‹ Au coin du feu, histoire et fantaisie [microforme]Chapitre 2 sur 33 · LA CAVERNE DE PELISSIER · texte numérisé non relu

LA CAVERNE DE PELISSIER

Elle est située à sept lieues de la ville d'Ottawa, six lieues en hiver, sur le lo:

numéro dix-sept, dans le quatrième rang du canton de Wakefeld, comté d'Ottawa, province de Québec. Le chemin qui y mène est celui du bureau de poste de Pélissier, nom du propriétaire de la caverne.

Nous allons causer de cette merveille de la nature, inconnue du monde entier, . sauf un petit cercle de citoyens d'Ottawa.

C'est en 1866 et 1867 que les colons des alentours commencèrent à s’en occuper.

Ils voyaient au flanc d'une montagne une espèce d'arcade ou de haute porte cochère, terminée par un enfoncement dans le rocher qui présentait à l’intérieur une cave, fraîche et éclairée, de six pieds de haut sur un carré de quinze pieds. Voilà tout. La porte: et son. vestibule, déjà fort remarquables, intriguaient les gens. Pour l'ordinaire les montagnes ne sont pas perforées de cette façon. Qui estce qui avait con:struit à même le roc de semblables ouvertures? Mystère et commentaires. On en parlait en pensant aux hommes du monde primitif, aux fées, aux loups-garous, aux

sorciers, au déluge.

La contrée depuis la rivière Ottawa va en mpntant jusqu’à ce-point, où elle atteint un niveau de mille pieds au-dessus de la ville. Les montagnes commencent là. Ce sont les contreforts ou plutôt les pieds des Laurentides. Si l’on continue, cette hauteur est bientôt dépassée ; la grande.chaîne qui va. du Labrador au lac Huron domine tous ces pitons nombreux qui coupent le

RS

paysage, enserrent des lacs, contortionnent des rivières, et feront un jour ressembler le pays à la Suisse, de poétique mémoiré Il n'y manque que de voir les terres des plateaux défrichées, et des villages se mirant dans les eaux profondes. - Cèla viendra pour nos descendants. 1

Les piés sont groupés par trois, quatre étcmq, chacun ayant à peu près trois cent pieds de la base au sommet. Les vallons sont'cultivablés pour la plupart, mais sou:

vent émbarrässés de pierres roulées ; les pentes sont fortement boisées. En atténdarf la venue des défricheurs, des découvreurs du sol, lés révageurs de la forêt, les bû:

cherons s’y exercent sur les meilleurs arbrés ét poussent à l'Ottawa la masse innotitbrable dé ces “billots” dont l'assemblage donne à notre navigation une physionomie pittorésqué, si souvent remarquée.

Partout où le terrain n’est pas propre à l'agriculture, c'est qu'il est rempli dé piérrés. Les approches d’une arête commé tés Laurentides ne sauraient être autrement, Pour péu que nous voulions nous réndré cotiipte de ce phénomène, il faut rembriter la éréation du monde,

:::* Les pierres de:cette région n’appartiennent pas toutes à la même classe, Un coup d'œil le prouve. Les unes sont compactes et présentent l'apparence du fer coulé, par exemple: on.voit qu’elles se sont formées Bans couches, sans mélanges, sans fibres; une goutte de cire refroidie en fournit une idée. Elles ont ét6 façonnées au centre de da terre, dès les premiers âges du monde, par l’action du feu qui constitue le noyau de notre globe, et plus tard, toujcurs par ce mème feu, elles ont été chassées avec violence à travers la croûte terrestre devenue épaisse et variée dans sa compo:

sition, jusqu'à la surface où eiles sont à présent, offrant le spectacle, de pics, de chaînes de montagnes, d’amoncellements au-dessus de la terre où nous. vivons. :

Les autres, produits lents de l’accumulation des corps d'insectes qui habitaient les mers d'autrefois, des couches de vase et des débris des eaux, sont faciles à distinguer par leurs feuilles, c1r ces pierres disposées par rangs minces nous font penser à un ivre, le livre de la nature dont la science feuillette les pages avec bonheur et succès

— Hi —

depuis queiques années. ‘Aux: efforts des feux et des gazs souterrains, -elles-.n'oût dpposé que peu de résistance ; l’effroyable élan de: bas en haut.qui a fracturé. des:.omtaines de licués de l'écorce du globa, lesis éntrâînées dans le mouvement.

