vois avec plai* sir que tu as pris la vie par lis cAté pratique.

C06 Ati COIN DO tas.

— Je le dois & mon oncle Barker, fit observer CamlUo vrec pue modestie Tin peu .théâtrale ; il se plaignait soarent du temps et des trésors dépensés poor les frivoles merreilles de l'art, et cherchait en vain quel profil l'humanité pouvait tirer d'un papier uoitci ou d'une toile peinte.

Ils forent interrompus par l'arrivée d'un domestique qui annonçait le dîner et qni remit à H^ Berton un livre nouveau arrivé par la poste : c'était l'œuvre impatiemment attendue d'un poëte favori. 11 se mit d'aliord à la parcourir; mais s'anètant tout à coup et relermant le livre :

— Allons, dit-il, ne vals-je pas retarder ton dîner pour des vers ! L'oncle Barker ne me l'aurait point pardonné.

— J'en ai peur ! répondit Camille en souriant ; car il avait coutume de demander à quoi servent les poëmes.

I.e père et le fils se mirent à table, où la conversation continua sur le même sujet. Camille développa librement les opinions qu'il devait à l'oncle Baiker; car ce dernier lui avait appris à être sincère; seulement cette sincérité provenait moins, chez le vieil économiste, de l'adoration du vrai, que de l'amour de l'utile, n respectait la ligne droite, non parce qu'elle était droite, mais parce qu'il la savait courte. Pour lui, le mensonge était un faux calcul, le vice un mauvais placement, la passion une dépense exagérée 1 En toutes choses l'utilité restait la suprême loi. De là je ne sais quelle aridité même dans les bonnes actions du vieillard; ses vertus ne paraissaient plus que des problèmes bien résolus.

LIS cHoffls nojrn.ts, 407

Camille avait adopté la doctrine de son onele avec l'ardeur que met la jeunesse i accepter l'absolu. Ramenant peu à pen toate chose à cette définitive question : A giMri cela $ert-4l? son raisonnement (qu'il prenait poui sa raison) avait réduit les devoirs sociaux à dei propositions mathématiques. Guéri, comme il le disait, de l'aliénation mentale appelée poétîe, il avait traité la vie à la manièredece juif qui gratta un tableau ^u Titien, afin d'avoir une toile nette et qui f At bonne à qwUpu chose.

M. Berton l'écouta développer ses opinions sans montrer ni mécontentement ni impatience. 11 opposa quelques objections que le jeune homme réfuta victorieusement, parut frappé de ses raisons, et ne se sépara de lui qu'après avoir déclaré qu'ils en reparieraient.

Le lendemain et les jours suivants, M. Berton ramena, en effets l'entretieD sur le même sujet, cédant de pins en plus comme un homme que gagne la persuasion. Camille, devenu^rofesseur de son père> s'exaltait dans ce r&le singulier, et redoublait d'éloquence en se sentant triompher. Enfin, obligé de s'ahsenter ponr visiter quelques parents établis dans le voisinage, il laissa H. Berton complètement converti.!

Son absence dura huit jours : ce temps avait sufB pour faire épanouir les bourgeons et fleurir la campagne. Lorsqu'il i-evint, le printemps éclatait partout dans sa jeune splendeur. On voyait les hirondelles nager dans le bleu dn ciel avec des cris joyeux, les chants des paysannes s'élevant des lavoirs répondaient à ceux des pâtres égarés dans les friches, et la brise attiédie, qui faisait ondoyer les blés verts, secouait sur tous les che-

mins les senteurs de Vaul>épiiie> des piimerères et de la violette.

Malgré son insensibilitésystématigae pour toatepoésie, Camille ne put édiapper complètement à celle de ce réveil de la création. Sans j prendre garde, il se laissa aller aux charmes de la lumière, du chant, des par- ' fums ; uue émotion ùiTolontaire le gagna, et il arriva au manoir dans une sorte d'enivrement.

n rencontra son père au milieu du parterre qui servait de cour d'entrée. M. Berton était entouré d'ouvriers auxqtiels il faisait arracher les fleurs et couper les arbustes. Denxlilas, qui ombrageaient les fenêtres du re^ de-chaussée de leurs touffes embaumées, venaient d'être abattus pour faire des bigots.

Le jeune homme ne put retenir un cri de surprise.

— Ah I te voilà, dit M. Bertoà en l'apercevant; parbléul tu arrives à propos ; viens jouir de ton triomphe.

— Mon triomphe I répéu Camille qui ne compreiiait point.

— Ne vois-tu pas que je suis devenu ton disciple) reprit le propriétaire de Ribeauvillé; j'ai beaucoup réfléchi à ce que ta m'as dit, mon cher, et j'ai compris que l'oncle Barker et toi vous aviez raison. Il faut retrancher de la vie les choses inutiles. Or, les fleurs et les arbustes sont dans on jardin ce que sont les poëmes dans une bibliothèque; et, comme ta le disais très-bien, à quoi peut servir un poëmel... à moins que ce ne soit à allumer du' feu comme mes lilas. Mais viens, -viens, tu verras bien d'antres changements; j'ai mis à profit ton absence, et j'espère que tu seras content de moi.

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ISS CHOSSB immtKS. 909

En parlant ainsi, M. Berton passa familièrement un de ses bras sons celui de Camille, et le Qt entrer an manoir.

Le vestibule avait été débarrassé des curiosités qni le remplissaient aatrefois, et on leni avait substitué des garde-cannes, des crachoirs et des porte^manteanz. An salon, tous les dessins et toutes les peintures étaient également enlerés; et la muraille complètement nue avait été blanchie à la ch&ox. Des meubles unis et rectangulaires remplaçaient les sièges 'à la Louis XIU, les bahuts gothiques et les dressoirs renaissance qu'on y voyait auparavant.

M. Berton jeta à son fllsmn regard rayonnant.

— Eh bien 1 dit-il, tu ne m'accuseras pas cette t: /.s da sacrifier aux merveilles frivoles de l'art; notre salon n'a plus que ses quatre mars dont personne ne peut coc^ster l'utilité. Nous aurons là maintenant une place toute trouvée pour suspendre nos graines potagères, accrocher nos fusils ou déposer nos sabots.

Camille voulut hasarder quelques objections, mais son père loi ferma la boui ue en lui rappelant l'anathème prononcé contre « le paplei- aoiKi et lod toiles peintes « qui n'avaient jamais été d'aucun profi- ';)Our l'hunia- » nité. »

Les changements, du restn, --.ie s'étaient point arrfttéa an salon ; la maison entière ^vait subi lu même transformatioD. Ce qui n'avait pour but que de plaire avait été impitoyablement sacrifié. Tout avait d^.'^onnais an usage journalier, positif; l'agréable s'étâ't partout effacé devant le nécessaire!

IfO AU corn DU vstr.

M. Berton, qui montrait cette nouvelle organisation avec un certain orgueil, avertit Camille qn'il n'en resterait point là. Son parterre détruit allait âtre teansformé en basse-cour, son jardin botanique en parc à fumieis. La nouvelle destination qu'il devait donner à son observatoire n'était point encore arrêtée j il balan* çait entre on moulin & vent et un colomSier I

Camille^ stupé^t de l'ezag,ératioQ de la réforme, mais arr&té par les principes qu'il avait professés luimême, s'abstenait d'applaudir, ne pouvant bl&mer.

Voulant enfin sortir d'embarras en. parlant d'autre chose, il demanda s'il ne lui était point arrivé de lettres d'Angleterre.

— Je crois bien qu'on en a présenté, dit son père, mais comme tu n'as li-bas aucune affaire, j'ai donné o^re de les refuser.

— Que dites-voust s'écria Camille; j'attendais des nouyelltis d'un de mes meilleurs amis qui avait promis de me tenir au courant de la qaeetion d'Irlande I

— BaJil reprit M. Berton viic indifférence; quel plaisir peui<tu trouver à f occuper de choses qui sont hors de ta portée? L'Irlande n' est-elle point pour toi ce qu'étaient pour moi .les astïesî « Ses révolutions ne te B rapportent rien et tu n'y peux rien changer, s

— Mais j'ai l'intérÈt de mes sympathies l objecta le jeune homme.

