INDIGENCE £T VIEILLESSE
Hier soir, fat eoteadu, 4e mon cabiiitt de~ ftandl, Roger qui criait dans l'antiobanb» :
c Vite, monsieur Baptiste , faites le poFte-mnteaa de BayiDond: deax chemisas, deax paires de bas,>sixrBiou- «iboirs : >iiou3 portoasdemate.
— Où aUDas^noBST-u-jeidemandé en ooTmit^ima porte.
— VoBsl'BpptMdrez^phis.lard.a-t'ilTé^iqBé; pom le moment, il mw rafilt'de savoir ^m nous serons bail jours absents ; anraefez-vmis en ooàséqsence. >
Et cotniae il a vu' que non- vieax domestique ne boogeait pas :
- « Bh Ineiii s'efit-il'dcrtéf n'avuMous potot entenânt >
Baptiste a salué.
« Papfatteffl^t, mo^ienr.
— Alorfi>que fûles^ous liiT
— J'attends le» ordres auK^els jedois (^r. > Etiim'a regawlé de Manière à fair» comprendre qne
<^£tait'itiaoiseaIde les donner. Je me suis Jii^ de répéter cetnc'qa'il avait reços, et il est sorti. Boger a baassé les épaules.
* Dieu me pardonne ! c'est un Chinois que tohs wei là à votre service I s'est-il écrié ; jamais lettré. à boaton de diamant n'a été plus fort surlo cérémonial. Avec an pareil homme, la vie est une procédure; il faut sBlvre la marche légale, sous peiae dotoujoBi^ reoommeBocr.
— Ne voyez-vous point que c'est sa seule défenseî lu-je dit en souriant. Si dans le contrat entre le maître et le serviteur tout n'est pas réglé d'avance et inamovible, la
^dffiUBstfc^ n'est plus tine fonctien, mais une scrvitiidei ■«tf lieu JeTerapHf des devoirs, on obéit à des fmtaisieç, Lï règle aairie détermine éqoitaMemcBt ce qae l%n d*t lawe et ee qne l'autre a droit d'exignr. Elle est one saa- TOgai^ pourtens-detiT, cacdlepf^ient, en mëmctemps, la négligence et le caprice. L'afTaiMssement de la digirité 'etfM seos'ivoral bhez les Bsmtenrs vient snrtoutderin- -MtWnde^ leurs deverirs ; en oessmcde s'appartenir iU ■86 déeaccoatcnaeBt de la re^ronsaliîlité ; ce sont des TOloBtésen lisière <}Hi,.(aBte-âe:inartAer8eules, Bepeurmt I^s fMre u» pas saoscfente.
— A la'b«aBé Iteore, arétftiqué Rogw; mais parions '4e notre voyage.»
-H m'avait snîvitwstdon.TKHis'iKms sommes assis, -et 'il m'a alors apprisqtiemwBHicMr de Lavatir, dont il dd- ■Biînistre les biens, le chargeait de l'achat d'une ferme qni âoit oompiéter son domaÎBe'de la Brandate. La reccwnmandation était pressaMe et il fallaiit partir sans retard. Tai promis d'êtrerpTôt à'Fiienre POBV«wte. •Jftirdtwiaïm. NoHs sontmes' arrivés Irferau manoir
■ de- la Bnindaie ; le régissenr était averti et avait tout pré- ■paré pottr noas recevoir.
Rien de plas charmant que notre' voyage. L'air étnJt
■ fraiset fortifiant? noua avons aperçu \es premièreB hiron- . délies çui' traversnent le bleu du oiëlen jetant leur cri de
Joyense arrivée ;i les chatons pendaient aux arbres et les -opines flenries parsemtûent les haies d'one neige parfumée. Notre calèche allait au petit trot d'an attelage d^& - Burle tetooret condirit par un cooher en cheveux gris. On eAt-dit le char symbolique -de la vieillesse traversant, sans se presser, leroyanme du printemps.
J'ai reconnu tous les- lieux que nous avons traveriés ; leui se rattachent h quelque circonslance d'un autre ftffe.
131 soovEnins D'dn tibillark
et ont Tait rebrousser ma mémoire rers le passé. — Les wuvenirs soDt comme des lambeaux de nous-mêmes qua BOUS laissons à tous les buissons des routes parcourues ; Ss nous reportent aux plus émouvantes heures de notre existence ; on peut dire que pour la douceur, ce sont des espérances ea arrière.
Tandis que je cherchais à retrouver ce que j'avais tu autrefois, mon compagnon me faisait remarquer surtout les changements accomplis. Ici des taillis défrichés, là " des marais transformés en prùries, plus loin des hameaux semés aux lisières de forêts naguère désertes. Ce qui le frappe partout, c'est cette marée humaine qui monte sans discoDtinuatioD , cette vie croissante dont le flot envahit les solitudes. A chacune de ces conquêtes de l'homme sur la nature brule, il applaudit avec un enthousiasme attradri. Combien je lui envie cette noble aptitude & sortir de lui-même et k vivre dans l'humanité ! Tandis que ma pensée s'agite autour de moi dans le cercle étroit de mes jours écoulés, la sienne embrasse l'histoire du monde ; il me laisse fêter dans mon coin mon saint patron, et il fête dans la foule le Dieu universel
Nous nous sommes arrêtés & moitié route pour déjeuner et faire reposer les chevaux. Comme nous sortions de table, j'ai aperçu près du seuil une vieille mendiante. Elle était assise sur la pierre, déjeunant à son tour de quelques restes donnés par l'aubergiste. On voyait à ses pieds lo bissac enroulé à son b&ton de houx. Ses vêlements pauvres n'avaient ni lambeaux ni souillures. Le peintre eût vai- Bernent cherché là un de ces beaux modèles déguenillés immortalisés par Murillo. Le visage lui-même n'avait rien de pittoresque ; il était vulgaire, mais calme.
Bn nous voyant, la vieille femme nous a salués avec une sorte de gaieté.
LA DGnRI&BE STAPB. m
< Un beaa jour, messieurs ! a-trelle dit en tonrnant son visage vers le joyeux soleil dont la lueur s'est mise h jouer dans ses rides.
— Que Dieu vous le fasse trouver U>\, bonne mère t li-je répondu.
— A moi et h. tous ses enfants, a-t-e!Ie repria pieusement : mais c'est déjà fait : la bénédiction est sur [e pays. Monsieur a-t-il vu comme le blé pousse dru, co'nme les^ pommiers fleurissent et comme les prés sont vet-^?
— ^Alors les gens d'ici sont satisfaits? ademandé Roger.
— Autant que peut l'être celui qui vendange et mois — sonne , a répondu la mendiante en souriant ; monsieur connaît le proverbe : Qui a fruits a toueis!
^ Sur mOD àme I vous ue parussez point de ceux-ISi, bonne mère.
— C'est la vérïté, monsieur, la pauvreté n'a que faire de s'inquiéter; quand on n'a rien, la pourvoyeuse est la Providence.
— Ainsi vous êtes contente de votre sort?
— Pourquoi non, puisque Dieu nous l'a fait?
— Malgré la vieillesse T
— C'est k elle que je dois mon repos, monsieur. Enfant, on me méprisait d'être sans famille , et la plupart mettaient une injure sur le morceau de pain qu'ils me jetaient : aussi je mangeais en maudissant ; j'étiùs jalouse de tous les enfants qui avaient des mères. Plu» tard, devenue grande, j'ai offert mon travail pour vivre; mais on était en déflance. On disait toujours : — D'oiï vient celle-ciT Ne sera-t-elle point, dans notre maison, un dommage ou une honteT Puis, comme j'étais faible, on me croyait de mauvaise volonté. Quand je disais : ~ J'ai mal 1 On répondait : — C'est une paresseuse l
— Et maintenant? ai-je dit, involontairement intéressé.
.-«M SODTEKtRS.Erim VtEf LAAnD.
' — tftwtanBt que l'Agt e»t venu, a rppnt laiBCadiaDle, «a a'auand plus fien^de mtti ; ondit :- — £llces4 vieille I «ton me donne sans injure et sans reproche. »
J'ai BMft. daaaiajaùs de.la pauvre /cntme oae petite pièce d'argent, et nous sommes remontés en voilvre. Je venaifldadAcoufrirABComuarâeftftVjtBbiseadQlavieiUcese.
un 'SKSCENDXKT D imnom.
Hotta riiite au propriétaire delà fenDequflfail acquérir monsieur de Lavaur a élé singuliëremeot qiriiiaae. {I - habite les faubourgs de la petite ville de B... Riogpi m'airtit prévenu que ntnti allions voir un dese«nda»t;ibrect â'Harpagon; mais l'avertissement étEÙt inutile, l.e' pfemier aspect du ioiiis et du^persoonag» ek.dia&ieot assez. La maiaODde'iHMsiein' BriasotlormfrlefoDd d'inftimpasse humide , pavée de cailloux iaégaux entre lesquels -pousse riierbe ; >le<Kail «st vetài perla luomee, -ei les goullières trouies ont sillonné la façade de longues'trat- Dées JBUB&toes.:.Lai portei n'a ni' heurtoir ni sanndte; Rogera dft frapperlongterops.du iwut de^a casfte. jusqu'à ee qu'un bruit desabots«&sDit fait entende À l'iotérieuret qu'on -œil ait paru aupetil judas percé dans le battant. Il fallut se nommer, expliquer le.moiif<de.la vi^ site ; enfî^ la porte a étéouverteet monaiaurilrwsQt nous a introduite dans une pièce qui, k en juger ptu- l'aménagement, ramule les fonctions de salon, de cuî»De, de salle & manger et d'ollke. Ses seuls cn^ements éloient qoelques ustensiles de ouivre actrocbés^ou muit et des
■'iS<ngBnBa,:dei1i^; ou idfllanrier-raocei»- ! fiedHee ^ et làimx ^atniUes.du plafond.
-UoDÙBor BÔHot.a eu.ibeuuoup de peina à troOTer 4aa. diAùcs jooisiant^de lars qitatre, pieds , et il ne luitefitnBlé.qH'jiit eBCifacftuibaitaiix anr ieq«^ il s'cEt 'U«6 «B 'éqnilibce, âass ie ra^nde jour quiveontà Iravers une teoétre «anfi rideaBx.
J'en^fti ^âtépour l'examitterea détail; pendaDt<que BogeFlûexf«3aitiespn>pef^{mgdemoasieardeLaYanr. Diolre-iiAlfresttiii petit hannne k figure de fatiine, dont le front étroit est surmonté d'une houwe decheyeaiigiiB. Des lunettes d'acier ronillé» pas lelmps sa promAnent •deaes ]wiii:.aa'<ieteHStd»ies-soarcâ3, sdoB .qu'iWeut trahir ou dérober son regard. Une sorte d'inquifttade la tiratdaai ane^itfttioQ peiyétaelle, et il aocotnpagne y«3 paroles d'un petit gloussement continu que l'on peit prendre également -pour une protestetion timide on pour «na adbteion, GOBf dm.
£on eoatiune s&sompesait d'un vieux psotaton à pied ■ ^ drap.jaaatoe, d'uaeveMd demAme étoffe, et d'un bonnet de soie noire tournant au rouge, le tout 8t répé, tà i»ôtoeet-si pUwéAiiMiipsiqafQn ne pouvait plu« l'en séparer. Le costume de monsieur Biissot avait .fiai ptr devenir une partie de son être. Asâs plus bas -que -nous, fràtiltant et i^i^ié pon ftiasi àife sur luvimâiue, âl avait l'air d'un reptile qui attend <aa proie.
Roger ne la iai: pràseiila d'abord qu'avec précaoUon. Le prix qu'il oScit âtait â loin âes prétentions du viasx ladre que l'on comprenait difficilement la possibilité d'tin acocrd; mais loaB.deuine lai^èveat pas k faiie avancer réciproquement leurs diiffres comme deux aimées <pii niarchent.à.l3traocoairerune de Ifautre. A chaque évolu- . lion jnoa&iew: Bcis60t.pou£6ciit.dea,géinissemeQta fiomme
1« SOOTBNIRS D'On TIEII.LARD.
à une défÏLite', enfla il ne resta plus entre enx que qnelqaes mille francs ; mais arrivés là ils s'arrêtèrent sans vouloir avancer devantage ; c'était lenr Rubicon. Roger parut renoncer à toute concession nouvelle et se leva ; le veodeur Qt de même en se tordant comme un homme en convulsions. Tous deux étaient évidemment jaloux de ne point rompre et embarrassés de renouer.
Un coup frappé h la porte d'entrée vint heureusement faire diversion ; monsieur Brissot courut au judas.
< Le facteur 1 s'écria-t-il e^ré ; qu'est-ce encore T qua voulez-vous T
— Une lettre ! cria-t-oa du dehors.
— Donnez, dit l'avare qui entr'ouvrit la porte et tendit la main. >
Mais l'homme de la poste se contenta de montrer la missive.
< Quatre-vingts centimes, » dit-il.
L'avare retira la main comme s'il eût touché une vipéro.
< Quatre-vingts flévres quarlainesl s'écria-t^l, à la manière de son ancêtre ; je ne reçois jamais que des lettres affranchies.
— Je sais, reprit le facteur ironiquement ; mus celleci est d'Angleterre.
— Bt bien, après T
— C'est le pays des mylords ; j'ai pensé qu'on rons envoyait peut-être de l'argent,
— Hein I s'écria le vieillard, dont les yeux brillèrent et qui tendit de nouveau ta main ; vous dites qu'il y a de l'argent?
— Censé, répliqua le facteur en riant ; c'est facile à vérifier... pour quatre-vingts centimes 1 »
Monsieur Brissot fit un nouveau mouvement.
« Non, aoD ! s'écria-tr-il en repoussant la porte comme
...Gooyic
LA DERNIÈRE fiTAPB. JM
s'il cnûgnùt de se laisser tenter; c'est trop cher, je ne connaû personne en Angleterre... Bemporlez, reœportezl »
Le facteor haussa les épaules .
< A mtre aise I dit-il I d'un air d'indifférence ; m^ peut-être bien que vous faites comme le gros Piene... vous &a.vei, le gros Pierre qui, pour avoir refusé un paquet de deux francs, a manqué une succession de dix miUe pisloies... eaQn charbonnier est mattre chez lui! . Serviteur...
— Attendez I interrompit l'avare qui étùt en proie à aie incertitude douloureuse... si j'étais sûr... Donnez un peu la lettre, pourvoir... >
Il l'examisa quelque temps, la soupesa, lut h demi-voix la légende de tous les cachets ; le facteur finit par perdre patience.
c Allons, en vollb assez 1 dit-il brusquement ; je n'ai point le temps d'attendre; puisque vous ne voulez point de la lettre, rendez-ta-moi ï »
Hais elle était aux mains du vieil avare, et abandonner ce qu'il tenait une fois lut semblait trop dur. Après beaucoup d'hésitations, de questions nouvelles, d'exclamations plaintives, il paja les quatre-vingts centimes sou k sou, referma la porte, s'approcha de la fenêtre, se mit à, retourner la lettre sans la décacheter. On eût dit qu'il n'osait toucher à ce papier précieux qu'il venait de payer si chèrement. Enfin il brisa l'enveloppe avec un soupir; une seconde lettre tomba, je la relevai'.
