LE BIRU : TERRE DES CONVERSIONS
Statistiques. — Défections et retours. — Influence luthérienne.
statistiques. La terre des conversions ! Titre consolant, qui convient
bien à cette région du Biru qui se tourne vers l'Évangile et donne de si belles promesses au missionnaiie.
Le Biru comprend trois postes : Kurdeg, Rengarih et SamtoUi.
Or, d'après les statistiques]de igoS :
Kurdeg compte i,552 chrétiens baptisés et 7,090 catéchumènes. Rengarih » 976 » » 9,C>io »
Samtolli « 6G1 » » 8,049 »
Ainsi donc, au total, 3, 000 baptisés et 25, 000 catéchumènes.
En un an, dans le poste de Samtolli, le nombre des
catéchumènes a plus que doublé : 3,5oo en août 1904, ils montaient à 8,o4<j l'année suivante.
Pour soutenir et former ce peuple de néophytes, croyezvous qu'on dispose de nombreux missionnaires? Ils sont six à se partager la lourde tâche.
L'un d'eux, le Père De Grx'^se, écrivait de Kurdeg le 26 mai 1905 : « L'école continue à marcher splendidement, et plus de trois cents jeunes gens sont arrivés. Facilement nous aurions de 260 à 3oo lilles, si nous avions ici trois Sœurs européennes et trois Sœurs indigènes. A tout prix je veux y parvenir. J'ai parlé de mes projets à Monseigneur qui les a chaudement approuvés. « Mais, a-t-il ajouté, je » ne puis jias vous aider; je n'ai pas les ressources. » Cette œuvre demanderait 20,000 francs. Grâce à elle, les filles de l'ouest du Biru, de la moitié du Gangpur et, plus tard, du Jashpuf, viendront s'instruire à Kurdeg. Je ne désespère pas. Il faut au missionnaire une confiance sans bornes. Deus providebit.
» J'ai demandé une entrevue au rajah de l'Etat de Jashpur et il a agréé. Je j^artirai donc en ambassade, dimanche 2 avril, pour arriver à la cour du rajah le 4 avril. S'il n'est pas trop hostile, j'entreprendrai immédiatement le Jashpur. Il y a là 48,000 Ouraons encore païens et qui désirent se convertir. »
Un autre missionnaire, le Père Van Robays (i), qui occupe le point important deSamtolli, nous renseigne bien
(i) « Le Père Edouard Yan Robays, écrit un de ses anciens élèves, est né il Ecfïliem (Flandre Occidentale). Il était entré dans le clergé séculier. II professa pondant plusieurs années au Collège Saint- Louis de Bruges. Son influence sur les élèves était grande; ses anciens collègues ont gardé de lui le souvenir d'un vaillant prêtre ayant cette humeur gaie qui convient si bien au tempérament du vrai mis>ionii;ni"e. Sa fermeté d'âme, servie par une complexion robuste, s'alliait à une grande bonté. Quand il déclara qu'il entrait dans la Compagnie pour suivre un appel déjà ancien qui l'attirait aux missions, personne ne fut surpris de cette généreuse résolution qui cadrait si bien avec son caractère. Deux ans après son entrée au noviciat, en novembre i8o4' i' s'embarquait i)our les Indes, promettant dèlre un jour un digne émule du regretté l'ère Lievens.»
II tient ses promesses.
et retours.
sur la situation pleine d'avenir des missions catholiques au Birii. Si des difficultés et des peines assaillent les apôtres, des espérances et des joies les dédommagent avec usure. Xous transcrivons presque en eniier cette lettre qui date de 1904. Depuis lors, d'immenses progrès ont été réalisés.
« C'est dans le district de Samtolli que nos Pères, et Défections principalement le regretté Père Lievens, ont fait leurs premières conversions au Biru. Ou serait donc naturellement porté à croire que c'est ici qu'on trouvera le plus grand nombre de chrétiens. Tel serait le cas si on avait pu, comme on l'espérait, ouvrir cette station aussitôt après l'arrivée des premiers missionnaires; mais on n'avait alors ni les hommes ni les moyens nécessaires. Par contre, les luthériens avaient déjà une station établie ici; ils avaient ainsi sur nous un immense avantage dont ils n'ont pas négligé de tirer profit.