Puis on aperçoit aussi, çà et là, des tracés de'ces Curieuses migrations de mofolitkés'expliquées par l'observation ét le sis conimun, maïs qui s'accordent si peu ävec le proverbe: ‘les montagnes ne se rencontre pas.” Les pisrrés voyagent et se rénoontrent. Il rioùs en est venu er :quanté, et de fort grosses, des monts supérieurs é'les glates flottantes les détachaient alors due’ riote continent était couvert par les éaüx. Quand les banquises qui les .char-

siaient fondaient ou se brisaient, les rochers Coulaient bas sans façon, quelquefois isolément, souvent par milliers, de manière à laisser dans les champs d'aujourd'hui ces traîtnées de cailloux qui font le désespoir des laboureurs. Tel moellon qui .obstrue le chemin d'Ottawa à Pélissier vient ‘des

tôtes élevées des Laurentides. et se trouve

dépaysé depuis des centaines de siècles,

‘Les Laurentides elles-mêmes tiennent d'ün ordre au-dessus du commun. C'est de la noblesse antique. Elles sont venues au monde avant les autres montagnes du globe.

Par les pierres qu’elles nous montrent et qui datent des temps de la première solidification de la croûte terrestre, par l’étendu3 en longueur et en largeur de ces masses, on voit qu'elles ont subi la secousse des feux intérieurs, alors que cette fournaise était dans sa plus grande activité et que la rotondité de la boule où nous sommes a commencé à être déformée, bosselée .par la déchirure de cinq cent lieues sur. vingt que ces pierre: lui ont infligée en perçant . ét culbutant ce qui leur faisait obstacle, .

pour s'élever au-dessus du niveau châuve

et plat appelé la terre. Les savants disent

que les Laurentides sont les aînées d’entre les montagnes. Avouons qu'elles portent assez gentiment leur âge.

Quand d'aussi gigantesques blocs sortaient du sol par la poussée des volcans et allaient s’enfaîter jusque dans les airs à plusieurs centaines de pieds, sous forme de mamelons où de dos d'âne, on comprend

qu'il n'y avait pas à point nommé de maçon pour les aligner, les ajuster les üns sur les autres, et faire en sorte qu'il ne restàt ni crevasse, ni vide, ni jour de souffrance dans l'édifice. L'architecte snprème bâtit solidement et néglige à plaisir certains détails de remplissage qui ne sont importants que dans nos maisounottes. Par conséquent

qu’il y ait dans les Laurentides des passages inconnus aux hommes, cela n’est pas douteux. Toute cette formation est sans doute

caverneuse. Six ou sept grottes ou cavernes ont été explorées dans la grande chaine :

ce sont celles du Labrador, de l'ile Henley, . de. Mecatina, de Kildare, de Lanark, de :

Leeds et du lac Nipissing. Le Canada en, possède, d'autre part, vingt deux ou vingt-| trois; néanmoins pas une n'est comparable au dédale de Pélissier, car c’est aux messieurs Pélissier qu'est due la. découverte :

des souterrains où ma narration va tenter de vous faire pénétrer un instant.

Nous arrivons par un sentier facile aux deux tiers du versant de la montagne. Al nos pieds, c'est-à-dire à deux cent pieds plus: bas, dort le lac Pélissier, encaissé entre des

— té — montagnes dont l'une est éncore,plus-haute que: celle où nous.somines.

Retournonsnôus. L'ouverture dela éävérne est ici. L'aspect en est grandioss:

c'éstune bouche‘de vingt pieds .de largs

sur près de quiuze de hauteur, avec cin-

trage formé de lourdes pierrès arrêtées les unes par les autres dans leur chôûte et qui s'ätc-boutent d'une façon monumentale.

Au dessus réposent cent autres pieds d'ute |

tagué couronnée de bois magnifiqie.

