‹ Au coin du feuChapitre 5 sur 26 · AD COW BU PED · texte numérisé non relu

AD COW BU PED

dit-il d'nneToiz altérée; dopais que tous Êtes ici vous avez tout essayé successivement pour me faire perdre patience : dès votre entrée vous vous êtes posé comme ayant le privilège de l'injure et de la tyrannie; mais sachez bien que je ne suis point homme à vous le recoontûtre.

— Est-ce que c'est une menace, par hasard î demanda le eoldat en jetant sur Contran un regard dédaigneux.

— Nullement, interrompit Grugel, inquiet de la marche que prenait la discussion ; mou cousin vous fait seulement observer...

— Je n'accepte point d'observations des péïins, interrompit le militaire.

— Et les pékins n'acceptent point vos insolences, répliqua Gontran.

A ce motd'insolence, le sous-officier tressaillit; une rougeur rapide traversa ses traits.

— Où vous arrêtez-vous, monsieur! demanda-t-il i Darvon d'une voix que la colère faisait trembler.

— A Lyon, répondit celui-ci.

' — Eh bien I nous .achèverons U de nous expliquer.

— Soit.

Jacques, efiteyé, voulut s'entremettre ; mais son cou- ' sin et le chasseur l'interrompirent en même temps, et répétèrent que l'on terminerait cette affaire à Lyon-

Au même instant de grands cris se firent entendre, et la diligence fut rejointe par un char à bancs couvert de boue. Mademoiselle deLo<^erais mit la tête i la portière.

— Ah mon Dieul quel malheur 1 s'écria-t-eïle, c'est M. Pierre Lepré qui nous a rattrapés; nous aUons ètn an complet.

OH IRTâUBUB DB DEUSKNCC. S8

Dès qa'il eat attelât la voiture publique, le coromissionnaiTe de marchandises coloniales sauta du char à bancs., et se présenta i la portière que le eondoctenr venait d' ouvrit.

— Ah ! vous part£E ainsi sans attendre les voyageorsl criait-il furieox.

— Je vous ai prévenu trois fois, objeeta le conducteur.

— On prévient «îx fois, monsieur; on prévient douze fois : vous êtes donc bien avare de vos parolesT Qu'estce que cela coûte de parler t Je ne pouvais pas quitter le* maître de poste, peut-être, pendant qn'il m'expliquait le malheur arrivé à la diligence d'hier ; car vous ne savez pas, messieurs, que la diligence qui précédait celle-ci a été noyée.

— Noyée ! répétèrent toutes les voix.

— C'est bon, interrompit le conducteur, mais montez.

— Dn tout, ce n'est point boa, reprit Pierre Lepré; tout le monde est dans la consternation.

— Je vous en prie, montez tout de suite...

— Et que vont penser nos familles quand elles ap> prendront ce désastre I

— Vite donc...

— Encore, allùs-je obtenir des détails, quand ou est vena ni'avertir ^e vous étiez partis sans moi...

^ — Et nous allons en foire encore autant, dit le conducteur impatienté.

— Par exemple ! !^écria Lepré, qui se hâta de monter; j'en ai assez de cechar àbancs; me voilà, conducteur, oolevezl On accabla de questions le commissionnaire eu épit

8tt A.V GOtR St) FEV.

ceries, et il raconta tout ce qu'il avait appris; puis, s'int«ri:çmpant selon son liabitude, en reconnaissant le jeune sous-ofâcler, il s'écria : "

— Eh I c'est monsieur que j'ai eu l'honneur de voir j Anseï

— Moi-même, répondit le chasseur.

— Enchanté de ikiub retrouver, dit Lepré. Tel que TOUS me Toyet, je suis l'ami né de tons les militaires; j'aurais même servi si on ne m'avait pas trouvé un rem- *

' plaçant.

/Il fut interrompu par mademoiselle Athénaïs, qui venait de s'apercevoir qu'il était mouillé.

— Cest cette damnée brume, dit-il en s'essuyant avec son mouchoir.

— Mais ou ne monte pas en voiture dans un pareil état, reprit mademoiselle de Locherais d'un air mécon* tent; quand on a commencé à recevoir )e brouillard, on reste dehors.

— Pour se sécherî demanda Lepré en riant; grand merci 1 j'en avais assez; .puis mon cocher était ivre; il a failli conduire son char à bancs dans la rivière.

— Ah ! diable.

— C'eût été à ajouter à la diligence d'hier; k moins pourtant qu'il ne ee fût xi-onvé là quelque brave pour noua repêcher! Ça s'est vu, après tout. H y a trois ans, lors de la grande inondation, un ouvrier a sauvé seul cinq personnes qoi se noyaient dans une voiture près de la Gaillotière.

— Nous le savons d'autant mieux, dit Grugel, que mon cousin y avait son meilleur ami.

L»i»<i,.,Gooylc

" Vrail d«maiid« le cbasseor.

— Et il ne dut son salut qu'au dévouement de oe jenne

— Obi tous les détails de cette action Bont admirables, reprit Darvon aTec ebalenr; te cheval efi^yé avait emporta la Toitore au plus fort du courant; la fonle regardait du rivage sans oser porter secours; il n'j avait plus d'espoir pour les cinq personnes qui se tronvaient dans la calècbe.

— Bab I interrompit le cbasseur, il y en avait peutêtre qui savaientnager et qui se seraient tirées d'affkire.

Gontran dédaigna de répondre.

