‹ Au CongoChapitre 19 sur 51 · RACHID, DE KEYSER, DHANIS, VANDEN PLAS · texte numérisé non relu

RACHID, DE KEYSER, DHANIS, VANDEN PLAS

BWANA-N'ZIQHÉ 3e plan

Docteur H1NDE, Commandant MICHAUX

Riverains du Kassaï attenclantje passage du bateau

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Anastaurus appelé vulgairement Bec ouvert

ensuite inspecter les deux postes qui se trouvaient sur Flkata, fonder un camp provisoire à Lubué, inspecter le poste de Wisman Falls et fonder dans le Sankuru un poste que j'établis à Ienga.

Afin de me faciliter la besogne, M. le Gouverneur eut soin de mettre sous mes ordres le steamer qui nous emportait.

Je ne vous parlerai pas de mes différentes missions, cela serait un peu monotone, je préfère vous narrer deux des chasses que je fis en cours de route.

Après avoir installé Rachid au village de Bokaka et lui avoir construit un borna magnifique, je me suis rendu au lac Léopold II par le M'Fini. Ensuite, j'ai remonté l'Ikata jusque Tallo. C'est un des voyages les plus intéressants que j'aie faits. Partout, des populations immenses ; un pays plat comme la main, d'une richesse incroyable.

A chaque pas, des bandes de canards, d'oies, de pélicans, de sarcelles et d'oiseaux aquatiques de toutes espèces et de toutes grandeurs. J'en ai tiré un qui avait deux mètres quarante d'envergure et c'était un des petits ! ! !

Il y en avait par milliers. J'étais dans une joie folle. Je n'ai jamais tant tiré. A la fin, je ne tirais plus, il y en avait trop. Je les admirais et les laissais passer. C'était trop facile, puis le plaisir de l'imprévu n'y était plus.

Gela devait durer peu, car quelques jours plus tard, nous entrions dans le Kassaï et là, les grandes chasses ou si vous le préférez, les chasses au gros gibier recommençaient et avec elles, les émotions fortes qui nous font vivre, en quelques instants, l'espace de plusieurs années.

Ma première belle partie fut une chasse à l'hippopotame.... J'en ai tué 18 pendant le voyage.

C'était par une jolie après-midi, où le soleil, ayant daigné mettre son voile, ne nous envoyait que des rayons indirects, juste assez pour animer le paysage et nous en faire valoir la beauté des décors, que la nature, en artiste inimitable, a accumulés en ces lieux.

Le Kassaï, formant lac, prenait des proportions énormes ; partout des îlots minuscules semblaient avoir été mis là pour reposer l'œil, qui, sans eux, se serait perdu dans l'immensité des eaux. Enfin, dans le lointain, bien loin, bien loin, des forêts préhistoriques couronnaient le sommet des collines placées là comme à souhait, pour donner plus de relief à ce divin tableau. Ajoutez à cela quatre ou cinq troupeaux d'hippopotames, prenant leur bain au soleil, avec la quiétude du juste et du fort, car, depuis toujours, ne sont-ils pas les maîtres, je dirai les rois de ces eaux que jamais personne ne leur a disputées et dont les blancs seuls, toujours insatiables, ont pu rêver la conquête ?

Ayant besoin de viande pour mes hommes, je donnai l'ordre au steamer de stopper et je partis aussitôt en canot.

Bientôt, nous sommes en face d'un des troupeaux ; vingt mètres nous en séparent ; le plus proche de nous est un vieux grand-père qui a dû assister au déluge ; sa tète énorme émerge de l'eau. Il me regarde approcher de son œil tout à la fois doux et bête ; d'une balle au front, je l'envoie se baigner dans le paradis des hippos.

Au même instant, effrayé du bruit produit par la détonation de mon arme, un jeune hippo, encore à la mamelle, bondit hors de l'eau. Quoique connaissant le danger, la tentation est trop forte. Rapide comme la pensée, je presse la détente et l'innocent, transpercé d'une balle de mon express, retombe inerte à côté de sa mère. Mais, rendue furieuse par la perte de son petit, la mère s'élance vers le canot et, du choc, je suis renversé avec tous mes pagayeurs, en compagnie desquels je roule pêle-mêle au fond du canot.

Heureusement je ne perds pas mon sang-froid ; mon express étant déchargé de ses deux coups, je saisis mon Mauser et veux mettre la bête en joue, mais d'une seconde attaque plus impérieuse encore que la première, la mère me fait de nouveau rouler au fond du canot.

Le moment est critique, car, à chaque instant, l'embarcation peut chavirer et alors nous serions tous infailliblement perdus. Je parviens enfin à reprendre plus ou

moins mon équilibre et juste au moment où le monstre se précipite sur nous pour la troisième fois, je l'arrête net dans son élan : d'une balle, je mets fin à ses peines et à notre frousse, qui n'était pas banale.

Une autre histoire et pas beaucoup moins tragique et comique, je vous assure : Quelques jours après la chasse que je viens de décrire, j'avais tué un buffle très facilement. A huit ou dix jours de là, les noirs nous crient tout à coup : N'Gombés ! N'Gombés. Gomme le premier nous avait paru succulent et avait fait une heureuse diversion aux menus du bord, nous eûmes vite fait, le capitaine du steamer et moi, d'aborder et de sauter à terre ; nous voilà dans la brousse.

Devant nous, dans une espèce d'immense prairie, un troupeau d'environ cinquante bêtes paissent le plus tranquillement du monde, ne se doutant guère de nos desseins criminels.

Quant à nous, nous sommes également bien tranquilles, car il est un fait connu de tous les chasseurs et que j'avais expérimenté moi-même en plusieurs occasions, c'est que le buffle seul attaque toujours, tandis que le buffle en troupeau se sauve à la première alerte.

