‹ Au Congo et aux IndesChapitre 57 sur 113 · COOLIE TAMOUL · texte numérisé non relu

COOLIE TAMOUL

Scène de famille. Lc Siuglialais de la junglc a des mœurs très primitives : dans les campagnes^ abondent les petites scènes de famille

(i) Lettre du Père Wallyu {Missions Belges, 1900, p. 175).

qui clioqueraieut notre délicatesse euroi^éemie. « Où j’admire le Singlialais », écrit le Père Gille, « c’est quand, — je ne sais trop comment le dire proprement — c’est quand il

MUSULMAN ÜE LA CÙ 1 E

extrait les parasites de la tête d’uu autre. Il n’a qu’à s’asseoir et un membre de la famille, le iiremier venu, s’assiéra derrière lui, pour examiner ses mèelies et y iioursuivre tout ce qui paraît vivant. Ceei est quotidien, universel. Si les singes l’ont appris des Singlialais, ou ceux-ci des singes, je n’en sais rien, mais c’est un devoir de famille. Et c’est ainsi (pi’on voit parfois le père éplucliant la tête de sa femme, celle-ci de son aîné, celui-ci de son puîné, ainsi jusqu’au bas de l’éclielle généalogique, tous accroupis eu ligne, le cadet excepté qui de ses grands yeux examine toute la scène. Et, chose curieuse, ils ne tueront que difficilement un animal, quelque i)ctit qu’il soit et d’où qu’il vienne. Ainsi, dans le nettoyage de la tête, l’intrus est déli-

catement déposé à terre à

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distance, sans (pi’aucun mal lui soit fait. 11 y a peut-être l’âme d’une grand’mère là-dedans! La métenqisyeose est uii(“ doetrim* excessivement avantageuse ])our les bêtes. »

Uien n’(‘st engageant, de ])rime abord, (*omme le visage régiiliiu’ (d doux, les manières jiolies et affables du Singlialais; ne vous fiez pas trop à scs dehors sédui.sants.

Caractère.

Il est paresseux, indolent, d’une lenteur et d’une insoueianee rares. Promettre lui coûte peu, mais tenir sa parole !

Aux appels du missionnaire, à ses demandes légitimes, il a toujours réponse : « Demain,... je vais y penser. » L’honnêteté, s’il fallait en juger d’après les i)rocédés indigènes, serait chose éminemment relative; le respect pour le prêtre et la protection qu’on lui accorde se concilient parfaitement avec une petite tentative de vol. « Dans l’espace de quelques jours », raconte le Père Staehe, « on me déroba les chaises de mon école, l’argent de ma sacristie, les fruits de mon modeste jardin, et on me nettoya proprement l’intérieur d’un tiroir. »

Le plus candide manie le mensonge avec un naturel inconcevable; sans motif aucun, il grossit, exagère, voire même, de toutes pièces, forge des histoires. C’est encore le Père Staehe qui parle. « Un cuisinier, récemment entré à notre service, me conta le jour de son arrivée la mort d(i sa femme dans les plus menus détails. Je le consolai de mon mieux. Trois mois après, je lui demandai s’il se remettait un peu. Non, la blessure était au cœur et il me refit le même récit, concordant en tous points avec le premier. Au retour d’un congé qu’il m’avait demandé, quelle ne fut ])as ma surprise d’apprendre qu’il était allé voir sa femme! Je l’interrogeai, il m’avoua son mensonge sans pouvoir m’en expliquer les raisons. »

Avec cela, fier et d’une vanité parfaitement inconsciente. Le triomphe japonais devient son triomphe. « Cela s’impose. D’abord le Japonais est Asiatique et le Singhalais aussi, donc... Puis le Japonais est bouddhiste, et beaucoup de Singhalais aussi, donc... Puis la couleur noire est supérieure au blanc, car les Singhalais n’ont du blanc que sous la plante des pieds, tandis ([ue l’Européen a le noir dans la prunelle de l’œil, donc... La guei're <lu Japon n’est qu’une guerre de religion; c’est Bouddha qui lutte contre le dieu blanc et en triomphe. Vola ce dont les Asiatiques sont capables; il leur suffit de ])rendre en main les armes européennes pour montrer leur supériorité sur le blanc (i). )>

(n Lettre du Père Gille (Missions Belges, i<)o5, j). 444)-

Au fond, à gauche, un Tamoul

.Il.UN'ES SIXCIIAI.AIS

Pourtant, le natif est bon, charitable, hospitalier, et révèle parfois des délicatesses qui touchent et étonnent. Il sait aimer, ses enfants surtout; cet amour aura des manifestations, que nous ne concevons pas, mais enfin... Ces charmants petits êtres sont chargés de bracelets et de colliers ; le lobe de l’oreille s’allonge démesurément sous le poids de six ou sept bijoux.

Bien vite, chez cet enfant gâté, se révèlent tous les penchants de la race ; il insulte sa mère, fré(]uente l’école quand cela lui plaît, meut et calomnie avec candeur.

Un petit garçon aperçoit un jour un Père, se promenant un volume à la main. xVvee une hardiesse et une grâce toute singhalaise : « Swami, dit-il, je voudrais bien ce livi'e. — Mais, rei)rend le missionnaire, tu n’es pas en âge de lire. — Oh! si, swami, fait l’enfant, je sais bien lire. » La réponse avait jailli si naturelle, il y avait si peu de malice dans les deux yeux gentiment levés vers le prêtre, qu’on aurait eu mauvaise grâce à douter. Mais quelques années en pays singhalais rendent i)rudent. « Eh bien! lis. » Et du regard suivant le texte, de son doigt soulignant ehaque mot, le gamin lut : « Au nom du Père, et du Eils, et du Saint-Esprit, w Ce qui était écrit, je l’ai oublié, mais je sais bien que e’était tout auti’e chose (i).