‘out Le:rôc de ‘Ja ‘bouche: ést poli parte Hivage ‘des ‘eaux. ‘Ma prémière impression s'êté ‘dé ‘ire ‘demärider ‘d'où pouvait ‘étre vénu fe /coufant qui avait fait cèla. ‘Le’hic | plaëé derrière nous, à deux cent pieds ptüs bas; Pexplique. Saïis faire ièi de la géologie; je crois pouvoir indiquer ‘la ‘'sotirés des eaux ‘qui, pendant des siècles, ‘ont coulé dans Ta cCavérne, Le lac aävait son niveau ‘au:dessns de l'ouverture’ en question. Rien ne s'oppose, il me semble, à cêtte croyance, puisque lés montägnés le tiènnént captif et qu'il est alimenté par des pätéaux ‘bion plus élevés que les pics de

Pélissier. Il s'est donc dégorgé par la caverne jusqu'au moment où une fissure quelconque située à un niveau inférieur, dans la même montagne ou dans l’une de ses voisines, s’est déclarée, et lors il a baissé, découvrant dans sa retraite la bouche de la caverne qui s’est trouvée asséchée du coup avec ses conduits intérieurs. Au printemps, le lac monte encore de cent cinquante pieds lorsqu'il reçoit l'eau de la fonte des neiges ; un peu plus, il atteindrait de nonveau la caverne. À ciel ouvert, il a une décharge qui tombe dans la Gatinean,

Avant d'entrer, habillons nous chaudement; quoique nous soyons en plein mois d'août, nous allons avoir affaire à un froid de janvier pendant denx ou trois heures que durera la promenade dans les ie de la terre.

—Par où entrer Ÿ

. —Par là, dit le guide en se mettant à genoux, puis à plat ventre.

—Mais c’est un trou de renard que vous me montrez là. Je ne saurais m'y intro-

duire, c'estaffrenx. L'abscurité....…h'étraû- #lement du chemin...

“Tandis que vous raisonnez, le guide disparaît dans l’étroit passage en s6 glissant # 14 mode des vers de terré. Vous he voyez plus qus ses bottes, puis plus rien. Un poids éniéime vous serre la poitrine : Gét homrié # là montagne sur lé corps.

2 vous dssüre, mé dit M Pibrie Pé:

Hissier fils, que lorsque jé suis entré le pre: | dibr par ce chit d'aiguillé, je n'étais pas ‘

gros, suivant l’expressiôn populaire. Atfons! c'est à votre tour.

J'allitmie uné Bougie ét'ienité l'éventhré. Bal céla va tout seul. Le goulot n'a pas | 4F6i pieds de lông. |

Saluons la ‘“ Grande Chambré,” hauts de neuf pieds, large de vingt et longue de

quatre-vingts. Une couche de cärbonate :

de chaux inégalement appliquée Ini prête ünié blancheur qui fait plaisir à l'œil.

L'un de nous s'attache à une : saillie à Hautéu ir d'homme, uà sémblant de corniche,

la brise pour se procurer un souvenir.

Toujours quelqu'un se rappelle en pareille circonstance que nos ancètres étaient. des vandales, des goths, des wisigoths, dé démolisseurs.

Ma mauvaise humeur déchargée, pas, sons la porte.

Nous voici dans une grotte vaste, ni ronde ni carrée, ni haute ni basse. ül est facile de s’apercevoir qu'elle n’a. été construite par personne, car les roches qui en forment ce que l’on pourrait appeler les parois et le dôme, sont un eñntassement.

titanique qui fait peur. Tout cela est bien solide, mais on pense voir à chaque moment açhever de s "écrouler ces aSRes. qui,

ne ee |

sus

se ten se disloquaient et. se rééile faient les unes les autres en dansant littéralement sur un volcan, ou, si on l'aime mieux, de même que se tourmgntent des pois dans une chaudière d’eau bouillante.

Un peu à droite, il y a un passage de cent pieds de long sur deux pieds et demi

à trois pieds, hauteur ou largeur, car cels varie. i | rad

: Comme curiosité, je vous signalerai un

pilastre tout à-fait blane, qui va du ‘plan-

cher au plafond. (C’est un mélange de

stalagmites et de stalactites. Il n’a pas plus de six ou sept pouces d'épaisseur.