< Four ma nièce I > dit le vieillard après avoir jeté les yeux sur l'adresse; et, visiblement étonné, il retourna brusquement la feuille qu'il tenait, afin de voir la signature du correspondant. A peine l'eut-il lue qu'il jeta uneri.
la» SODVKMnSD'QN VIElLtARD.
< Encore luit s'écria-t'il ; otii IDalb0^reul^ je ea(*
TOlël »
Il courut à la porte :
€ Facteur I facteur I rendes-moi mm ir^M; ^mtmmK |Mtnt de cette Iet(t«t *
Ibislefactearétaitrepara^uUkmgtehipsv-etlKitiu: fit observer quiil ns'pMHvaiMa r^rendffi' ouverte)
c C'est juftei s'ècm moeeieDPBtistMies «»-rrap^«ui le fr(«t.>ét(HinK qiMi&satoha'-afoirpwdenuAd» AW» je ne savais pas ce vaurien en Angleterre..^ eti... am^ astres' envois étaient affirancltls... Âkl nieuàeurs; c'estun abut,'ua «nw^able atni»l... Le^poaws ne'demaimu' se charger que de lettres dont <Mi-a [wyâ-laiport. >
UrQtonmadeAMTCMJa-fMiHa'Ct^wwMMlw;!»' miàna listes;
< C'est cela, murmura-t-il, c'est cela... Il a peo«éqde>s«s autres leUres DiétBiAM poiat paivenuasi .p«i>i|a'ou n'y ft¥ait point ripradw^.,' lï u déeiâe^i ta p^Mte^rtatMcbir celle-ci, dans l'espoir qt'^e anvms'phu-rtnïHmnt... Oui, oai,'o^q)tw*r.>^aM8Bd9-iBa:répiwMt »^
Et, se tournant eaSA Tcrs^oufe^
c Pardon, mottHean, ceBtiMa'*^^ «»-niâ4l<Atit 1»' lettre dans ses j^sj p» xiae'briliMd«4e«oiD uiiKitisti&4^ par4on, ced nonsaâitouHté>ï.^-Hai»,- voii»'COBlp«n8tr< quand on n'est pas riche.;. -cflapetites^ApaWA». Vaiià.) comnae on raine' les pauvres gens'l
-^C'est justOr repnt iroeiquementlUgâf, qnvlft'soèsdi avait siaguliërementdi4eFti} crojttKi-nioâalenrj «pte^notn ne sommes pasT«BtésiadiffîreDlH-à«e qiliTi«itd8.voiis arriver ; et la preave, c'est-qoe) pour iniii fliiflnMmnflnr un peu de cette' perte de quatw-viugtS'cenlfBMy^^A^ttltf ' oDoiffiieFdQ'fra&csà'niwprofDSiliMe, *'
La figure de monsieur BrissÂt «'éclaircit.
LA nt-RNiejtKËrAPB. iw
C'Pennettss; repiit-ît en souriant, noos diffârkH» de mille éeuB} c'eatsans doulo mille éc(» que' mOMieur vent diKÎ
— Mille francs Irdpéta Roger; ODDeeempte'plus par ëcna.
— A la bonne heure, à h- bonne heorel dit l'avaite d'un lonconeiliant; mtns-nwnsieBrn'igBore pas-que mille écoslonttnofs mtllefraD».
— Et j'en oflM Je tiersr réptiqwi mon «ni; mes p*nvoirs ne vont pas plus loim »
Uonsteitr Bmsot Fsg&xfai Roger psr-dessBS ses Inncttes.et'lui'trvnva un airst-résolu qu'il panit un instant: ioocrtain, puisilplia Imépeutesu
< VejiHis,' dit-il d'un accent âoiN^Bnn, onine pmil:> cependant pas se quiUerainu; il ne feBtpxs quecetf: nmsieura «teitt IiiU noe^cvun* in^ye;- j'iœvpteAi lasomme oRerte.
— Alors c'est af^re conclue, roprit Bio^ : gavaitt^' traû mille francs cetnptaat^
— Oui... avec que*ïu<B petitet^'âonfieiba qiis vMis~B«' refDHfeïp«int..
— -QUïiles'dooceurs, mensiouPT ■
— Laferaue meFoumissaU un pcki de b<As..ri'; aF compté( moasiear ne romifait paa"«ifoeev-an4ietem0 do'mon'AgeÀ aroin'froîévet hiren-
— Nous 1^1» «RtroT'daM l'été; St'bbnrver Roger^ maibsoit, vous oKm. votre pfovision.
—il ;adepltU'les'pettKbiiedev»M8»âeprUMMip3^,' j'y ai encore eoinp^'
—"¥41» tes «MU/ BiMisiWfr. Bst-«e Vmt/1
— A -pcftprèKo «'dstl-à-dH'e^«{nif'qiiel(}ue»''«o«vées' ducs par le fermier.
— £fe3ttP l«)t4K«ttec vow'-wwz! .égàtXMat eomptt^
m SOUVENIRS O'ON VIEILLARD.
interrompit mon compagnon ; il tous les fera, monsiear. Mais nous en resterons là, s'il vous plaft; plus de doa~ ceurs, comme vous les appelez, nous deviendraient trop rudes. Veuillez me donner de quoi écrire ; nous signerons une promesse réciproque d'après laquelle le notaire ponm dresser le contrat. >
Monsieur Brissot alla ouvrir une armoire d'où il retira lentement une main de gros papier et des plumes d'oie dont il ne restait plus que le tronçon. L'encre manquait ; il appela sa uiëce pour lui demander une écriloire.
Nous vîmes entrer une jeune fille d'environ vingt-deux ans, pauvrement vêtue, dontla physionomie nous frappa. Sans être belle, elle avait dans toute sa personne quelque chose de gracirax ; sa timidité paraissait extrême, mais & des tressaillements et & des regards furtifs qui traversaient pour ainsi dire son embarras, on devinait une &me acbve. Elle rougit d'abord en nous apercevant, puis aoin ur parut la rassurer. Elle posa l'écritoire sur la table, approcha une chaise et voulut se retirer; son oncle lui fit impérieusement signe de rester.
Roger s'était assis et av^l essayé l'une après l'autre toutes les plumes, sans en trouver une qui pût écrira. Monsieur Bnssot demanda à sa nièce si elle n'en avfùt pas de moins ruinées. La jeune fille sortit et reparut bientét avec un porte-plume assez élégant -ermé d'une véritable perry. Roger laissa échapper une exclamation de joie; la plume d'oie lui faisait horreur : il y voyait le symbole de la routine et de l'obstination, tandis que la plume de fer était pour lui le témoignage du progrès moderne compris et accepté. Il exprima tout haut sa reconnaissance, à la jeune fllle. Monsieur Brissot proGla de l'occasion.
« Eh Wa I eh bien I rnoosieur peut donner & l'enfont
D,mi,.=db,Gooylc
LA DERNIËnE BTjtPE. J33
une petite preuve de sa satisfaction, dit-il avec son sourire saccadé; j'aurais dû ne pas roul)lier,., Eiil eh! eht Quand il ; a des femmes dans la maison, il faut des épingles; un marché ne se conclut jamais sans cela. >
La jeune fille Qt un mouvement, comme si elleeût voulu protester ; mais un regard du vieillard lui Imposa sileacc.
c C'est une pauvre orpheline, ajouta-t-il en se rapprochant de Roger; sa mère l'a laissée à ma charge, monsieur!... Encore une grinde injustice... Quand on ne sa marie point, qu'on fait l'économie d'une femme, on devrait élre sûr au moins de n'avoir pas charge d'enfants ; maiâ le monde vous impose ceux des autres ; on vous dit que ce sont vos parentsi... Je vous demande un peu ce que c'est que des parents dont on n'hérite pasT Eh I eh I eh I Au reste, monsieur peut fixer lui-même le chiffre des épingles ; je ne voudrais pas arrêter sa générosité. >
Pendant que l'oncle parlait ainsi, la nièce était visiblement au supplice ; des larmes Unirent par gonfler ses paupières, et elle se retourna pour les cacher. Roger s'en aperçut comme moi.
e C'est bien I dit-il, en prévenant de nouvelles sollicitations de monsieur Brissot, je saurai me conformer h l'usage; mais c'est une affaire h régler entre modemoisclte et moi, ne vous en inquiétez point. >
Les jeux de l'avare s'agrandirent.
< Pardon, reprit-il d'un air désappointé ; mm la petite ne s'occupe pas des""affaires d'argent... c'est moi qui garda touti
— Et voilà précisément pourquoi je désire que mademoiselle ait quelque chose, acheva mon compagnon d'un accent péremptoire... Mais nous reparlerons de ceci plus lard... Voyez si j'ai bien rédigé mes conventions. »
Il s'était levé, et tendait le panier il monsieur Brissot,
D,mi,.=db,Gooylc
t3i sODTEJftnS D'OIt VIEILLAnD.
-qui se mit h le lire lentement et loutbas, avec son petit
gloussement; enfin Use décida à signer, ^-oous primes
congé.
Enr^agnantlaBrandaie, nous nous sommes eommoniquô DOS impreseions sur cette visite. Quelle aslsteDce que celle dO' ce malbeureux que l'on dit tube, et qui se prive des plus légitimes jouissances, à qui la' bonté de Dieu a doDOé nae Ma d'adoption, et qui r^arde ce doux présent oomme aoeiCharge I Ias»sé auqud il ne nsta qu'un couotierde' soleil dont il pourraitjouiri etqui s'épuise à ^;raier les deniiers épis d"une moisiOB dont il n'a que faire.
C'est ta première teis' qne je rencoubv le véritable avare, également ardent h scquéiir et à oonserrer, indifférent pour tout ce qui n'est poiat rûdiesse, etue vivant que pourun seul instinct. Il serableque-cette monomaniè ne soit plus de notre siâde. La fadlité -des rapports et la mobilité des fortuneaioùt dèsacoontumé de ï'*eQi&-
■ ment qui tliésaiirîse ; la JsidtipIioité-desimqeiia'dAJQBissaoce a plus vivement sollicité les goûts. Qui eût été avare dans les Ages préeédeats «st devenu ande dans ceJiû-ci. Ou n'aspire [dus aux millions pour tes enfontr, jnais pour s'en faire des instruments de jouissance ou de volupté. Qu'en conclure, sinon que l'homme, par ses vices comme par ses vertus, sort'^lus qu'aiitrdfois, de^Juiméme, qu'il est plus mélé^auigrand jneuveoient de la foul^ qu'il participe davantage h la vie comiosne?. Autrefois on mettait à part son or et son &mc, on enfooiasoit l'une au couvent, l'autre dans laterre^aujourd'iiui nous
■ seineBS;lee deux an vent, sans aarroir toujouTBf luélaslioù tombe latsemaiOe, el 'quelle; moiisaQ doit waorfjr.
LitS^UlIÊBI ATAPB.
f ASnE DE TIEItLARSS.
NAnsstHnmoi'etotipadaclieZ'moasieuv Brissot, dous avons rern sa oiàte; le second coup' d'œiL ne lui est pas. moins iavondile que le premter: J'ai pu .la faire: parler, et j'ai élé'Ta'rï'de la.doticcur'de sa voix, de ea-simplicittï émue. Mais quellei tristesse au fond de tout cela 1 On sent qu'il y a dans ce cceor-quelqne plaie-vive.
J'ai voiita interroger le régisseun de la Brandaïe: tia entendu pariterd'dn amour conirarié,' d'un mariage auquel l'oncle vent fairo consentir la .jeune fiUe afin de sadéliaiTassa"d'elle. Maiaiiln'a pu.ina donneraucuQ dé" tall. Jesuis f&ché >de partir sitât; j'aufais voulu mieux connaltte cette pauvre délaissée et- lui: être ide quelquâ secaura.^
On nom avait iparliâ'uB hoaptce de rvieillards fonda dans le voisisage pas: la généresité d'un netm. proprié- taire; Roger et moi nous avonsvoulule visiter. Les pensionnaires de cet aàtesoijtdoublementde notre famille : frères par Adam, frèree par Vâge.-
J'errais trouver là dabien^tre et de la sérénité; ledésai^eintement a été douiouneax. Nous avons vu -ds'. grandes cours k travers leajuellea'ties infirmes se trat- nalent péniblenteat ,- encore plus éprocvëspar-l'ennuk. qoepar la souf^nce; des- réfectoires eà la ration pesée-i imposait'^ tous l'égalité de la fain-des dortoirs coia-^atoBs qoi associaient le- sommeit à .l'iosomnia et où jn-, mdme clochedisait à tous : — Dâboutl^^ Régularité né*'^ cessaire, dit-on, et je le reoonnais, mais quiiirapnmoà^ l'ensemble je ne sais quoi de morae-et dedur,: lA,. pluai
1S« SODVBNinS D'On VIEILLARD.
rien de la famille; tout se fait réglementairement, sans inlervention du goût ni de ta tendresse ; les hommes sont administrés comme des choses; ce ne sont plus que des groupes de chifTres sur deux colonnes : la vie a celle du doit, la mort a celle de l'avoir.
Ahl sera-t-on toujours condamné h parquer ainsi tes misères du dernier fige, a les donner pour seul spectacle à elles-mômesî Ne verra-t-on jamais une société assez enrichie par le travail et assez amie du devoir pour que le vieillard puisse rester là où Dieu a marqué sa place, c'est- ît-dfre, entre l'homme fort, la femme et l'enfant? Ces cheveux blancs font bien mêlés aux chevelures blondes I Cette faiblesse me plaît appuyée sur les forts; ces infirmités me touchent entourées des soins attendris de la santé florissante ; mais ici je mè sens abattu, humilié I Qu'est-ce que ce vestibule du cimetière où vous entassez tous les candidats de la mort déjà paies, perclus, brisés? — Béni soit celui qui leur a ouvert un asile; mais mille fois plus bénis les temps où il cessera d'être nécessaire et où l'amour aCfranchira la pitié de ceC^ triste parodie de la famitl*. ' ,
Nous avons causé avec le directeur de l'hospice ; il se plaint surtout de son impuissance&vaincreles habitudes de ses pensionneras. A l'Age que tous ont atteint, le pli est pris, le- ressort de la volonté rouillé; l'&me reste a»aervic sans retour. La continuité d'un acte qui nous plaît semble d'abord de l'indulgence pour nous-méme, mais bientôt elle devient tyrannie ; ce n'est plus l'habitude qui nous appartient, c'est nous qui appartenons à l'habitude; elle nous mène en laissé, elle nous aiguillonne, elle nous condamne à. une torture a la fois odieuse et désirée. L'effort même pour y échapper nous y ramène. C'est toujours l'histoire de ce soldat dont l'ivresse fréquente désho-
LADERNIËRE fiTAPE. ' 131 •
norait l'uniforme. Son capitaine l'appelle; i) loiie sa bravoure, sa soumission, sa probité : pourquoi faut-il iiu'un seul vice lai ferme le chemio de l'ayancement et des récompensesf Le soldat touché sort avec une ferma résolution de se corriger. Il arriye à la porte du cabaret où il a l'habitude d'entrer ; sa volontâ se roidit, il passe; alors, souriant h. son courage :
< A la- bonne heure, dit-il en se parlant à lui-même; je suis content de toi; allons, pour te récompenser, viens boire un coup I »
Plusieurs des vieillards de l'asile s'encouragent sans, doute de même, car nous en avons rencontré qui rentraient l'œil hagard et chancelants. — Étrange goût qui nous crée le besoin de perdre momentanément la conscience de notre individualité, et qui nous achemine vers la mort à travers des accès de délire volontaire I
Il est donc vrai que laisser grandir un vice c'est élever soi-même un bourreau t que toutes les folles dépenses faites par la jeunesse en volonté, en modération, en santé, sont payéfô au centuple dans les vieilles années I
En voyant ces malheureus le visage enflammiï, les
mains tremblantes, le corps appauvri, je me suis rappelé
cette légende du Gin, dessinée par un crayon fantasque.
