‹ Au coin du feu, histoire et fantaisie [microforme]Chapitre 20 sur 33 · KL · texte numérisé non relu

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Si parfois la note joyeuse se mêle aux commentaires qui nous échappent en lisant ces inconcevables récits, de telles erreurs ne laissent ps de nous causer une impresison pénible par la révélation si complète, si peu encourageante de ce que l'on débite sur notre compte, particulièrement en France, où notre souvenir ne devrait pas être perdu ou dénaturé à ce point, —quand ce ne serait que par respect pour notre fidélité aux traditions de l’ancienne mère-patrie. Les causes

les plus évidentes de ces erreurs sont de

trois sortes : celle qui provient du besoin que de tons temps ontéprouvé les voyageurs de raconter des sornettes sur les pays loin-

tains; celle qui a pour principe la folle ad-

miration dont l'Europe s’est éprise pour les Etats-Unis, et celle qui repose sur la parfaite ignorance que notre longue séparation du vieux pays de France a fait naître à notre sujet. À ces trois causes s’en rattachent naturellement encore plusieurs autres de

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moindre importance, qui, cependant, n’ont

pas peu contribué à nous faire ce que nous’ sommes aux yeux dés Européens, lesquels

n’ont jamais pu se persuader qu’en dehors de leur continent les rameaux des familles transplantées aient su retenir le ‘caractère propre à chacune d'elles ; il ne veulent voir dans le colon d'Amérique, :par exemple, «qu'un être nécessairement . dépourvu : dans æne certaine mesure .-de la valeur intellectuelle-et physique de ses ancêtres.

‘@ette ‘idée, ‘absurde au suprême ‘degré, ‘devrait, me dira-t-on, disparaître &evant Févidence des tfaits.

‘Qui, si les colonies étaient conntües de ‘Europe, mais'ellé ne le sont pas, ét le ‘Ca- ‘nada moins que les autres.

‘Pour ne parler que des derniers trois- ‘quartside siècle, les Français, Chateatibriand ‘en tête, ont popularisé un Canada imagi. naire, fermé par les glaces, éclairé par tes aurores boréäles, peitplé d'ours blancs, d'in: ‘dierrs et de rendrds bleus.

D'autre part, il est arrivé que notre longue ‘séparation de la France nous a privés de défenseurs pour réfuter ces contes et rè-

Te

mettre l'esprit public sur la bonne voie à notre égard. Qui ne dit mot consent, selon le proverbe. Un si profond silence devait servir à nous confondre, Cest ce qui est arrivé. |

Nous avons vu dans leur cabinet d'étude des savants de grande réputation des savants qui sont décorés, payés, honorés, r6vérés etqui, en somme, sont aussi peu clairvoyants que les petits crevés de tout à l'heure. :

Nous savons comment ils raisonnent sous le linon vert de leur abat-jour, pour parvenir à prouver que nous sommes des Sauvagés. Les uns disent blanc, les autres disent noir, au commencement,—ce qui ne les empêche pas de s’accorder en fin de compte. Ils s'accordent si bien que, après avoir lu leurs livres, on se dit avec un certain embarras dans l'esprit : ‘* Serait-il possible que nous fussion dégénérés? On le prouve, hélas ! Voilà des arguments irrésistibles—cest un enchaînement de raisons qui ne supportent pas l'ombre du doute ; c'est serré, profond; pensé, médité, travaillé, savani, pour tout dirs;—cela doit porter la

conviction partout......Il est bien malheureux que ce soit si creux et si faux!”

On comprend à peine la persistance que mettent certains voyageurs à fortifier ces | fausses impressions. Partis d'Europe avec

un plan de livre tout préparé, ils ne peu-

vent se décider à parler ou à écrire selon la vérité qui leur apparaît dans le cours du voyage. Ils prennent, par ci par là, quelques traits qui s'adaptent assez bien au plan arrété d'avance ; ils ferment résolument les yeux sur tout le reste. Je pourrais nommer plusieurs écrivains célèbres, — et M. de Tocqueville tout le premier, —qui ont travaillé, sans avoir l'air de s’en apercevoir, d’après cette synthèse à rebours.

