‹ Au coin du feuChapitre 21 sur 26 · TOI · texte numérisé non relu

TOI

DIT PLAISIR DK TOtlS' LES AGES.

TOMb£h£Bni tr«s mnaidens Ambulants se-Bonl.arrétâs. sons mes' fetèbes : c'étaient trois Allemands qui. jonaicDt dei fra^nanla-de ayapboBia avec un enseinbleh merveiUem. '

J'ù tonjfws Tesvdé la .iaiini]u& cooniM un CMOpli^

M SODTEninS D'UN VIEILLARD.

ment da langage ; elle réveille certîùnes sensations qae la parole laisserait endormies, et traduit des nuances de sentiments pour lesquels les dictionnaires n'ont point de mots. Ce n'est pas, comme le dit Beaumarchais en raillant, < ce qui ne vaut point la peine d'être écrit qui se chante, > mais bien ce qui ne peut être dit ni écrit. Aussi quel charme dans cette signiâcation indécise I II en est de la musique comme des nuages d'un ciel d'automne dans lesquels le regard trouve successivement toutes les images qui flattent notre fantaisie. Chacun écrit son poème sous ces mélodies flottantes; les sons semblent insensiblement se transfigurer, prendreune forme visible, glisser devant nous comme des visions.

Pwfois, c'est un féerique paysage qui sort lentement de ces limbes harmonieuses. On voit sMtendre les horizons fuyants, se dresser les colonnades de marbre, jaillir les eaux cristallines ; on entend le vent bruire dans les ombrages embaumés; le soleil brille, les oiseaux gazouillent, mille fantdmes gracieux se laissent entrevoir à travers les feuillées. Ce sont les jardins d'Armide ou les palais des Mille et ane nuits.

Puis tout s'écroule subitement, et la scène change. Voici les monts sauvages qui montent vers les nuées, les grands lacs qui dorment h leurs pieds, le cor des Alpes dontles sons se prolongent dans les ravines ; la nuit descend, le vent murmure sourdement à travers les sapins ; trois hommes se dirigent sur trois points différents vers !e Gcuttli, oii ils vont jurer la délivrance de leur patrie.

L'héroïque vision s'évanouit encore ; cette fois, c'est te hautbois qui se fait entendre; des cris joyeux se répondent; la danse des villageois commence; on voit les pas cadencés, on entend les éclats de rire, toujours plus bruyants, jusqu'à ce que l'air s'allourdisse, que le ciel se

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plombe, çne le tonnerre gronde au loin. Il s'approche, il éclate, il disperse les danseurs frayés. J'ai reconnu ta symphonie de Beethoven.

Uéves charmants et toujours nouveaux, que l'âge 1:9 peut enlever! car, si d'autres joies échappent, celle-ci, du moins, reste tout entière.

C'est, en efTet, aux heures du déclin que le choix de nos plaisirs de jeunesse devient une ressource ou un châtiment. Tandis que les jouissances grossières s'usent elles-mêmes, les délicates semblent se féconder par l'usage et devenir plus complètes.

Je viens encore de l'éprouver tout à l'heure en entendant ceUe symplionie exécutée sous mes fenêtres. Kenversé dans mon fauteuil et les yeux fermés, j'écoutais avec un paisible ravissement. Le violon, l'alto et le violoncelle sont d'abord partis d'un mouvement modéré en faisantentendredes accords harmonieusemententrelacés. On eût dit trois amis qui se mettaient en route d'un pas égal pour quelque promenade matinale.

Bientat le violon a pressé le pas et élevé la voix ; il s'exaltait sans doute k la grandeur du spectacle ; il montraitle soleil incendiant b l'horizon des brouillards qui se déchiraient comme un voile, et la création, surprise dans son sommeil, se montrant aux regards dans toute la grâce de son immortelle beauté.

L'alto appuyait, de loin en loin, par une exclamation admirative, et le violoncelle ajoutait quelques mots avec la gravité d'un vieillard.

'"Tous trois ont atteint le sommet de la colline. Là le Tioloncelle a fait entendre un hymne religieux soutenu par la voix de ses deux compagnons.