— Peuvent-elles te servir ou servir à l'Irlanddî tlumanda tranquillement M. Berton; pens^s-ta que tes prévisions luiluent sur sa desLiuée, que tes vœux lui soiiint de quelque secoursl

IB9 CHOSBS INDTILI9. Ut

— Jo né dis pas celaî

— La dépense de ports de lettres n'est donc atile i penonneî Le leconnaltre, c'est la condamner toi-même.

Camille se mordit les lèvres, il était battu par ses propres armes et se trouvait d'autant plus irrité de l'Être. Cette rigouteuBe application de ses doctrines avait l'air d'un châtiment. Il prit de riiumeur^ et^ sans attaquer les principes, il se mit à critiquer en détail les «hange> ments projetés ou accomplis; mais M. Berton avait tout prévu et trouvait réponse à tout; enfin Camille, à bout d'objections, prétendit que le parterre ne pouvait convenir à sa nouvelle destination, et qu'une basse-cour devait être pavée. Son père se frappa le font. . — Parbleut tu as raison, s'écria-t-il, j'ai justement pour cela ce qu'il me faut, des dalles de six pieds.

— Où celai demanda le jeune homme.

— Dans le petit cimetière de la chapelle, il y a les pierres tombales de notre famille qui ne servent à rien...

— Et vous voulez en faire des pavésî s'écria Camille.

— Pourquoi pas î Tiendrais-^u par hasard à de vieilles pierres, et f int^resserais-tu à des générations éteintes?

— Ah I c'en est trop ! s'écria Camille, vous ne parlez pas sérieusement, mon père! vous ne pouvez croire que les instincts, les goûts, les sentiments doivent être soumis à l'arithmétique grossière de l'intérêt; vous ne pouvez vouloir que l'âme humaine devienne un livre en partie double où les chi'jres seuls décident. Je comprends tout maintenant: ceci est une lei^n.

— Ou plutôt un exemple, dit M. Berton en prenant la

fit Av com Dv mr.

main de son flls. J'ai voulu te montrer où conduisent les doctrines de l'oncle Barker, et dans quel dénAtnent laissait l'abondance des seines chose? utiles. N'oublie Jamais la sainte parole que tu as entendu répéter dans ton enfance : L'homm» ne vit point seulement de pain, c'est-à-dire de ce qni est nécessaire à sa vie mat^riellel U lui faut Ai pins tout ce qui nourrit l'&me; il a besoin de la science, des arts, de la poésie 1 Ce que vous appelez les choses inutiles sont précisément celles qui donnent du prix aux choses utiles ; celles-ci entretiennent la vie, les autres la font aimer. Sans elles le monde moral deviendrait semblable & une campagne sans verdure, sans fleurs et sans oiseaux. Une des sérieuses différences qui distinguent l'homme de la brute est précisément ce besoin d'un superflu immatériel. H prouve nos aspirations plus élevées, notre penchant vers l'inâni, et l'existence de cette portion de nous-mêmes qui cherche sa satisfaction au delà du monde réel, dans les suprêmes joies de lldéaL

DOUZIÈME RËCIT

Antoine Lirenx, fermier des Jonchëres, était debout devant sa maison, dont i] examinait latoiture de chanme avec on air soucieux.

— V'ià déjà la mousse qni a regarni le faite, murrUDrait^-il ; la verdure va gagner partout, et les greniers redeviendront humides comme des caves ; mais ceux de la ville trouvent que c'est bien toujours asses boa poar du paysans.

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su *n COIN DO ren.

— Qu'appelet-vous ceux de la ville, mon cïierT demanda une voix derrière M.

Le fermier retourna brusquement la tète, et se troUTt^ en face du propriétaire, M. Favrol, qui arrivait et avait entendu sa réSezion chagrine. Q salua d'un air un peu déconcerté.

— Je ne savais pas nof maître là, dit-il, sans répondre i la question de son interloonteur.

— Uais vous pensiez à lui, n'est-il pas vrai T répliqua M. Favrolen sonnant. Je vois que vous serez toujours le même, mon pauvre Antoine, ne voyant dans les rosiers que les épines et dans la vie que les ennuis.

Lîrenx hocha la tête.

— Notre maître parle à son aise, dit-il sourdement, lui qui est assez riche pour faire tout ce qui lui plaît.

— Parce qu'il me plaît de ne faîre que ce que je puis. fit observer le propriétaire ; mais limiter ses souhaits se» Ion ses forces est une règle de conduite qu'on a peut-èbe oublié de mettre dans votre catéchisn e.

— Aurait mieux valu ne pas ouhliit de mettre dans ma poche un bon contrat de rente , répUqoa le paysan. Faut pas non plus repiocher trop fort aul pauvres gêna leurs désirs, parce qu'ils n'ont pas moyei\ de les contenli;r. n me semble qu'on peut bien, sans trop fatiguer le non Dieu, demander un toit qui laisse couler l'eau et D'at* tire pas la vermine, comme ce chaume maudit.

— C'est-à-dire que vous revenez toujours à votre idée d'avoir une couverture en tuiles T

— Si bien que si j'étais moins gueux je la ferais faire

LES DÉsna. llB

& mes dépens, et j'y gagnerais encore, vq qae l'habit atioD ierait plus saine et mes blés mieux gardés.

— Mais TOUS, iaon cher, seriez-vons plus content

— Je ne âemaadentis rien autre chose att bon Dieu, ni i notre maître.

— Parbleu, j'en auralle cœur net, dit H. Parrol. Bien que je regarde la dépense comme peu profitable pour tous et comme inutile pour moi, je veux m'assurer s'il y a moyen de tous aatiafairô. Vous aurez la couverture de tulles^ maître Antoine, et, dès le retonr du beau temps. J'envoie les ouvriers.

Lireux, surpris de cette concession inattendue, remercia son maître avec effusion, et, dès qu'il l'eut quitté, il rentra pour annoncer & sa famille cette bonne nouvelle.

Une partie du jour fat employée par lui à examiner les conséquences de cette transformation de toiture. Outre le nouvel aspect qu'elle donnait & la ferme, il devait en résulter, dans l'aménagement des greniers, de sérieux avantages; mais Antoine s'aperçut bientôt qu'on pouvait les doubler en exhaussant un peu les murs sur lesquels reposait la charpente. Cette découverte changeacomplètement le cours de ses idées. Il ne songea plus qu'à cet agrandissement et qu'au pr&fit qu'il en devait Srer. Sans cette modification, la nouvelle toiture n'était qu'un changementdépourvu d'importance; autant valait laisser les choses comme par le passé !

Voilà donc notre paysan retombé dans ses humeurs noires, et déplorant avec amertume le manque d'argent qui l'arrêtait sans cesse dans l'exécution de tous ses

D,mi,.=db,Goo>Jc

2lfl Ao coiit DD nn.

pla^. Conune il fut obbgé de se readre, pour le payement de son fermage, chez M. Favrol, cBlui-ci remarqua son air soucieux et lui en demanda la tiison. Après avoir hésité quelque temps, Lireuz avoua aa nouvelle préoccupation. ~

— C'est pas une demande, an moins, que je fais h notre maître, continua-t^il ; c'est bien assez qu'il m'ait promis d'enlever la diaume; il n'y était pas obligé, «t les pauvres gens n'ont droit qu'à ce qui leur est dû.

— Vous pouvez ajouutr qu'ils ont cela de commun aveo les gens riches, reprit ta. Pavrol; mais je vois que vous êtes difficile à guérir de votre mécontentement ; un désir accompU, il en nait un second. Je veui pourtant essayer la cure ; nous exhausserons les muis du grenier.

Pour cette fois, le fermier déclara qu'nne pareille promesse comblait tous ses rœuz, et regagna gaiement les Jonchères.

Quelques jours après, on entrepreneur envoyé par H. Favrol vint examiner les travaux à exécuter. Antoine lui demanda, dans la conversation, ce que l'on ferait da la vieille charpente.