L’Evangile du Christ rencontre à Cejdan de sérieux adversaires.

Sans parler de l’irréductibilité quasi absolue des musulmans, de l’antagonisme souvent acharné des sectes i)i‘otestantes, le grand ennemi, e’est le bouddhisme.

Les missionnaires, en effet, ont affaire non à des sauvages dégradés, livrés à quehxues pratiques superstitieuses et incohérentes, mais à un peu])le en xmssession d’une religion ancienne, puissante, ancrée dans les cœurs.

(i) Nous nous contentons d’esquisser ici à grands traits la i)hysionomie du Singhalais. A ceux qui désireraient de ]>lus amples détails, nous recommandons le livre intitulé //e de Ceylan, par J. vau der Aa. S. .I.,2C édition, Bruxelles, Ch. Bulens, éditeur.

Le Père van der Aa est protesseur de théologie au Séminaire indien de Kaiidy.

Religions.

Le bouddhisme .

so.riü nv viKKiiioH

A qui veut sc faire une juste idée du bouddhisme siiiglialais, il est indispensable de distinguer le bouddliisme scientil'i(xue,tliéoriquc, du bouddhisme xn-ati(xue. Le bouddhisme scieutificxue de Ceylan est uu sj^stème organisé, ayant ses livres sacrés, ses dogmes, sa morale et son ascétisme.

Les beautés de son code fameux sont éclix)sées x)in’ des histoires x^iériles, des trivialités grotescxues et de révoltantes obscénités.

Uejetant Dieu et l’ânie, il x’i’ofesse x^ourtant x>îii‘ ime étrange subtilité une sorte de niétenix>sycose. Jamais un bouddhiste ne casse un œuf, ne tue un animal, fût-ce le serxmnt le x)lus venimeux; le soir, eu étendant sa natte sur le sol, il x^i’cnd grand soin de ne x^as écraser de fourmis; à ses jours de ferveur, il marchera dans les rues avec x^r<^*caution... S’il allait x^oser le x^ied sur un insecte!

La fin la xûus élevée fxa’il x^i’^x^iose à l’homme, c’est le Nirvana, — l’annihilation de l’individu — où ne x)cuvcnt guère asx>irer (xue les moines; aux autres, aux imx)arfaits, est laissé l’esx)oir d’un séjour de délices x>his ou moins élevées. Si x>ar un surcroît de mérites, ils renaissent dans l’état de vie x^arfaite, le Nirvana leur est alors ouvert au terme de leur seconde existence.

La morale, magnificxue dans ses x>i'écex)tcs, mamxue de fondement; sans Dieu et sans âme, le vice n’est x>lus uu mal moral, mais seulement une chose nuisible, à éviter X)arce qu’elle x^i'ive du néant et condamne à une vie d’animal, de fantôme ou de damné.

Le bonze — le moine bouddhiste — médite sur les x)aroles du maître. Bouddha, et mendie sa nourriture. Rien de x)his déx)rimaut que cette vie, x>assée dans la contenq)lation rêveuse, obsédante, des x^eines et des afflictions d’ici-bas, dans le désir morbide de voir ce misérable « moi » s’éteindre dans le néant (i).

(i) On pai-le beaucouxi actuellement du bouddliisme. Xous n'entendons en donner ici qu'une idée générale et voulons seulement montrer ce qu'il est en réalité à Ceylan. Nous l'ésumons les données d'un missionnaire, le Père Schaefer, qui eu étudiant cette religion surplace, en consultant les livres bouddhistes, en interrogeant les moines, est arrivé à des conclusions qui sont moins favorables (juc celles de certains écrivains.

l’IillTRE BOUDDHISTE

Lo bouddhisme praticxue, tel ciu’il existe aujourd’hui à Ceylau, contraste singulièrement avec la doctrine du fondateur; en fait, plus que Bouddha i)eut-ètre, c’est le démon qu’on adore sous la forme d’un serpent ou dans d’horribles rei)résentations; à l’attente sombre du nirvana a succédé chez les moines mêmes le désir d’un ciel. Ces prêtres, (lui, drapés dans leur longue robe jaune, l’éventail à la main, s’arrêtent modestement sur le seuil des maisons pour demander l’aumône, i)assent pour les plus grands paresseux du monde ; sous leurs yeux régnent dans le peuple la polygamie et la polj'andrie ; les beaux préceptes de charité n’empéehcnt pas les lois des castes et les querelles (xui se terminent dans le sang.

Tristes ténèbres (lui retiennent loin de la vraie lumière 1,700,000 Singhalais!

Et Bouddha a ses cortèges, ses offrandes, ses lieux de pèlerinages, ses tenqiles somptueux. Au sommet du fameux Pic d'Adam, un sanctuaire garde l’empreinte de son pied; Kandy expose à la vénération sa prétendue dent et Anui-adhai)ura, la cité morte» du nord, possède un arbre sacré vénéré des pèlerins.

Voilà le culte ([ue, durant des siècles, les anciens missionnaires ont travaillé à détruire; c’est à lui que vont se heurter encore les Jésuites belges (pii partent en iSgS pour travailler dans la mission de Galle.

Ils sont cinq contre des milliers de bonzes, mais cinq hommes de Dieu forts de son appel et confiants dans sa ;grâce.

KNIKLE d'un TKMI-I.E UE liOUUUIlA A CEVI AN

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