CHAPITRE I
CE qu'est une ferme-chapelle
Installations. — La charité, l'œuvre des vieux timbres. — Prospérité. — Rôle du kapita. — Contrôle. — Les indigènes. — Zimbu.
ROP peu nombreux pour proi)ager rapidement la foi dans l'immense contrée qui leur a été confiée, — ils sont là seize prêtres, cinq scolastiques et onze frères coadjuteurs, en tout trente-deux hommes, pour un pays grand comme quatre fois la Belgique (2), — les missionnaires ont senti le besoin de multiplier leur action. Pour y arriver, ils ont imaginé le système des fermes-chapelles. C'est au Père Van Hencxthoven qu'est due l'idée de ce moyen d'évangélisation.
Quand, en 1893, le Recteur du Collège de Mons partit pour le Congo, il était atteint d'une maladie de la gorge, et d'aucuns disaient : il n'ira pas six mois là-bas !
Voilà treize ans qu'il travaille avec une inlassable activité. Pendant plus de huit ans, il a supporté la lourde charge du Sapériorat général de la Mission et acquis, par sa douceur et sa bonté, un incroyable ascendant sur les indigènes. Ces j^auvrçs nègres ont pour lui une vénération profonde.
(i) Voyez la carte de la Mission du Kwango. (2) Ibidem.
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Le Père Van Plencxtlioven, nous disait nii missionnaire, est un miracle vivant : il n'a plus que la peau sur les os et semble n'être soutenu que par la grâce de Dieu et l'énergie de son âme.
Qu'est donc une ferme-chapelle dans le système inventé par l'ancien Supérieur ?
De temps à autre, de Kisantu, de Wombali ou de quel-
qu'autre des six grands
l.A FERME-CHAPELLE DE KIXAN(;A
(anvers-xotre-da.me)
nstallations
postes, une caravane s'ébranle. Le missionnaire part pour aller fonder de nouveaux postes. Chargés d'outils et de l^rovisions, quelques jeunes gens l'accompagnent, jasant et discutant tout le long du chemin. Après un jour, deux jours de marche, on arrive dans un village indigène.
Ces bourgades congolaises ne sont jamais très peuplées : cent, cent cinquante, parfois deux ou trois cents habitants, logés dans des huttes cachées sous les grands arbres.
Dans le terr.iin concédé par le « mfnmu » (chef), on plante la croix, ]^nis : a A la besogne, mes enfants ! »
Avec quelques gamins du hameau, que l'on a confiés au miindele Nzambi (Blanc de Dieu), ou commence à défricher.
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Quelques jours de peine et le terrain est prêt, les semailles sont faites. On bâtit une chapelle en pisé, de grands cliimbeks-dortoirs, une ctable, puis le Pèie donne
LE R, p. VAN HENCXTHOVEN
ses derniers conseils au kapita, recommande à tous le travail, la piété, la docilité et s'ai:)prête à pousser* plus loin, ou bien à rentrer à la colonie-mcrc.
Désormais, c'est de l'activité et de l'intelligence du catéchiste que l'avenir du poste va dépendre.
Dans quelque temps, les colons i-ecevront quelques poules, des chèvres, des porcs : premiers éléments du futur troupeau.
La charité.
Comme il faut vivre en attendant les premières récoltes, c'est la colonie-mère qui ravitaille le nouvel établissement. Cet état de choses pcrdare environ dix-huit mois, car le manioc ne peut se récolter qu'après ce temps.
Les dépenses nécessitées par cet entretien — cadeaux aux chefs de villages; achats de bétail, de semences, d'instruments de travail; nouriiture des jeunes gens, — absorbent en grande partie l'argent donné par les fondateurs. Il faut environ 2,000 francs.
C'est la charité des donateurs qui permet ces dépenses. Tantôt ce sont des personnes généreuses qui, d'un seul
CHIMBEK EN CONSTRUCTION
coup, donnent la grosse somme nécessaire; tantôt sou par sou, l'on a réuni des fonds pour créer au Congo un village chrétien.
A.U grand séminaire de Liège est établie la magnifique œuvre des timbres qui, après quatorze ans d'existence, a donné aux missionnaires du Congo belge — Pères de Schent, Jésuites, Pères Blancs, etc., — la belle somme de 120,000 francs.
La même œuvre a été fondée au séminaire de Namur par
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les Amis des Missions, sous la direction de M. l'abbé Jules Petit(i). Grâce à rardeurdesséminaristes, l'œuvre grandit. Elle a déjà fondé maintes fermes-cliapelles. De plus, elle distribue annuellement de i,ooo à i,5oo francs, répartis entre les diverses congrégations de missionnaires.
A Namur encore, M. Boigelot, piofesseur laïque au collège Notre-Dame de la Paix, réunit chaque année des sommes im])ortantes par la vente des vieux timbres.
Au séminaire de Maliues, au séminaire de Bruges, au séminaire de Gand, au pensionnat des Sœurs de la Providence à Champion, partout on rivalise de zèle.
La charité est inventive : après les vieux timbres, ce sont les vieux journaux dont les séminaristes de Floreffe parviennent à tirer paiti.
Le chanoine Wilmolte eut l'idée de lancer une série d'appels dans la Semaine rcligiense de Namur.
Les souscriptions ouvertes ont produit jusqu'à présent 110,000 francs, c'est-à-dire cinquante-cinq fermes-chapelles.
Le Mouvement des Misf<ions catholiques au Congo, en huit ans, a recueilli Go, 000 francs !
Ah! que ceux qui se dévouent ainsi nous permettent de leur exiu'imer ici, au nom de tous les missionnaires du Congo belge, notre profonde gratitude.
Les chiffres sont éloquents et parlent bien haut; pourtant, ils ne disent pas les noms de ces jeunes séminaristes, de ces collégiens, de ces enfants dont le zèle n'a d'égal que la discrétion. Dieu leur tiendra compte de leur dévouement; tout ce que nous pourrions dire n'acquitterait pas notre dette de reconnaissance.
Pour les habitants des fermes-chapelles, les premiers prospérité. temps sont les plus durs. Il faut travailler et attendre longtemps les fruits de ses labeurs. Quand bananiers, riz, manioc, patates sont eu rapport, quand poules, chèvres et
(i) Plusieurs autres œuvres sont dues au zèle ingréiiieux de M. labbé Petit. Partout où il a passé, il a laissé, comme un gage de son active charité, une nouvelle œuvre eu faveur des missions.
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porcs se sont multipliés, le petit poste arrive ordinairement à se soutenir sans avoir recours aux générosités de la Mission-mère. Les jeunes colons ont alors plus de cœur à l'ouvrage. Bientôt la production dépasse leurs besoins. Dès lors, ils vendent aux indigènes, aux agents de l'État ou bien aux missionnaires et partagent entre enx les bénéfices. Ils possèdent, en effet, en commun, à la manière des Noirs, les terrains qu'ils exploitent, et tous les produits leur appartiennent, à tel point que, si les missionnaires dans leurs courses apostoliques viennent à passer par une ferme - chapelle, ils payent au kapitatout ce qu'ils consomment pendant leur séjour.