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FONDATION DES FERMES-CHAPELLES

Pourparlers. — L'argument décisif. — Sous la pluie. — A Kinkoko. — Sauvé par sa barbe. — Un terrible fume=cigare.

Nous avons dit ce qu'est une ferme-chapelle.

Comment le missionnaire s'y prend-il pour obtenir des chefs indigènes l'autorisation d'en établir dans leur village?

Il faut parfois user de diplomatie!

Si les tribus sont bien disposées pour les Blancs, le Pourparlers Père, en arrivant dans un hameau, demande le chef.

On commence ordinairement par lui répondre : « Le mfumu est absent.

— Bon!... alors j'attendrai!... »

Le chef finit par arriver.

— Mfumu, je voudrais établir une chapelle chez vous. Voulez-vous me céder un terrain et me confier quelques enfants?

— Pourquoi?

— Voilà : j'établirai ici nn garçon Xoir, un tel. 11 connaît bien la religion des Blancs, il l'apprendra aux enfants. Il enseignera les prières à tous ceux du village qui le dé.'^ireront, et, avec les garçons que vous nous donnerez, il fera de belles cultures... Eh bien, mfumu?... cela vous va t-il?

— Non!... je ne veux pas de Blancs chez moi!... Qu'ils aillent s'installer ailleurs!... je suis l'ami des Blancs, mais je ne tiens pas à les voir s'établir dans mon village !

— C'est dommage, mfumu, mon ami, c'est grand dom- Argument décisif mage pour vous!... J'avais pris avec moi de belles étoffes

et beaucoup de matabiches (cadeaux). Je voulais vous en

donner... mais puisque vous ne voulez pas de nous, j'irai les offi'ir à un autre chef i)lus malin... Bonjour!...

— Attendez, Mundele Nzambi, attendez; et voyons les cadeaux.

— Non! non!... c'est inutile, vous ne voulez pas de Blancs chez vous... Je pars.

— Kou!... restez... si vous avez des cadeaux... Ou pourrait peut-être s'arranger...

— Allons! soit... »

Et voilà le Père exhibant des pièces de calicot aux couleurs voyantes; et tout autour de lui, les Noirs qui admirent bruyamment, les négrillons qui poussent des cris de joie, et qui, pour témoigner de leur enthousiasme, se roulent par terre !

La discussion repiend. Le chef voudrait avoir tout... Enfin ajjrès de longs i^ourparlers, on finit par tomber d'accord.

Le mfumu reçoit des étoffes, des couteaux, des perles; il donne le terrain et quatre, cinq, dix enfants. Au&sitôt les installations commencent.

Cela ne va pas toujours aussi facilement, loin de là!... Certains chefs envoyant la prospérité des fermes-chapelles dans les villages voisins, les cadeaux qui ont été donnés à l'aristocatie du pays, supplient avec instances les Pères de s'établir chez eux. Puis quand on arrive... bonsoir!... ils n'en veulent plus !

Yoici comment le Père Prévers raconte la fondation de Sous la pluie Kiukoko :

« Je pars de Ndembo, le hindi à 6 h. 1/2, i^ar la fraîcheur. A une heure d'ici, j'avais déjà les membres inférieurs tout mouillés i^ar la losée. C'est frais, mais c'est aussi malsain qu'inévitable. Me voilà en outre assailli par la pluie. Et pas un abri!... Bien inutile ici le parapluie : A Kinkoko l'cau dévalc par cuvettes.

» Enfin à 11 heures, nous arrivons à Kinkoko, où les indigènes nous demandent depuis trois mois de venir nous établir. Pas une àme au village!

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M La faim est là pourtant,... faim congolaise, qui pour beaucoup est de la friugale.

» Enfin, on découvre et l'on m'amène, à moitié par force, un indigène.

» — Le chef du village, déclare-t-il, est au loin pour affaires; les habitants sont loin aussi pour les cultures et ne rentreront que le soir...

» — Dans ce cas, je vaism'iustaller sans la permission du propriétaire, dans le premier chimbek à ma convenance...

» Hélas!... le meilleur ne valait rien!... vraie banne percée de tous les côtés, laissant voir le ciel en maint endroit, avec force meurtrières, livrant passage au vent et à la pluie.

» Avec cela, des puces, d'insolentes punaises, des chiques, des moustiques... toute l'arche de Noé eu miniature!... Encore si la nuit on se reposait!...

» J'étais à Kinkoko depuis vingt-quatre heures, sans avoir avancé d'un pas dans la fondation du poste.

» Les chefs ne viendraient-ils pas?...

)) Ils vinrent enfin, les misérables, mais sans malafu (vin de palme), ce qui était mauvais signe, et n'apportant qu'une poule, et quelle poule!...

» Lorsqu'ils furent installés devant moi, je pris la parole pour leur exprimer mon désir de m'installer chez eux. Je leur dis le.s avantages de la présence du Blanc, etc.. Mon discours fini, ce fut leur tour!...

» — Mundele, réx)liqua leur porte-parole, nous vous donnons une poule en cadeau, mais c'est à condition que vous vous en retourniez à Ndembo ou que vous alliez plus loin... En tous cas, ne restez pas ici, nous ne voulons pas de vous!

