VISITE DE M. LE GOUVERNEUR GENERAL FUSCH A KISANTU
Dans les dortoirs, à l'infirmei'ie, dans les classes, armées de balais, elles entretiennent partout cette exquise propreté, qui fait l'admiration de tous ceux qui visitent l'établissement.
Le nombre des élèves internes varie beaucouj). En octobre 1904, il y en avait deux cent quarante-neuf à Kisantu et cinquante à Nlemfu.
Vers la fin de novembre 1903, à Bergeyck-Saint-Iguace, il y avait cinq cents filles, et Nlemfu en comptait cent!
Il y a aussi des externes : des jeunes veuves, des filles et des femmes des environs qui viennent se faire instruire. Habituellement, les Sœurs s'occupent de préparer au baj)tême cinquante ou soixante femmes. Pour les encourager
Internes et externes.
(i) Lettre de la Supérieure de Kisantu.
à venir aux instructions, les jours fie fête, on fait une distribution de prix aux plus assidues. Ces dames arrivent portant leur bébé campé à cheval sur la lianclie maternelle.
(c Nous avons, écrit une Sœur, distribué plus de trente petites robes, à la grande joie des mamans, mais non des mioches qui fc dél)attaieut et criaient à tue-tête, en se voyant habillés pour la première fois! »
Voyez-vous le tableau?... Ces chérubins noirs protestant aveit rage, et tâchant de faire comprendre, qu'en fait de parure, leur innocence leur suffit !...
Les pénitences Pour comj)léter cc quc nous avons dit de l'éducation en usage. flounécs aux uégrillonncs, il reste à dire un mot des pénitences que l'on impose aux délinquantes.
Sans doute, dame baguette a un rôle dans une colonie scolaire congolaise, au moins chez les garçons. Mais il va sans dire qu'on n'en use qu'avec modération. Il y a du reste d'autres punitions que les négrillons redoutent extrêmement. Ainsi ils sont très sensibles à tout ce qui regarde leur estomac... Aussi c'est par là qu'on les prend... Ah! ahl... vous ne voulez pas marcher droit, vous ne voulez pas travailler... C'est bon!... pas de sel demain!...
Puis il y al'amour propre, la vanité... Dans les cas graves on les humilie devant les autres!...
« L'autre jour, écrivait le Père Sadin, la Rév. Sœur Ignaiia de la Croix me prend à part au moment où je surveillais l'entrée de l'église. Elle me montre deux fillettes la corde au cou et un épi de maïs pendant sur le dos, et me demande de les humilier un peu devant les gamins : elles avaient volé ce maïs.
» Comme filles et garçons ne s'entendent que tout juste, divulguer leur larcin devant ces rivaux, c'était une grosse histoire.
» Je les mets donc à genoux devant la porte de l'église. Déjà en entrant, mes gamins regardaient en liant, avec des plaisanteries à la Noir!... Mais ce fut autre chose au sortir des prières. Ils se rangent en demi-cercle, et en avant la musique !...
LA PETITE MAXAXGUI A KISANTU
» Voulez-vous vous faire une idée du bruit?... Criez de toutes vos forces « Aaaaa! « eu battant légèrement les lèvres avec la main. Renforcez deux fois, parce que ça sort d'un gosier de nègre; puis deux cent cinquante fois, parce qu'il y avait deux cent cinquante gamins! Ajoutez-y quelques coups de sifflet et vous aurez une idée du cliahut!... Vous auriez dû voir les gamines filer un petit galop vers la maison des Sœurs ! »
Outre leurs travaux à domicile, les religieuses ont leur apostolat extérieur. Elles se sont en quelque sorte partagé les villages environnants. Elles y visitent les malades, les soignent, les préparent petit à petit au baptême. Un jour en faisant leur tournée, elles s'aperçoivent que la mort est proche. Alors, vite une dernière exhortation, puis leur petite main blanche verse sur le vieux front noir de l'agonisant, l'eau sainte qui purifiera sou âme.
A présent le pauvre nègre i^eut partir! le Ciel va s'ouvrir pour lui.
Et joyeuse, riante, la Sœur rentre à la colonie annoncer la bonne nouvelle aux autres.