— Rien, je supposi^, dit l'entrepreneur ; ce «ont det . bo is pour construct km» rustiques, et qui ne sont capable) Je soutenir que du <',baiime ; on pourrait, tout au plu^ i'ia employer à une si''Uige.

— Précisément la a^tre est trop petite, dit le fermier.

— Et vous avez nn em[Jacement pour une plus prande î

— Juste à la porto des écuries ; il suffirait de prendre sur le jardinet Je vas vous montrer (a, venez.

tBB vtsna. t^^

Toiu deox allèrent visiter le tenaia, que l'entrepre* nenr pe manqua point de tronver admirablement approprié & ime nouvelle bâtisse. U indiqua à Lireuz tous les avantages qu'il 7 aurait i établit là de vastes bangais, en agrandissant un peu les étables et en creusant uns fosse pour tes fumiers. Antoine adopta le projet avec eotbousiasme. C'était le moyen de compléter lea améliorations entreprises, de donner à la ferme une supériorité visible sur tontes celles du voisinage, et d'utiliser la vieille charpente qoe l'on voulait remplacer. Sans ce complément de dépense, les changements entrepris ne donneraient point des résultats proportionnés aux frais, et M. Ftvrol devait s'j résoudre dans son propre intérêt

Lireuz ajouta seulement qu'il u'osait ùire lui-même . la demande.

— On me reprocherait encore de n'en avoir Jamais assez, ditril, et on ne comprendrait pas que ce que j'en dis c'est pour la f enne autant que pour moi. Si j'avais de quoi, j'aurais bientôt bâti sans demander à personne ; mais les pauvres gens sont obligés de rester sur leurs

— Ne vous inquiétez de rien, dit l'entrepreneur, qui De comprenait pas qu'on pût employer de l'argent à autre chose qu'à bâlir; j'en parlerai au bourgeois, et ■ &udra bien quSl se décide.

Antoine l'encouragea vivement, et le pria de lui faire conndtre, le plus tfit possible, la réponse du propriétaire.

Resté seul, il se mit i ruminer les idées dR Budtre

tiS Ao (XttH SU nv.

masaii> qtli étaient déJAdeVetulëa les SietUieSj et âcalcdlcr tout M iîtt« eeè eoUBtractloss M Etttportentient fle pfoSf j Giftce ail Ituig^r, il tH)ilt¥ait aobdttttaer le bàttagd â'hiVM au battage d'été ; l'accfoisâcment dès étable^ lui p&haettralt d'augmenter le nombra des bftteB â l'eu^iâ^ fit la fosM ft fuMier utiliserait réeonleiiieBf ded rnéba^eries. ËvideiBitient> Des ttavauXi auXqUëld il n'avait pditlt â'k' hbTi peaai; étaiest des additiens iUdispeSHft&les; tTli ne les aT&if î^diÂt réelaidéës jusqjii'alots j ifétàit par suite de sa répngnanoe i se ^Ittindre; mais H; F&Yrol ne ^ôutttàt les KfnSet Sans dtlteté et sans injustlËe.

Ge;|>enE!aat plusieurs jours Se passèreut, et il Q'entenàlt pélnl p^ler de l'entrepreneur. Soil luipltieiflië était devenue de l'angoisse, n se rendit diez le maître maQtiU, qui ïkfiiiait nH yillagft assee éloigné, m&ia il Se put le rencontrer. Il revint plus inquiet. Belou toute â:Pparettce,- Mi Fàtrol irait i«fusé ; il ne devait plus titiltlptélr surcet acctolSsemeut de déi^tiâftnces j il fallait continuer A K- «ôbHr atix e^ipédleûts, et raadque^ de tfetiWeliif &titë d'un peu d'&i^iri elieï lui oti d'un peu de bonne .VtJltnité chez les aulréSj

Lireux était tout entier au dépit de ces reflétions, lots^ qu'il s'euietiâlt ftp^léf par boq nom. (Tétait l'entrepreûeui qui venait ds l'ftperceVoir du haut d'un écbafaud^ oâ il surveilhit ses ouvriers.

— Eb bien l l'affaire est faite, pët6 Antoine I s'écria- . Hl.

-^ Quelltt aSldibl demàtida le fermiet, qill n'odih de^ Tiner.

•»> Pafbleut celle de là gt^ufie et dé Véeufiê.

lœs bjàiM. m

•^ Nette biftltn eoûseat i

— Nous commenceions tout le mois proebain;

^ Veset doue fflâ raeotitei ^a étl bdVant ud petit j&iu I â'Seria Antolnâ jiijeux j ÂUt qile toQs me disiez ecmmetit tout s'est passé.

Le m^trfe idttçoii qiiitiàl'ëcliafSidak^ rt tint irejoiUdrë litetut & l'atilMtiééi Antoine apprit I&queld ^ro^i^êtaife des JotlchëreB â'était Cdtitetité de rire, sans faifé aucune otyellioû, et qu'il difàit aetnàiidé i rtoteètFrËUed^ uû âevis â^taillé de tous lés chadgëiilËntS ft eS^ctner.

Antoine reprit lil roilte Ûè la ferme cotbplëtëi&étit Hfi- ■lité. Dès son arritée, il alla tisiter cfilfcort l'etoplacement destiné aux nouveaux b&timents, distribtlàtit tout S'avance pour la plus gralide commodité dn service. L'ancienne entrée dëiVèdant impossible dans le ùouVeili plan^ il fallait établit tin passage k travers lé jardin : - (fêtait tiiiè baie â coii^ef et tin'fdssé à Comblef i il décida ttu'il le fefait à tes frdiË et sans en parler à M. t^aVrol. Mais cette disposition enlevait à la tdïtUrè iiûe fiartie du petit jEtMitlj déji téSuit ^tàr Id bonsttuctiob dd hangar; c'était pouï Itii Une jtettct ddnt 1ë ptdptiélÂifè des Jodcbëies ne pouvait lui refuser le dédommageUienf. bn fËhttin sans destination 6e ti!ouvalt jlistëfiietit de l'autre eflté deia toute; le pété Idfetix Jugea qu'il pouVàit le réeladlei à. titre dd comtlenâd.tion. H se rendit, en coiisé' ^ence, cbezM. Favrol, sons ptétette de savoir l'époque âeâ Hfiaraiitib^ andoncées.

^ Eb bien i boiibomme Lireux, dit le propriétaire en l'apelÉerant, J'eSpète qtie vous êtes Satis^l f •^ Les patiTi«d getis â'ont pas âtoit dé se plaindre

t20 AV COm DD FEtr.

quand le paia ne leur manque pas, répondit Antoine sveo réserve.

— Cest un précepte d'une résignation toute cbrétieone, reprit M. Favrol; mais il me semblait, maître Antoine, que vous aviez quelques autres sujets de sati»faction.Né vous ai-je pas accordé tontce que vous m'avez demandé, y compris de nouveaux b&timents de service T

— Je suis bien obligé i notre maître, dit le fermier assez froidement ; mais notre maître sait que les laboureurs vivent de la terre, et leur ôter quelques sillons, c'est comme si on leur prenait un morceau de leur pain.

— Et qui prétend donc voua en 6t«r 1 demanda M. Favrol.

— Faites excuse, dit Antoine un pc -\ embarrassé, c'est la grange de notre mattre et le passage pour 7 arriver qui mangent une partie du jardin. Jene suis pas fait pour m'en plaindre ; mais si notre malti« voulait me permettre de cultiver le petit bria de terre qui est vis-i-vis la ferme, ça nous ferait un dédommagement

— Ah ! fort bien I reprit M. Favrol en regardant le fermier; il me semble que ce petit brin de terre a environ un arpent!

— Je ne pourrais pas dire, répliqua Lireux d'un air d'innocence, je ne l'ai jamais mesuré ; mais c'est quelque chose pour de pauvres gens comme nous, tandis que co n'est rien pour notre maître.