Tout en rampant, nous nous approchons donc à environ 75 mètres, puis au commandement de trois, nos deux coups partent et deux bêtes roulent par terre. Mais ce à quoi nous ne nous attendions pas, c'est que

le troupeau affolé prend notre direction et arrive sur nous comme une trombe. Résister n'est pas possible, fuir ne l'est guère. Il nous reste une planche de salut : grimper sur un arbre ! Heureusement, il s'en trouve à proximité ! En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, après avoir jeté notre fusil en bandoulière, nous empoignons chacun notre arbre et bien que personnellement je n'aie jamais été très fort pour ce genre de sport,en deux secondes nous sommes dans les branches! Comment ai-je fait? je n'en sais rien. La seule chose que je sais, c'est' que pour rien au monde, je ne voudrais recommencer.

Décidément, il n'y a que le danger imminent pour nous donner de la souplesse et de l'agilité!

Notre voyage s'accomplit sans autres incidents remarquables.

En arrivant à Lusambo, comme le commissaire du district, M. Gillain, n'avait pas encore fini entièrement son terme, il fut convenu entre nous qu'en attendant son départ, j'irais inspecter les différents postes du district.

J'étais à Lusambo depuis un peu plus d'un mois, lorsque, le 10 février 1895, nous apprîmes par un courrier rapide venu de Luluabourg que Lapière, qui se trouvait au poste de Mukabua, allait être attaqué par toutes les forces du grand chef Bachilange Kalamba et qu'à cette fin celui-ci s'était allié aux Kiokos.

Dès le 11 au matin, j'étais en route et le 18 j'arrivais à Luluabourg.

J'appris alors que l'on avait reçu des nouvelles de Lapière ; tout était rentré dans le calme.

J'avoue que je n'étais pas très satisfait.

Je passai un jour à Luluabourg-, puis je me dirigeai sur Mukabua, afin de me rendre compte par moi-même de ce qui s'y passait.

Mon impression première ne fut pas du tout favorable à Lapière, qui devint cependant par la suite un de mes bons officiers et un de mes meilleurs camarades.

Son poste était admirablement situé sur une petite colline découverte pouvant donner des feux dans toutes les directions ; seulement il s'était construit un borna tel que pour le garder décemment, il aurait fallu avoir deux cents hommes à sa disposition et il n'en avait que quarante.

Enfin, ayant repris une situation difficile, je l'avoue, au lieu de l'améliorer, il l'avait plutôt empirée.

Toutes les populations des environs avaient fui ; il se défiait de tout le monde,et tout le monde se défiait de lui.

Etait-ce sa faute au moins ? Pas du tout ; à peine débarqué, on l'avait bombardé chef de poste. Il ne connaissait rien, ni les mœurs, ni la langue, ni l'historique du pays, mais, tant pis ; il n'avait qu'à se débrouiller !

Et l'on s'étonne alors qu'il y ait eu parfois des maladresses commises !

Je restai plus de trois semaines à Mukabua, pendant lesquelles je m'employai à raccommoder Lapière avec le plus de voisins possible ; comme j'avais pu constater qu'il ne demandait qu'à bien faire, nous nous quittâmes bons amis.

Je retournai à Luluabourg, dont le chef de zone, le capitaine Pelzer, était précisément en expédition ; je m'établis alors pour quelque temps dans la station, afin de pouvoir étudier sur place les besoins et les ressources de la contrée, que je ne connaissais que peu à ce moment.

J'étais depuis cinq semaines à Luluabourg et je m'apprêtais à retourner à Lusambo, car Gillain, ayant Uni son ternie, devait reprendre le bateau pour l'Europe, quand, le 28 avril au soir, je reçus un courrier rapide de Lapière, me disant que Kalamba uni aux Kiokos était à un jour de marche de son poste.

Le lendemain matin, je partais avec une centaine de soldats ainsi que le chef Zapo-Zape et trois cents de ses hommes armés de fusils à piston.

J'arrivai le 2 mai à Mukabua, vers 10 heures du matin.

Cette fois, la nouvelle était réelle : Kalamba et les Kiokos s'apprêtaient à nous attaquer.

Aussitôt arrivé, je mis Lapière au cornant de mes projets, qui étaient de donner quelques heures de repos à mes hommes, puis de faire une marche de nuit, afin de tomber au petit jour sur nos ennemis endormis.

Après avoir recommandé à Lapière le secret le plus absolu, je le chargeai, puisqu'il élail frais et dispos, de distribuer de la poudre et des capsules aux Zapo-Zapes, de confectionner nos charges, enfin de prendre toutes les mesures pour notre départ pendant la nuit.

A minuit il vint me réveiller. Je fis aussitôt prévenir mes deux sergents noirs ainsi que Zapo-Zape de venir me parler.

Dès qu'ils sont arrivés, je les mets en quelques mots au courant de mes intentions et leur donne l'ordre d'aller réveiller leurs hommes, mais en faisant le moins de bruit possible.

Une demi-heure après, tout le monde était prêt et une longue caravane d'ombres prenait le chemin du camp de Kalamba. Zapo-Zape et ses gens marchaient en avant-garde. Venaient ensuite Lapière avec un peloton de Wabudjas, puis moi avec les Batétélas, ensuite le sergent Djuma avec un peloton de Haoussas, enfin les bagages, escortés par l'interprète Humba avec une trentaine de ses hommes, armés pour la circonstance de fusils Albini.

Une marche de guerre, entreprise dans ces conditions, a quelque chose d'impressionnant, qui fait que l'on se recueille malgré soi.

C'est tout à la fois grandiose, mystérieux et lugubre. Il n'y avait pas le moindre clair de lune et la nuit était très obscure. Toutefois, comme le terrain était très plat,

Indigène du Kassaï

Sagaïes

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