‹ Au Congo et aux IndesChapitre 58 sur 114 · LA GROTTE DE NOTRE-DAME DE LOURDES A KÉGALLE · texte numérisé non relu

LA GROTTE DE NOTRE-DAME DE LOURDES A KÉGALLE

viennent baiser les mains, les pieds du crucifix, jettent de tous côtés à l'entour des pièces de monnaie, offrent cierges

— iG6 —

et cliandelles, si bien qu'un homme, placé là pour les recevoir, en a tant sur les bras en un clin d'œil qu'il est obligé de les jeter à terre x^our en recevoir encore et toujours (i). »

Les natifs ont une dévotion toute si)éciale à sainte Anne. La sainte Vierge aussi est aimée dans le diocèse; Kand}^ Halpatota, Kégalle ont leur petite grotte à l'Immaculée Conception.

Le Père Wallyn raconte comment il introduisit la dévotion au Sacré-Cœur à Ratnapura.

(c Le 3 janvier, c'était le i)i'emier vendredi du mois. J'envoyai la Abeille un des enfants cliez tous les chrétiens leur annoncer qu'il y aurait le lendemain messe à 8 heures et le soir salut en l'honneur du Sacré-Cœur, et les inviter à venir tous aux offices. Je voulus orner l'église ou du moins l'image du Sacré-Cœur; mais je n'avais en fait d'image de ce genre qu'un souvenir de i)remière messe. Je la plaçai dans un cadre autour duquel je roulai une pièce de tulle vert tendre, ayant servi de ceinture à l'un de mes chrétiens le jour de Noël; une autre j)ièce d'étoffe rouge, une ceinture également et deux petits vases contenant des fleurs, tous objets mendiés, complétèrent la décoration de l'image.

» Le matin, j'entendis deux confessions et donnai la communion à un jeune homme. Le premier résultat ne semblait pas brillant; mais le soir, au salut, ce fut autre chose ; la petite église était remplie; jamais je n'assistai à spectacle j)lus émouvant, jamais je ne vis pareil recueillement, surtout pendant la bénédiction. Les Tamouls prosternés sur le pavement, les Singhalais à genoux par terre, les mains jointes au-dessus de la tète, tous gardaient le plus religieux silence.

» Au moment où j'élevai le Saint Sacrement, le mouppou (2) fit soudain entendre sa voix, essayant de dominer

(i) La Semaiiie sainte à Kégalle, j)ar le Père Stache, S. J. {^Missions Belges, 1899, p. 227).

(2) La charge de mouppou est plutôt honorifique; elle équivaut à peu près à celle de président dune fabrique d'église.

par son chant le bruit de la sonnette et le tintement de la cloche suspendue à l'extérieur aux branches d'un arbre. « Remerciements, sacrifice, adoration et supi^lication M soient à jamais au très saint, sublime et divin sacrement )) de l'Eucharistie w, chantait le chef d'église d'un ton aigu <}t d'une voix tremblante; et le peuple entier répétait ces mômes paroles dans un murmure resj)ectueux. »

Douces heures qui payent largement des semaines d'efforts. Le prêtre est aimé d'ailleurs, aimé des enfants que iîhaque jour il catéchise, aimé des éi)oux dont il légitime l'union, aimé de ceux qu'il a réconciliés.

Voilà le cadre où le missionnaire j)asse sa vie, vie faite d'incertitudes et d'imprévus, où, à chaque heure, l'on doit être debout, les reins ceints, x^rêt à partir au moindre appel,... prêt à recevoir aussi un bouddhiste, un protestant parfois, qui vient frapper à la x^orte du presbytère, chercher le remède à ses doutes.

Nous ne savons rien de x^lus touchant que cette conver- uneconversio sion, racontée par le Père Schaefer.

Le missionnaire avait découvert à Madampa, non loin de la côte, les tristes restes d'une ancienne église catholique , mais dans les cœurs, tout vestige de la vraie foi avait disparu. Ai)rès avoir tenté, mais en vain, de ramener les habitants à la religion de leurs ancêtres, il quittait le village sans ])\ns d'espoir. « Mais le dimanche suivant, écrit le Père, étant à Balapitiya, station située à 8 kilomètres de Madampa, un Singhalais bien mis vint se jeter à mes pieds et me demanda avec instance le baptême. Quel ne fut pas mon étonnement, lorsque je reconnus en lui le maire de la « petite Venise » (i).

« Eh, lui dis-je, mon ami, qu'est-ce qui vous porte si soudainement à vouloir vous faire chrétien? Qu'est-il donc arrivé depuis ma visite au village ? »

» Sa réponse fut étonnante. « La nuit, dit-il, en songe.

(i) Xoin donné au village do Madampa, dont les habitations sont disséminées dans des îlots.

— iGc) —

un liomme d'aspect doux et vénérable m'est apparu et m'a commandé de me faire elirétien. Je n'ai d'abord pas fait grande attention, mais deux fois le même songe est revenu; alors j'ai eu peur et je suis venu ».

n Ceux, qui savent combien le missionnaire est exposé à tomber victime de vils exploiteurs qui abusent de sa bonne foi et tâchent de le tromper par de belles protestations, ne seront pas étonnés d'apprendre que l'histoire du songe n'eût guère suffi à me convaincre. Cependant comme l'impression que l'homme me fit était excellente, je le reçus avec bienveillance, l'intruisis avec soin et ne tardai pas à avoir des preuves évidentes de sa sincérité. Car dès que son dessein fut connu, il eut à supporter des persécutions sans nombre au village ; sa femme le menaça de le quitter s'il se faisait chrétien. Hien n'y fit, le brave catéchumène persista à demander le baptême.

» Je le lui conférai à Galle, où je l'avais fait venir pour la circonstance. Ce fut le jour de la fête du Saint-Rosaire ; il y eut messe pontificale, à laquelle le néophyte eut le bonheur d'assister sous le porche de la cathédrale.

» Après la messe et le baptême, comme je parcourais avec lui la grande nef, lui montrant les statues et les tableaux, soudain il s'arrêta et, étendant le bras vers un grand tableau du Sacré-Cœur, d'une voix vibrante il s'écria : « Qui est-ce là ? Oh ! dites-moi qui est-ce là ? car c'est lui qui m'a ajîparu en songe et m'a commandé de me^faire chrétien. » Et lorsque je lui eus dit qui c'était, il tomba à genoux et, les larmes aux yeux, il ne cessa de réj)éter : (c Jesu Toumani ! Jesu Toumani ! Mon Seigneur Jésus, mon Seigneur Jésus! » Depuis lors, j'ai baptisé ses sept enfants. »

Hélas ! Pourquoi sont-elles si rares ces visites? car les adultes renoncent difficilement à leurs erreurs. N'importe, on essaie, on persévère et quand l'un d'eux sort de l'église, régénéré dans les eaux du baptême, une joie pure éclaire l'âme du missionnaire ; la pauvre maisonnette, où il vit si seul, lui semble plus belle et plus belle sa vie, qui ouvre à une âme les trésors du Christ.

Les visites du district.

Chez les Singtialais.

Le bon pasteur n'attend pas au bercail le retour des brebis ; il part à leur recberclie. Le missionnaire parcourt les villages singlialais et les estâtes des i^auvres Tamouls.

Il quitte sa résidence, tantôt pour une visite régulière dans un coin de son district, tantôt sur les instances d'un village, d'une famille perdue dans la jungle, d'un mori-

Page 1