CHAPITRE II
LE PAYS ET l’œuvre
« Des hautes régions de l’IIimalaya, le regard découvre les plaines du Bengale arrosées par le Gange. Avec sa sujperhe végétation orientale et sa resplendissante lumière, ce pays est un des plus ravissants du monde. Mais dans ces belles plaines, sous ce ciel bleu, au milieu de cette magnifique nature, rien, hélas! qui parle du Dieu qui a créé ces merveilles. Tout le paysage est païen; des idoles, des pagodes, des mosquées, des drapeaux de prière flottant suites cabanes des bouddhistes, voilà ce que l’œil y rencontre. Ah! quels contrastes avec les vieux souvenirs de Belgique (i). » Cependant, dans ce champ si vaste s’étend peu à peu l’œuvre d’évangélisation entreprise pour la gloire de Dieu.
Au milieu des populations si variées du Bengale, les ouvriers apostoliques ont dû. se faire tout à tous. L’Européen de Calcutta aussi bien que l’aborigène de l’Orissa et du Chota Nagpore, les classes intelligentes et cultivées de la haute société hindoue, et le pauvre Bengali des Sunderbunds, sont devenus l’objet de leur ministère. Educateurs et savants dans la capitale, missionnaires laborieux chez les populations gi’ossières de l’intérieur, que leur tâche soit brillante ou cachée, ils l’accomplissent du même cœur, heureux de s’immoler pour Dieu et les âmes, vaillamment!
Quand, en iSSq, les Jésuites belges débarquèrent à Calcutta pour desservir la mission du Bengale, cette
(i) Les citations indiquées dans les pages qui suivent sont prises dans les lettres des missionnaires et parfois dans la brochure Mission du Bengale occidental. (Bruxelles, Soc. belge de librairie, iS^c.)
MONSEIGNEUR GOETIIAES
immense province comptait quelques milliers de catholiques, groupés dans la capitale et dans les environs. Aujourd’hui cent soixante missionnaires — nous ne comptons pas les vingt-cinq jeunes religieux qui se préparent au sacerdoce — desservent les paroisses d’une grande ville, dirigent deux collèges peuplés d’un millier d’élèves et ont fait pénétrer les rayons de l’Evangile dans près de deux mille villages indigènes.
Deux hommes surtout ont contribué à ce magnifique développement : le Père Constant Lievens, dont nous reparlerons plus loin, et S. G. Mgr Paul Goethals, S. J., premier archevêque de Calcutta. Par sa haute sagesse, sa bonté, sa générosité, la remarquable élévation de son intelligence et de son caractère, cet illustre prélat fut, durant les quinze années qu’il occupa le siège archiépiscopal (1886-1901), une des plus hautes personnalités de la capitale de l’empire des Indes.