— Un moment, dit le propriétaire; il faut compter, mon cher. Voici le devis de ce que tous m'avez successivement demandé: il monte i deux mille quatre cent trente francs. Ajoutons l'arpent de terre, ce sera envi-

LES DÉSIRS. iil

ron trois mille cinq cents francs de désirs satisfaits en moins d'un mois I A ce calcul, il faudrait, ponr conten t«i € un pauvre homme » comme vous, maître Antoine, quarante mille livres de rente, c'est-à-dire moitié plus que je ne possède. Encore ne seiiez-vous point heureux; car, depuis la promesse faite pour la toiture de votre feinte, vous avez passé d'un souhait à un autre, toujours ausa inquiet et aussi plaintif. Vous le voyez donc, la richesst ne peut rien pour celui qui ne sait pas borner sa joie à ce qu'il a. Les anciens parlaient, dans leur fable, des filles d'un roi qui étaient condamnées, aux enfers, à remplir un tonneau sans fond ; voilà précisément ce que vous 70ulez faire, vieil Antoine. Le bonheut après lequel vou courez vainement depuis votre jeunesse ne se rencontre point où vous croyez ; il n'est ni dans la richesse, ni da ns la puissance, ni dans rien de ce qui se meut autour de notre vie; Dieu l'a mis plus à notre portée; U l'amisen nous-mêmes i

TREIZI^VE RÉCIT

UN OKCLE SfAL iLEV£

^î> C'est ÏBÎ! c'est Tïit'ert! s'iîcriii (iijjame FûlifCfird, en apcpeevailt daïfs U ma un voyageqv suivi du comoïis- ^ipupifire qii) portait ses malles.

Et, courant à l* BPile, elle l'ouvrait vivemeift & J'ipstapt inëme 9^ le papitaina ^tËUdait H main ver» la cb^ioe [}(i la sonaetle.

224 AD COIN Dt) FED.

Madame Fourcard serra dans ees bras le vieux marin, avec des exclamations et des larmes de joie.

Depuis dix années qu'elle ne l'avait revu, elle cherclia avec une sorte d'inquiétude les cliangements opérés dans tonte sa peisoime. Son flront s'était un peu plissé, ses cheveux avaient ]iégèrement blanchi ; mais, à tout prendre, le capitaine n'avait pas, comme il le dit lui-même, $ubi trop d'mariti dam ses teuvre» vives, n avait toujours l'œil clair, la bouche souriante, les traits épanouis. Wen qu'aie voir, on se sentait pris pour lui d'une amitié Involontaire. C'était une de ces physî onomies que l'on accueille, comme le soleil d'hiver, avec un sentiment de bien-être et de bonne volontéi^

Quant à madame Fourcard, ces dix années lui avaient été plus pesantes. Les tristesses du veuvage et les inquiétudes de la maternité avaient flétri cette seconde fleur qui embellit l'automne de certaines femmes. On aurait cherché vainement sur son visage les traces fugitives d'une beauté qui avait eu son éclat et ses triomphes. Éprouvée parla vie, elle était devenue bientôt vieille, et elle avait cessé d'être femme pour être plus complètement mère.

Après les premières émotions d'un retour si longtemps différé et si longtemps attendu, madame Fourcard, qui avait conduit son frère dans la chambre préparée pour lui, voulut le quitter afln qu'il pût prendre quelque repos; mais le maria lui parla de son fils, et la nière, arrêtée malgré elle, s'assit pour lui répondre.

Ceci demande une explication qui nous oblige à suspendre un instant notre' récit pour retourner en arrière.

r,. i»<i,.,G00ylc

un ONCLB MAL ÉLEVÉ, 225

Privée de son mari qui loi fut subitement enlevé, et restée seule avec un enfant en bas ige, la sœur de Trîbert avait reporté toutes ses espérances sur cet enfant. Trouvant dans raccomplissement de ses devoirs de mère l'unique consolation permise à ses regrets d'épouse, elle résolut de nejam&isseséparerdesonfilsetdelui donner sa vie entière. Il y a dans le cœur des fenune» une sève naturelle qui se communique à toutes les aspirations et les ponsse aisément à l'extrême. Jeunes fiUes, elles rÈvent dans celui qui doit un jour leur donner son nom des mérites impossibles; jeunes mèreSj elles dotent d'avfmce leurs enfants de toutes les perfections que les vieux contes accordent aux filleuls des fées. Madame Fourcard ne fut point plus sage que les autres : elle décida que son fils Auguste prendrait rang parmi les hommes d'élite qui parsèment de loin en loin la foule, comme les étoiles constellent les cieux; et, pour arriver plus sûrement à ce résultat, elle fit de l'enfant prédestiné le l>ut <^ toutes ses actions et de toutes ses pensées. Devenu pour elle le centre du monde, Auguste s'habitua à voir chaque chose s'arrai^er à son profit ou à son plaisir. Tout ce qui entourait la veuve était mis à contiibuti on pour lui ; l'estime et l'amitié que l'on accordait à la mère retournaient en complaisances ou en tendresses au fils. Bien venu de tous par droit d'héritage, il s'accontuma à recevoir les plus précieux bienfaits de la vie comme de vulgaires faveurs. Dans son aveuglement, madame Fourcard courait devant lui*, écartait toutes les pierres qui auraient pn le faire trébucher, brisait de sa main les épiaes auxquelles il eût laissé quelques lamla.

t36 AU dont Bn nu.

bfiaux, lai felsant de son eoppa uB peat sur les préclpicee; et le jease hcfflime, qui ne remarqaait point tm âévouemeat passé en liabitude, continuait sa roule sans sonpgoiine? oe qtii avait été ftiit pooï la loi lendre facile.

Sa mère avait voulu Jouer le rôle de la Providence, et était payée, comme die, par l'inattentloB et l'oublL ' Elle commentait à le sentir douloureusement, mais sans oser l'avouer aux autres. L'honneur de l*enhnt est encore plus celm de la mère elle^afane. Oonunent accuser Angusle de torts de caiaetére que l'on eftt pu prendre pour de l'in^titadef Nul ne savait comme elle ee qu'il y avait sous ces débuts; les trahir, c'était exposer la jeune homme à un Injuste arrêt.

Aussi, lorsque son ft^re l'interrogea, n'appuya-t-eUe que sur les qualités réelles et sérieuses de son fils. Heureuse de prolonger en sa faveur un plaidoyer qui la persuadait elle-m&me, elle avait oublié la fatigue du voyageur, lorsqu'un Millement involontaire de ce dernier la lui rappela.

— Allons, je suis folle de vous retenir là après deux nuits de fatigue et d'insomnie, dit-elle en se levant; nous aurons le temps de parler d'Auguste, puisque vous ne nous quittez plus; et, en tout cas, vous le jugerez vous-même. Dormez, mon ftère; à votre réveil, j'espère que notre écolier sexi de retour.

Elle embrassa de nouveau le marin, qui se Jeta tout habillé sur un divan et ne tarda pas à s'y endormir.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, le jour était déjà & son M' clin, et le? rayons du soleil couchant empourpraient Jes

ri4ea«^ 06 r^ji^ve, Raft-ftldji p^r Ip soipipeil, m^îs en- CQve plçRgé d^ çe(to espèce ô'engmwdisçment Tûlnpr tueiWE qpj eujï \p (^veilj Tribert ^e ipit ^ regarder antAiip 4e lui et i pieAdw wpnMssMice 4e ]^ i^m^r^ (pi Ijij

^tfiit destinée,

Tout 7 révélait la tendresse attentive de m^^f^iie FO^T* qard- iPps mçubleg étftiept fiauj Q^i ftï^iepl gami la djaçfibre 4? îPWr pÈrpj et ^eiflblaJeat rg.ppelef aii vîpux marin son enfance. Unebibllottièc[ue rPAfprpi^itlp petit nombre de livres qu'il f^^^it a^lr^foi^ cassemtiléj) ; des cartes de géographie qpi tapiesajent Ips Qtu^aiUes lui itiûiltïîiient les mers païcourHBs par lui ; un petit pavire, couvre de son adplegceqpQ et tÉn^oignagp élpqiie^it de sa vopat)oa mar)t)?aQi était suspandu au plafond; enfin, au-dessus même du oanapé, était dressée une panoplie d'aF^iep (luriguses recueillies dans se^ VPf ^f}^ et 4utiefûi^BAvoyôps i JH. FûMcard-

n examinait l'un après l'autre tous les d^tld^S ^^ l^^t aminagpHïeBt, qm tém^lspai wt »i ftaiiîdd l'^îpljigente affectlQïi dp sa sœuî, Ip^qua la vois de ceîle-pi gp fit PRr taiidre dans h pltee vqi^iflej plia était eiitiapoppép par iiae ftutra vqii plus jeune et plqs haute dans Uqvielle TribBït teçonnpt gans peine la ^oii de çop ne^pii,

Itft mise semlilait f«re i pp dernier quelque remontrance à laquelle il répondait avec la brusquerie d'une pereoana acpoutumàe i trouvep dans son interlocuteur teute spstp de douceur pt d'ipd«lgence.

