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CHAPITRE VIII

Retour de l'expédition du Katanga. — La danse chez les Bakuas N'Gombé?. — Le vertige. — Encore Gongo Lutété. — Chez Kichimbi. — La bête était domptée, elle avait trouvé son maître. — Rentrant à Lusambo, j'y trouve l'expédition Bia. — Tempête sur le Sankuru. — Pauvres diables ! — Grand combat contre les Kiokos. — « Clairons, sonnez la charge ! » — Mise à l'ordre du jour.— Départ de Le Marinel et Glllain pour l'Europe. — Arrivée de Dhanls.

Brusquement, sans crier gare, Le Marinel et Descamps rentrent du Katanga. Nous étions le 19 août 1891. Le lendemain, Gillain rentrait également de son voyage et, pour comble de bonheur, un steamer arrivait nous apportant notre courrier d'Europe et notre ravitaillement.

C'était presque trop de bonheur à la fois, la joie et le matabiche aidant, nous eûmes tous beaucoup de chance de ne pas en faire une maladie.

Enfin, deux jours après, nos esprits et nos estomacs étant à peu près remis dans leur état normal, Le Marinel, avec ce tact parfait qui le caractérise si bien, m'annonça que les Bakuas Tumbolos et les Bakuas Endus deman~ dant la paix, il n'était que juste, puisque je les avais vaincus, que ce fût moi qui reçût leur soumission ; je devais, par la même occasion, fonder deux nouveaux

postes sur la rive droite du Lubi, l'un à six, l'autre à treize jours de marche de Lusambo. De là, je devais me rendre à Luluabourg afin d'acheter du bétail. Enfin, revenir par chez les Bakuas Endus et les Baknas Tumbolos. Ce fut un voyage magnifique.

Cent bons soldats m'accompagnaient.

Pendant les trois premiers jours, rien de bien saillant. J'arrive alors chez les Bakuas N'Gombés (traduisez Enfants de la vache), et malgré les fatigues de la marche, je visite immédiatement le village, non pas pour le village lui-même, qui ressemble à tous les villages indigènes, mais pour ses dignes habitants.

A cette époque, ces gens étaient encore tout à fait sauvages et leurs dehors accusaient la barbarie. Regard défiant, gestes exubérants, aussi peu vêtus que possible, toujours sur la défensive, s'amusant de rien et passant les trois quarts de leur temps à s'arranger la chevelure, dont ils ont le plus grand soin. Ils en font des monuments qui atteignent des proportions phénoménales. Pour eux, c'est le comble de l'élégance ; j'en ai vu qui, comme dimension, pouvaient être comparés aux bonnets à poils de nos gendarmes.

Chose curieuse à constater, ce sont les hommes et non les femmes qui sont parés de ces coiffures extraordinaires.

Le soir de mon arrivée, le chef du village, à qui j'avais fait un assez joli présent, afin de l'apprivoiser un peu et

de le décider à se rendre à Lusambo, voulut me faire fête. Pour cela, il fît réunir un quadrille de seize fillettes de 10 à 12 ans (18 à 20 ans en Belgique), qui exécutèrent devant moi une des danses les plus sauvages et en même temps des plus gracieuses que j'aie jamais vues. Il est vrai que les ballerines étaient toutes ravissantes.

Les Bakuas N'Gombés sont connues pour leurs formes sculpturales; aussi avant notre domination la contrée était-elle régulièrement mise eu coupe par les Arabes qui y recueillaient les plus belles femmes de leur harem.

Leurs danses, qu'elles exécutèrent le soir à la lueur des feux de bois de senteur, avaient quelque chose de féerique, que je n'ai pas retrouvé ailleurs, bien que d'autres chefs plus puissants, tel que Kichimbi, aient fait danser jusque cinq cents femmes à mon intention. Mais ici, elles étaient toutes du même âge, toutes de la même taille, toutes fraîches et jolies et dansaient avec un rythme et une cadence admirables.

Mon plaisir fut d'abord sans mélange, j'éprouvais presque de l'extase à contempler ces nymphes aux formes harmonieuses et accomplies. Mais bientôt une immense mélancolie me saisit, car en les voyant si belles et si gracieuses, je ne pouvais m'empecher de songer qu'elles étaient esclaves, et que cette joie qu'elles montraient étaient une joie de commande, que cette danse, où elles semblaient prendre tant de plaisir, n'était exécutée que pour le plaisir du maître, que leurs

sourires avaient été réglés, que leur regard même avait reçu sa direction. Aussi, tout en les contemplant, tout en les admiraDt, je souffrais plutôt que je ne jouissais du spectacle inoubliable qu'il m'était donné d'admirer et malgré moi je me disais en les voyant : pauvres

enfants!! pauvres esclaves!!... mais, en même

temps, je pensais à la rédemption, au salut que nous leur apportions et volontiers je leur aurais crié : l'heure de la délivrance est proche, et bientôt vous ne danserez plus que pour votre plaisir, vous ne chanterez plus que pour témoigner votre joie, et vos sourires, ainsi que vos regards heureux n'auront plus pour guide que votre cœur.

Trois jours après mon départ des Bakuas N'Gombés, j'arrivais au village de Moina N'Gachi où j'établis un poste de dix hommes, ainsi que j'en avais reçu l'ordre.

Je partis ensuite pour Kalalakafumba. Tout ce pays avait été ravagé par les Arabes et partout on ne rencontrait que le désert et la ruine.

Pendant la route, j'eus encore une aventure de chasse assez désagréable.

Une après-midi que nous étions campés, on vint me dire qu'une magnifique antilope se trouvait à cinq ou six cents mètres du camp.

Sauter sur mon fusil et me mettre en route fut pour moi l'affaire d'une minute. En arrivant à l'endroit indiqué, je vis en effet une magnifique antilope, qui,

Eléphant se promenant dans la Savane

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