Ea un certain endroit d’une chambre voisine, le plafond est à cinquante pieds de haut, Chargé de dessins fantastiques fort ” jolis, où le blanc de chaux joue un rô reconnaissable. L33 incrustations de cette voûte mériteraient d’être reproduites par la gravure.

Un passage quasi droit nous est ouvert.

Il est percé de couloirs aux formes les plus capricieuses. Les unes aboutissent à des cavités plus grandes, les autres se contournent et reviennent à l'allée principale, Sur l'espace de trois cent pieds en ligne droite, le réseau ües corridors va en baissant. L'eau a roulé des cailloux dans ses déclivités et dans tous les interstices de la muraille, à droite, à gauche, an haut, en bas ; il én est

a, RU

résulté des moules à boulets qui criblent

partout les surfaces. C3 labyrinthe à ‘lui seul dépasse en intérêt les trente cavernes de-notre pays. Songez à une avalanche de rocs monstrueux, allant, se heuirtant, s’accrochant, trébuchant par leur poids dans les profondeurs del’immensité. C'est l’image du chaos, c’est le chaos lui-même surpris dans un moment d'arrêt. Rien ne témoigne aussi puissamment des agitations de notre pauvre planète à sa période d'enfance. Je comprend misux maintenant l’exclamation du chantre des Martyrs en présence du Niagara : ‘ C'est une colonne d’eau du déluge!” : Ici nous assistons à l’enfantement des montagnes.

Toute la caverne est propre comme un sou neuf. Les eaux l’on lavée et recurée tellement qu’elle ne contient aucun débris.

Pas la moindre trace de végétation. Pas même de champignons, Ni mousse ni moisissure. Quelques ossements de castors et de loutres sont tout ce qu’elle renfermait au jour de sa découverte.

L'œil est frappé du travail que les eaux

dat:sdcomipli partout. La moindre pitrte #ét:polie‘et arrondie par leur frottement Kies:-roches-d'origine ignée, qui:sont:les nerfs: ctiles: muscles de sette colossale: charpente,, n'ont pas:été rongées par le courarit à:cause dé:leur dureté, les quartz non plus, rais:

elle:projettent partout: d'une manière mena:

çente, par suite dès enfoncements des calcaves et de la chaux, rongés et minés:

jusque dans les: recoins les plus écartés des: grottes: Bienisouvent une pièce de-la:taillor d'une barrique est ainsi: déchausséeet: pend: sur votre tête. Ondirait qu’elle va:tomber.

L'engrenags:des blocs, pour ainsi dire;. est parfait; rien ne s’en détache. La pierre à; chaux cimente si bien les parties-entre:elles que l’on ne distingue aucune fente ou crevräse: nulle part. Des bosses, des creux; une:irrégularité charmante dans les cham:

bres:et lés passages; des grottes d'une:blan: dlieur de neige et d'une transparence de marbre frotté ; des corridors gris, des pans démurs noirs, des alcoves drabs ; tantét'un:

mélange:de ces couleurs ; parfois des sein:

tüllations du quartz où des pierres férrugigineuses à la lumière des FAR Ie variété n’en peut se, décrire.

‘Le-:sol:est uni,:battu. par le courank;, par-ci par-là un amas de pierre. e5: remph l'égalité ; si vous regardez en haut, l'alvéole d'où ces pièces sont tombées est visible, mais cela a:eu lieu avant que les eaux se fussent retirées; nous.ne le verrons pas.

recommencer.

: Nous soromes douze personnes, disper.

sées en tous sens, chacun sa bougie à ls main. Le jeu de ces flammes qui vont-d'une ouverture à l’autre est magique.

n'y a pas deux passages ni deux groltes ou chambres d’un même niveau, Pour les atteindre il faut grimper ici, descendre là, remper dans un autre endroié, enfin devenir ver de terre, selon le mot de M. Pélissier.

—AÀ propos, comment se feivil, disfe, que: nous respirions ici un bon air et qu’ on n'y sente pas l'odeur de renfermé que. jap préhendais.

—Pour la simple raison que: dote dtivré passage à une rivière autrefois, et

sortaient quelque part, il y a une circulation d’air parfaite.

Et où est cette issue, M. Pélissier ?