Le perlïde tentateur apparaît d'abord sous la forme d'un
génie souriant et couronné de flammes. Il a les mains
pleines de promesses séduisantes : -^ palais de fées, —
coffres ruisselants d'or, — danses de péris, — trénes eî
chars de triomphe! La foule jeune et ignorante accoure
pour oublier.la réalité dans ces rêves ; elle boit £i la
coupe trompeuse. Mais la soif augmente toujours, et en
. même temps le génie se transforme; son air devient
impérieux ; à mesure que ses adorateurs se courbent et
s'affaiblissent, lui grandit et se montre plus terrible.
ISB SODrENIRS D'CN VIEILLARD.
Enfin le voilà devenu mattre; il a enserri celte foule baletante dans son résetu de feu liquide et enirrant; alorslafaasieappaieBceqmle déguisait 's'énnouit, le graeimx g^Jiie se monM dani' sa xéalilé : c'est la Mort '■ avec lesyeux de ténèbres et sab Tire Eaedoniqua I Elle e» traîne, en courant, ses eadaws éperdu* vers l'abîme eâelle les précipite, et où l'on voit leurs, ombres convulsivet toarbilloQMr au mHiau des nioDBtrea-«tdfli flammes.
MALADIE DE HOnSIEDR 'fiAPfTSn.
TJous sommee'de retour depuis' quelqwft jowfi déjà, et j'ai peprismoa train de vifrordinalre.' Cependast hier matin j'ai'vaiaemflntatlewki moasieuv. fiaf^ste ; il n'est descendu de sa mansarde que très-tard et s'est présenté à moi'Ie visage' dèfeît. Je lui aidemaudé virement ce qu'il a^t.
< Je l'ignore, monslear, m'a-t-il r^ondu avec effort; .mais hier dé}à jenemesentkis'pas à mon aiae, aujotKd'hui je suis to»l'à-fut ntalade.
— n faut VousBoigoei'; voirumnéderfo.
"Cestmen intentioir/MaH comme' mnasieur ne peut
rester seul^ je m» suis: a^uté qudqu'ttn qui fera soa service.
— Ne vous tnqaiétez point'de eéA.-
— Pardon, je ne veas poiot iqiie ma maladie laisse monsieur dansFembarras; madame Rwiè,' que j'ai avertie, « dit qu'elle tromsrait à se faire remplacer au«0B^'
-ioir, et elle va vomt.
D,mi,.=db,Gooylc
LA DBRKTGRBCTÂPB. ISV
— C'est bien, c'esl-biea; mais songez'd'abonl à .pobs.
— J'y songe, monsieur ; aussi je venais preadcecongé monsieur.
— CommeiTt4 et où allez--Miisdonot
— A riiôpifeil, mowieur. » ■ Je me suis levé d'un bond.
«A l'Iiôpitai! ai-je réputé, et-YOïwaTBrpenséiioeji vous y laisserais aller !
— Il le faudra bie»/ ratmeleuf, a-t-tt répondu traaqiiîllement; je n'ai ici ni parents, ni maison;'
— Et' qQ'est*ce' dofic que celle 'OùroBSi-étes maiide-r.nantî ■
— C'est... votre kigfSi-m«ï)sie«n
— C'est le nôtre 1 me suis-je écrié ; vous y avez votre place, et vous la garderez : ; jamais les servitears qui pou^ valent être sottes ssna co'toit ne sont albâ» usurpée à rhûpital le lit du pauvra/ » ■■
Monsieur Baptiste a salné.
4 Milmieur' esttiieiï'boD, a-^-il repris,. mais.', je ne> puis accepter.
— Et pourquoi cëa'T'Éù*je demandfràvec'surprise- > n a paru embarrassé.
< Que Monsieur m'excuse, a-tnl répondu après un. aiomtnt d'hésitation ; c'est'iine idée à moi... je -préKre . l'bflprtal.
— N'auriez-vous point-coflflaBee dMsoiwi docteur i
— Au contraire, monsieur.
— Craignez-Tous d'être icimsi soigB&r — ^ Ce n'est point cela.
— Alors expliquez-vous, dengrftce? mcsuis-je écrié avec un peu d'impatience. Je veax'Bavfàrile'iiiotif'do votre préférence. »
Il m'a regardé et il a Tougt.
UI hOUVEMIRS D'OR TIEltLARD.
< Mon Dieu... c'est que j'ai peur... de mécontenter monsieur I...
— Non, parlez.
— Eh bien, que monsieur me pardonDo... maisjencle connais pas encore assez pour accepter de lui ce service.
— Je ne voua comprends pas.
— Je veux dire que, si monsieur me soigne, il aura droit & ma reconnaissance.
— Et vous ne voulez point en avoir?
— Ce n'est pas cela, monsieur; mais monsieur la comte avait coutume de dire que la reconnaissance est une dette dont le chiffre reste en blanc, si bien que le débiteur et le créancier s'entendent rarement sur ce qui est dû.
— C'est-ii-dire que vous avez peur de mes exigences î
— J'ai peur de passer aux yeux de monsieur pour un ingraL Quand il aura plus Tiùt pour moi, il pourra attendre en retour un meilleur service ; ce qui satisfaisait dam un serviteur ordinaire ne sera peut-être plus suffisant de la part d'un obligé.
— J'entends, ai-je interrompu un peu piqué, monsieur Baptiste n'est pas assez sûr de moi pour permettre que je lui rende service.
— C'est vrai, a-t-il répliqué naïvement. Monsieur le comte avait coutume de dire que pour accepter un bienfait il fallait être certain de pouvoir ie rembourser en reconnaissance.
— A la bonne heure, ai-je repris sérieusement ; mais ne vous a-t-il pas dit aussi, monsieur Baptiste, que nous devions permettre & chacun de remplir son devoir T
— Sans doute, monsieur.
— Eh bien, le mien est de garJer malade le serviteur que j'ai gagé bien portant ; j'ai profité de ses forces, je
LA DERnlËRE ÉTAPE. IJl
dois subir la gène de ses iatlrmités. Ceci n'est point de la générosité, c'est de la justice, et vous n'aves point It droit de m'empêcher d'ôtre juste.
— Ed effet, monsieur, a-t-îl riipondu en s'inclinant.
— Permettez-moi de vous dire, ai-je continué un peu ironiquement, que vous êtes trop prompt & me soup^ çonner capable de faire l'usure en fait de bienfaisance ; et puisque vous n'avez point encore eu le temps de me connaître, faites-moi, je vous en conjure, crédit de quelque humanité et de quelque désintéressement. >
Monsieur Baptiste a voulu s'excuser; je l'ai interrompu.
< En voilà assez, me suis-je ^rié d'un ton cordial ; nous reprendrons ce sujet plus tard ; pour le moment, ce qui importe, c'est de remonter et de vous mettre au lit.
Il semblait, en efFet, plus étourdi ; son œil était vî- - treux, ses dents claquaient. Je l'û pris par le bras et je l'ai conduit à sa mansarde.
Félicité, qui arrivait, est allée chercher le médecin. Celui-ci n'a trouvé au mal aucun caractère certain ; il a recommandé le repos et quelques tisanes. J'ai moi-même veillé h. l'exécution de l'ordonnance, et je me suis établi dans la mansarde du malade.
Je n'y étais point venu depuis longtemps, et j'ai pu voir alors tout ce qui lui manquait. La cheminée fume, les Jenétres ferment mal ; la pièce est carrelée de briques, -* sans paillassons ni tapis ; le soleil arrive au lit qui n'a ^ point de rideaux. Je me suis reproché cette négligence. Tandis que chaque jour ajoute à notre confort, nos ser- ■ vileurs restent exposés à mille gènes. Nous les logeons wus les toits, nous les meublons de rebut, nous ne nous inquiétons ni de leur tempérament ni de leurs goûts Pour des millions de travailleurs, sans doute, la vie esl
lil SOOTENIBS VOS TIEILLARB.
encore plus rude; mais ceux-ci ont toujours 'sont les.jeux riudulgence du maître pour lui-mAme* sesprécautions, ses voluptés. Chaque regard les «Tertit de leuci condition de déâMrilès.
Encore si celle pauvreté était à eux; s'Us-n'aTaécnl pas, suspendue an-dessua de chaque jour, la menace 4'un- congé; s'ils ce TÎTaîMitpa&éterDelleineDt à l'au-" berge, serrant seulemeDt au lieu d'être servisl
Ht nous nous plaidons de 4e» Uouver indifféruits h l'économie d'un méaage qui s'est point le leur« souvent' ennemifl d'unepro^éritéqui agrandit la distance entre -eux et le maître ! Étonnons-nous plutAt de leur zèle. L» > plupart-de leurs vices 'saôsseot de ieur position ; toute» leucs vertus sontàeuxi.
JO' faisais ces réflexisns en tAchant de remédit»- aux plus graves inconvénients de La mamarda occupée par le malade. Un vieux tapis a été apporté, de» rideaux tea*' dus devant les fenêtres, un poêle dressé-devant la chemi- née.' Monsieur Dafitiate-refflCTdeàehaquaDouvet'amé^ sagement. Du reste jamais une plainte' nlaBe marque d'impatience; mais toutes les prescriptioas'duiméde^a sont scnipuleusement exécnlées; il semble traiter la maladie comme tout le monde, avec unaicérémanîense poli-tessfr, et BOTouIotr la congêdter^edansile» formes'.; „ .
15 matrr; Rl«n dechangé dana<l'état de-Baptiste'; ie ' mal couve sans prendre une forme précise. Roger estvenu nous voir et a voula s'entremettre. Depuis- iquclr"- ^ues semaines, il nerérequ'llomœepnthie. Il a voui» persuader moasieurBaptistei- D'abord c'étaient>desmisonnsments ; puis cent exemples de malades déseepérésy abandonnés, qui avaient trouvé lear-Balutdans'les.'gla-' bules. Mais-monsieur Baptiste s'est ntontré in^ranlnlile; XI s'estconOé à monsieur le docteur; il y a entre etu: '
oa contrat synallogmalique : I'ud doit suivre toutes les — ordonnaBces, l'autre guérir ; c'est pour le veux domestique une^alTaire de probité.
Heger a beau lui objecter que l'allopathie n'y peat rien, que depuis huit jours elle le laisse dans le niéme état.'qu'i) sa fait fort de le remettre sur pied avaut la fln de la semaine :■. monsieui* Bapdste remercie en portant la mala k son bonnet de coton ; mais il persiste duis sa résolution. Alors Hoger selève eu Irappant sa eonue coDtre le tapis.
c Eh bien ; au- diable 1. 8?éorîe-t-U ; tous forez un& grosse maladie I
— HoB8imrle.docteuria yatlara, réplique' tsanqmlloment Baptiste.
— Uais s.'iHe-trompe î \
— Cela le-regarde, moo^nr. ^
— Et si vous en moniszt i-.' —, MoDsifior le docteur en anrft laTespom^ilité. •'
Roger me regKde,'pread«oncb^icau eLsortioneux. « Diea me pardonne I e^ original «saiste à sa propre maladie comme un haûsier assista aux: réceptions de E» . cour, me ditril sur lepalier; il geconlecte d'annoncer ces symptômes etles ramède» sans s'y istéreaser autre- ment; on dirait. que le bal ne se dosas pas chez lui. ' Apres -tout, qu'd ft'sKtngel on ne peut ^as fwcer les gens à se bien porter. »
Cependant il ne tards pas brerenir avec de nouveaux ■ arguments et de Doawatix exemples. -Uonsieur Baptiste ' écoule tout et répond par les mêmes remerctments et le- ..doémecoup âebanuet;iiB8Jsàlaldtgu9je CEoia m'operceroir que ces visilea lui déplaisent. îa vivacité, fami- ..iière. de Roger choqua soo^ffl^me; mon vieiLaml rappelle parfois Uaptlste tout coart, le traite d'enlété^t
ISt SOUVENIRS D'UN VIBILLARD.
lui déclare que s'il était h. son service, il l'hûmœopatlU' serait d'autorité, l'ai prié inslamment Roger d'être plus circonspect ; mais il ne comprend rien h ces ménagements ; il me dit que monsieur Baptiste est un vieux - fou et qu'il préfère encore son jocrisse de René.
Malijré CCS boutades, il revient s'informer chaque jour &s la santé du malade, il lui apporte toutes tes petites friandises autorisées par le médecin ; mais il y a dans ses attentions une brusquerie h laquelle Baptiste ne peut s'occoutumer. Le rûle de bourru bienfaisant ne platt guère qu'au thé&tre ; dans la réalité on n'aime point les roses qui ont une épine sous cliaque feuille.
S5 mars. Notre malade est enfin debout, un peu maigre, un peu p£lle, mais guéri.
Ce matin, quand je suis monté h sa rit^nsarde, je l'ai trouvé habillé et près de descendre. Je l'ai laissé faire, mais en le mettant sous la garde de Félicité, qui a juré (|u'au premier essai d'empiétement sur ses attributions die reaverniit le convalescent au dortoir.
Je l'ai installé dans mon cabinet de travail que le soleil égaje et d'où il peut r^arder les passants. J'ai mis à sa iisposiUon des livres et la serinette, en lui permettant ile s'en servir pour donner une leçon de chant k mon tarin. A chaque arrangement il me remerciait d'un air pénétré. J'ai enfin demandé à monsieur Baptiste s'il qe désirtût rien autre chose.
« Rien, rien, a-t-il répondu, sinon que je prierais monsieur de m'appeler désormais Baptiste tout court. , — Pourquoi cela î
— Pour que ce jour me soit rappelé par un change^ ment dans mes rapports avec monsieur. >
J'ai été touché, et j'ai tendu la main au vieux domestique en le remerciant. *^
D,mi,.=db,Goonlt'
HOIREAUJi: ET HIRONDELLES.
Quand la brume ou la pluie ont contrarié ma promenade dans la campagne, et qu'un tardif rayon de soleil me permet enfin de sortir, je descends jusqu'à la jolie place plantée qui s'ouvre à l'extrémitéde mon faubourg et où Roger ne manque guère de venir me rejoindre. C'est le rendez-vous habituel des enfants et des vieillards; il semble que les deux extrémités de la chaîne humaine Tiennent s'y rejoindre. Ici les cris folâtres, les courses étourdies, les cheveux flottants sur des joues roses; ïk les fronts chauves, les démarches lentes et les longs silences.
J'mme ce mélange : ûasi rapprochée, l'enfance parait plus grave, la vieillesse moins triste; l'une complète l'autre. On comprend mieux la vie en apercevant i. la fois le point de départ et le point d'arrivée.