■m Je nUcai pa« l pépét»i^il d'u» t«n d -fenmpBr (ihïtt^ nie trpp flidinaire aux enfanta qu'a ^tés la patienco dt) leur mère.

S28 AO coin oD ren.

— Vous n'y songex point, Angnete, reprit madame Fourcard A'jm ton d'insistance affectueuse; mademoiselle Lorin compte sur tous pour la conduire à cette soirée. Sans l'arrivée de votre oi]cle,ie tous aurais épa^né un pareil ennui ; mais je ne puis le quitter ainsi dès la premier Jour.

— Eb bienl moi aussi j'ai envie de le voir, dit An* guste brusqueinent; que mademoiselle Lorin se fosse conduire par son cousin.

— Vous savez bien qu'il est absent.

— Alors^ qu'elle reste chez elle.

— Ce que vous dites là est dur, Auguste. Ignorezvous que cette excellente fille n'a d'autre plaisir que sa partie de boston, et qu'à son &ge une habitude est un besoin?

— Que m'importe! dit le jeune garçon, toujours pins maussade; ai-je donc quelque obligation envers mademoiselle t.orinT

— Mais j'en ai, moi, reprit madame Fourcard vivement ; elle m'a enseigné le peu que je sais ; elle m'a aidée, dans toutes les circonstances diMciles, de ses conseils et de ses encour^:enients ; c'est pour moi comme une sœur aînée, presque conmie une mère. Vous le savez, Auguste, et vous devez m'aidera payer ma dette de reconnaissance.

— Dites que vous prenez plaisir à vous créer des devoirs, ré|diqua le jeune garijon; c'est la manie des femmes de se passer an cou des colliers de itervitode et ia se souder an pied des dialnes qu'il tant les aider à ^rter.

UN ONCLE UAL tlBYÈ. 239

— Vous oubliet, mon fils, que les pins lourdes ne m'ont point été imposées par mademoiselle Lorïn t dit la mère blessée.

— G'est'à-dite alors que c'est par moi 1 s'écria Aoguste aigrement.

— Vous m'obligez & tous rappeler qu'aucun devoir ne m'a semblé pénible quand il s'est agi de vos intérêts.

— Et afin de le mieux prouver, vous me reprocbez ce que vous avez fait.

— Augustel interrompit madame Fonrcard avec impatience, il n'y a ni justice ni bon sens dans ce que vous dites là.

— Alors, n'en parlons plus! lépliqua-t-il en faisant un mouvement pour sortir.

— Vous irez chercher mademoiselle Lorinl

— Non.

— Rappelez-vous que je l'adge, que je le veui I

— Je n'irai pasi cria l'écolier avec une obstination emportée.

Et, repoussant violemment la porte du salon, il s'élança dans l'escalier, qu'il monta en chantant à pleine voix, comme pour braver le mécontentement de madame Fourcard.

Celle-ci s'était assise toute tremblante ; et l'oncle Tri- Iwrt, en approchant son œil du troQ de la semue, vil qu'elle pleurait

La scène dont il venait d'toe l|iuvisible témoin lui ea avait plus appris sur le fils et la mère que tontes les lettres écrites par cette dernière depuis dix année». 0 sa-

330 AX\ CQITf pu fEp.

vaH mMTtteiiqQt qt)e) av^t éld Ift résaltat de ce âévouemeat s^p tipi^B de ^n^WiQ Fp^rpEinl po^r ^Pi^ a|ii<iu@ enfant Prévenu dans ses moindres désirs, Ali6"sle s'étaif accoutnnié i les injfo^ri l'^sçIaTa^e yplontai» de la mère avait amené la,tyraiiiiie irrespectneuse du fils.

Lp piemiQf naouvesient dy (;APÎt^iQP %^ Tss^ntit de ses lïaii(«defi qayalea ; i) fij^ pur le pDÏRt 4p sortir pour aller prendre son neveu par les oreilles et le ramener faire 4m wcuse* 41» p^BïTe jnère; heprausaipent la réflexion l'arrêta. Embarqué à quinze ^ns, l'onçlp Jnbert avait bbii d'étudps ; mais 1^ pratiqwp de Ist Tjfi et les méditations des beures de quapt lui fLva|efit donné l'e^r périence de l'âme humaine. Il savait que les mauvaise^ habitudes sont des ïentB epptraires qu'on ne peutyaincre qu'en louvoyant. U. réprima 4pdc sa première )pipar tience, réfléchit sur Iji nteilleure manœuvre à faire| et ne sortit de sa chambre qu'après s'être décidé et avoir orienté m voiles pour WÏWgi^er sflTeipent-

B trouva niadaise fourcard à peu près teinise de l'émotion causée par la révolte de son fils, d'où il conclut que ce n'était point pour elle une chose neiiveUe. Virritation d'Auguste se îuontra pi"» persistât*. Mépontept da luirinÈme, il traduisait, pqmine tous les paractères mal faits, son repentir en mauvaise humeur. Lorsqu'il descendit pour embrasser sop onple, ce fut ^veo \^^ certain embarras mauMaiJe fit plein de rôdeur. Aprps l'écbaage obligé de questions et de réponse^ qu'ept^aiits une premiôf^ e^tseriie, il a)la se jeter sur nue c^u^^nse oà il sfliQiliBQea 4 se ipQger les ws\^^ en s)^pe,

Wadanw Feure^, Cï^îgiWït l'ipipression 4'mie I«^-

UN ONCIB VAL tUMt. , )3l

reille fiqqflHil^ pour l'oncl» Tn^^^ e^qffoTS* d'adoucir remuent bpuTinw dsiPUn^ gftfçflpp^repiaiqoiir.iTOimcB eojoHépg; pjais, oofipne il ajiriyB or4inaiTPra'jftt en pt? rpU ii?iS, S^ lçmga(}jfaité pe fit que l'aigrir, iJp pardo» qpp BQufi p'avpns point ffiéri^ pap le Pppentiï 9S% prea-. qu^ppeipfplte, ij 4jou|e4K s^timent 4a nos to^ti celui d'up g^aéc^eit^ qu'il pquB faut BPÏiiii. AlUii Aui gll^t^ ii'§p(;pei^itrii l'iadulgepc» de sa whia que pv un re^opileiRiînt de ^épit, Ap lipa ^'y çôpia4»ç, il m^ aa jopïoial np'il se mit ^ P*?S^flPii: «B blJH^t.

Madame FûUEcaid, àlipiit de p^tieHç^, Ipi fit A^gerve; sèchemeat que son salon n'était pas un cabinet dQ lefe tgre.

—J'avais cru qpp ce^t^ SUm'^ é{ai^ li pow qs'P» s'ep servît, répli^^ I9 je^A^I &?>^!?^ ^^^P "P^ hcièvelé rogue.

rrr Bf^s ÏJPIS y pqiijffl^ égaluipent, japcit la ^èWj P* j'aiipe ^ prçiire gpe potfp ppmpagnie vaut «Ue 4a journal.

Auguste s'inclina ironiquement.

-r-J'igqqFaiPau'iH9WftUtW>swlBPflï(*»iM?*esfliB- (ractifjns, SiVîl-

— Yû"^ Wnquef {^ïotre ijiiRle, monsiBWt ^éfiriaîït3r daipe FpurçiiTd pmpqrtée malgré elle.

