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CHAPITRE XIII

Second départ pour le Congo.— L'Ile de San Thomé : ses sites enchanteurs, ses roças somptueuses.— En route pour Lusambo. — Deux chasses des plus accidentées. — En route pour Lu!ua= bourg. — Lapière et le poste de Makabua. — Campagne contre Kalamba et les Kiokos. — Combats acharnés. — Une chefesse prisonnière fait appel à son peuple dans la nuit.— Douze heures de combat sous bols. — Grande fête précédant la plus terrible des catastrophes.

J'étais à peine de retour au pays natal que la fièvre des voyages me reprenait et, dès le mois de juin 1894, je repartais en qualité de commissaire de district de lre classe, pour le district du Kassaï Lualaba, où je devais succéder au commandant Gillain.

Dans ce nouveau voyage au Congo, j'étais accompagné de M. Comblé, car nous devions, sur ma demande, aller étudier à San Thomé le système employé pour les plantations de café et de cacao, afin de faire de grandes plantations dans le district.

Je ne parlerai pas de la traversée de Lisbonne à San Thomé, car toutes les traversées se ressemblent.

Parmi les passagers qui se trouvaient avec nous, je dois cependant citer le fameux chasseur suédois Harisson, qui se rendait à Mossamédès et qui, à cette époque, avait déjà plus de trois mille têtes de gros gibiers à son actif, tels que éléphants, lions, etc.

En arrivant à San Thomé, je fus présenté au Gouverneur, qui était, à cette époque, M. Serpa Pinto, un des plus illustres explorateurs portugais. Il me reçut de la façon la plus charmante et fit tout ce qui était en son pouvoir pour me faciliter ma mission.

L'ile de San Thomé étant située sous l'Equateur, je crois inutile de vous dire qu'il y fait très chaud.

Quant à la ville en elle-même, elle est très peu intéressante ; deux ou trois cents marchands en tous genres, surtout des facloriens, voilà tout. Pas de luxe. Les gens qui s'y établissent ne cherchent qu'une chose, qu'ils trouvent d'ailleurs presque toujours : gagner rapidement beaucoup de contos de reis et puis s'en retourner vivre en Portugal.

Mais ce qu'il y a de beau, ce qu'il y a d'intéressant, ce qui est splcndide, inoubliable enfin, c'est l'intérieur de l'île. Son sol, formé d'irruptions volcaniques, prend à chaque instant les formes les plus bizarres, les contours les plus fantastiques.

Partout, dans ces montagnes, une eau claire et limpide qui, jouant à ravir son rôle providentiel, serpente de toutes parts, arrose et fait fructifier la terre dont elle sort et, après mille tours et détours, se laisse choir en cascades merveilleuses, tels que le Blou-Blou, la Guêgue et cent autres. Tout cela au milieu d'une débauche de végétation, car tout ici, grâce à l'eau et à la chaleur, prend des formes énormes, atteint des proportions

gigantesques. Aussi, dans les premiers moments, l'âme ravie et les yeux éblouis, a-t-on peine à comprendre qu'il puisse se trouver sur un même coin de terre tant de richesses unies à tant de poésie.

Mais, jusqu'ici, je ne vous ai parlé que de la nature sauvage, de la nature primitive, de celle que Dieu a faite, et que la plupart des propriétaires, moins féroces que nos architectes et nos industriels d'Europe, ont respectée dans bien des endroits comme une relique, à laquelle ils ont laissé toute sa sauvage beauté, tout son aspect quelque peu mystérieux.

Il me reste à vous parler des roças et des splendides propriétés qui les entourent.

Je ne vous en citerai qu'une, où je reçus une hospitalité quasi royale : le Rio d'Or appartenant à Madame la comtesse de Val Flore.

Les bâtiments de cette roça couvrent plusieurs hectares et abritent des centaines de travailleurs noirs.

Aussi, est-ce par millions que se chiffre l'exportation d'une seule année.

Outre le café et le cacao, on y cultive aussi la canne à sucre, le maïs, la vanille, la cannelle, le quinquina et le tabac.

Tous ces produits sont manufacturés sur place.

Quant aux fruits, grâce au pic San Thomé, qui se trouve dans la propriété, on peut dire que l'on y trouve tous ceux de la création, tels que la pomme, la poire

et les nèfles, les autres dont j'ai conservé les noms, sont : la banane, papaie, ananas, maracuja, mangue, cajamanga, sapu-sapu ou cœur de bœuf, nona, saputi, abiu, carambola, pitanga, grou me chamos, grou m'appelle, jabu ticabo, caja, arbre à pain, gaigue, coco, citron, mandarine, figue, raisin, pêche, goïave, araça, noix de cola, abakats, safu, pépinelle.

J'écris tous ces noms comme je les ai entendu prononcer, mais sans aucune garantie au point de vue de l'orthographe du nom.

En quittant San Thomé, nous nous rendîmes à Cabinda, d'où 1' « Hirondelle », vaisseau appartenant à l'Etat du Congo, vint nous prendre pour nous conduire à Borna.

Quelque temps après mon arrivée, Dhanis et le docteur Hinde, qui rentraient en Europe, descendirent à leur tour à Borna, où j'eus le plaisir de passer quelques jours avec eux. Ils étaient accompagnés de Rachid, l'ancien vali des Falls.

Lorsque j'arrivai à Léopoldville, M. le Gouverneur général baron Wahis s'y trouvait également ; comme toujours, d'ailleurs, il fut charmant pour moi.

Je devais me rendre à Lusambo et y conduire une troupe de 150 hommes, deux canons et trois officiers.

Il me donna comme mission d'installer Rachid en poste, dans l'endroit qui me paraîtrait le plus propice, aux environs de l'embouchure du M'Fini, Je devaig

Jer plan

Femmes de RACHID

2e plan de gauche à droite

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