Pourquoi ne pas multiplier les occasions de ces contact.'' salutaires î Les anciens n'avaient garde d'y manquer. Chez eux, les hommes qui avaient vécu étaient les éducateurs choisis de ceux qui devaient apprendre à vivre. Les premiers communiquaient l'expérience, les seconds apprenaient le respect; la jeunesse s'instruisait alors, comme le dit Aristophane dans la comédie des Ifuées, < k haïr les discordes, i. rougir des choses Uéshonnétes, & s'indigner quand on riait de sa pudeur, à se lever devant les vieillards. » Je ne demande point, sans doute, d'en revenir h l'éducation d' Athènes ; chaque siècle a ses besoins, chaque société ses instruments ; mais je voudrais que parmi tant de palais élevés aux rois, aux arts, h l'industrie, OD conserv&t quelques coins de terre ombragés
su SOUVENIRS D'tTN VIEILLARD.
et fleuris h l'enfance et à la vieillesse. Je voudrais retroDver dans cette sollicitude pour ce qui ne sert plus et oe qui ne sert point encore, la preuve que notre société n'est point seulement une reine, mais une mère ; qu'elle aime ce qu'elle gouverne et ne veut point subsutuer une rudieàuae famille; je voudrais surtout qu'en réunissant l'être qui naît à l'être qui finit, on en tirât un enseignement public ; quel'enfant apprit, en vénérant le Tieillard, a reconnùssance pour les services rendus, la condescendance pour la faiblesse, la compassion pour les infirmités.
Hais le moyen qu'on s'arrête h de pareilles idées dans notre monde moderne, où tout n'est que campement, où les institutions sont des tentes sous lesquell^ les idées bivouaquent une nuit pour se remettre en marctie dès l'aurore. Depuis un siècle, quelle moisson a pu mûrirt Quel jour a eu son tendemain? Â. chaque station un chœur âe voix crie vainement au genre bum^n : Restons ici; c'est la terre promise! La multitude éteint ses feux et reprend tumultueusement son voyage, revenant vingt fois sur ses pas pour letoamer hienldt en avant. Incessante recherche de la postérité d'Adam, qui, toujours lasse et toujours en route, semble condamoëe & errer dans son rêve pendant l'ètemltél
Je disais tout ceci k Roger ce matin, tandis que je me promenas avec lui sous les arbres de la petite place; il s'est indigné de mon étonnement et de mes plaintes.
cParbleul croyez-vous- donc que Dieu ait faitie-genre humain pour l'immobilité? s'esHl écrié. Ne voyez-vous pas que tout dans l'univers est en mouvement; que c'est la grande loi delà création T Si l'homme atteignait son espérance, il ne serait plus homme, car le complet accord de la réalité avec son idéal le ferait passer dieu I Xa prewiàèM condition de sa vie momentanée est l'aspiration , et
LAfSEBRIEBB ETAFC. ïl|f
qui aspire i Hardie. Seulfinoat, comme les IneuFs «oBt confines, cette naccliaeKLiaQtrtaiae; Uaumaitâ toome sonveot snr eUe-mémeet TovieQtLianx.aBciens campe* .nents, maisi toujours iaicQxiastruite.LWreurreconnae • est un pas.faitTer8 l&¥érUé.:Sl Jes hommes écoutaiM< ices voix qui leur crienL d& s'établir à. demeare axas wA iàée et use {onne, le monde entier -paseeratt à l'tiat de l'aBCioiDe lÉgypte âiéoccatique, iaunea» péthScatùo sodate où toit a'était atrùté. on .point où L'avait laissé la tnkditioQ. Le genre humain n'amiût^aft^'à prendre xaaane eUe,:pour>(fiibl&Be, des divinUés aeases, aux l)Eas imnM^iies et coiffées da<nnt(nir aasiailes s;BiboU- .quement EtttaUues. (^ieKait,^«krïFet, 1*101(11196110646 ces aila3,l&<À*ajie lui laisse plasd!air pour les étendra?
— Ainsi, ai-je repris, loos nagardez >FliomBM sociBl .œonune.une aorte d'AhasvémS'nndma&àitfrer jusqu'à .laoonsoHunatiaEideS'àiBlBS, aansiutisMlectaaiis but
— -Sans boaEsole,.iitni,C8riila,daes l'Aude des lais itemelles une perpétneUe nunifestalioD des volontés suprêmes, a repris viTcnaeiit Roger, Il n'est pas suis but s'il^marcbe où .Dieu reiivoie..N6 le ocmptreE pointa Ahasvénis, mais au peuple béèreu enxnt dans le désert et envo^id.dsvaBt loi :laaÉea«es e^toooes à. tirenl'aile vers la terre promise. Cette terre, nsns ne l'atteiiidroDS qu'après beuicoop de dangers couius, de veaux d'or ado- :iés;:il iaudraaons iDitiier dans ia^foi,, nous «odurcir .MUA r^)reuve, désappreDdieces-ncesde l'Egypte, et iaisser,.ceinaie le peuple de'Bieu, dnu les sables du désert le cadavre de la servitude. Mais seudemeut releotisoBt les'trMBpetteade JérichoI.Maisie|)ays'de Cbanaen luiriBéiBeBeEei&pftiatlepQrt; la faittaecmtiinieia jus- . qu'au demier jour, parce que cet effort est la loi même ,dejitBt[B.peElQCtioBitenifiat.Ne:farie£>iioiic jamais, dier
lit SOUVENIRS D'DN VIEILLARD.
ami, d'établissement dëânitif, de repos; le repos c'est la Ad de la vie, et le définitif n'est point de ce monde. >
Tout en causant ainsi nous avions gagné un banc,
et nous nous sommes assis ii l'ombre des touffes de tilas.
- Les bourgeons commençaient & brunir l'extrémité des nmeaux; ver rubeseetis, dit Virgile. Les branches des arbres et des buissons dépouillés projetaient leur ombre £urte sable et y dessinaient mille entrelacements capricieux. On eût dit un immense réseau tendu sur cette nappe de lumière pour la retenir ca^ttlve. Entre chaque
" maille sautillaient les moineaux familiers qui venaient presque à nos pieds, nous regardaient en penchant la téted'un fur de curiosité mutine, puis gazouillaient entra eux d'un accent moqueur, comme s'ils eussent compris 4jae nous parlions de philosophie.
J'ai avoué à Roger que j'avais toujours eu un faibla pour le moineau : c'est le seul oiseau qui vive dans nos villes en toutes saisonset qous y fasse entendre quelques Dotes des mélodies de la campagne. Nos tuyaux de che-
"^ minée sont ses forêts, dos ardoises ses pelouses. Il réveille chaque matin la jeune servante en chantât dans la
~-^giroQée qui orne sa fenêtre ; il amuse de son caquet l'enfant du pauvre ouvrier confiné dans les combles: c'est Le rossignol des toits.
< Dites plutôt le musicien des carrefours, a répondu Roger; car il ne vit, comme nos Orphées vagabonds, que 4'aumdne ou de rapine. A vous entendre, ce serait une espèce de messager des champs, occupé d'entretenir chez nous la diligence et la bonne humeur ; mais moi qui le connais, je vous déclare que c'est tout simplement un de ces drôles qui, à force d'effronterie, font rire de leurs vices. Paresseux, gourmand, voleur, le moineau est la véritable chevalier d'industrie des airs. Goniiais&ez-
LA DEBRI&RE fiTAPE. W
TOUS, par exemple, ses procédés envers llûrondeUeT >
J'avouai en souriant moD ignorance.
<Ëh bien, reprit Roger qui s'animait comme s'il se fAt Agi de quelque procès scandaleux rapporté par la Gaxette des Tribunaux, je vais vous le dire, moit et je ne vous répéterai point C6 qu'on m'a conté, mais ce que j'ai vu de mes yeux, ce qui s'appelle vu ! comme dirait Orgon. Vous savez qu'une des fenêtres de mon cabinet donne sur une grande basse-cour entourée de bâtiments de service. fea ai Mt mon observatoire. A notre &ge on a le temps de regarder; les préoccupations turbulentes sont suffisamment apMsées pour nous permettre de bien voir, et l'expérience nous a appris à ne ries dédaigner. Je passe donc presque tous les jours une heure & étudier mes voisins ailés, et je vous recommande cette distraction ; die est pidsible, instructive et sans danger, ce qu'on ne peut pas dire de beaucoup de distractions. >
J'ai fait un signe d'adhésion en promettant de proSter du coiiseil.
< Or donc, a repris Roger, vous saurez que la bassecour que j'étudie attire une nuée de moineaux ; les parasites ne manquent jamais là où il y a table servie. — Je les vois chaque jour picorer jusque sous le bec des maîtres'-' du logis et pépier avec rage quand ceux-ci se permettent " de les déranger. Soit, je passe encore condamnation; Racine a dit aux oiseaux que Dieu était leur pourvoyeur :
Aox petits des obeani il donne la pltnre.
Les moineaux ont pris le poète au mot et se sont faits communistes; mus voici ott commence l'indignité. A chaque printemps les hirondelles reparaissent autour des bâtiments de la basse-cour et s'y choisissent une place pour leurs nids. Vous savez avec quel soin ces vaillantes
IM' SOnvranETB'D'UirviBFULASD.
ouvrières constraisent l'atùiâestind à learfatnre famillet ' Mortier solide au ddwra, lit de davetan dedans ; le përa etla méretiBraiUeQt à l'am aveedes cris d'emouiagein«itiQfj«ir:LeS'msitMaiix,.(iiii-S0tt'égalaiu)Qt eailrés en mém^evderraiMtles imiter; maisoBia: ilslesregai^ dent ftirfteD Jasmt; ils- pndangent lears'f 61c6 de noeee, ils se pTDiDtaeii^ ils- se qnereHoit, jiiiqa^ft œ qoetuti soitaduifA'cbsElH TOiniiK. Alor&iUprDfltentd'aDe^seooe-dcs -pnprtétBirBBi Uï-eatmit-daiB le nBaram logis etl'esamiiMBtt ^ik' Iv'tnmmità leargrftilsylmn»portent an brti d>'priB>comii»eyiitBledgpwsedgpa»eeniaai eHs^éaiintftlk'mmèfeito'ItaTtufe: Lammita» Ml^nvoi-' Ht Ifiraqne-lttfbiioDdcUes'se présenteot^à U porte, elles «ontTeQDef&'OotipS'dB'bse. »
J'ai été foFCède Mâncrctes nMieaoxqpri jnsttflaioasi'CrimiiieHMMOlle'Ten'deyi^k :
iSatà, oiiMm, ea n'est point pour TDoi que Tonsf^tMTOiiilda*.
J'îû seulement ajouté que le crime de ces vauriens ai\és n'était'pas sans exemple parmi les hommes.
< Et voiU ce qui me te rend plus exécr^le 1 a répondu Roger avec une indignation plaisante; ils donnent un enseignement perrers dont'on s'antoriGe; ils ont l'airdedireaux hommes: — La création estainsi faite :auxiins' le trarail, aux autres le plaiiin laissez les hirondelles' constniirepBurlès moineanrl'QTue de-rrids usurpés de même dans lenutade; Gombiei)d»g^s-qui pour s'emparer de l'édifice élevé par d'autres n'ont qu'à y apporter
« sic TM, non TOb!^ nldlBcatis ares. ■ Lm détaib qni précédant sont de la plus rigpniense eiiietltad*,. B nsnrpatioaa de» nidi
LA DERNIERE ETAPE. la
aussi un fétu I Celui-ci, c'est son nom, son crédit; celle -^ autre, sa fortune ou sa beauté! Toujours des brins de paille qui ne leur ont rien coûté !
— A la bonne beure, al-je repris en riant; mais ipii' nous oblige d'imiler l'usurpateur ailé de nos toits? La leçon que donne la nature n'a d'autre valeur que celle de fécolier; il peut toujours choisir entre les exemples.. La. vue du mcd ne corrompt que celui qui l'aime ; il repousM quiconque aime le bien. L'bomme fait sa destinée, et il dépend de sa volonté d'éb« moineau ou hirondelle- >
Ht DUTTLIEOL ET SA' nÉUNITION DE l'IDÉE. — LETTIIE d'iHAAN AU-TADE. — A- QUOI PEUT SERVIR L'iNACTIVrrÉ DE» VlEOILABDa;
Le petit commerce de F&licité prospère ; elle voudrai l'étendre, mais le capital lui manque ; elle est venue me visiter ce matin et m'a fait part de son embarras. Elle ne voit qu'un seul moyen d'en sortir, c'est d'obtenir un crédit de quelques milliers de francs en marchandises chez monsieur Du tilleul, notre plus riche négociant. Mais coiaT> ment oserait^lle seulement le demander, elle pauvre fllle qui ne peut finir une phrase dôs qu'on la regarde? Elle avait d'abord pensé h faire écrire une lettre par René ; car René a le don de la rédaction, comme j'ai déjà pu m'en apercevoir pour sademande en mariage; puis tous deux ont pensé qu'une demande de ma part aurait bien, plus de chance de réussir. Je la ferai, bien que j'aie peu. d'espoir.
.... Monsieur Dutilleu] est monalné de plusieurs aunées* etonle dit cinq h six fois millionnaire ; mais ni l'&ge ni ]&.
lU SODVEMRS D'un VIEILLARD.
richesse n'ont pu lui faire prendre goût au repos. H est levé avant le jour et veille, avec ses commis, très-avant danslanuit. Il conduit tout de l'intelligence, de la voix et de l'œil, — de cet œil de ntattre qui, au dire du fabuliste, Eofiit pour engraisser le bétail. — Le bétail de monsieur Dutilleul, ce sont les écus, et Dieu sait s'il connaît l'art de les faire multiplier l
n a îallu le poursuivre de magasin en magasin. Il venait toujours de quitter ceux où j'arrivais; enfin je l'ai trouvé surveillaut un déchvgement de marchandises co-
.loniales. Il Térifiait le compte des boucans, refusait ceux qui avaient souffert du voyage, et discutait l'applicatioD des tarifs. Dix personnes étaient occupées à exécuter ses ordres, dix autres à recevoir ses réclamations. Il a falla le laisser faire ; enfin, quand tout a été réglé, il a pris le chemin d'un autrequaiofi s'opérait un chargement; Dous avons pu causer en faisant route ensemble.
Ha requête formulée, il en a pris note, a dit qu'il s'informerait, et m'a promis réponse après examen. Je me sais excusé de l'avoir interrompu dans ses occupations pour une demande de si faible importance.
c Tout est important eu affaires, cher professeur, art-îl. répondu de sa forte voix qu'accompagne un gros rire; nous autres commerçants, nous nedét^gnonsrien. C'est avec les gros sous qu'on fait les écus ; — eh I eh ! eh I — Je suis un vrai yankie : aussi, tout m'est bon de ce qui profite à l'actif. Je ne ressemble pas à vos damoiseaux de négociants qui, dès qu'ils ont quelques centainesde raille francs, Mssent la place à d'autres et se retirent à la cam-
- pagne pour lire et cultiver des œillets . — Eh 1 eh l eh I — A soixante etonzeans, je suis encore le plus actif d'eux
"- tous, et la camarde me trouvera le nez sur mon grand livre ou la sonde à la main dans mes entrepôts.
