AU OOIK DO RU
— Eh bien, mais oit souperonB-Dons alorat s'écria ie gros marchand de boeufË.
— NoiA ne sonperons pas, monsieur.
'• — Je déclare que je veux prendre un bouillon, inieiv rompit d'une voix aigre mademoiselle Aliénais de Locheraiv qui mit la i&U à la portière; je bois toujours un bouillon à cinq heures.
— Nous n'avons rien pris depuis ce matin, s'écrièrent tous les voyageurs.
— Montez, messieurs, Kprit vivement le conducteur; une heure de retard peut nous empêcher d'arriver. U n'y a point à plaisanter avec le débordement, surtout de nuit; je n'ai pas envie d'avoir ma voiture noyée.
— Noyée ! s'écria mademoiselle Âthénais ; mais c'est borrlblel II fallait donc prévenir! Conducteur, j'exige que vous quittiez la vallée; vous répondez de moi, conducteur; je me plaindrai aux che&...
La diligence, en partant, eoupa la pardle à la vieille fille, qui se laissa retomber dans son coin avec une exclamation lamentable.
Jacques Gmgel se crut obligé de lui dire que le détour qu'ils allaient foire les éloignait de la Sa6ne, et écartait ainsi tout danger.
— Mais où aurai-je mon bouillon T demanda la vieille fille un peu rassurée.
— Nous ne nous arrêterons qu'à Anse, reprit Lepré ; le conducteur l'a dit, et Dieu sait quels chemins nour allons trouver I Routes départementales, c'est tout dire ) Et cependant je connais l'ingénieur, c'est un homme de
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talent-; son fils s'est marié le m£me jonr qae mon aînée. Hais nous n'airlTerom pas avant demain.
n y ent un cri général : la plupart des TOTageurs n'a- TÛent point mangé depuis le matin^ comptant sox le repas qui se disait habituellement i Villefranche, et Contran proposait déjà, avec sa vivacité habituelle, de descendre de force au prochain village pour se taire servir un souper, lorsque le marchand de bœufo s'écria :
— Un souper ! fen ai un i votre service.
^ — Quoi I pour tout ïe monde t demanda Lepté.
— Pour tout le monde, bourgeois. Je puis vous oflrir trois services avec le dessert, et le petit coup de sdmick par-dessus le tout
En parlant ainsi, il tirait des pocbes'de la voiture une demi-douzaine de paquets qu'il se mit à ouvrir «n passant sa langue sur ses lèvres : c'étaient des provisions de tout genre, proprement enveloppées et ficelées avec soin.
— Ce sera un vrai festin, dit Lepré, qui avait aidé le marchand de bœufs à inventorier tous les paquets. — Pestelœonsieur.'.Pardon.commentvousnommez-vousT
— Baruau.
— Juste I Monsieur Baruau, comme vous vous nourrissez I
— Pourquoi donc serait-on i son aise, dit le gros homme avec un certain orgueil, si ce n'était pas pour manger du bout Au reste, ces messieurs et mademoiselle vont juger de ma cuisine.
Grugel se tourna vers Contran et lui jeta un regard i^niflcatif.
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— Eh bien t dit-il à demi-Toix et en woriuit, Toid les graim d'or qiie voua chercltiei.
— Des crains d'or / répéta Baruau, qui ne comprenait point; &ites excase, ce que jevotiB donna là est un aautissoD aux tmSes.
— Et cm messleois venlent dire qne pour des gêna ~ affamés il vaut de I'oTj reprit Pierre Lepré en riant; c'est une figure, monsieu^ Bamau. J'ai un Sis qui a appris les figures en faisant sa rhétorique; U m'a expliqué la chose. Mais pardon... Il fandrait d'abord que mademoiselle se servît.
Onprésentales provisions à mademoiselle de Locherais qui retourna tous les morceaux, et finit par choisir les plas délicats, qu'elle mai^ea en se plaignant des privations auxquelles on était exposé en voyage. Poui la consoler, Baruau Ini offrit un coup de vieux cognac; n^ais mademoiselle de Loche rai^ jeta nn cri d'horreur.
— Du cognac à moi I dit-elle aveclndignation ; pour qni me prenez-vous, monsieurT
— Vous aimeriez mieux du cassis, peul-étret objecta le marchand de bœuis d'nn air bonasse.