î^ j^imp gfiTCnp tressaillit et p?tr«t i^p ipst^pt dÉffla: ccrté; mais, t^gfant fle s^ ppmettrp ;

rr: Mqp fipple flp yeiït ppiiit, ganfi doi)te, que bquî "Vivions ici, comme à la cour, esclaves ^e l'éiiq^iettg, dit-il, et, en pa giialjt^ 4p iï)i(rin, « fl^jt tmp tenj* (■ son indépendance pour gënei celle (fes atj^F^;

— Pardieu, tn m'as compris, mon petit I s'écria Tribert, qoi avait jusqu'alors écouté le débat avec un sourire insouciant. Que cbacun vive à sa fantaisie et que les mécontents aillent au diable I voilà ma doctrine liociale. Lis, chantej danse, parle ou tais-toi : c'est ton affaire, et je m'en soucie comme du grand lama. Pais ce qui te plaît, pourvu que tu me laisses la même liberté.

— Ob 1 quant à cela, ne crânez rien, dit Auguste en jetant un regard de triomphe à sa mère ; je ne suis pas de ceux qui veulent fiiire marcher le monde eutierà leur pas, et je laisse, comme on dit, chacun manger avec sa aàtler.

— Alors, allons dîner ! interrompit le capitaine ; la voiture m'a donné une faim de requin.

D prit son neveu par les épaules, et le fit passer avec lui dans la salle à manger.

Madame Pourcard les suivit, aussi surprise que mortifiée. Le ton et les principes de son frère étaient pour elle une nouveauté qui bouleversait tous ses souvenirs.

Mais ce fat bien autre chose quand elle le vit è. table, se servant les meilleurs morceaux sans s'occuper de ses voisins, interrompant ou ne répondant pas, donnant des ordres à la servante, critiquant le service, en un mot, s'abandonnant sans réserve à ses moindres caprices. De retour au salon, il choisit le fauteuil le |}us commode, étendit ses pieds crottés sur one chauffeuse de velours, et alluma sa pipe.

Madame Pourcard, que l'odeur du tabac incommodait, fut obligée de s'enfuir.

D,mi,.=db,Googi'c -

nu OMCLE MAL tlSTi 233

Auguste s'était d'abord diverti dn sans-gëoe de l'oncle Tribert et avait ri de ses boutades ; cepeDduit la nûveté de cet égoïsme, amusante un instant, ne tarda pas à lui causer un malaise qui dégénéra en impatience, nvonlut bire sentir aa Tieox marin que ses manières, de mise peut-être dans la cabine d'un vaisseau, ne convenaient point également aux habitudes d'une maison mieux ordonnée et plus élégante. H espérait avoir élé compris du capitaine, dont la pipa, s'était éteinte, et qni, renversé dans son fauteuil, semblait écouter, lorsqu'un ronflement égal et sonore lui fit conn^trele résultat de sonéloquence.

Le jeune garçon se leva et reg^na sa chambre, singulièrement désenchanté de l'oncle TribeTt.

Le lendemain, an moment où il se levait, lebruitd'un débat furieux &appa son oreille, n se hâta de descendre, et trouva lé marin anx prises avec la vieille Rose qui avait oubUé de cirer ses chaussures.

Le capitaine exaspéré repassait tout le répertoire de malédictions dont Vert-Vert scandalisa autrefois les nonnes qui l'avaient élevé, et la servante ahurie levait les mains au ciel en poussant des exclamations de détresse.

Madame Fourcard, attirée comme son flls par le fracas de la querellej tftchait en vain de s'entremettre et d'apaiser Tribert; celui-continuait sa litanie nautique, avec des grondements de voix et des accompagnements de gestes qui svprirent d'abord Auguste, puis l'irritèrent, n prit par le bras la vieille Rose qui s'obstinait dans ses explications, l'obligea doucement à rentrer dans sa cuisine, puis revint au salon.

Il y tronva sa mèn qui cherchait à justifier sa servante

33* *n coi|i,pD ntïi.

en f^ÎR^nt yalQJr eioii ^èl^, s^ probité et les \m^ B0TT>6e> qu'elle avait leijdus à 1^ faiQ}l]§.

1- Eh bieg ] aprèa^ çnajt Triberti f 3t-ce icpi qii'^Uq les^ tendus, QâsseïTiçesl Qufs m'importent les guii]it^ qu'elle a eues T l>e plps fip Tpilipr dç la flotte p^ ft^mpU quand il deyie^^t trpp yieifix, On ^ des doineptiqnes poor êtfe servi, et flo» pas pour faitû 4» la ïepooi^iaiiance,

— îgpn opcle ne youfirait point, ponrtaqt, qu'on i»!* Bujr l£i p^vé une brave fille qui % vu ma pi^repre^giie BPfant, et qui m'a élevé \ pl^ect^ 1& ieu^f) bçQUQfl V^n quelque vivïtcité.

— Si vous ne youlea point Ip, mettre sur le payé, placez-la i l'bâpital 1 répliqua Tribert brusquement,

La mère et le fils se récrièrent.

— Chez le diable alors I continna le capitaipe eu cplèf» ; mais pas ici, où il faut uiifi lËte pt des bras> Je vçflf que ma sœur n'a pas perdu la manif) 4P 9^ CFéer des devoirs quanil elle ps devrait ay^i? que ^ ^»its ; njîM U fendra <)ue {^l^cl)angBjQpbien,tounçrrQ|Je^]iE4ippuç-

<im,

Auguste et jn^d^meFQurp^râ sp regapîÈraçt, I^'ipip^tieuçg du premier toi}rnait ^ l'aigreur; il répondît $ demi-ypiz par nng réfl^ jon ^uç la Uliefté qu'pait cl^a- CHU d^ régler sa maison selon ^a fantaisie. Jjlais l'QUclg Tribert parut prendre la maiipifi PPUF UïW approb^tipu ; il Y applaudit, répéta qu'il t^ui^îiit bien %fi faire servir, et finit p^f demander le d^euçeT;

Peud^Ut qu'on avertissait Rose de ^e ^i»T, il ilUPffi3> sa pipe et se mit à faire les cent p^s dans le s^loiii en cracbant à çbaqu^ topr, ^lon rfi^tiitudA 4^^ fuifieurs.

DR (HraiB «Ai. él.fiiff:. 3SB

UaibnnB FourpsnJ suivait d'un I*g»fd ^eup^rè celle désastreux promenade, qui substituait à l'éligante pv^-r prêté dont fille avait fait une de ^es ims, la désordM «1 les souillures de la tabagie. Auguste, qui devinait la contrariété de aa m^re, en ressentait le eoDtnrCOUp et avait peine à caclffir son iirit^tjoi). Lo silenvs g0 pi^>lQHi geait depuis quelques miniitee, lorsque h marin »*anétik devant un tableau qui ocfiupait dans le saloR la placs la plus apparente.

— C'est le portrait de FouEcavdt demanda^tril en lançant vers la peinture un tourbillon de fumée.

Sa sœur répondit affirmativement.

Tribert regarda encore la toile.

— Ce brave beau-frère, il était bien laid I reprit-il tranquillBOient-

La veuve et A.ugu3te tressailliraot. Aecoutumis & entourer !a mémoire du mort d'up respect passionné, ils furent en même temps frappés au cœivpar la remarque grossière du marin.

— C'est la première fois que j'entends jifger ftiasi les traits de mon père, dit vivement la jeune gareon, et je m'étonne surtout que ce soit par voai, qui l'avei asseï connu pour retrouver soit &Qie sur son visage.

— Oui, oui, reprit le capitaine aree indifférenee; c'était, après tout, un bon diable , et il ne faut pas lui

en vouloir si Dieu l'avait placé dans la catégorie des innocents.

— MoQBÎeuFl s'écria Auguste, qui s'était |evé p61e dq ool&re,

Uadame Fqurcard lui saisit la main.

. — Venez, mca fils, dit-«lle avec une dignité danlonreuse ; puisqu'on ne comprend point ce qu'on doit aux morts, sachons au moins ce que nous devons à nousmSmes.

Et, sans permettre au capitaine d'en dire davanti^, elle fijibalna Auguste et sortit avec lui.

Tribert déjeuna seul; mais, en rentrant dans sa cbambre, il trouva son neveu gui l'y attendait.