Nous avons aussi, je crois, la permission de demander aux faiseurs de livres qui nous visitent, pourquoi ils ne fréquentent pas nos cercles élevés ou simplement instruits et pourquoi ils se plaisent pour la plupart à ne faire parler chez nous que les seuls

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gens du peuple, où ils rencontrent tant.bien que mal des ‘’nouveautés” qu'ils s’em-.

pressent de mettre sur le compte des Canadiôns en général. Ce n’est pas de la sorte que‘nous visitons:l’Europe.

Autre désagrément :

Le-musée, de: Versailles possède: depuis plus d’un. siècle: une: collection d'objets:

divers venant. des Indiens:du, Canada M.

Dussieux faisait remarquer récemment:

qu'elle a.servi à l'instruction,de quelques princes. français. La belle. instruction;..en.. vérité! Ces.bons princes. ignoreront. peut:

être toute leur vie que les arcs, les:.flèches,, les calumets et le colliers de. norcelaine sont aussi rares au Canada qu'à cent ar.

pents du musée de Versailles. Si encore on avait composé dans les autres musée de:

France un département canadien moderne,

. —WMais rien de tout cela n'existe. Quelqu'un

qui s’aviserait d’étaller près de cette collection sauvage le code civil du Bas-Canada,, une liasse de nos journaux, notre dernier.

recensement, et un certain nombre d'œuvres:

littéraires du crû canadien, passerait à coup sûr pour un mauvais plaisant, Ce n’ést'pas .

P : gi

de sitôt que le vrai Canada sera accepté en France. |

M. Dussieux s'est beaucoup, occupé de notre histoire, mais il ne paraît pas avoir “ vécu” longtemps à Québec après la mort de Montcalm...

Il ne faut pas s'arrêter au mot de ‘la mattresse de Louis XV, qui disait: ‘ Le Ganada est perdu; enfin le roi dormira tranquille ! ” fé

‘Nous n'avons pas dormi, nous, et nous espérons bien réveiller un peu nos parents éloïgnés qui n’attendent pas le retours de leurs gens.

Pauvre petite colonie, il ne reste pas même un souvenir de toi dans l'esprit des hommes éclairés de ton ancienne mèrepatrie! Monseigneur Dupanloup, dans ses lettres aux jeunes gens sur la haute éducation, leur conseille de lire l’histoire de la race française répandue dans tous les pays du monde. Les moindres comptoirs des colonies françaises y sont mentionnées. Pas un mot de l’histoire du Canada !

Et pourtant, nous sommes ici plus d'un.

million de Français qui n'avons pas perdu

le souvenir du vieux. pays et que cette indifférence attriste doublement, car nous possédons le respect des ancêtres et notre

histoire écrite ne serait déplacée dans la main de personne | ÿ

Le passage des zouaves sodion à tra.

vers la France, leur conduite admirable.

dans la dernière guerre üe Rome et les voix éloquentes qui se sont élevées de la chaire.

et de la tribune pour exalter ce nouveau peuple chrétien, révélé tout àcoupaux yeux de l'Europe oublieuse, n'imposent ni, le.

respect ni le sentiment fraternel si ordinaire. chez une même race, Les uns jugent qu'il.

est ‘eonvenable d'exploiter cette veine inattendue, et de nous faire poser pour la décrépitude, pour l’énervement, pour la saleté. devant ces pauvres sots de boulevardiers !

Les autres, tout surpris, se demandent, depuis des mois, où sont éclos ces Français qui ont si bonne poigne et qui tiennent à leur opinion ?

—Dans la province biffée de la carte de France par madame de Pompadour !

Cet article n’est qu’une ébauche, Il faudrait, pour le rendre intéressant, y traiter avec patience les points relatifs à la langue. que-nous parlons, au climat, à la constitu-.

tion physique et aux mœurs des Canadiens-

ngais.

À côté de l'ignorance qui nous. maltraite..

et:de l'oubli qui nous chagrine, il y a.des.

écrivains, en France et en Angleterre, dont.

les: ouvrages nous font plaisir à suivre. et, qui rachètent bien des impressions pénibles, Je.ne veux pas fermer ce livre sans les en.

remercier, tout en m'excusant de ne des

avoir pas cités

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