LE PÈRE CARDON
.Missionnaire à Rengarih
Une dés- principales caractéristiques de la Mission du Chota Xagpore est le mouvement extraordinaire des conversions en masse. Il fut provoqué par l’appui que les Kôles trouvèrent dans le missionnaire contre ceux qui les opprimaient.
Le Kôle, essentiellement agriculteur, est très attaché à son petit lopin de terre; jadis il était propriétaire des terrains qu’il cultivait et jouissait d’une grande prospérité.
Visite
des villages.
Les ca échistes
Situation des Kôles
Ce fut même la richesse du pays qui attira du Behar et do Bengale nombre de commerçants hindous auxquels se joignirent les émigrants de toutes sortes amenés par la domination anglaise. Tout le Chota Nagpore eu fut couvert, et
s. G. MONSEIGNEUR MEULEMAN Archevêque de Calcutta
par ruse ou par fraude, ces étrangers eurent vite fait de tromper la bonne foi et l’ignorance des aborigènes, qui sans trop savoir comment perdirent la propriété de leurs terres et passèrent à une espèce de servage.
L’Hindou astucieux et habile pressure le pauvre Kôle, et à coup de procès injustes, il finit par le réduire à la misère. Voici à peu près comment les choses se passent : Le rajtih^ en tant que zéinindar (grand propriétaire foncier), perçoit la rente des terres comprises dans son domaine; elles
forment son revenu, défalcation faite de la somme payable au gouvernement britannique. Les rentes sont per^ue.s par les agents du rajah, les « talinadars », soit directement des cultivateurs ou du chef du village, soit par intermédiaire, quand le village est affermé.
Or, pour le malheur des indigènes, la plupart des villages sont affermés à des collecteurs de rentes, inankis, thikédars {thika, bail; dar, locataire) qui, individuellement ou bien constitués en sociétés, achètent les villages en i)a3'ant une somme hors de proportion avec leur rapport réel ; ils reçoivent en retour le droit de toucher les rentes et de cultiver les terres réservées aux zémindars. Pour tirer profit de ce marché il faudra pressurer l’indigène. Par fraude ou violence, on lui fera pajmr le double ou le triple de l’impôt légal : il suffit pour cela de ne pas délivrer de reçu ; on le soumettra à des corvées arbitraires et même, sous un prétexte quelconque, ou le déi^ossédera de ses terres.
Mais pourquoi l’indigène ne résiste-t-il pas à ces procédés ?
Il a qu’un moj-en de résistance : aller en justice. Or, l)Our les villageois laissés à eux-mêmes, le procès c’est la ruine, souvent même la prison.
Le Père Lievens le premier, et après lui les autres missionnaires prirent en main la cause des oi:>primés et, devant Injustice anglaise, toujours admirablement impartiale, ils les aidèrent à triompher.
De plus, lorsque, en 1897 et en 1900, de terribles famines sévirent aux Indes, les missionnaires purent donner du riz aux malheureux qui mouraient de faim ; car, les bienfaiteurs de Belgique euvo^’èrent leur or là-bas sans compter.
Le Kôle, bon et sensible au bienfait, trouvant dans le missionnaire un protecteur et un sauveur, commença par aimer le prêtre et l’amour du prêtre l’achemina peu à peu à l’amour de la religion. Aussi, depuis vingt ans, l’histoire de la mission n’est qu’une série de bulletins de victoire.
Quand, en 1884, Mgr Goethals venait visiter les missionnaires du Chota Nagpore et demandait : « Père, où sont
Intervention des missionnaires
vos clil'étieus ? » on lui indiquait une famille ici, deux familles là-bas. Quelle différence quand, en 1899, le prélat fit sa dernière visite pastorale et combien son âme dut tressaillir d’une sainte joie à la vue du bien réalisé, uernière visite Parti de Rauclii le 8 février. Monseigneur visite Kbunti, de Mgr Goethais. q'orpa, ct le i3 SC rcud à Noatolli. Enfants de l’école et chrétiens en groupes nombreux étaient venus à la rencontre de l’archevêque ; ils l’attendaient an bord de la Koel. Le char de Monseigneur arrive; sur un signe du missionnaire, une centaine de Kôles descendent dans la rivière, poussent le char sur le sable amoncelé et l’amèneut
RÉCEPTION DE MONSEIGNEUR MEUI.EMAN
triomphalement à l’autre bord, où le pasteur bénit ses enfants prosternés à ses pieds.
La foule se relève, crie, saute; on bi-andit des drapeaux, les tambours battent, c’est un enthousiasme indescriptible. Le soir, illuminations et danses guerrières exécutées par les jeunes gens au son des tambours.
Les jours suivants, à Panari et au Kansir, même récei)tion enthousiaste. Restait une étape à faire, celle de Katkahi, poste principal du Barv ay.
« Vraiment, écrit le R. P. Banckaert qui accompagnait, j’ai trop l’expérience de l’Inde pour me laisser séduire par un enthousiasme irréfléchi, mais je puis dire que ce que nous avons constaté dans le Barway surpasse tout ce que nous aurions lui espérer.
» Notre cortège se grossissait à l’approche de chaque village; à tout instant le char se trouvait arrêté, car les nouveaux venus se ijrosteruaient au milieu du chemin pour recevoir la bénédiction épiscopale. Et tout ce monde était bien décidé à passer la nuit sous les arbres autour de la station de Katkahi. Des marmots étaient perchés sur les hanches de leur maman ou sur les épaules de leur père. Les hommes portaient sur la tête et les femmes sur le dos toute la batterie de cuisine, deux x^ots de cuivre, du riz jiour le relias du soir et du lendemain, et des couvertures j)Our la nuit.
» On nous attendait à une lieue de Katkahi; nous ne vîmes d’abord qu’une sorte de vaste iiax^x^e blanche, mais bientôt nous distingâmes les dra^jeaux, c’était une i30i)ulatiou entière qui nous faisait accueil au roulement des tambours. Il y avait là au moins de 6 à 7,000 x>ersonnes. Quand Monseigneur les bénit, j’étais si ému à ce grandiose spectacle que je n’aurais su j^roférer une i^arole, les larmes me montaient aux yeux.
» Mon Dieu! x^ensais-je, voilà votre œuvre. Et ce sont nos dévoués missionnaires que vous avez choisis x^^ur l’accomx)lir, ce sont nos bienfaiteurs de Belgique qui nous ont fourni les moyens de réaliser cette régénération chrétienne. »
Quand le nouveau titulaire de l’archevêché de Calcutta, Mgr Brice Meuleman, vint à son tour visiter ses enfants du Chota Nagpore eu igoS, il fut reçu comme un roi. Partout 800 à 1,000 catholiques lui faisaient escorte. Les chrétiens de Bissi raccomx)agnèrent jusqu’à mi-route de Chiseya, ceux de Chiseya le menèrent à leur village et lui
Mgr Meuleman.
firent ensuite escorte jusqu’à mi-chemin de Natawel et ceux de Natawel vinrent le trouver là pour le conduire à leur village, puis jusqu’aux limites du district.
Le Frère De Loose, qui accompagnait l’archevêque dans cette marche triomphale à travers ces ferventes chrétientés, nous dit qu’il eu gardei'a toute sa vie un impérissable souvenir. « C’était vraiment, dit-il, un père reçu par ses enfants. »