Bien que troublé, le jeune garçon avait l'air résolu.

— AlLtabl c'est toi, dit l'onde en riant; nous nesommes donc plus fâchés T

— Plus bas, je vous en prie I interrompit Auguste d'une voix émue ; je ne voudrais pas que ma mère nous entendit

— n (("a^t, alors, d'un secretî demanda le marin.

— n s'agit d'un devoir, répondit sérieusement Auguste ; votre titre et mon âge en rendent l'accomplissement difficile, mais le repos de mamère doit passer avant tout.

— Estce qu'elle agirait à se plaindre de quelqu'un, par hasard) dit Tribert

— Elle a à se plaindre... de vous I répliqua le jeune garçon, dont la voix tremblait; de vous, qui avez ïroissé successivement tous ses goûts et toutes ses affections.

— Moi I s'écria le capitaine, et comment celât

— En vous conduisant chez elle comme à bord d'un corsaire I reprit plus vivement Auguste ; en vous emportant contre une vieille femme que nous aimons ; en insultant à la mémoire de mon père I Depuis hier, vous

Tllf ONCLB H&L iUT^. 337

avez montré sous uq tel jour votre esprit, votre caractère et votre cœur, qu'il est impossible i ma mère de ■ubii pluB longtemps votre présence.

L'onde Tribert, qui se promenait, s'arrêta eonrt et regarda le jeune garçon en face.

— Alors, vous venez me déclarer que je dois chercher nn gite ailleurs t dit-iL

Auguste garda nn silence qni équivalait i une réponse affirmative.

— A la bonne henre I continua THbert sérieusement; mais puisque nous en sommes & nous dire la vérité, j'au- Ai nn petit compte à régler avec vous. — Et d'abord, tn quoi mes manières ont-elles pu vous choquer, vous qni m'avez accueilli hier, ici, en lisant le journal, et qui avez applaudi à la maxime que chacun devait agir, à sa ftntaiaie, sans s'inquiéter des autres?

Auguste fit un mouvement et essaya de balbutier une excuse.

— Vous TOUS plaignez de ma conduite envers votre vieille servante, ajouta le marin dont la voix s'élevait; mais quelle a été la vôtre envers l'institutrice de votre mèrel Ne loi avez-vous point refusé hier un simple témoignage de complaisance? Ne vous étes-voiu point réerié contre l'obligation d'acquitter les dettes de gratitude Eontractées parles autres? Pourquoi me regarderais-je Eomme plus obligé envers Rose que vous ne penses l'être envers mademoiselle Lorinl

Le jeune homme voulutencore interrompre.

— Écoutez-moi jusqu'au bout, continna Tribert, toujours plus sérieux : vous m'accuseï de n'avoir point res-

...Goqulc

438 ' Atr K^ii nd peu.

pecté TOffe pèite ftiort} àvei-TBiiâ dlieilt M^êtM votre mèft Wtâùfef Or, lequel dé iidtis deui, fliteS^ttioi, était . tenu à plus de réserve, de i«t)dresS6 et dé VétléraiiDilt Defiilis qtie je suis ici, mes àctCs et mëé paroles Vous indignent; que penser alors des TÔtresî j'ai été ttiailssade âved des égaux, votia Vous files montré grossier avec des supérieurs ; je' me suis mis en coiffe Contre Uile Servante qttl avait Hê^ligé sotl devoif. Vous, conttfl tUic Sière qui TOUS rappelait le vAtre ; j'ai manqué de respebt fttl maH de nia âcbil^, et Vous à celle qui Voits a dotiiié la Vie I Lequel de nous deux vou* semble avoir donûê U Jlui mativaise idée de son esprit, fle son caractÈrti et de son cceiirl

A iuesui^ qtie le capitaine parlait, lé inéôodtériteracnt d'Auguste faisait placé à l'emfcarrâs et à la contositin. La leçin qu'il avait vOûld donnet tournait cOtltre lui d'une roanièteslimpi^Vue, qii'ilèn demeura étourdi. Les liluimures de sa propre conscience appuyaient d'ailleilfs les paroles de l'oncle I'til>ett. Il coinprit tout à coup quelle avait él^ l'intention de ce dernier, il baissa la tête, vaincu par le intiment de son tort.

Le vieiix marin comprit té qui se passait dans cette âme mal instruite, mais loyale; il fit un paâ vers son neveu et lui prit la main.

— Tù vois que nous avons i'êciproquement besoin d'indu^ence, dit^il avec bonhomie; oublions donc le passé, et tâchons d'en profiter pout l'aVenir. En tout eeci, la véritable victime a été ta mère, et c'est à elle que nous devons aller nous excuser.

— Nôil^ non 1 s'écria Auguste attendri, moi seul j'ai

nfl oncLS lUL iLsvJ. S39

besoin de pardon; car Je comprends tout maintenant : TOUS avez voulu me corriger par l'exemple. Ma mère et mol, nous n'avons qu'à vous remercier.

. — Remerciez plutAt Lycnrgue, dit l'oncle Tribert en riant; car la décooverte du moyen lui appartient. Pour dégoûter les jeunes Spartiates des excès du vin, il leur montrait des esclaves dans la dégradation de l'ivresse : je l'ai imité en le disant voir dans on autre les débuts que je voulais te renâre odieux.

quàtokWëmë régit

Au temps de la première race des rois francs, alors que la plupart des peuplades qui leur étaient soumises ignoraient encore la parole da Clirist^ vivait m> vieillard nommé Novaire, qui avait reçu la borme nouveUt, •t s'était appliqué à la comprendre. Altandonnant las esupablas plaisirs dn monde, il .s'était letîié sur une

colline solitaire, près da lieu où l'oQ voit aujourd'hui Lillebonne, et y avait construit une cabaue de gazon où it demeurait seul, sans autre occupation que d'agrandir et d'élever son* esprit.

Or, il arriva qu'à force de méditations et de prières, le voile charnel qui cache aux hommes te monde invisible, s'entr'ouvrit pour Novaire et lui laissa apercevoir les avenues du ciel ; mais il ne perdit point pour cela la vue de la t«rre. 11 distinguait eu même temps les merveilles de la création apparente et les merveilles de la création cachée. Son regard s^ promenait sur les bois, les prairies, les eaux; puis, eu s'élevaut plus haut, il rencontrait la région parcourue par les messagers de Dieu; puis, en montant encore, l'entrée de la demeure céleste que gardaient les archanges, il entendait à la fois le gazouillement des sources, la voix des chérubins, etl'Hosanna des bienheureux au pied du trône éternel. Des anges lui apportaient la nourriture et l'entretenaient longuement de tout ce qui est inconnu aux hommes : aussi les journées s'éeoulaient^lles dans un perpétuel enchantement. Associé à la vie des purs esprits, il avait senti peu à peu toutes les ambitions terrestres s'éteindra en lui, comme de pUes étoiles que le soleil fait disparaître ; et, fier de ce que son intelligence se fût élevée audessus de la compréhension vulgaire, il eât voulu pénétrer par eUe les secrets de Dieu. En écoutant ces rumeurs de la vie qni iorment l'hymne étemel de la oréation à la gloire da Créateurj il répétait Ban»eeBBË i

— Pofir([ttâi ne puis-je savoir ce que disent les iiisëatii te^ leutt idiafitej leé brises dans leu» mutaitues,

U SUJtM LM. t43

les isBeetes dans leun boordonnementi , les vagnes dans leuis soupirs, les anges daos leurs hymnes célestes 1 Là doit se IrouveT la grande lot qni' régit le mooâel

Hais tons les efforts de son esprit ponr pénétrer on pareil mystère avaient été inutiles ; il q'y avait rien gagné que l'endurcissement et l'orgueil, car l'intelligence qui grandit seule ressemble aux arbres des forêts qui ne peuvent étendre leurs racines sans tout dessécher autour d'eux; pour qu'elle reste bienfaisante et féconde^ il faut qu'elle soit vivifiée par les rosées du cœur.