Pendant ce temps, le soleil, qui avait grandi, inondait la campagne de ses vagues d'or. On entendait bourdon-

^uer l'abolie et te ruisseau bruire daoft les glaicnls. tes trois promeoeurs se sont assis pour une iotime causerie.

Le violon a d'abord raconté ses chimères de j^oe homme : — nom glorieux, amour pEVtagé, éprenres victorieuses *— il s'est montré tesant la réalité à la men» de safantaisie, comme l'archange deRaptaaël tient le démoD.

Puis l'alto a parlé h son tour : il a dit ses durs travaux, «a forte patience, ses iHits déjà atteÎBls, «t ceax qu'U voit plus rapprochés ; pour lui, la vie est obo moBSOH mûre, -et sa raucille est aux pieds des épts.

EnQn le violoncelle a élevé sa vois oà vibre une metioB attendrie. IL a redit les confidenoes dasas detn compagnons en y joignaot les leçons de l'expérirace. Répété par lui, le chant d'espoir de la jemesse est devenu plus cakue, l'hymoe de triomphe de l'&ge mûr est devenu plus doux, et, ramMés par cette voix d'une eagvsse émue, l'alto et le violon ont fini parBâooBfoadfBavecçHedafts un mélodieux accord.

Je ne suis sorti do mon espAce dlialhicrtaitien qu'en ^ entendant retentir daas la sM)Ue de fer de& AHomaads les gros sous qoe leur jetaiont las audileors de la me ; j'ai voulu m'assoeierà levrgéBéroBilé, et les trois rai^ideiis ont paru eachant^ de la reeette : aussi soflt-Us repartis ^n jouant use hoi^frois&qui m'a fcôt tressùSir.

Cet air, je le reconnais : c'est it» que r^tùt l'sniMelie du bal, la preniëre fois que je vis celle qui devait aasirer mon boohBHr. Je Bfl liai jmais. ealesdti depiù saas ne reporter, par la pcnsée,^^ celte soifée qui décida d» ma j vie; en l'éeontanl, il nt) semble que je r^woiMse^e arrière jusqu'il l'âge oii la vie était eBeorepourmo»OMMDe un livre dont les feuillets n'avaient poKl été rnupés, «t que je possédais sans le connalUfe.

J'ai refermé ma fenêtre; ie me suis rassis, te frwta^

LA DBBNieitE tTAPB. U

pu jé CMlre le marbre de m& cheminée, et j'ai laissé mon «prit remoal»' lentemoit ce fleuve de trente années qui a emporté dans son cours tant de débris de moi-même. iBseasiUemeof toutes les images du passé se sont ravivées ; je me suis retrouvé jeune, pauvre et amoureax comme au jour où Louise et moi nous n'avions pour prendre courage que cette invincible eonfiaoce de ceux qui creient et espèrent. Ces souvenirs ont pasié sur mon cœur comme un ventde printemps sur UK (erre glacée ; }£ l'ai senti se nuûu^ , s'aUMtdrir. Je me anis levé, j'ai ouvert mon secrélaire, H, dans ua tiroir dont je connais seul le secret, j'ai pris use pe^ cassette d'écaUle d'oi - 6'est ex^halé un parfum de vétyvâ*. — n m'a semblé res- pii-er un souSle qui avait psesé sur ma jeunesse. — At- Ions, du cwiragel ouss regarder en face es soevemn heureus, ddu« proineaer sans faiblesse au milieu de ces palais de fées dont ie temps a &it des ruines ! — Mail surtout {ffcmsns la porteà double tour, afla que perstniM se puisse mai surpiceodre dans cette rcnoe.

REVUE d'un vieux SEGKÉTAIRB.

Lft revae d'un seerAtaire depuis longtemps à notra iHOge n'est pas ua acte sons importance; qui pest être ràr de fouiller impunément dans ces archives du passé T d'y retrouver safls erabams tes vestiges dejsesseutiments et de ses habitudesT

Qaeâ'aecusatMQS souvent dans les témoins muets de notre vie I II semble que chaque objet dont nos ^eux «mt frap^ Méve succcssivemeat la. voix ponrnous raconter iB) cbapitre de nos mémoires ; et sile récit déplaît, nont

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tO SODTENIRS ITDN VIEILLARD.

avons beau renfermer le narrateur importun et partir, sa

voix continue & vibrer; nous l'emportoos au dedans de

Dous-méme.