LA DKRlflfiRB BTAPB. 109
— De sorte que tous ne sentez pas le besoin de quelques heures de recueillement vers la Sn de la vieT
— Hoi I pourquoi faire I
— Hais pour se rappeler, pour regarder en avant I Lorsque les cochers arrivent à un passage inconnu et sonibre, ils mettent leur attelage au pas.
— Temps perdu I temps perdu I L'homme est ici-bas pour fùre son métier, pour gagner de l'argent I J'ai la devise, moi, de ce gentleman anglais qui a été, à ce qu'on dit, ua grand poète : En avant ! mais en avant dans un champ de blé. — Eh ! eh ! ^ I — Tant qu'on est debout il faut moissonner.
— Oui, c'est ce que Carlyle appelle rÉmngile de*' auvret; pour lui, agir, c'est accomplir la loi de Dieu ; •mais un de ses compatriotes, monsieur Hill, vante de son cOté ^Évangile des loisù-s.
— Quelque fainéant, sans doute?
— Non, un économiste philosophe.
— C'est la même chose.
— Il donne pourtant des raisons qui ne m'ont point paru sans force. Selon lui, employer l'énergie humaine, sans trêve, h lutter contre des concurrents pour acquérir des richesses, ressemble singulièrement à ce que faisaient DOS pères lorsqu'ils dépensaient leur vie à conquérir des terres par l'épée ; c'est un déplacement de la volonté, un progrès sans doute, mais ua emploi encore exagéré de nos facultés. Il ne peut croire que l'idéal de la société soit dans celte bataille toujours croissante de gens qui, pour se dépasser, se heurtent, se foulent, s'abattent, et arrivent ainsi k se procurer un superDu uontils ne peuvent jouir et dont ils privent les autres. Il est médiocrement épris de ce monde américain, où toute la vie d'un sexe est employée & chasser des dollars, et toute la vie de l'autre h
lu soDveminrD^Dit TiEiLUifiD.
èlerer de petits chaasems de dollars. IL préfère suis doute cette fièvre d'activité^ rapatbie de oeataines'natioas' d6rebnantes ; il y voit une des phates indiapeaBs^les, mais loulonreines, du progrès de. l'humsoité, et il aspire au momeotioù chaque boiiuiie,.ai>rÉttav>oir<donQé &.k société la Seur de sontint^goiee, de ses fonjes-etde savie,, imtren dan» DD n^KB œenpé peur laisser le champiitura à'de p)u3 jeanu tiavaiUenrs.
— Bien, bioi, je«(Hnprends; c'est une idée qu'a mon»! aienrlini'l^estéenémoD'caiapagiionRTeceosgrosrire;' mais mcai coetur m!a appris l'ajitre jour ce que c'était qu'une idée. Je voulais lui faire prendre une route, il vontlait en prendre une aulre,.^o0nme je soutenais que la mienne était la plnscourtei il a haussé les- épaules eo. diaout: — C'est oneidée de MDnàeiir...cQmmeil£Ùtâit:, C'est une bêtise. — Eh 1 eh l eh ! »
Là-dessus monsieur Dutilleul a pris congéde moi;
nous étions arrivés au navire dont il venait surveiller le
chargement. Je l'ai vu se perdre au milieu dea caisses,
' des futailles^ deS' ballots, et je suis revenu àpetits-pas eu
' réfléchissant
Bst41 bien vrai .que l'idée de l'économiste anglais soit de celles dont parlût le cocher? Quoit tantde dons ac* oordës par Dieu à sa créature, taatd'efTorts d'iat^genea et de cout%ge,.tBut de sang versé,, tant de dévouement» miblimes, et tout c^ seulmienl^ peur augmenter l'eur osasse du genre humain ?. Ne seriousrDeus donc ioi-baa q|ie pour acquérir une richesse dont-nous ne devons pas jouir, et la transmetb^ à des'desoendants qui l'augmenteront'à leur tour sans- en jouir davantage? Tous ces pto* ohants qui ne trouvent satis&iotiau que dans le loiûr» l'art , la science , la coutemplatien ■ de la' nalure et de Vhomme, rélancâmentde-ràme vers Dieu, tout cela sficait
. C.oo-;lc
LA BEARIËRE ETAPE. ISt
autant d'idées, comme le dit monsieur Dutilleul par ea~ pbémisme. N'est-ce pas lui plutôt qui. ment & sa natura d'homme en sacrifiant toutes les- aspirations naturelles à un seul instinct? Qu'est-il autre chose qu'un sauvage; m furieux travailleur qui réduit, la ne à la transformation de la matière ou à. l'échange, et qui néglige les besoins les plus délicats de son Imeî Ce que le peau-rouge dépense d'aclirité, de patience, de courage à tr^per le castor et à scalper ses ennemis, il l'emploie, lui, à scalpw ses concucrentfl età trapper les écusl C'est la difléfeBcs des sociétés, mus, au.fond,J' emploi des mémesinstinctsi Ce qu'il fait n'eat qu'une guerre déguisée, préférable à l'autre sans.doute,.maisqui ne peut être le but définitif de l'homme-Mir la terre.
C'est devant œtta fièvre saxonne que les natures pa»' sives se sentent prises d'un plus vif amour pour l'état stationnalre ; envoyant tant de vains mouvements, on per«sle,.plus.que jamaifi, à rester assis.
Nous avons trouvé, il 7 a. quelques jours, dans l'appem dice de la Ninive de l'an^aia Layard,. un témoignags éloguenti de cet effet de notre turbulente agitation. C'est la réponse d'un. cadi. musulman' à. la lettre dans laquelle le voyageur anglais' lui demandait des détails sur la po» pulatiûn,,le comnterce et le passé delaville'ou iLaviùi exercé sa magistrature. la^traduis ici c«ttû réponse pom mon propre plaisir.
< SIon.illustFe ami, A joie-des'Tivantsii
■ Geque tu me demandes estÀlaiois inutile Qtnuisiblai
> Bien que tous mes jours se^ soient écoulés- dan»oa
gaye, je n'ai jamais songé à. compter les maisons- làih
m'iofomier du . nombre de leurs hâtant»;, et (ffumi àca
qae celui-ci met de marchandises sur ses mulets, celai-Ià aa fond de sa barque, en vérité c'est une chose qui ne me regarde nullement. Pour l'histoire antérieure de cette cité, Dieu seul la sait, et seul il pourrait dire de combien d'erreurs ses habitants se sont abreuvée avant la conquête de l'islamisme; il serait dangereux k nous de vouloir les connaître.
» 0 mon ami l A ma brebis t ne cherche pas à apprendre ce qui ne te concerne pas. Tu es venu parmi nous et nous trayons donné le salut de bienvenue ; va-t'en en paix I A la vérité, toutes les paroles que tu m'as dites n'ont fait aucun mal, car celui qui parle est un et celui qui écoute est on autre. Selon la coutume des hommes de la nation, tu ■s parcouru beaucoup de contrées, jusqu'à ce que tu ti'aies plus trouvé le bonheur nulle part ; nous (Dieu en soit béni I), nous sommes nés ici et nous ne désirons point en partir.
» Écoute, 6 mon fils, il n'y a point de sagesse égale à celle de croire en Dieu ; il a créé le monde ; devons-nous tenter de l'égaler en cherchant h pénétrer les mystères de sa création ? devons-nous dire : — Vois cette étoile qui tourne autour de cette étoile; regarde celte autre étoile qui traîne une queue, et qui met tant d'années à venir et tant d'années à s'éloigner I Laisse- la, mon fils ; celui dont les mains la formèrent saurabien la conduire et la diriger.
> Mais tu me diras peut-être : 0 homme I retire-toi, car je suis plus savant que toi et j'ai vu des choses que tu ignores. — Si tu penses que ces choses t'ont rendu meilleurquejenetesais, sois doublement le bienvenu; mais moi je bénis Dieu de ne pas chercher ce dont je n'ai pas besoin. Tu es instruit dans des choses qui ne m'intéreseent pas, et ce que tu as vu je le dédaigne. Beaucoup de science te créera-t-elle un second estomac, et tes yeux
^^ . Cookie
LA DEBNIÊBE ËTAPE. tST
qui Tont furetant partout te feront-ils trouver un paradis t ~.
> 0 moD ami I si tu veux être heureux, écrie-toi ; — Dieu seul est Dieu I — Ne fais point de mal, et alors tu ne craiadras ni les hommes, ni la mort, car ton fieure Tiendra.
» luAAH Ali-Tade. »
Voilà l'autre sauvage, celui qui attend sur sa colonne que les corbeaux du ciel viennent lui fournir la nourriture. Ledevoir et la vérité sont entre le Turc et monsieur Dutilleul, entre l'immobilité du fataliste et l'activité sans repos de l'utilitaire. Salomoo l'a dit : « n y s un temps d'être deboutet un temps d'être assis, > L'homme n'est ni une plante qui doit végéter attachée à une racine sans mouvement, ni un cheval aveugle attelé jusqu'à la mort àla meulequibroie le blé destine au pain du corps. H faut aussi qu'il songe au pain de T&me ; qu'il prenne le temps de féconder son cœur, d'ouvrir les yeux de son esprit.
C'est à cela surtout que doit servir la vieillesse. Après avoir fait sa journée de labeur, il faut employer te soir aux récréations spirituelles, aux loisirs affectueux, àcetteétude de l'impalpable et de l'invisible qui est aussi certainement que la terre et l'océan une partie de l'héritage d'Adam.
xxvni
LE VIEUX DDELUSTB.
te printemps continue & être pluvieux ; les longues promenades nous sont interdites, et Roger et moi devons nous contenter de la place plantée où nous nous donnons rendez-TOus.
Cette après-midi, des vieillards, nos contemporuns, y
U& BODVEHIRS D'OR TIULLABD.
dtaieiitdispersAs,cainmed'babitaâe.C'étùentdes couples aaûs mesuranUl'uQ pas replier lesallées sablées, ou des groupes oauseur^oceupast les bancs à.daira voie. Rogen m'a fait regarder toutes-ces figures où le temps a marqué si diversement son passage.
c Nous reseembloBs tous, m'a-t-il dit en riant, à ces vieux monuments égyptiens qui portent au front l'histoire d'une dynastie ;, le toulest de savoir déchiffrer l'iosciàption. Les plis qui sillonnent nos traits, nos yeux éteints,
- DOS cous branlants, nos têtes chenues, sont autant d'hië^ roglyphes qui racontent l'histoire de notre vie. On a beaucoup parlé de la tranquillité de certains coupables et de lapro^iénté de certains méchants; mais regardezi-les en bce, quand la vieillesse aura gravé sur leur front les secrets de leur ime : vous aurez le masque de Louis XI, de de Philippe n, de Catherine de Uédicis.ou de libère. Après tout, nulle miùson se conserve soixante ans un mauvais locataire sans eni garder les marquesj le front qui a longtemps renfermé d'odieuses pensées est comme le cachot où sont restés longtemps enchaînés de grands «eupables : en cherchant bien,.T0us trauvezlemur souilla par qurïque inscription inf&me.
— Peut-être, ai-je répondu ; mais combien d'hommes n'ont rien & écrire I Les grands coupables sont, comme les grands saints, des exceptions ; l'immense majorité flotte entre le bien et le mal, presque^sans préférence ; enlevée
- plus haut ou précipitée plus bas, selon la raffale qui ^ passe, et, comme le-cerf'jrol&ntque lance l'écolier, tou-
jours-entre le ruisseau et la nuée. Que vous Usiez suc le masquede Tibère, je le comprends ; mais que pourre&-
- vousdécouvrir.aiir celui de PolicMnelleî
— Ses vices, a repris Roger. Pensez-vous donc qpe les inscriptions doivent avoir la.gravité épique pour étreifô-
UAlDEHiriEBE ËTAP&: 19i
cMflMesY Onblies-vous qu'on a trouvé sur les pyramideS' je ne sais quel compte' de' ciûâne? Pollcâlinë)le;.(Ute»veut; mais n'a-t-il pas maltraité sa femmB;i)attule'Commissaire, prsvoqaé le diaUa, c'e5lfà-£re'inaDqyé à'Se» dèvinrsaiTers satfamiUè; eavarslsiscciétéi envers Dieu?' Et qui peHt sedJre; àcet ég»â;.pnFâètDus^mt»-TPoli-' cbiuelle,. dierami, (^ëst mei, c'est: vona, cfest tont le' monde; et pour dtr&Tulgsîrel'hisiQimii'«o«at'pa8'nioinB rdelte, ni' moins visUilc. Étudîei/hiBnnQssfpfaysioDonnea'^ qui nous entourent : il n'y a là, je soppose; ni' tamenK criminels, ni vertus admireiMCSr ni' g^iea- mervcillmK. Ce que vous voyez n^t que- da la^ momiaie humaine ; maia^ comme les pièces d'îu^nt ou d'or, elli)< a soo' empreinte; le coin du temps l'a frappée eten creuse obaqnei jour les traite. >
Alors, pour meproufcraonidirei Roger s'est misâmes commmterciiacun>deS'VieuK' visses, qui passaient:soHS nos yeux, et à me faire l'histoire de celui qavle portait; on ^t dit une série A'illustratioiu vivantes et sua litres dont il devait inventer l'explication.
J'ai pris plaisir' qat^e tempa-à ce jeu, dans Ieqiid\ mon compagnon de promenade mettait sa g&ietà assatOf tamée et son inépui^leimaginative; mais mon i^ard a fini par s'arrêter sur un promeneur solitaire qui anût juEqu^alors échappé auxTemarques (te Roger:
Son'aspeot:aniuQçaibnaede oes décrépitudes- hfttivec qniacoaanit moins le'Ramtme que' Vamplbide» années;. Courbè'Wr une béquille^ il' bu^iaît lentement sea- piolg. ~~ endoloris en: agitant SB lélej.quiisffinîd&itv^ciller'suruai coutordu'; lorsqii'illainQitrvait par un effort, ilpromœaifc autour d£ lui. un œUtha^iddont l'audace sombre semblait' défier. Nul compagnon n'égayait, sa promenade^: aucun salut ne l'accueillait au. patsege; iléliùtsnlflBtisi
i... ...Gooyic
IW SODVBniRS D'UN TIEILLàRD.
la double rangée d'arbres qu'il avût choisie, comme si on eût voulu lui laisser sa place et son air.
Je n'avais fait tontes ces remarques que successive-' ment, et je ne savus encore si je ne donnais pas une intention au hasard, lorsque je vis le promeneur isolé s'avancer vers un banc pour s'asseoir. A sa vue, deux vieillards qui s'y trouvaient se levèrent brusquement et s'éloignèrent en silence. L'infirme les suivit d'un regard courroucé, en murmurant quelques mots qui se perdirent dans UD sourire fauve.
Étonné, je le montrai & Roger.
< Savez-vous quel est cet homme ? » demandiû-je.
n se tourna vers le banc qu'indiquait mon regard, et tressaiUit.
« Cet homme I répéta-t-il en faisant un mouvement qui nous éloignait de lui ; ne le connaissez-vous poiatt
— Jecrois l'avoir déjàaperçu, mais sans savoir son nom.
— C'est Simon Chamâil.
— Le duelliste?