Voilà le problème! Depuis sept 'ou huit ans que j'explore ces lieux et que je:

découvre de nouveaux passages, je n’ai pas:

pu me renseigner sur ce point; mais j'ai une preuve de l'existence d’un lac sous la.

montagne, cela suffit pour que nous soyons sans crainte sur l’épurement de l'air des grottes et des corridors.

Jé me rappelle que le Dr. J. À. Grant, d'Ottawa, avait émis l'opinion qu’une nappe d’eau existait sous la caverne. Ce serait la décharge intérieure du lac Pélissier qui passait jadis par les conduits où nous causons en ce moment. Savez-vous à quel niveau se rencontre le lac inconnu ?

—Il me paraît assez d'accord avec celui :

auquel vous donnez mon nom.

En effet, ce que j'appelle le lac Pélissier n’a pas de nom officiel.

M. Pélissier est instruitet daniaies n a fait son cours classique ; il étudie autant:

que:le lui permettent ses fonctions de maître de poste, de cultivateur, de marchand ds bois; ‘enfin l'exploration de sa caverne, qui n’est jamais finie et qui demande du tue et de l'argent.

—Alors, dis-je, les deux lacs. n’en font qu'un; celui du dehors se déverse dans celui du dedans, aujourd'hui comme autrefrois, avec la différence qu'il ne passe plus par vokre caverne et. qui a son Lune

bat araET)

à celui-ci. situés plus bas.

{est posside. Mais savez-vous que nous allons descendre ?

Où cela ? | —À l'étage inférieur, s’il vous plais

Nous sommes entrés par la lucarne. Pers mettez.que je vous précède.

. —Descendre est facile à dire, mais par ‘où, encore une fois, par quelle porte ‘sscrète.

, Pélissier se prosterne à la façon des Japonnais.

.…IlL:se coule à reculons dans.:un: boyau de stalagmites. en nous disant que la pente : est roide saus touicfois otfrir de danger.

Glissez, inortels, u’appuyez pas.

Il glisse, je glisse, nous glissons. Au

bout. de vingt piels nous tombons..…. au

salon. : C'est un sion. Les murs sont de crèine, : La moindre parole devient un tonnerre dans celte élage, car ce n'est qu’un étage; tout à l'heure il va falloit des-' cenire les grauds escaliers du bâtiment.

. Comment expliquez-vous ce double rang ? |

—Par le fait qu'il y en a plus d’un sem

, blable dans la caverne, La montagne en-

fière doit être construite en ruche d'abeille, Vous voyez partout les traces du soulèvement de la couche des roches primitives. :

Ces roches, au lieu d’être à leur plice “ au fond de l’abime,” dans le voisinage immé-.

diat du feu central, ont jaillit de leur premier gite et se sont empillées 1es unes. sur les autres de manière à former cette montagne, Les crevasses, les solutions de con:

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tinuité vont de soi dans une organisation de cetté nature. Il n'y a qu'à retrouver les tenants et les abontissants des corridors et à ne pas s'y égarer une fois qu'on les æ trouvés. Constatons les dégats des visiteurs ignorants ou méchants qui ont allumédt feu, par exemple, et noirci à jamais les grottes les plus coquettes.

C'est honteux. Des sauvages en chtoltas “crampées ” et portant lorgnon salissenk en dix minutes les stalactites que les pierres ont formées goutte à goutte par concrétiom durant des siècles—de mème qu'il suffit d'une douzaine de coup de hache pour abattre un bel arbre dont les ramures et Iæ force sont le produit de cent ans de crois sance. |

. En dessons comme au dessus de ces étages l'aspect général se ressemble, avec ceci de particulier que la ressemblance revêt une infinité de tons et d'allures qui en brisen® la monotonie, si monotonie il peut y avoir èn ce lieu. Ni en haut ni en bas vous n'avez le cœur moins serré, le système nes-

veux plus calme, le sentiment de votre faëblesse moindre.

Avec deux cents picds de roc sur les épaules, on se trouve tout préparé à ces sôrtes de réflexions.

Nous voyez-vousen ce moment, -accrotipis onze ou douze personnes dans :uné ‘hambre de quinze pieds de diamètre sur trois et demi de haut ? À quoi pensez voris que nous estimions notre force humains ‘Æn un pareil lieu ?