En définitive, l'examen de notre secrétaire n'est qu'un examen de conscience auquel on procède par tiroirs.

Le temps est venu de faire le notre ; laissons la petits cassette, et voyons le reste.

Premier tiroir. Il ne renferme que des quittances. D'abord leur aspect me réjouit. Toutes sont rangées en ordre, par année; elles semblent proclamer ma prudence et ma régularité; mais une réfiexion arrête court mon orgueil... Si je les relisais, combien d'entre elles consta-teraient ma négligence ou mes caprices I Que de dépenses mal faites ! que d'achats infructueux I que de folles expériences I De tout l'argent porté sur ces mémoires, qu'il en est peu qui ait sérieusement tourné à mon utilité ou à mon plaisir t Combien de ressources gaspillées par irréflexion ! Je crois lire au dos dechacune de ces quittances un mot accusateur tracé par la main qui écri™t sur les murs de la salle du festin deBalthasar: Vanité! sottise! sensualité!... Je n'en veux pas lire davantage, et je renferme brusquement ces impertinentes.

Deuxième tiroir. Ici sont les ordonnances du médecin et les remèdes employés. Encore des quittances soldées à la plus dure de toutes les créancières I Les comptes de tout à l'heure rappelaient la rançon payée aux besoins de la vie; ceux-ci rappellent la rançon payée aux infirmités. Ils sont fila fois un souvenir et un avertissement; comme le prêtre, le lendemain des fêtes folles, ils semblent me dire : « Tu es poussière et tu retourneras en

Troisième tiroir. Son aspect est moins sérienx et ses enseignements moins sévères. Il ne contient que des

LA DEnniËBE ËTAPE. 41

échantillons de miDéraux,' des coquillages, quelques fragments d'antiquités. Ce sont les préliminaires de vingt collections toajonrs commencées et toujours interrompues; une nouvelle preuve de notre inconstance et de nos variations. Madame de Staël a dit que tout ici-bas n'était < que des commencemeuts. > Hon tiroir le pronveralt au besoin.

Quatrième tiroir. Des notes historiques et littéraires, des manuscrits arrêtés au titre, beaucoup de pensées illisibles et incomplètes, hiérpglypfces qui n'auront jamais de ChampoUion I Ha vie s'est passée, comme celle de tant d'autres, à rêver la préface d'un livre qui ne devait jamais exister. Il en est de certains esprits comme de certains arbres ; au printemps ils se couvrent de fleurs dont pas une ne peut se nouer en fruit pour l'automne.

Cinquième tiroir. Celui-ci mérite d'occuper plus longtemps mon regard. Voilà les correspondances d'amis per* dus. Les uns, qui ont succombé en chemin, n'ont plus de nom que sur une tombe ; les autres ont changé de route et adorent de nouveaux dieux. Ah I ceux-là, du moins, ne sont que des morts, tandis que ceux-ci sont des transfuges ! Le souvenir des premiers ne réveille qu'un regret ; celui des seconds réveille la douleur et la colère. Quoi I partir ensemble, avec la même foi, le même drapeau, les mêmes espérances, et, au premier carrefour, voir son compagnon le plus cher s'échapper furtivement pour rejoindre le camp ennemi I l'entendre blasphémer les noms qu'il révérait, rire des enthousiasmes qu'il a partagés, répondre par un coup de feu au cri qu'il répétait avec vousi^Quel plus amer désappointement! comme il décourage des hommes et fait douter de l'avenir I Ne nous arrêtons pas à ces pensées ; je ne veux point lire ces témoignages de promesses oubliées, de croyances trahies...

U SOUTEKIRS D'Un VIElLLARa

Celui qnî les « écrits et que j'ûmaisa'est plus scroetle lene; oneautnàmeaflimeûfonneiiui porte aonooin.