— Je ne bois pas pins de cassis que de cognac! s'écria fièrement mademoiselle Athénals; je ne bols jamais que de l'eau.
Et se tournant vers Grugel :
— Conçoit-on ce nistreT murmiira-t-elle; m'ofirir do cognac 1 comme si les épices de ce qu'il nous a fait manger ne suffisaient pas pour brûler le sai^ 1 Je suis sûre d'en être malade.
En achevant ces mots, elle s'arrangea dans son coin
VN iDTtiiEini n nusENca. 19
de manière à toamer le dos an mwchand de ixsaÎB, releva on oreiller qu'elle avait apporté, 7 ai^nja sa t&te, et s'assoupit.
La diligence continuait & avancer péniblement pfcr des routes Tavinées. Quoique humide, l'air éta^ froid, et la nuit D'avait aucune étoile Ranimé pai le lepas que la prévoyance gastronomiqne de Bamau lai avait permis de faire, Lepré reprit toute sa loquacité, et, bien qne ses compagnons de voyage eussent depuis loi^temps cessé de lui répondre, il continua à parler seul, sans s'inquiéter de savoir s'il était écouté.
Ce bruit de paroles, la lenteur de la marche, l'olracu' rite, le froid, avaient fini par causer i tons tes voyageurs un malaise impatient qui s'exprimait à chaque instant par des biillements, des tressaillements ou des plaintes étouffées. Darvon surtout semblait en proie i une irritation nerveuse qui s'augmentait d'instant en .instant. H avait déji ouvert et refermé dix fois Je store de la portière, appuyé sa Kte i droite, à gauche, en arrière, placé ses jambes dans tout^ les attitudes que lui permeltait l'étroit espace dont il pouvait disposer; enfin, an paint dn jour, il se trouva i bout de patience.
— Je donnerais dix des jours qui me restent i vivre pour être au terme de ce voyage I s'écria-t-il.
— Nous voici à Anse, répondit Grugel,
— C'est ma foi vrai, dit Lepré, qui s'était assoupi uo instant. HoUlcondncteur, combien de temps restez-vous Éciî
— Cinq minutes
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— Ouvrez ta portïàre ; je puis allerdire un petit bon- Jour au maître de poste.
On ouvrit, et Baruau descendit avec Lepré pour renouveler ses provisions. Presque au mâme instant t-e iiiiialiste s'approcha en demandant s'il j avait des places.
■^ Une seule, répondit Grngel.
— Comment 1 s'écria mademoiselle de Locherais, qui venait de se réveiller m sursaut, monsieur voudrait-il par hasard faire monter quelqu'un ici?
— Un voyageur pour Lyon.
— Hais c'est impossible, reprit la vieille fille ; nous sommes déjà afi^eusement gênés, monsieur ; vosvoitures sont trop petites; je me plaindrai à l'administration.
— Ah 1 voici sans doute notre nouveau compagnon, reprit Grugel, qui regardait par la portière. M. Lepré s'en est déjà emparé.
— C'est un militaire 1 s'écria mademoiselle de Lo-
— Un sous-officier de chasseurs. ,
— Ah Dieu I Et il va venir ici 1 Mais comment n'oblige-lK>n pas les soldats à. voyager à piedi
— Par un temps pareil, ce serait chose rude et fatigante, mademoiselle.
— N'est-ce donc pas leur métier? Ces gens-là ne se fatiguent pas. Les voitures publiques vous exposent à des voisinages odieux 1... sans compter que toutes vos habitudes sont dérangées. N'avoir rien de chaud, passer la nuit sans dormir, 6tre pressée, étotlfféel... Je ne comprends pas qu'un de ces messieurs ne monte pas sur l'impériale.
' m iht£rleuh de DUiSKHci. 3t
— Malgré le brouilUrd?
— Qu'importe, pour des hommes I
— Mademoiselle serait en effet moins gênée, ^ouU ironiquement Darvon, et c'est une proposition qu'elle pourra faire à notre nouveau compagnon.
— Moi 1 parler à an soldat 1 dit fièrement mademoieelle Athénaïs ; je préfère souf^ir, monsieur I
— Le Toicij interrompit Jacques.