— Oui ; il habitât depuis longtemps nn village des enviroos ; la nécessité de se faire soigner l'aura sans doute ramené à la ville. »
Je fis observer que le malheureux pouvait k peine se soutenir.
c Plût à Dieu qu'd en eftt été toujours ainsi 1 répliqua Roger;' ou plutôt, qui pourrait dire pourquoi un pareil homme est né?... k moins que ce ne soit comme châtiment de nos folies... Oui, je veux croire que même ces misérables qui ont le privilège d'assassiner devant témoins ne sont point complètement inutiles; qu'il font comprendre h la société la barbarie de ses préjugés, et qu'en lui montrant leurs excès dans toute leur horreur ils préparent les réformes de l'avenir.
tA DEBKIERE ËTAPB. Kl
— Ahl qu'elles se hâtent donci me sais-je écrié, et qu'on cesseenfindejustiSeruoe insulte en frappant celni qui l'a reçue. Pourquoi avoir supprimé des codes lejugement de Dieu du moyen &ge, quand on Va conserva dans les mœursT Sont-ce bien des nations civilisées par le christianisme que celles oA l'adresse et l'audace peuvent prescrire la moralité el la raison? où, pour être respecté, il suffit, non d'être respectable, mais de faire peurf où l'honneur consiste, dans nn débat, non & avoir de son cdté le bon droit, mais à tuer ou à être tuéT
— Patience, a dit Roger; la lumière se fera dans les consciences! Elle commence déjà; cet homme en est la preuve : il expie aujourd'hui le meurtre du capitaina Ribert.»
J'ai regardé Roger d'un tàr interrogatenr.
« Peut-être ignorez-vous cette triste histoire, a-t-i! continué ; vous étiez alors parti pour votre voyagé d'Allemagne. Mais tous nos contemporains pourront vous la raconter ; car qui n'a coqdq le capitaine RibertT On l'aimait pour la gr&ce qu'il savait mettre dans sa bonté, et aussi pour sa bonne humeur ; où il se montrait, c'était toujours fête. Quand il se promenait au Mail, tenant le bras de sa jeune femme et la main de son enfant, tout le monde se retournait et bénissait l'heureux ménage, tant il semblait mériter son bonheur. Un seul homme en paraissait blessé ; c'était Simon Cbamard. n haïssait le capitaine; ponrquoiT nul n'aurait pu le dire. Jamais uno parole neis'était échangée entre eus ; Ribert savait h peine que Simon existât. Mais cette, ignorance même était une insulte pour le duelliste ; il s'étonnait, sans doute, qu'un homme eût la prétention de vivre sans qu'il le lui eût' permis. Ce bonhenr qu'il n'épourantait point lui panit une insulte ; l'attention générale qui se tournait vers le
lU. SOUVEKIRS D'DN VIEILLARD.
capitaiaeirriuàt d^ailleois sa vanité: toi» les tenples d'Ephèse font aalU« leun Éroeirates. Il se dëcicU.'à étfindce un.conoert.de losanges qoi le fatiguait;. mais il fallait un prétexte..Le capitaine ne visitait auimn^dea lieux . fréquentés par Simoa Chaioaid; l'occastoa d'une leacoDtre pouvait ne se prélever de longterapt^.SimiHiii'eDt point la patiencedaVâtteodre. Un^ jour.qoe lecapitaine traversait cette pramenade, il^la.dnHtàlui, leohapeaa EUT la tête, le cigare à la.b{uicliej. et Jul. demanda hm»quement poniqvoi illeregardaib Le capitaine surpria voulut protester; mais c'était lascénedu loup.et'.de l'agneau. Chaoïardprétenditqueson.adversaire'avaitaiifiû' tnèdit de Im- Tan patte et^devait. en rendre raison^ Le reste est facile & deviner : l'uniforme du capitaine le faisait esclave de l'usage féroce tjui.iRetla vie de l'hainifite hetnme à. la inerci du. premier bandit qui passe; le duel eut lieu, et lui- fut fatid. On la rapporta mourant k sa. femme,. qui. ne voulait. point croire k un.tel malheur. 11 eut encore la force delà. noEugeryi^embrasser son.eD;faut ; puis il expra..
— Et son meurtrieri resta impuni 1 me sms-<je écrié.
— Non, aireprisRoger ; cette foit Ikipinien sesouleva;. à force d'indignation on > cessai d'avoir peur, le mépris se laissa voir librement» el.lesprov(u»tion&4e Simon .Cbamard ne furent plua Ktev^..Apràs avoir lutté' ipielquei temps contrà l'aniœadvefnoapubliçue, ildutalûtodonner la ville,.et depuis.il n'Avùt point «piitté sa.solilude. Mais vous voyez qae-soa,abiiaDce n'a pu. faire oublier le passé; une popularité d'iafauùereste-attaebéeà son nom; toutle monde ici le ooiaiiatt; onle fuit,,onlemontreMi doigtr ou l'inuilte, san8-q^'il puisse s'en défendre ni.sa venger... Ht tenez,. n!e^ee,pomtilui'que:ponrBaiTent, Uc bas,, ces huées?»
LA.DERKIfiRE ETAPE. 11*.
Lft nuda de Roger m'indiquait. la p»rle de la jkrom»oade, oà j'a^terçus, .en efbt, levienx duelliste arrêté. Il s'elforçaltide descendre les marches^ du perron d'entcée en s'appujant, avec un geste douloureux, & la balustrade de pierre, tandis qu'une troupe d'écoliers ameutée dons le carrefour raillait ses eSoils et. lui jetait les rues et'. L'insulte.
«CestSimoB le Tueur I oiaiuit les toîz... Ahlabl regarde comme il se traîne I
— Veux-tu te battre mainteiut&t avec nous, Simoa f
— Nous te défions tou&I
— Ebl le làcfae, quirefusel
— Voyez, voyez, il.a.i»eur.l »
Et les huées reprenaient plus bruyantes.
Celui auquel elles t'adressaient av^td'abord essayé de descendre, en menaçant la troupe injurieuse du bftton qui le soutenait; mais, vaincQ.par' la douleur, il avait dû s'arrêter. Appuyé au mur, les lèvres frémissantes et les mains crispées, il exprimait si complètement la rage impuissante, que je me sentis saisi à la fois d'horreur et de pitié.
« Quelle punition ! m'écriai-Je très-ému.
— Quelle, mais juste! répliqua- Roger sévèreoMnL D n'a point reconnu le droit, le droit ne le reconnaît plus ; il s'est montré sans pitié, on est pour lui sans merci; il a abusé de l'audace, de la.torcer de l'adresse, et les voilà qui se retournent mîùiitenantcontretui. Ahl je voudrais. que tous ceux qui se plùsent aux émotions du duel comme à une chasse perfectionnée, quetousoead^stateurs de sang humain, qui disposeatide IS' vie d'un homme entre leurs r^as» puscent voirun paràl exemplel Dans ces flétrissantes clameurs d'enfants, je crois entendre la voix de tous les orphelins qu'aiftitt-oet-lKHoian
IM SOnVEKtRS D-nif VIEILLARD,
leur chœur de DialMictions s'élève maintenant qu'il ne peut y échapper ; la suprême faiblesse venge les faibles, et l'homme implacable est puni par l'implacabilité des enfants I Ici, comme toujours, la jeunesse et l'âge mûr ont préparé la vieillesse ; car cette dernière n'est qu'une conséquence, nous la faisons nous-mêmes. Un grand orateur * l'a dit, l'âme humaine subit sur la terre une série - de métempsycoses qui rassortent l'une de l'autre : portée, à travers les ignorances du premier âge, jusqu'aux flammes de la jeunesse, elle s'y envenime ou s'y purifie, puis accomplit les graves devoirs de la maturité, dont elle sort allourdie d'expérience pour entrer dans la Tieillesse; et U enfin est le port ou le naufrage. »
CE QUK ROGER PENSE UE LA TACHE DES VIEILLARDS. — LE PÈBE BÉNÉDICTION ; SON HISTOIRE. — LE GRAND JACQUES. — LE BATON D« BERGER. — ESPÉRANCES DO PÎRE BÉNÉDICTION.
Ce matin j'ai trouvé Roger occupé à faire exécuter quelques améliorations dans ses ménageries. Il s'applique it la domestication de plusieurs nouvelles espèces d'animaux qui doivent ajouter aux aisances ou aux ressources de nos descendants.
€ Jusqu'ici, me disait-il, tout en s'assurant que rien ne manquait au couple de lamas dontil espère acclimater la race dans le pays, jusqu'ici les sociétés trop jeunes ne se sont point inquiétées de mettre de l'ordre dans leurs
* Lb p. LMurdalnh
LA OERNIliRB ËTAPB. lU
ménages; elles ont été toujours en mouvement, allant pour aller, achetant ou vendant i. ce misérable marché qu'on appelle la guerre, et bien plus soucieuses d'acquérir i[ue d'exploiter. Mais l'âge mûr est venu ponr elles; il est temps que chacun songe & ranger son intérieur, à mieux cultiver ses champs et h soigner ses troupeaux. Voilà les peuples passés de l'adolescence, où l'on chasse, où l'on joue et oii l'on se querelle, à l'âge mttr, où l'on âonge à tirer parti de soi et de ses voisins. Il faut que l'équilibre des richesses s'établisse partout par l'échange; que chaque terre donne ce qu'elle a et reçoive ce qui lui manque. Dans chaque contrée, le banquet du genre humain est incomplètement servi ; il faut y ajouter tout ce qui peut y tenir. Chaque plante nouvelle conquise, chaque animal devenu Tauxiliaire de l'homme, est un accomplissement de la loi qui lui a donné la terre en fermage. A nous, qui avons les loisirs de la vieillesse, appartient surtout cette tâche ; notre sang refroidi nous a rendus padents ; les heures qui nous restent sont comme un appoint ■de la Providence dont nous pouvons f^re largesse au genre humain : aussi désormais ma seule ambition serait de laisser au pays où je suis né quelqu'une de ces pacifiques conquêtes, et de pouvoir me réveiller dans 4a vallée de Josaphat, comme Parmentier, en tenant à la main une petite fleur qui aurmt annoncé naguère à mes frères les hommes que je venais de fermer une des portes de la faim. Toutes les nuits j'y rôve, je crois l'avoir trouvée...
— Et c'est la récompense de vos bons désirsT ai-je interrompu ; les pensées de la veille deviennent les fanU^ mes du sommeil ; amis ou bourreaux, selon que nous l'avons mérité. .
^£b bien, tous répétez là, cher ami, ce que je me •
D,mi,.=db,Goonk'
'«H BOOraniRS D>Cn--VI!BILLARO
dMs'ee-matiii, a repris Roger; «t jmâ préci9éaMi)t-«elui qui me fsisût faire cette rcfloùon^»
Itmenonb^t imta(MnmeHiodeatefiient'VêtDq«ico«-
' diÙBaituDetarouette attelée <¥uaehien,8lorsarrMée dans
la ppemièraunir.J'tû cru TCoooDattreDn'Vieil Anglais qui
parcourt oes- raw, TecaeiyaBt4ar chaque-seuil les débris
derMus inutiles, verres brisés, ossenmts ou.(^iifloit8.
« 'N'estHM pa» le HugBeaotT ù-je demandé.
— Cest ainsi que beuicoup l^ppeDeat, a répmidu Roger; mus ici, une de -ses habttiide& de langage t'a biit Bommer IC'^^re Scin^etton. Oe leatin le brait 4e aon chariot et eon cri d'appel «l'ont' réveillé en saraaHt, au milieud'un de nés révss favoris, etj'aipeReéalers'àteus ceux qu'il devait' i«d^ ainsi bnisqueioent j cdiaqBe jsiir, à sa réalité I Que de rois détrAnés p«r ce' passant l-que d'aman tasépu^slqsedegraods poètes Feàevenusctiscurs, â'iUaatfesorateiirsFuii8BéB«u t^eDee,<te' victorieux des- .ceodus de Intrctiap de tiùwipfae ! MùsmissI' comtHen de Tictimeei en périliloutà. coupi rassurées, de crinaes-suppoeés ou de deuils-nnBgiHires heureusement dënentisi Ce vieUlaiid, qui ifltnrofiqit tit&'les jours taot d'illuMoes, qu^t^litatrecboseqvelevyBilisle de cet autre marcheur iBiatinal qui passe, -à tbaqoe aar«re,-soasqu^qtieifffii6^ .tieoii son 'Cri inteirompt brasqvemmt leréve de la vie, réveille le dormeur et le^ rendà l'étemrile réalité t
— A la banœ heure, ai-je repris. en soinituit; maii Toilà un rMe poétique et graodiese dont vraiBeEillilabIe> ment le bonhomme ne se doute guère?
— Je n'en sais riMi,je' n'en sus rieni a répliqué Bo* .^r; connaissez-vous le père Bénédiction?
— De vue seul^ueut.
— Alors il faut que je vous le présente; cen'estpoint rHomme qae sa {tnrfessioB et-san costume sffiâbleat an'-
-LA DEKKlBltE ETA'PE. «7
nonfeer; venez,' je veux que VOUS l'eQtenBiercatMerWqtf il TOUS raconte-Mu histoire. »
<Nous avons rejoint le Tieux hu^enot que je n'avais Jamais TU de-prés. C'est une agnre socratique, ijui déplaît aupremier aspect; mais, quand on est averti, onremu'qoe le dévéloppanent exh-aordinain! dufront, qui donne & son expression' une sorte d'idéalité chimérique. L'oeil , est fin et la bondie 'singitliéremenf bonne.
En nous voyant venir, il a 'fait quelque pas k notre Tencontreet a selué'Roger qui m'a nommé. Le père Bé- •BédictiDnmeeonnatt plus que-jeneTavais supposé. Il est 'depuis lonfoes années le «lient de mon hniilble ménage. 'Fétidt&loi- réserràit «otref ois tont ce qui pouvait enrichir son eomiBerce,-et'ineùiitenant'monsieur'Baptiste continne. Aussi l'entretien ^'est-il enga^ sans efforts.
J'ai été' surpris du hmga^ du chiffonnier huguenoC 'U&l^ qu^jhptas fautes d'accentuation et de geare qui révèlent l'étranger, il est facile de reconnaître en lui ans culture littéraire qui n'estméme pas s^is prétention, n «sttjeir que le père Bénédiction aime à voir l'ëtonnement de ceux qui l'éooutent. H aime à citer, et il parle lentement, avec'UM légëre'teinte d'emphase, mais non sans chanse.
'U-y a 'dans tont ce qu'il Hit jene sais quel stoïcisme adouci. Son histoire, que Roger lui a fait conter par 'fiagments, m'a tout expliqué.
iU est OSb d'unpanvre pasteur du pays de Gidles qui l'avait élevé pour lui succéder. Laposition difficile de la famlUe,' et'aussi, «utant qoe j'ai pu comprendre, une incUoatim contrariée, l'enga^rent & s'embarquer. Fait prisonnier, il arriva! mourant en France, où il eût succombé k la' maladie et à la misère sans le secours compatissant d'une femme que ion tdNuidoa intéressa : c'était
ItS SOUVENIRS D'UN TIEILLARa
une petite marchande, renve depuis plusieurs années, qui, après l'avoir soigné comme une sœur, accepta ses services. Lorsque l'heure de la délivrance arriva, le prisonnier était devenu nécessaire i sa bienfaitrice, dont il tenait seul les comptes et surveillait les t^aires. Elle s'était d'aiUeurs insensiblement accoutumée à sa présence ; la pitié avait été remplacée par un sentiment plus tendre; elle le laissa voir, et celui dont elle avait sauvé la vie n'hésita point à la lui consacrer.