Sûàime tiroir. Ici se trouve la casseUe;c'e&t elle qu'il fout ourrir. Je m'arrête; mon cœur bat plus fort, mauMiD tremUe; oafia le coQ?ercle est soulevél Les wOà, les trésors de mon puirre foyer, les diamants de loa oimronne domestique ; tous les doux souvenirs d'autrefois y sont repKÉsentés; je pais relire b le poërae de ma jeunesse et de mon ù^ mûr, écrit, comme les annales des iDcas, pariks symlx^ parlants. Cliaqae objet que mon œil retrouve redit un épisode de ce poème. Ici, une branche de laurier flétri me i^wrte aux triomphes de mon fils Williams, quittant le collège chargé de couronnes ; là, une fleur d'onnger arracbée au bouquet de ma flUe Auna me rappelle œ jour de joie douloureuse oà «a mère et moi l'avow remise à l'amour d'un autre prolecteur. Hélas 1 tous deux âevaieot être btentM enlevés à notre foyer par les eslgenoa du devoir ; tous deux, à peine entienu depuis, Ottt désonnais l»ir vie ailleurs 1 Je tous presse sur mes lèvres, pUe fleuret pauvre feiùUe fanée, qui seules mainlenaat me restez d'eUe et de tuil

Haie que d'aabies souvenirs près de vousl Cet anneau d'a^iaoce retiré du doigt de leur mère avant de la cacher sous le linceul, ce collier de conûl, ce bracelet d'argent qui la parait aux jours de sa jeunesse et de sa beautél Oh 1 comme & leur vue tout le passé se redresse dans ma mémoire t

< Je me uiii assis; j'ù repris l'un après l'uitre, d'une main tremblante, ces gages des brillautes années ; 'j'ai rouvert nos lettres JEumies par le temps. L^ voilà bien telles que notre ûèvre d'abord les avait failes^^voc leur écriture Que et leurs lignes croisées, avec leur papier longtemps froissé dans la poche ou près du corsd, avec

LA DEnNIERE ETAPE. 43

les doubles, les triples post-scriptum. Age heureux où l'on D'à jamus tout dit. Je les relis, partagé entre l'allendrissement ^ le sourire. Que do points d'exclamation I on dirait le défllë d'un régiment i\e petits lanciers. Mais aussi quï d'abondance de cœur! q'aelflotd'espérancesl comme on croit de txHine foi à cei exagérations I comme l'impossible paraît facile I Eh 1 pourquoi serait-on Jeune, si ce n'était pour attendre des miracles? Du haut de son enthousiasme, on promène les yeux sur les quatre coins de l'horizon, cherchant le corbeau merveilleux qui nourrissait les stylites; c'est seulement quand la faim et la nuit sont venues que les regards se baissent et qu'on songe k dettundef le pain du jour à la terre, au lieu de l'attendre da ciei.

D'une de ces lettres qui racontent le roman de notrejeunesse tombent tout, à coup quelques fleurettes en détacia. Ah I le temps leur a vainement enlevé la forme et la couleur ; je les reconnais ; c'est le premiCT don de Louise, leiragile uineauqui oommeQ<;a & unirnos deux destinées.

Je me rappelle encore tous les dë4Ails. C'était un des derniers jours de juin ; nous revenions d'une longue promenade. Son oncle me parlait de bàlissect de plantations, tandis qu'elle s'écartait pour cueillir, à la lisière des prairies, les centaurées et les myosoUs. Distrait malgré moi, je suivais la niéco du regard, n'écoutant l'oncle qu'à demi, quand je la vis tout à coup s'arrêter. Un enfont se tenaitdebout lui milieu du sentier ; sa tète blonde atteignait à peine le sommet des herbes fleuries ; il regardait autour de lui avec épouvante et il pleurait. Elle s'approcha pour l'interroger; nous-mêmes venions de le r^oiodre.* L'enfant, interdit, n'osa d'abord répondre; miis die s'était agenouillée sur l'herbe pour être à soa niveau ; elle l'attira daos ses bras, une joue sur sa joue

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U SODTEMnS D'en VIEILLARD.