» J'avais plus envie de rire que de me fâcher, tant ma position me semblait drôle! ..

» — C'est bien, dis-je, reprenez votre poule. On ne se joue pas ainsi du Blanc. Votre chef m'avait invité à venir ici. Si vous m'aviez bien accueilli, je vous aurais fait de beaux cadeaux. Les cadeaux resteront dans mon coffre !...

)•> Du coup les bous chefs devinrent pensifs et s'en retournèrent l'oreille basse.

» La nuit vint-elle leur porter conseil?... Le fait est que

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le lendemain, la procession revenait plus nombreuse que la veille : six ou sept chefs, suivis de leurs serfs apportant du malafu et... un bouc.

» — Ka diambii ko!... soit, me dit leur avocat; puisque le Blanc s'établit chez nous, nous sommes contents!... Qu'il reste, et voj^ons les conditions.

» Un euphémisme apparemment pour désigner les cadeaux.

» — C'est bien, leur dis-je, j'ai avec moi de belles couvertures, des étoffes, des couteaux solides. Mais... rien pour rien, mes bons amis! Vous, mfumu Ntongi, vous me donnerez deux chimbeks ; vous, mfumu Nsoti, vous me vendrez à bon compte de la chikwangue...

» J'eus, moyennant finance, tout ce que je voulus ; je restai six jours à Kinkoko, et lorsque je quittai, deux bous chimbeks se dressaient à l'entrée du bois, sous les palmiers et les safous. La basse-cour était commencée, un assez bon lot de terrain était planté de j)atates douces et de maïs. Quatre enfants de chefs formaient, avec deux anciens, l'embryon de la petite colonie. Et moi j'en étais quitte pour l'acompte d'une grosse fièvre. «

Quand un missionnaire a passé quelques jours dans un hameau indigène, il est presque toujours devenu l'ami du chef et de ses sujets.

La méfiance des premiers instants tombe quand ces pauvres nègres volent le Père causer et rire avec ses enfants, dire un mot amical ou plaisant à ceux qui viennent les voir travailler.

)) Deux sortes de gens ont nos préférences au sujet de nos petites fondations : d'abord ceux qui nous demandent avec inctance : cela se comijrend; puis ceux qui ne veulent pas entrer en relations amicales avec le Blanc. En nous fixant chez ces derniers, nous rendons service à l'État, et nous nous débarrassons de nos ennemis en en faisant nos amis.

» Car ces pauvres gens, une fois qu'ils nous ont vus de

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près, deviennent généralement nos plus cliauds partisans (i). »

Cela n'empêche qu'en se rendant chez ces sauvages, les Pères sont parfois exposés à de sérieux dangers. Un jour, le Père Prévers se trouvait chez une peuplade très féroce.

Une bande de vauriens noirs manifestait clairement l'intention de se débarrasser de ce Blanc qui n'avait jDas d'armes. Le Père les laisse s'assembler devant la hutte qu'il occupait, puis, tout à coup, il sort d'un air furieux et passant sa main sous sa grande barbe, il en relève brusquement les poils devant sa bouche. A la vue de ces yeux noirs terribles, de cette figure barbue et menaçante, les nègres pris de panique, hurlant et se bousculant, s'enfuient sans se retourner.

Sauvé par sa barbe.

Très superstitieux, '• — — — -

les sauvages païens le père de vos

s'imaginent que les

terribles Européens ont des nkisis ^talismans) plus puissants que leurs fétiches.

(i) Journal du Père Pré vers.

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l'n terrible fume ^cigare.

En se rendant dans l'Angola pour y acheter du bétail, le Père De Meulemeester avait à traverser une contrée peuplée de tribus hostiles.

Un jour, il s'arrête dans un village pour y loger. Les indigènes veulent le faire déguerpir. Le Père parlemente sans succès pendant bien longtemps. Soudain, sans y

prendre garde, il tire de sa poche un fume-cigare et, tout en discutant, le tourne et le retourne entre ses doigts.

Les nègres remarquent la chose : « Un nkisi!... »

s'écrient ils, et les voilà partis au grand galop...

Cette frayeur qu'inspire l'Européen a son utilité, mais aussi ses inconvénients. Souvent, dans les villages, l'annonce de l'approche d'un Blanc suffit à mettre en fuite tous les habitants qui vont se cacher dans la brousse. Généralement, après quelques heures, ils se risquent à se montrer et finissent par rentrer au hameau. Parfois pourtant, ils s'obstinent à rester cachés. Alors que faire ?...

Le Père ne peut fonder sa ferme-chapelle sans l'assentiment da chef, assentiment que celui-ci refuse parfois avec tant d'obstination, qu'on doit renoncer à l'espoir de s'établir chez lui.

Dans ce cas, il ne reste qu'à rentrer chez soi avec armes et bagages, ou bien à chercher ailleurs des indigènes moins poltrons ou plus accueillants. C'est ce qu'on fait !...

r,E PERE PREVERS ET SON TURC

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