» Le missionnaire catholique, chargé de ce district, en était éloigné de plus de 10 lieues. Comme il avait à prendre soin des chrétiens qui se trouvaient autour de lui, il ne pouvait visiter ceux du Biru qu'une fois par an. Ce qui était à prévoir est arrivé. Un grand nombre de catéchumènes se voyant en quelque sorte abandonnés et ne possédant qu'une instruction insuffisante, sont devenus une proie facile à l'hérésie. Quelques-uns out vaillamment résisté jusqu'au bout sans jamais chanceler; les chrétiens de Samtolli sont de ce nombre. D'autres ont tenu bon pendant des années; mais, las d'attendre et tous les jours en butte aux vexations des zémiudars oppresseurs, ils ont cherché autour d'eux l'assistance que nous ne pouvions ijas leur donner efficacement de si loin. Maintenant la honte d'avoir abandonné l'Eglise ainsi que les obligations parfois très onéreuses qu'ils ont contractées vis-à-vis des protestants, les empêchent de revenir à nous. Pour la même raison, le beau mouvement de conversions, que nos premiers missionnaires avaient su créer, a servi à fournir des adeptes aux luthériens qui étaient sur place jjour recevoir les adhésions. Les gens, encore incapables de distinguer entre christianisme et christianisme, se sont laissés enrôler. Le plus grand nombre voit maintenant
Influence luthérienne.
qu'on les a trompés et que leurs espérances ont été frustrées. Beaucoup nous sont revenus ces deux dernières années. Quant à ceux qui ne nous connaissent pas encore, ils se disent que si le cliristianisme n'a que cela à leur offrir, autant vaut l'abandonner. Quelques-uns restent chrétiens de nom pour des raisons d'argent ; d'autres retournent au paganisme ou deviennent indifférents. Ce ne sera qu'après nous avoir vus à l'œuvre pendant quelques années ou quand ils seront dans une situation particulièrement difficile, qu'ils songeront à se convertir.
» Bien des fois, j'ai entendu faire la remarque, que les luthériens ont, bien plus que les anglicans, le secret de dominer et de tourner à leur gi-é les esprits de leurs adhérents, de sorte qu'un luthérien converti ne sera jamais ou presque jamais un bon catholique. L'expérience m'a ai)i)ris la justesse de cette remarque. Les luthéi'icns savent, eu effet, inculquer à leurs convertis quelque chose de cet esprit d'orgueil, d'opposition et d'obstination qui distinguait leur fondateur.
)) Les conversions du luthéranisme au catholicisme sontplus difficiles, moins stables et au fond généralement moins sincères. Or, quand nos missionnaires commencèrent à évangéliser ce district, un grand nombre d'indigènes et généralement les meilleurs étaient déjà luthériens, et les ministres de l'hérésie avaient eu le champ libre pour assujettir et profondément « luthéraniser )> les esprits.
PliTITS SAUVAGliS
» Cet empire que les luthériens exercent sur l'esprit de leurs adhérents est d'ailleurs favorisé par l'organisation même de leur administration. Sitôt qu'un village a embrassé leur doctrine, ils y établissent un maître d'école, et si le village est de quelque importnnce, à côté du maître, il y aura un catéchiste proprement dit. Là où nous employons un homme, ils en emploient deux, trois et même quatre.
» Ils peuvent ainsi caser nombre de] leurs anciens élèves, trop instruits pour conduire la charrue.
Cependant cette tactique a un autre résultat non moins imiDortant.
En effet, au bout de peu de temps, si le maître d'école a quelque savoir-faire, il prendra de l'ascendant, il sera le chef et souvent le dominateur du village. Il instruit les enfants
qui, dès leur jeune âge, aijprennent à le respecter ou du moins à le craindre. Si, à côté du maître d'école, il y a un catéchiste, les deux sauront certainement faire marcher cette bande de timides indigènes. Ils monteront la garde jour et nuit, et les pauvres villageois trouveront à peine l'occasion de se concerter pour venir à nous. Tout a-u plus, l'un ou l'autre pourra s'échapper j^our aller furtivement voir le missionnaire catholique, qui les délivrera de leur servitude. L'an dernier, quand leurs chrétiens semblaient vouloir se lever en masse pour venir chez nous, une centaine de catéchistes du Chota Nagpore reçurent l'ordre d'aller au Biru, afin d'arrêter le mouvement j)ar persuasion et intimidation. Il est possible qu'ils