I)umiâc,c[elle se mit k le rassurer par des baisers. H put alors faire comprendre qu'il avait quitté la maison pour rejoindre sa mère aux faucherïes, et qu'occupé des fleura et des oiseaux, il avait perdu sa route. Louise s'écria aus< sitôt qu'il fallait le ramener ; mais l'enfant venait de loin et était trop las pour marcher. L'oncle commençait h élever des objections; il parlait de le laissera la première ferme ; Louise, qui pensait aux inquiétudes de la mère, ïvait des larmes dans les yeux. J'enlevai l'enfant entre mes bras en demandant gaiement qu'on me montrât le chemin. Elle poussa un cri de joie, et son regard me remercia. L'oncle voulut élever encore des objections; mais je m'étais mis en marche; il suivit en grommelant.

Nous traversions des prés dont les vagues fleuries ondulaient autour de nous sous le vent du soir; le parfum du foin coupé nous arrivait des coteaux, et l'on entendait au loin, dans les bois, les grelots des attelages qui regagnaient les fermes isolées.

Louise marchait à mes eûtes, jouant avec l'enfant touours plus rassuré. Sa main agitait devant lui le bouquet de centaurées et de myosotis que pendant longtemps il s'efforça en vain de saisir ; mais, protHant en&n d'une distraction de sa partner, il se pencha sur mon épaule, avança le bras avec une rapidité imprévue, et arracha les fleurs en poussant un de ces éclats de rire frais et vainqueurs qui sont comme le chant de l'enfance. Louise ne put réussir à les reprendre jusqu'au moment où nous atteignîmes la ferme.

Tout y était déjà dans le trouble à propos de l'enfant disparu. En l'apercevant, la mère accourut avec un cri de joie et les bras oiiverls. Elle voulait nous dire sa reconnaissance, elle ne put que balbutier quelques paroles en* trecoupées ; mais ses pleurs nous remerciaienL

Cependant la nuit allcùt veDÎr, et la ville était encore éloignée; l'oncle nous pressait de prendrecongé. Comme je m'approchais de l'enfant pour l'embrasser, il jeta ses deux petits bras autour de mon cou, et, appuyant sa tête blonde sur mon front humide de sueur avec une gr&ce caressante, il me présenta le bouquet dérobé h Louise.

Je la regardai ; elle sourit et rougit en même temps.

c Dois-je accepter? demandai-je.

— Ne Vayez-Tous point gagnéî » dit-elle à demi-voix,

3'embrassai tendrement l'eQfantetj'emporlai les fleurs. Depuis je les ai conservées, et les voilii, mais devenues, hélas I ce que tout devient ici-bas, des débris I

En continuant à fouiller, je trouve mes correspondances intimes : lettres échangées avec Louise pendant nos courtes séparations, longues épitres de fiancés ; et, en remontant plus loin, tout ce qui se rapporte à la difficile négociation de notre mariage. Yoici les brouillons de mes plaidoyers à l'oncle, ofi les points d'exclamation reparaissent aussi pressés que les bîûonnettes d'une colonne d'attaque ; puis les réponses de l'oncle, brèves, sèches, fortifiées de murailles infranchissables ; difficile débat qui peut se résumer dans ce vulgaire dialogue.

L'ongle. Monsieur, ma nièce n'a point de dot.

Moi. Je le sais, monsieur ; mais je l'aime.

L'oncle. Vons êtes également sans fortune, monsieur.

Moi. Monsieur, jfl'avoue ; mais je travaille, et je l'aime t je l'urne!.. .