Leur union fut longue et heureuse. En mourant, la femme de l'ancien prisonnier lui avait lusse tout ceqn'elle possédait ; il ne songea plus qu'à vendre son fonds de commerce et à retourner vers sa famille pour apporter quelque soulagement à sa pauvreté. L'héritage était réalisé et le jour du départ convenu ; il sortit pour prendre congé du frère de sa femme avec qui il avait toujours vécu brouillé, mais qu'il ne voulait point quitter sans avoir tenté une réconciliation.
Ce frère était un homme habile et ambitieux. D'heureuses spéculations l'avaient enrichi ; il voulut l'opulence, risqua davantage, et la chance lui tourna. Depuis la veillé sa ruine était consommée! quand notre héritier, qui ignorait tout, se présenta, il trouva la maison envahie par les gens de justice et le mattre en fuite. On parlait de banqueroute et de poursuite criminelle I...
Ici le vieillard s'est arrêté comme si ce souvenir réveillait ses émotions du moment. Roger lui a mis une main sur l'épaule en me regardant, et s'est écrié :
« Achevez, bon pèr«, achevez I dites que pour épargner au frère de votre femme une pareille honte vous avez sacrifié librement tout ce qui vous appartenait. >
Le vieux huguenot a poussé l'exclamatioa favorite à laquelle il doit sou surnom.
LA DERNIERE ETAPE. lOB
« Bénédiction! ne croyez pas que je l'ai fait tout de suite et sans peine, a-t-il répliqué ; non, non, TtLomme de ta chair s'est d'abord révolté en moi. Je m'étais dit, comme les juifs exilés, que j'allais en&u revoir le Jourdain.— Nous autres Gallois, voyez-vous, nous fumons nos pauvres bruyères. — Croiriez-vous, monsieur, qu'aujourd'hui encore une seule bouffée de l'&cre fumée de ^ tourbe remue mon vieux cœur comme un souvenir d'en- -^ fance! — Non, non, je n'ai pas donné ùnsi du premier mouvement ce qui pouvait me reconduire près de mes buissons de houx. >
— Et cependant vous vous y êtes décidé, ai-je fait observer,
n a levé la main avec une sorte de solennité.
< Quand le démon a tout dit. Dieu prend aussi la parole, a-t-il répondu gravement. Le premier me parlait de ceux qui étaient 1^-bEis vers le canal de Bristol ; il me montrait le jardin du presbytère et la porte rouge où j'avfùs embrassé pour la dernière fois mes petites sœurs. Mais Dieu me rappela &. son tour la morte, qui m'avait donné tout ce que je possédais, et me demanda ce qu'elle eût fait s'il avait fallu sauver l'honneur et la vie de son frérel — Je suis resté plusieurs heures sans répondre, messieurs ; mais la voix a répondu pour moi. Elle a dit qu'elle-eût tout donné h celui qui en avait le plus besoin ; et ma conscience a dit : Amen.
— De sorte que vous avez pu payer les créanciers?
— En partie seulement, mais les écus d'argent ont été comptés pour des écus d'or; quand tout a été donné, ils ont fait grâce du reste.
— Et vous avez ainsi sauvé le failli?
Il a secoué la tête.
< U n'y a que Dieu qui sauve, monsieur; celui que je
voulais servir l'aYiiîtouUié; et, n'espérant plosnea 4ela vie, il avait, cMOioe dit l'Écribire, éyoaié Hè^aépiàeK.
— Et vous, alorB, qu'avez-vous feitT
— Moi, j'ai imité leiserccnaire de l'Évangile, j^aieSert sues bras à la dixiime h«are ; par maiheur les ^aeea étaient prises. Pour m'occuper, il fallait Teavoyertm phîs ancien serviteur ou méprendre par charité; beaiiGoupdf gens proposaieQt de le faire, j'ai refusait je meiHis dit'. — Cbiercbe au-desBous âe taa.s ke.antrss, tu trouvcma des places vides. C'«st- de cette sumJète que ^^euig.d»venu ce que vous me voyez.
— Ainsi, ofte saisie itaié avec un peu d'aiaertame, voilSi oii conduit id-bas le sacriâce: à lamisèreet àVorbandon!
— Bénédiction I qui dit ceteT a repria nvement le vieil' lard; ne croyez pas que rien sie manque, monsieur; je suis plus ri(^e que TotiS'tLepeQeez.(ll»e faut pas ji^ier l'arbre à l'écofoe) Je pourrais, si c'était nia fomtaisie, m'accorder davtmtage; mais lelivreaditiiuela-vie état un campement; pourquoi l'wtierde rideaux d&Bois quand la voyageuse à la graïide faux doit pass^ d'un kiGlant à l'au&e, couper les cordes, pmdre \a teste let omis -en faire un drap mortuaireT
— A la bonne heure, ai-je répondu, mais tant ^*il reste ici-bas, chacun doit & la société tout ce qu'il a de force et d'intelligence ; pourquoi se faire plus petit que sa taille. Tel que Dieu vous a fait, bon père, se pooviezvous entr^rraidre une tJ^àe plus haute et éb« plusutile 6 la société?
— Je n'en sus rien, monsieur, a-t-il diten-eaurioat; peut-être est-il bcm d'apprwidre aux witpes que l'on peut se baisser saiis tomber. Il n'y aurait' pmnt de mal, -lelon onoD opiaion, à voirdeEceodre aux derniers rangs queU
qsce-fHU de ceux qui peuvent se-t«ir au miSea; ils tirerùent k eux les demiersv tu. qa» les épaules qui se tOttciientcherctienttoiÛDarBJi semeUreiienmaa : c'est, "tue loi de la nature humaioe. &bi£,àvrai:dire, jen'en ai ■ t>^iDt pensé si loag en me faisant ce que }e suis ; ce qui m'a déddé, c'est la facilité dela.tftche, etautsi son humlitA. 11 7 a une grande douieur à se nwttrc ainsi plus bas que toutes Leâ-poutrea-où va se hearter le front de notreorpeil, & mardier librement saos plier la t£te, coEouor. les p^ts«Qfant8. L'humilité est lameilleure sauvegarde' des bumiliations, outre que tf est véritabhotHit le sentiTountqm coirrieQt ^l'homme eesBrtoat'li<UD.vi^aid, Que sont les plus forts Aam la^main dftDienT et' uoosï astresi que seHUBes-DOHS soas le'poidB4esaBiaëesT'Les géoéretions eitières ne ressembleatreUes p)e<& ces grains; dépoussière quelev«it.fait.tourb)UoiHterU, au'coinde' v&tie cour?
— Ainsi vous oevousi^aigDezai do sortj ni des Iion>^ vK&i père Bénédiction T a fait observer Roger doucement; -
— JFe n'en aipoint le droit,, moasieur, a-4-îl répliqué;: depuis que j'eûste j'û toujours trouvé sur mtm chMtin coDselatioD et secoure. On n'est foéconlent des autres que parce qu'on s'eslime trop baut^Doiu voudrioa» que le geore humaîB fût uniqueBOHit occupé de notreautservortifML comme de celle d'un trésor sans prix. La première condition pour ne se plaindre de personne, c'est de ne peint:$e mfaire et depens^qtielà oàironoberche la matière d'un administratwiri d'un ra^iistrat, d'un géné^ nlf.ilu'y abiensouventque l'étoffe d'us chiBoimier. >
En prononçant ces dernières parolesi le vieux hugock' Dotaseuri, etsetouroant vers Rraé qui lai appertaitum paniwplein de vieux débris, il lésa distribués dans- les diTen oompartimrats de sa brouetta euadressul. ipct—
ques mots d'enconngemeDt au gros chien quila traînait.
Celui-ci s'était couché noDchalammeot, ses deux fortes pattes en avant, comme nn lion, et les yeux à demi termes ; il semblait s'endormir dans le rayon de soleil qui l'enveloppait. A la voix du père Bénédiction, il a levé la tête, et une véritable conversation s'est établie entre le vieillard et lui. A chaque parole caressante ou à chaque question, le chien répondait par un grognement particulier, un /^uvement des oreilles et de la queue interprété par son maître, qui reprenùt aussiUt comme s'il av^t saisi le sens de la réplique.
J'ai fait remarquer i Roger cette entente singulière ; le vieux huguenot a secoué la tête.
< Oui, oui, a-t-il dit, les animaux comprennent la voix humaine comme nous comprenons la musique. Elle ne leur traduit pas des idées, mais des expressions de sentiment qui les réjouissent ou les attristent, les irritent ou les apaisent, les rassurent ou les épouvantent. Il faut avoir notre âge pour remarquer cela, messieurs. Tant qu'on est jeune, à défaut d'amis on a du moins des compagnons; mais plus tard, les rangs s'éclaircissent, on reste seul, et alors nos yeux s'arrêtent sur ces pauvres êtres muets qui vivent k nos pieds, et on tâche de les comprendre. A vingt ans, an chien n'est qu'un serviteur ou un amusement; à soixante, c'est un secours contre la solitude. »
Tout en parlant ainsi, le père Bénédiction avait achevé dévider un des paniers apportés par René et allait preii' dre le second, quand un cri de colère suivi de malédictions nous a fait retourner.
Près de la grille de la porte d'entrée se tenait un homme en haillons, les épaules chargées d'une hotte. Sa barbe grisonnante tachetait un visage cicatrisé par la petite vé-
rôle et alors allumé par unedemi-Wresse; il tourmentait d'un de ses poings sa casquette en lambeaux qui laissait passer des touffes de cbeveux hérissés en brosse, tandis que son autre main agitfût, avec menace, le crochet de chiffonnier.
< Le voilà encore, ce voleur du pain des pauvres gens I s'écriait'il ; ce gueux qui s'engraisse de notre substance, cet ennemi du bon Dieu. A bas l'Anglais I à bas le huguenot, à bas ceux qui lui donnent plutdt qu'à des chrétiens qui meurent de faim I
~ Au moins ne meurent-ils pas de soif, ai-je ajouté en regardant Roger; qu'est^e donc que ce malheureux?
— Qui je suisî s'est-il écrié sans laisser à notre hOte le temps de répondre ; les voilà bien ces richards, mépriseurs du pauvre monde l Qui je suisT demandez-le à votre brigand d'accapareur qui remplit là sa charrette à nos dépens ; il me connaît bien, lui I
— Bénédiction! c'est la vérité, a repris doucement Ift vieillard, il se nomme le grand Jacques.
— Surnommé la Pinte, a «jouté Roger.
— C'est ça! a continué l'ivrogne; et surnommé Prison, surnommé HApital, surnommé Famine ! autant do noms qu'il doit à sa mère, dame Pauvreté ! ah I ah ! ah ! Nous savons bien comment on nous appelle, nous autres quin'avons pas été baptisés rentiers en venant au monde! Nous sommes des ennemis, des chiens enragés qu'on voudrait voir crever au coin de la borne I pas vrai, les bourgeoisT Et c'est à cette fin qu'on garde tous les &onis pour un scélérat de goddam, tandis que les chifTonnierB patriotes grattent le ruisseau. Et c'est là ce que vous appelez de l'égalité, vous autres 1
— C'est là ce qu'on appelle de 1» justice, a repris Roger d'an ton sévère. Qu'as-tu Mi pour mériter l'intérêt
if D,<iz=<i„Goonlc
rtt • SOUVENIRS D'CN VIEILLARD.
des hosnètes gens T Es-tu autrement connu que par too ivrognerie et ton insolence? As-tu dans ta vie, comme cet liomme que tu insultes, de quoi serrir d'exemple aux meillenis? Qu'as>tu Tait peur qu'on s'occupe de toi! Voyons, cite un acte louable, seulement une bonne in— tention. Allons, parte, je t'écoute. >
Roger avait dit ces mots avec une sévérité véhémoite fin s'avançant jusqu'à la parte, vis-à-vis du chiffonnin dont il n'étùt séparé que par la grille. Maître la Pinte, ud peu déconcerté,abalbutiéquelquesmolsi toute sa faconde avait di^iaru, et quand notre ami a ouvert la porte, il a reculé en murmurant qu'il n'avait point voulu lui faire âfTronl.
Mtdsle père Bénédiction s'est avancé sans rien dire, et a déchargé dkns sa hotte tout le conlenU' du. second pa- TÂtr: rivTDgne l'a regardé d'un air bti)élé;.ila para hésiter un instant sur ce qu'il devait faire,.put» il nous a brasquemrat tourné le dos et s'est élolgné^en'chantant.
Roger a haussé les épaules.
c Mauvaise aaméne! a-t-îl munauré -sourdement Cet honraw m^ odieux;, il déshonore lavidllessel Luiraéme le comprends Avez-vous vu, lorsque je lui ai demandé quels étaient' ses droits à noire intérêt? il n'a pu nen répondre.
— Parce qu'il l'avait dit précédemment, a répondu le p^re Bénédiction.
— Quand donc cela?
— Lorsqu'il vous a^ dit le nom. de sa mère, Pauvreté ! Afa'l monaienr, on ne sait pas assez ce que^ce mot ren- ferme:. C'est la>bolte àPaodora! tous les maux s'en écbap. pent, et la seule espérance qui reste au fond, c'est Itj mort 1 Je ne vois jamais le grand Jaoques sans que mon <œuc se 88rre..Paune homme, qui ne cenoatt rieià »i
LA DERmfiRB âTAPB.. 17S
Jelà des jouissances de la terre, et à qui elles soBt tontes refuftéea^ Et pea&M- que c'est le sort de taul de milliers^s misérablesl De toutes- les- joies du monde Une leur est resté que l'eau-de-^ie,
— Mais vous pourtant, pèra Bénédiotion, tous aus^^ von» êtes- pauvre. »
Ilarodressé son front h&nt'et<^TOTe;
«NeoroyeBp» celftj a-441tépGnduviTOinwit; Jacqnea disait'.Trai lout<à l'heure': je suit'riohe,inessieHrsr f aide quol.aebeter un domaine-pLns-twmi: que tous ceux qui vtHis-fiOBt connus. >
Nous nous sommes legudë» aveo anrprise,.et je me »ii6 rappelé ioTolmitatraaaeiit ce qit'wKm'av^t dit^de la raison un peudérongéedu vieaxfanguflBoti Uadieriné sans-doutemoDi soupçon, car il a sotai, et^ pesamt. une maim sHT le bras de Roger, une autre air le mira, il a> continué avec Ulentesr solennelle qu'il aïteote par ia»taots :
< Ged vous étonne,, n'est-il pas waiT Hais écoutez, ane parabole qaemoB'^pàeemla suivent raconlée dw». mon enfance :
a An diredeS'aiidffliB-bUtoneBidelaPerse(.ily avaitr «jtrefois dansrcette-cantPâe-unfletivequi répfoidait par-' tout Tabonâanœ ; aùiUpasasit, Imberbe avEHtila tœlle du' blé, et le blé cdle des boissons^: aussi le peuple avaitr^Ipourlui la reGoniiai3sanoeque-I'on<a pour UQlùeKfaitaur et le respect que l'on a paun un dira.