— La voiture commençait à enfoncer, continua-t-il, lorsqu'un ouvrier parut dans une petite barque qu'il . manœuvrait avec peine au milieu du Rhône; trois fois elle fut sur le point de couler. Les gens qui regardaient du rivî^e lui criaient : — N'allez pas plus loin ; ahordei^ Tons allez périr. Mais il n'écoutait pas, avan^nt toujours vers la calèche, qu'il atteignit enfin à force de courage et d'adresse.

— Et de ^bonheur, acheva le militaire.

— Sans doute, reprit Grugel, qui avait remarqué le mouvement d'impatience de Gontran; mais il n'y a que les gens de cœur à avoir de ces bonheurs-là.

— C'est nn hean trait, interrompit mademoiselle Athénaïs de Locherais, et qui a dû profiter à son auteur.

— Pardonnez-moi, madame, ditDarvon, l'ouvrier a sans doute jugé que la véritable récompense de nos généreuses actions était en nons; car, un* fois les gens

28 Aïï GOm DU nu.

sauvés, il s'est retiré sans vouloir rien recevoir ni rien

entendre.

— Paidienl c'eût été beau de se faire pa^erl s'écria le sous-ofËcier.

— Et on ne sait point son nom? demanda Lepié.

— Pardon ; il se nommait Louis Duioc.

— Hein! vous dites, Louis...

— Durée.

Ltpté se tourna vers le sons-offlder.

— Mais c'est votre nom! s'écria-t-il.

— Le nom de monsieur 1 répétèrent à la fois tous les voya^iirs.

— Louis Duroc, Ait Y Africain ;j& le lui ai demandé à Anse, pendant que nous causions à l'anbei^e, et je l'ai vu d'ailleurs sur son porte-manteau.

— Ëiibien! après? demanda le chasseur en riant, certainement que c'est mon nom.

— Se peut-il! interrompit Contran; et vous seriez...

— L'ouvrier en question; oui, messieurs; ça n'a pas besoin de se dire, mais ga n'a pas besoin non plus de se cacher. Je suis entré au service huit jours après la chose, et mon régiment est parti pour Alger, ce qui fait que les bourgeois de la calèche et moi nous nous sommes perdus de vue; mais je compte les revoir pendant mou séjour à Lyon.

— Je vous y conduirai I dit vivement Darvon en I ui tendant la main; car je veux que nous soyons amis, monsieur Louis.

— Nous! répéta le militaire, qui regarda (jontran avec hésitation.

uir nmlRiBiiii ne wlmencr. 29

— Ah! oubliez tout ce qui s'est passé, reprit celui-ci; Je suis prêt, s'il le faut, i recounaîtie que j'ai en tort..

— Non, interrompit Duïog, dod, parbleu t c'est moi qui ai fait la mauvaise tftte, et J'en ai regret, parole d'honueurl Sotte habitude de régiment, voyez-vousl Parce qu'an n'a pas peur, on veut le montrer à toute occasion, à tout venant, et l'on fait le siibreur; mais, au fond, on est bon enfant; ainsi, sans rancune, monsieur.

n avait pressé cordialement la main de Gontran; Lepré serra également la sienne.

— A la bonne heure 1 s'écria-t-ilj vous êtes un vrai Français... de même que monsieur...; et entre Français, 00 doit s'entendre. Enchanté d'avoir fait votre connaissance, monsieur Louis Duroc. Mais, à propos, savezvous que c'est fort heureux que je vous aie obligé "à m'apprendre votre dom (que vous ne vouliez pas me dire, par parenthèse)? Sans moi on n'aurait point sa ce que vous valiez.

— C'est juste! répliquarGmgel en regardant Darvon ; si monsieur eût été moins causeur, cette explication n'eût point eu lieu, et,, sans elle, le cousin se serait mépris sur le véritable caractère de M. Louis. Vous voyez que le hasard semble avoir pris à t&che d'appuyer ma thèse, •t que tout l'honneur de Ja journée est à moi.

Gomme il achevait ces mots, la voiture s'anèta : ils 4taient arrivés.

Les voyageurs trouvèrent, en descendant, la cour des Messageries pleine de parents on d'amis qui attendaient. Le malheur arrivé la veille était connu, et avait éveillé toutes les angoisses.

%> *r COIN Dn-iBU.

An moment où Datron mettait pied à terre, il entendit prononcer son nom et se détonma : c'était sa sœur i qui l'inquiétude avait fait oublier leur brouillerie, et qui s'élança vers lui avec un cri de joie.

Tous deux s'embrassèrent longtemps sans rien dire, mais les yeox humides de larmes ; et quand ils se regardèrent, quand ils se prirent par la mai n en souriant, ils étaient réconciliés 1

Comme ils sortaient ensemble de la cour des Messageries,' ils rencontrèrent leurs compagnons de route. Baïuau et Lepré les saluèrent; Louis Duroc leur renouvela la promesse de les aller voir; mademoiselle Atbénaïs de Locherais passa seule sans les regarder, uniquement occupée de veiller à ses bagages. Jacques Gmgel se tourna alors vers Gontran.

— Voici la seule objection à ma doctrine, dit-il en montrant la vieille Plie. Tous nos autres compagnons se sont plus ou moins rébabililés à nos yeux : le gourmand en nous procurant un souper, le bavard en nous révélant nn secret utile, le querelleur en nous donnant une preuve de sa généreuse bravoure; mais à quoi nous a servi le froid égoîsme de mademoiselle de Lochcraisl

— A me faire sentir ce que vaut le dévouement et la tendresse, répondit Gontran, qui serra le bras de sa sœur Gomre sa poitrine; aht j'adopte votre système, cousin : à partir d'aujourd'hui, je croirai qu'il y a un bon côté dans toute chose, et qu'il faut seulement savoir chercher la veine d'or.

Page 1