L'oncle. Songez, monsieur, & toutes les épreuves que peut vous infliger l'avenir. ^

Moi. Ah I monsieur. Dieu nous aidera, et j'aurai du courage; je l'aime! je l'aime! je l'aimel... »

SOUVENIRS D'un VIEILLARD.

n) (Ht ne prend pas un caprice pour an choit^ it pour une afiection? Aimer, c'est coonat» tre loul ce qm fait qu'un autre nous ressembte parl'&me ; c'est estimer avec toidresse, »e confier avec sécurité; c'est trouver à la foia un confident, un conseiller, un soutien ; c'est aspirer enfin & devenir meâlteur en se complétant. L'égoïsne à deax, dont parlent les rotoEDders, n'est que l'amour d'un jour, d'une seBuiioe; odui qui doit n«es suivre des années fleuries aux annéei blsnchUsaaies, à tiarers les souffrances et les ruirnit comme à traver» les snecés et les joies, oelni-ià ne ferme point le cœur, il l'élargit. On sent le besoin de foire partager son Iwnlieur & touB ; les bras, loin de se refermer sur ce qu'on aime, s'ouvrent devant te monde avec un sympathique attendrissement; on voudrait, comme le pontife de la vie élem^le, envek^pw dans une même Mnédiction le tojtr et l'univera, uriii «t orbil

Loué soit à jamais le jour où je l'ai compris, où j'ai choisi pour compagne de mes étapes terrestre, non celle qui passait en carrosw, aieis l'humble et vaîllaDte voyageuse qui savait sspportra dmceuait la poussière de la route ou la pluie du cid t

Je suis précisément arrêté sur cette réOexion par trois coups frappés ji ma porte. C'est Félicité qui m'avertit qu'il j a là qudqu'un avec on bûkl pour moi.

< Qui oelaT

— René. »

La voix delà pauvre fille a fléchian proiunçaot ce nom.

Elle aussi a choisi René sans cidcul, sans caprice, parce qu'elle l'a trouvé selon son cœur. A toutes mes objections, elle eùtpn répondre comme moi jadis & l'onde de Louise : Je l'aime I et cette rùson qui, dans ma bouche, me semblait victorieuse, dans la sienne je l'ai

Là DERNIËBEËTAPK ÏT

déGlarée misérable. Puirquoi donc deux poids et deux mesures?

Ah I c'est que l'Age est venu glacer ma logique ; c'est qu'elle a perdu ses deux ailes, l'espérance et la foi ; c'est que maintenant les longues roules m' épouvanteat et que les grands horizons me font peur.

Puis, qui sEût si ce que j'ai cru son intérêt n'élait pas le mien déguisé ? si je ne me suis pas surtout effrayé de ce mariage parce qu'il me laissait sans serviteur et me livrait à tous les ennuis d'une recherche nouvelle? Hélas ! notre propre cœur est un théâtre dont les acteurs ressemblent à tous les autres; que de vauriens y jouent des rdles de héros 1

Cette fois du moins je ne serai pas leurdupe. Vous ne m'aurez pas vBiaemeat reporté en arriére, souvenirs de majeune6se;jeoomprwds votre avulissemeot, etje saurai ï obéir.

Je sois allé ouvrir la porte, j'ai fait entrer René, pui» Félicité ; je les ai interrogés avec une familiarité amicale SOT leur altadiem^t réciproque, sur leurs projets : tous deux sont forts de bonne volonté et d'espoir, mais sans folles illusions ; ilss'altâ&dent aux obstacles, ils acceptent d'avance la pauvreté et la fatigue ; toute leur ambition se borne à les suf^rler ensemble. Ces cœurs naifs ont un arriéré de jeuœsse qui ne demande qu'à se dépenser.

Qu'ils en jouissent donc selon leur désir 1 Après tout. Dieu n'a pas fait le boubsur seulement pour les beaux, les forts et les triomphants. Toutes les moissons ont leurs glaneurs. Je reprends avec Félicité le ton que je n'aurais jamais dû quitter ; je promets h René de pailer pour lui à son maître qui ne sait rien encore ; et, comme je dc^i me panir de ma dureté d'hier, je leur déclare que je m^ i-^rgedclanoce.

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IB BOCTEIfIR:{ D'UK VIEILLARD.

Cette fois, Félicilé perd tout h. fait la tâle ; elle vent parler et ne peut arriver qu'à des éclats de rire qui se terminent en sanglots. René tord sa taille drcouOexe jusqu'à se donner l'apparence d'un poiot d'interrogation, et répète : < Ahl Honsieurl > en loamant son chapeau. Jeles congédie avec uo sourire ; ils partent contents d'eux et mo laissent également content de moi-méoie.

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