» Or il arrivaique tout'à coup le fleuve baisea^et tarit, de sorte que le&^aaipagiies denarent.aride8-et qu'il y eut une grande famine dans lepaye^ Le roidePeroe ne savait œmmeitt découmr oe qui avait amené ce subit changement, et il promit à c^uiqui le lui appreodrût la-plus belle province de son empire.
in SOCTENIRS D'HIT VIEILLAR&
> Cependant on lui avait remis an bftton de berger apporté par les dernières eaux, et sur lequel était gravé le nom de son mattre. Un de ses courtisans le lui demanda en disant qu'il espérait arriver par son moyen à la décou terte souhaitée, et il partit en remontant le Ut desséché du fleuve. Partout il présentait le b&ton en annonçant une forte récompense à qui lui ferait retrouver le berger auquel il avait appartenu. Il parvint ainsi jusqu'à Damas, et il y montrait encore le bâton etdemandait si personne ne connaissait son maître; un p&tre de la montagne s'approcha en criant qu'il lui appartenait, et indiqua tous les sign^ que lui-même y avait gravés.
» Alors le courtisan le prit à part et lui demanda contment il avait perdu son bftton dans les eaux.
> — Je gardais des troupeaux sur une haute momagne, répondit le berger, tout près d'un grand lac où je les abreuvais soiret matin. Hûs l'eau du lac était plus basse que la rive, ce qui génùt beaucoup le troupeau. Je m'aperçus enfin que cette eau s'enfuyait par un canal souterrain ; et pour qu'elle pût s'élever davantage, j'entassai des pierres k l'ouverbire du canal qui fut lùnsi bouché; de sorte que le lac se remplit jusqu'au niveau de ses bords ; mais dans cette opération j'avais perdu moD bâton de p&tre, emporté dans ce canal souterrain, et c'est pour moi merveille que vous l'ayez trouvé.
>— Réjouis-toi, reprit le courtisan, car nous devrons tous deux notre fortune h ce hasard.
> Et s'étant rendu avec lui au lac de la montagne, il écarta les pierres qui bouchaient l'issue souterraine, de sorte que le fleuve reparut en Perse et y répandît de nouveau la fertilité, au grand contentement du roi, qui accorda au courtisan une récompense double de celle qu'il avait promise. >
Ici le vieux Hugueoot s'arrêta un instant ; pais, nous regardant d'un air grave :
« Sachez que je suis ce courtisan, ajouta-t-il ; j'ai là le bflton de berger avec lequel on trouve la source du fleuve messager d'abondance, et qui doit me faire obtenir un domaine à perpétuité dans le royaume de mon maître. >
n avait tiré deson sein une petite Bible qu'il baisa.
< Voilà ce qui me fait riche et ce qui fait que le grand Jacques est pauvre, ajouta-t-il doucement; le fleuve coule pour moi, tandis que pour lui il a tari ou pluUlt n'a jaraaî» coulé. Vieillir quand on ne voit rien au delà de la terre, c'est assister, heure par heure, à sa ruine; mais pour celui qui a placé ses richesses ailleurs, vieillir c'est approcher du jour où tout l'arriéré qu'on nous doit sera payé au centuple.
Cela dit, il nous a salués avec une gravité douce; il a fait entendre un petit cri d'encouragement. Le gros chien s'est levé, et le père Bénédiction nous a quittés avec sa brouette dont nous avons entendu le tintement s'éteindre au loin dans les carrefours.
LEÇON d'histoire DONNÉE PAR UNE VIEILLE PORTE DE VILLE. ~ PART DE LA PROVIDENCE ET PART DE LA VOLONTÉ BtlUAINE.
En revenant hier de chez sa vieille cousine, Roger a irouvé dans la petite diligence qui fait le service de la banlieue nos anciens condisciples, le conseiller, Hériot et Lefort, qu'U n'avùt point revus depuis le banquet de la Saint-Nicolas. Beaulieu a interrompu une romance do
118' SOUVEKIRS VCH VIEILLARD.
Oarat qu'il chantonnait. Lefort l'a salué par un rert d'Horace, et Hériot a pris trois prises de tabac coup sur coup, ce qui équivaut pour lui à uneréQezion.Ilyaeu des poignées de main échangées et des questions sur la santé, sur les occupations, sur les plaisirs... puis on est venu à parler politique, — Imialité inévitable entre gens qui n'ont rien à se dire ; — c'rat k pluie et le beau temps ^e la sodété. On se demande ce qu'on pense des affaires, comme on se demanderait si l'on a trop cbaud on trop froid. — Quand on n'a rien k se dire de particulier, il fcut bien parier du genre humain.
BMq% a toussé exclamativement et d'un air profond sur une douzaine de questions actuelles, manière habitnelledontil exprime son opinion; LeTort a prosrépar plusieurs passages de Cicéron et par une maxime d'Hésiode que le dernier projet de loi serait désastreux poror la nation, et Ifr conseiller a regretté lea-parlëments.
Roger, qui prenùt de l'humeur, a dû changer d'entretien. Il s'est mis à regarder par la portière etàs'extaùer sur les améliorations apportées à tout ce qu'il apen" cevait. Il a fait remarquer les champï mieux cultivés, les montées adoucies, les maisons plus nombreuses. Hais Beaulieu l'a interrompu en s'écriant < qu'on lui avait gâté sa banlieue. > Il a parlé d'une mare qui barrit autrefois la route et qui, dans les promenades champêtres, «bligeait les dames à se laisser porter; des croix de meurtre parsemées sur les fossés, et dont chacune deve- ■ nait l'occasion d'une terrible histoire ; de la roideur de l'andenne cAte qu'il fallait monter à pied; etaa sonunet de laquelle était une guinguette où l'oo'serfBltattx voytr geurs dA la bière et des édiandés.
< Henrense route! heureux temps I ' a^ dit Hériot en Mandant chacune de ses intefjection&paFunhochementi-
LA BERNIËBE ÉTAPE. .13»
AaièlBspâ teiff donooit la profondeur d'une pensée de
— Et forsanoUm memtTmsejwBabU! aajoutéLefort. '— A la bonne heure I s'est écrié notre ami; mais vos
échaudés et votre bière, messieurs, faisaient pecdre une beure; vos bistoires dédommageaient médJocreiiieQtles téfunts du désagrément d'avoir été assassinés; et It» paysannes, qui n'avaient pas de galants cavaliers pour lea aider à passer la fondri^, y entraimt josqu'Au genou,
— laisez^vous, calomniateur du passé, aintemanim le conseiller en riant; ingrat qui reniez vos seuveoirs et trahissez .v«tre jeûnasse. Uoi, je dis d'elle, mou cher, comme la romance :
lu Fuchetta eit chaanuU
JFese me.coDsole'dfiTospréteit&KsaffldtteiatioDSi^'Aanegaidant joe qui noos reste oncoce â'aatFefediS,,par exemple cette belle^arte qui noiB a été seule omservéedes aoeienDes fwlîSciiioBa.
— Et EousiiqiisUaiai-ntiieraite peuvent passer saas décharger leurs chariots, ât obswer BK^er eu imme de ' parenthèse.
— Quelaspect de force! etc^aa l'anneim devait rester penaud âetaot-cdte'Toftte basse et étroite, n^irit Bewlieu.
— Voici notre cocber précisésawt dans la position de l'auemi, ajouta mon vieil ami eu .montrant l'atEela^»arrtié devant le passage tncranbré.
— Aussi Charles le Témérûre a-t-il vainmeat essaya de le forcer, continaa k ârnseittcr :aans écouter ; car le tarrible duc a campé, b, jiicasimrst avec Ms compagnies
. degensd'8rmeSretlaTaiU&QteporteaiafasâdB»!«unir pour loi.
D,mi,.=db,Gooylc
ISO SOUVENIRS D'DK VIEILLARD.
— Dieu soit louél inlerrompit Roger en sentant h diligence entrer sous la voûte ; elle s'est aperçue que nou$ A'étioDs pas des Bourguignons.
— Chaque fois que je passe sous ce porche obscur, bprtt son interlocuteur avec complaisance, il me semble
•/ voir un symbole des fortes institutions de ce temps où tout était solidement assis sur une base immuable.
— Y compris les voilures, j'espère, interrompit Roger qui sentit tout à coup la diligence pencher... Dieu me pardonne, messieurs, notre roue est sur la borne... Nous versons. »
Un cri général répondit; l'annonce venait de se réaliser.
Il y eut un moment de confusion et d'effroi. Poussés les uns sur les autres, étourdis du choc, les voyageurs curent d'abord quelque peine h se reconnaître. Le charù-bancs dont la présence sous l'étroite porte avait occasionné l'accident ne pouvait reculer ni passer outre; les cochers, au lieu de se prêter secours, s'injuriaient en se menaçant. Pourtantla portière fut ouverte; chacun sortit avec un peu d'aide, et il se trouva que tout se bornait à quelques meurtrissures.
Le conseiUsT seul, dont la perruque avmt disparu dans ie bouleversement, était furieux et menaçait les conducleurs de la justice. Mais tous deux criaient en jurant que c'était la faute du passage trop étroit.
c Qu'est-ce qu'ils disent làf s'écria gaiement Roger; oser se plûndre d'une porte qu'a assiégée Charles le TéménUrel »
Et s'adressaot au postillon, il i^outa :
< Sais-tu bien, malheureux, que c'est grâce à elle .que DOtre bourgeoisie a pu autrefois repousser ses ennemis.
— Tonnerre ! c'cst-il une raison pour qu'à cette heure
LA DERMËRE ËTAPB. tBl'
elle empêche d'entrer les amis? demaocla le cocher qui s'eRorçEÛt de dégager la roue arrêtée par la borne. >
Roger se retourna vers ses compagnons :
« Eh mais I il y a du vrai, savez-voiis, dans ce que dit ce garçon, reprit-il ; peut-être que ce qui convenait â une époque où Ton avait intérêt à laisser les gens dehors ne convient plus aussi bien lorsqu'on a intérêt à les voir fledans. Ce qui était excellent pour vos heureux siècW de défiance et de guerre pourrait bien ne pas convenir autant à notre siècle de commerce et de paix. >
Et comme le conseiller faisait un geste d'impatience :
« Je m'en tiens à votre idée, a-t-il ajouté en lui pressant amicalement le bras ; cette porte est le symbole des institutions de son temps : excellentes pour nos pères, impossibles pour nous. Ce qu'il en reste dans nos habitudee et dans nos lois ressemble & ce vieux débris d'une organisation détruite, et ne sert qu'à entraver l'action du présent. Croyez-moi, chers amis, les règles établies par les hommes leur ressemblent. Il arrive un jour oii, comme '«ux, elles ont besoin de faire place à de plus jeunes. Laissez donc abattre les portes devenues trop étroites, de peur de verser, et ne faites pas de procès à notre cocher; le voici qui rapporte votre perruque.
Sur quoi Roger a serré la main k ses trois compagnons et est parti.
Tout à l'heure il me racontait en riant cette aventure, et, & ce propos, nous avons parlé du bonheur qu'éprouvait le vieillard qui avait su conserver l'indépendance de son esprit, à suivre ta marche du genre humain au milieu des ftges.
L'histoire est notre véritable étude & nous qui n'appartei)ODS plus au passé, qui sommes à peine du présent, et qui ne verrons point l'avenir. Placés, pour ainsi dù*ei
'm 80DVENIRS D'ON VIEILLARD,
bors du temps, nous sommes en position de mieax regarder; l'action ne nous emporte pas dans ses touFbilloDs- Descendus aux stalles des spectateurs, nous peu- Tons suivre le drame du monde avec le catme qui permet ! de comprendire et d'apprécier : aussi est-ce notre continuel sujet d'entretien. Aujourd'hui nous y sommes longuement retenus.
Roger ne pouvait se lasser de railler nos vieux cama- ~ rades arrêtés dans L'ornière de leurs souvenirs et croyant que la route ne va point au delà, n s'exaltait b. me raconter ce roman du genre humain qui est rasbt)logi6 des philosophes; il m'expliquait comment les grondes évolutions des peuples sont soumises k des lois providentielles, et je le crois comme lui; il me montrait la ' société comme un champ perpétuellement labouré, dont les moissons s'améliorentà proportion du b^vail, etje le crois encore ; il me disait que Ira génies sont des goutsiers attendus qui s'attellent instinctivement dans le sens ofi ils doivent entraîner le monde, et je veux bien ne pas dire le contraire. Hùs il me montrait les guerres comme l'agent le plus puissant de U civilisation ; il dédu-ait que les affaires humaines marchaient indépendamment des «(Torts individuels, des révoltes de la conscience, et que les victorieux étaient dans la voie de Dieu, puisqu'ils réussissaient, et je n'ai pu me taire davantage : je me sois révolté contre cette action providentielle qui, comme la fatalité des anciens, enlève à l'homme sa liberté et fait Jtoujours delà victime un «nnemi des dieux.
Quoi! le succès déciderait seul de la justice des causesl Quoi! le genre humain n'aurait jamais dévié! Quoil il n'y aurait qu'à se laisser aller à la pente des événements, sûr qu'ils nous emportent où nous devone aller! Voos lardez d'où le vent souflle et vous orientez vos vailoB.
LA DERNIERE ÉTAPE. Ut
Peine inutile 1 le vaisseau a en lui la loi qui le conduira avec ou malgré votre aide 1 — Ainsi, plu» d'admiration pour les dévouements infructueux ; plus de pitié pour les vaincusl l'œuvre providentielle n'a que fsdrede nous.-> Quelle valeur ont alors nos actions, si faire le bien oa le mal ne peut influencer les destinées humaines? Pourquoi cette haine de l'un, cette admiration de l'autre? •~Non, non, l'homme n'est pomt une feuille roulée aous le souffle de Dieu I U mm qu'i) met dans l'œuvre niûC ou pcoûte a^n lu Uuni^es et selon l'inlei^ion. Réussir De justifie pas plus un acte qu'échouer ne le condamne. Qui sait d'ailleurs combien il laut de défùtes pour conduire à la victoire applaudie, et comhien d'hommes obscurs travaillent sans résultat viûble au trlomplie de celui qui paraît accomplir les volontés du ciel? Quand vous criez : — Gloire à Alexandre, vainqueur des Fersesl ne criez-vous pas en même temps : ~ Gloire à tous les Grecs inconnus qui, depuis Troie jusqu'à Platée, aat montré à l'Europe comment on pouvait vaincre l'Aue. Quand vous répétez:— Vive à jaaais la mémoire de Descartes qui a affranchi l'esprit buoiaiii I ae dites-voua pas implicitement: — Bonaeur{ms«u«ttiùrdespenseui« obscurs qui pendant tant de siècles ont bu la ciguë oir sont montés sur les bûchers pour cetâifrancbissementï — Mais Hoger résiste ; l'étude des Allemands l'aoonâuif, h une sorte de fatalisme providentiel qui lui fait regarda l'histoire comme un grand poëme dont les scènes sont écrites d'avance sans que nous puissions faire aiilro chose que récita le rôle qui nous a été distribué.
XXX (suite.)