Mais il faut sortir, on plutôt continuer fa descente. Rampons dehors. Prenez ce passage où, pour la première fo:s, je crois Téconnaître le basalte, roche noire volca.

nique, témoignage nouveau de la formaion plutonienne de la caverne. Les fentes vont hautes, assez larges ; on y circule D

J’aise.

Prenez garde ! Un précipice ! Un puits de quarante pieds s’ouvre sous vos pas. M.

Pélissier y a placé une échelle solide, à pie, bien membrée, néanmoins peu invitante, Sur vingt promeneurs, dix-huit se refusent à la descendre, Nous la descendons tous, pour prouver que nous sommes des braves ôt des savants.

Qu'est-ce que cela veut dire ? Le puits

— = ee "+

Chilioux roulés au-dessus de uos coiffures t

w’a pas de fond, ou plutôt il en a si peu que

. tien. Nous ne pourrons jamais nous y

tenir.

Attendez, voici Pélissier. En deux temps ettrois mouvements il à fait disparaître sa hougie, « : lui avec, par un repli du rocher ; nous le voyons descendre en trottinant sur une pente où les eaux ont dû tomb:r autrefois en cascades rageuses ; la plus légère inspection le démontre,

Nouvelles chambres, passages et corriders nouveaux. Ensuite un autre puits.

De: toutes les horreurs celle-ci est la plus belle, Il y a des pointes de cailloux blancs que huit hauteurs de baïonnettes ne pourraient pas imiter. Et pourtant il faut descendre. Notre réputation est à ce prix.

C'est six cents pieds que nous avons parcaurus ; présentement on nous permet dal lumer un cigare, à plus de cent cinquante pieds au-dessous du niveau de l'ouverture de la caverne, soit à quarante où cinquante pieds seulement au-dessus du lac extérieur.

Plus de deux cents piels de blocs de granit, de quartz, de pyrite, de calcaire, de

—Prenez un siége, dit Pélissier. C'est Ua pierré où se sont assises mes sœurs, qui @nt précédé ici lady Dufferin.

—Diante! vousles avez menées jusqu'ici

: —Il le fallait bien : ‘“ Ce que femme veut...” mais ce sont les seules qui aient fait connaissance avec ce ténébreux empire, comme on dit en poésie.

. —ÆEh bien, écrivons leurs noms sur un pillier ! à

… —Il me reste à vous montrer l'endroit où ÿe me suis arrêté dans mes perquisitions, .

reprend Pélissier, après cela nous remonferons. Frappez le sol du pied. (Cela résonne, n'est-ce pas ? C'est qu'il y a du vide en-dessous. J'ai voulu savoir si ce vide ne me conduirait pas, comme tant de fois dans mes recherches, à une galerie inférieure.

Savez-vous ce que j'ai rencontré ? L’abîme.

Wous êtes sur une voûte de cathédrale, et je. Fai percée. Rega:dez,

. Chacun regarde.…..où il pourra se cramponner en cas d'éboulis. Les aspérités ne:

manquant pas, la confiance renaît. Tout de même c'est précaire, pense t on.

—Qui, par ce trou, avec un fanal au bout.

d’une corde de cent pieds nous explorons le lac intérieur, celui qui recevait sans douteæ les eaux de la caverne avant la naissance de noire grand père Adam.

—Ce trou est fait au marteau. La rivière n’y a jamais passé.

—C'est moi qui l'ai ouvert, vous dis-je.

Reste à découvrir la route des eaux. D'um étage à l’autre nous y arriverons un jour.

J’y travaille depuis sept ans.

Ici nous interrompons visite et commen-

taires. Plusieurs jours sont indispensables pour tout voir et tout dire.

L'ascension commence. Tandis qué nous sommes dispersés partout, selon l’agilité deæ chacun, un bruit épouvantable éclate autour de nous. La trompette du jugement dernier devra avoir de ces notes terrifiantes. Dans l'air libre rien de pareil n’est connu.

Au fond des antres de la terre, parmi les roches et les détours de ces mystérieux cor ridors, l'effet d’un clairon sonnant le rappel est chose dont on n'a pas d'idée......même à& Ottawa.

Août 1876.

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