Up ^our qu'il était descendu de I4 cplUne toujfln^ verdoyante pour traverser la yalléft ^Jpr^ flétrie pv l'hiyf r, il vit venir de son cdté qne tFQupe nomljr^i^ae de soldats qui cpnduisaient \m crinDJnel ^u j^bef : le^ paysans s^pi»)uraîent pour le voir passer, et pacont^eiit tout Jiaut ses primes; mais le condamné souriE^it en le^ écoutant, et loin de témoigner du fgpeptir, gpipbl^it se glorifier du mal qu'il avait pominis. Pp^q, popi(He \l arrivait pf^s du solitaire, ^1 s'^rrÈlft tout à ^^h ^* s'Écria d'pn ^ir railleur ;

r-r Approcbe ici, saint hammaj et donna le baiser de pi^ix à celui qui va mourir.

Mais Movaire indigné se recula.

— Marche à la mort, misérable ; des lèvres pures no doivent point toucher un maudit I

Le criminel se remit en marche sans rien dire, et le solitaire, encore tout ému, reprit le chemin dé* son ermita^. Mais en y arrivant, il s'arrêta stupéfait; tout y

su A0 dont -DO nu.

avait changé d'upect. Les arbres, que la présence des anges entretenait dans une verdure étemelle, ee trou* valent dépouillés comme cenx de la vallée; là où, quelques heures auparavant, s'épanouissaient les églautinés, brillait maintenant le givre, et la nreuase desséchée laissait voir partout les rocs stériles.

Novaire attendit le mess^r céleste qui loi apportait tous les jours sa nourriture, afin d'apprendre la causa de ce changement, mais le messager ne reparut pas ; le monde invisible s'était refermé pour lui, et il était retombé dans les misères et l'ignorance de l'humanité. Il comprit que Dieu le punissait, sans deviner la fauta qu'il avait commise. Cependantil se soumit sans révolte, et s'agenouillant sur la colline : « Puisque je vous ai offensé, d mon Créateur, dit-il, je dois, en expiation, m'infliger à moi-même un châtiment. Dès aujourd'hui je quitte ma solitude, et je jure de marcher devant moi, sans autre repos que celui de la nuit, jusqu'à ce que vous m'ayez témoigné par un signe visible que j'ai mérité votre miséricorde, n

. A ces mots, Novaire prit sa clochette d'ermite, son bréviaire à fermoir de fer, sonbàtpn de houx; il ceignit ses reins d'une corde de cuir, raffermit ses sandales, et jetant un regard d'adieu i la colline, il se dirigea vers la péninsule sauvage qui reçut plus tard le nom de JesnétiquË.

Or, dans ce pays, atijourd'hui couvert de villages, de fermes, de moissons, nulle route n'était alors tracée, si ce n'est celles que s'ouvraient les bÊtes fauves. n fallait passer à. gué les rivières, franchir des marais,

traverser des bmyÔres, trouYant à peine, de loin en loin, quelques pauvres habitations dont souvent les maîtres tous repoussaient. Mais Novaire soufftît avec • sérénité toutes les fatigues et toutes les privations. Sans autre but que sa rébabilitatiou devant Dieu, il opposait anx douleurs la résignation, aux obstacles la patience. 11 arriva ainsi jusqu'à l'extrémité de la péninsule, non loin du lieu où devait s'élever bientôt la célèbre abbaye de Jumièges.

Là s'étendait alors une forêt dans laquelle se cachaient des pirates qui, sur leurs légères nacelles d'osier recouvertes de peau, attaquaient les barques qui descendaient ou remontaient le fleuve, chargées de marchandises précieuses. Un soir que le solitaire doublait le pas pour atteindre la rive, il arriva aune clairière où quatre de ces pirates étaient assis autour d'un feu de roseaux. A sa vue, ils se levèrent, coururent à lui et l'entraînèrent près de leur foyer pour le dépouiller. Us prirent sa clochette, sou UvTe, sa ceinture, saiobe; et voyant qu'il n'avait rien autre chose, ils délibérèrent s'ils devaient )e laisser aller. Mais le plus vieux, nommé Toderick, s'écria qu'il fallait le garder pour le faire ramer à la barque, et les autres y consentirent,

Novaire fut donc lié de trois chaînes, l'une pour les pieds, l'autre pour les bras, la dernière pour le corps, et il devint l'esclave des quatre pirates. C'était lui qui devait k pTéparerleurnomTituTe,aiguiserleurs armes, entretenir la barque et la conduire, sans jamais recevoir d'autreïé compense que des coups et des malédictions. Toderick. surtout, se montrait sans pitié, joignant la raillerie à la 1*.

S4a An wnr BQ no.

cniauti, et den)aa4uit bus law i l'wraito 1 qnoi lui aetr.

nit la paisaonefi de «oa Dira.

Oependant un jour les qiutre pirates attaqaèWBt ime barque qui descendait la Seine, et dans laquelle ils espéraient tronver de riches marchandises; mais il arriva qu'elle transportait une troupe d'archers qui les ac* cueillirent avec une nnée de traits, si bien que trois des bandits furent tués, et que le quatrième, qui était Todericlt, reçut une flèche, dont il eut la poitrine traversée.

Novaire tourna alors ta nacelle vers la rive, qu'il réussit à atteindre : il se trouvait libre désormais et pouvait facilepient prendre la fuite ; mais il se sentit saisi d'une sainte pitié pour ceux qui l'avaient fait souffrir si longtemps, n donna la sépulture aux trois morts, puis s'avança vers Toderipk. Celui-ci, qui jugeait le solitaire d'après sa nature sauvage, pensa <p'il veqait potur po venger, et lui dit : • '

-r; tu^-ipoi ïitp, 8W8 pç f^ire sOTiffrip,

^Isiq Npyairp ^pliqua :

— ï^oin 4'pn YO^oi^ 4 % ^^» i^ désirerais laracli^te^c au prix de la mienne I

U piBfLts fut éteiw* et attwW.

— Cela n'est désonnats an pouvolE d'aqpnn faommt, dit-ll, car je sens déjà le froid de 1^ mort qui s'avance isi» mon cœur } e'il est vrai que tu me veuilles du bieUt ualgié ce qu^ je f ai fait supporter, donne-moi un peu d'eau pour étancber ma soif.

Novaire courut & la source la dIus voisine et apporta

dti l'bVi an UleSBé. Quauâ oelui-ol eut ba, 11 regardsl'ermite.

i^ Tu &s éti boh potlr ceitii ^ a eié méchaatj dit-il, mais Toudiais-tu faite âataûtage et acM^t le bdiset de paix à on coupable T

— Je le Yeux, dit Nevaire, «t poisse-t-ll âevenir povi toi une bénédictiou I

A c«3 mots, il se pencha sur le pirate qui reçut lebais^ de paix et mourut.

Au même instant, une voix qui retentit dans les aira fit entendre ces mots :

— Ton épreuve est achevée, Novaire ; Dieu t'avait puni pour avoir refusé la pitié au coupable, il te récompense pour avoir pardonné à un méchant ; tous les trésors que tu avais perdus par dureté de cœur, tu les a reconquis par la charité. I^ve donc les yeux maintenant et prête l'oreille, car tu entendras ce sue disent les bruits de la t«rre et du ciel.

Le solitaire, qui avait écouté la voix dans un saisissement muet, releva alors la tète. Los arbres effeuillés par l'hiver avaient reverdi; les ruisseaux glacés avaient repris leurcours; les oiseaux chantaientdaos les aubépines en fleurs, tandis que plus haut daqsle ciel on voyait les anges monter et descendre l'échelle de Jacob, les chérubins passer sur les nuées, les archanges choquer leurs épées flamboyantes, les saints chanter les hymnes célestes I

Et tuus ces bruits formaient un cbœupqui faisait entendre ces seuls mots :

Ainus-vovi Us uns ks ama l

S48 AIT wm sn no.

Alors NfîTaire frappa l'herbe de sou front, et récria:

— Merci, mon Dieu 1 et soyez béni! c'est aujourd'hni seulement qae j'ai compris u. «kajidb uni

CAibr. — tirn. H. Iriiicnan, Faut Dopant M C», ^m da BH-1'AMiiim. I

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