Le sous-officier venait, eu effet, de paraître devant la portière, suivi du buraliste avec lequel il se querellait. C'était un jeune homme à la toomure leste, mais dont le parler fanfaron et les manières soldatesques choquèrent Darvon au premier aspect. Q se plaignait du retard de la voiture qu'il attendait depuis la veille, et maltraitait de paroles le commis des messageries, dont les réponses étaient timides et embarrassées. Enfin le conducteur lui ayant déclaré qu'on allait partir, il s'approcba de la portière et regarda dans l'intérieur.
— Magnifique réunion, murmura-t-il, après avoir promené sur les voyageurs un regard impertinent ; si le coupé et la rotonde sont aussi bien garnis... Ah ^ I conducteur, vous n'avez donc pas de femmes t
— L'insolent I balbutia mademoiselle Athénaïs de Locherais.
— Au reste, reprit le soldat, en campagne on ne doit pas y regarder de«i près.
Et il monta.
Contran se pencha vers Grugel :
— Voici qui complète notre collection de ridicules, dîl'il tout bas.
"m AU COIN DO tsv.
— Prene» garde qu'il* ne vons entende, répliqui Jacques.
DatTon ât un mouvement d'épaule.
— Les fan£!irons m'ont loujours inspiré plus dedégoiM ' que de crainte, dit-il> et celui-ci aurait besoin d'une
leçon de politesse.
Cependant Baruan était rentré Bans Lepré. Après avoir envoyé chercher ce dernier k l'auberge, et l'avoir attendu quelques moments, la voiture partit sans loi, i ta grande joie de mademoiselle de Locherais qui espérait être plus à l'aise. Mais cette joie fat de courte durée ; car le sous-offlcler, qui s'était d'abord placé sur l'antre banquette, vint s'asseoir à sea côtés. La vieille fille mécontente se rangea brusquement et rabattit son voile. Le militaire se tourna vers elle :
— Tiens 1 dit-il d'un ton moqueur, madame a peur qu'on la regaide,.à ce qu'il paraît T
— Peu^èt^e, monsieur, dit Athènes sèchement.
— Je comprends sa raison, reprit le sous-ofScier; ~ mais elle peut être calme, je me priverai de ce plaisir.
Et comme il vit ]p mouvement d'indignation de mademoiselle de Locherais :
— Ce que j'en dis, continua-t-il, est dans l'intérÈt de ea santé, et pour loi permettre de respirer à visage découvert, d'autant qu'on manque d'air dans cette boite; il faudrait baisser la glace.
— Je m'y oppose, reprit vivement mademoiselle de Locherais; mon médecin m'a défendu de m'exposer an vent du matin.
— Et moi lemien m'a défendu d'étouffer, répliqua le
DU mrSlUEim M Bn-IGERCB. 9S
Jeune homme qui avani^ la Baam pour ouvrir le chSs^s
Mais la vieille fille s'écria que 1a fenêtre était de son côté, qu'elle avait droit de la tenir fermée, et elle en appela aux autres voyageurs.
Quelque peu disposé que fdt Darvon en &ivear de mademoiselle de Locberais, 11 crut devoir prendre sa défense, et il en résulta, entre lui et le chasseur, une discussion qiii.se fût envenimée s Grugel n'eût c4dé au jeune militaire sa place près de l'autre fenêtre.
Le sous-offids' l'accepta de mauvaise grâce, et en conservant une sourde irritation contre Contran.
Or, le lecteur a déjà pu s'apercevoir que les qualités dominantes de ce dernier n'étaient ni la résignation ni la patimce. Lea contrariétés du voyage avaient d'ailleurs excité son irascibilité maladive : aussi le disseotiment qui avait déjà éclaté entre lui et le chasseur se renouvela-t-il pluàeurs fois avec une a^fTMr croissante, jusqu'à ce qu'une dernière occasion le fit dégénérw en querelle.
Plusieurs menus bagages avaient été placés par Darvon dans le filet »ispendu au plafond de h diligence; le sousofficier prétendit qu'il en était gêné et exigea leur déplacement. GoBtran s'y refusa.
— Vous êtes décidé à les laisser 7 s'écria le soldai, après une discussioa dans laquelle il s'était animé ins^isiblement.
— Décidai répondit Darvon.
— Sb tùon t je m'en débamssenâ par la pcstière, raprit le jeune homme en étendant Ut main vers lefllet.
Goctran mai cetta main.
— Prenez garde à ce que vous allez faire, monâieur ,