FÉTICHE
X Jxi masque <3L& fétielieur
"CJix raasqcxie de fétieli»
Gobelets en bois sculpté de la région du Kassaï et du Sankuru
nous franchissons la première partie de la roule assez facilement. Malheureusement, vers 3 heures du matin, nous rencontrons une vallée boisée que nous devons traverser et qui nous fait perdre un temps précieux.
Enfin, vers 6 heures, nous essuyons le feu des sentinelles ennemies. Il n'y a donc plus de surprise ; le retard du petit bois nous a fait perdre une bonne partie du bénéfice de notre marche de nuit.
Xous aurons toutefois toute la journée à notre disposition pour le combat et la poursuite.
En arrivant sur le sommet du plateau, nous apercevons rimmense camp occupé par Kalamba et ses gens. Une seconde vallée nous en sépare, mais celle-ci est complètement dénudée et la pente du côté de l'ennemi est assez raide à gravir. Sa position est donc bien choisie et le combat s'annonce comme devant être sérieux.
Je lance aussitôt les Zapo-Zapes en avant afin d'occuper l'ennemi et je déploie mes hommes en tirailleurs. Je suis au centre, Lapière à ma droite et Djuma à ma gauche.
Xous avançons d'an pas calme, car j'ai défendu de se presser ; sans cela tantôt, lorsque les poitrines seront haletantes, mes hommes ne sauront plus viser.
Ils avancent comme à la parade, rectifiant même leur alignement sous les balles qui pleuvent autour de nous ! Braves gens ! comme je sens que je les aime !
Aussitôt que les gens de Zapo-Zape se trouvent à portée, ils sont reçus par des salves, il n'y a donc plus de doute que les Kiokos se soient joints à Kalamba, car je les connais : c'est bien là leur manière de combattre.
Aussitôt que nous sommes parvenus à prendre pied sur le bord du plateau, les Zapo-Zapes se retirent, ainsi qu'il avait été convenu, sur nos deux flancs, afin de dégager notre champ de tir, car, jusque-là, nous n'avons pas encore brûlé une seule cartouche. À notre tour, nous envoyons salve sur salve et bientôt l'ennemi est obligé de se retirer devant l'efficacité de notre feu.
Aussitôt que nous l'avons refoulé dans la forêt, je donne l'ordre à Lapière et à Djuma de rassembler leurs hommes afin de parer à un retour offensif et je lance mes Batétélas et les Zapo-Zapes à la poursuite.
Pendant le combat, une colonne ennemie essaye de s'emparer de nos bagages, mais les gens de Humba, qui sont cachés derrière les caisses, la reçoivent si bien qu'elle ne tarde pas à prendre la fuite.
Le combat m'a cependant coûté assez cher ; j'ai deux de mes meilleurs soldats tués et une vingtaine de blessés dont six grièvement.
Dans l'après-midi, les hommes envoyés à la poursuite rentrent avec assez bien de poules et de chèvres, que l'ennemi nous a abandonnées en route ; pas de prisonniers.
Vers la soirée, nos sentinelles remettent aux mains d'un petit poste, qui me les amène, deux femmes Balubas, qui étaient venues se rendre volontairement. Elles me dirent qu'elles avaient appartenu à un chef Zapo-Zape, qui les avait vendues à un chef de Kalamba et qu'elles avaient profité du désarroi de la défaite pour venir se rendre aux blancs, qu'elles connaissent pour les avoir fréquentés à Lulua bourg, étant bien certaines qu'il ne leur sera fait aucun mal.
Elles me donnent aussi quelques renseignements intéressants. C'est ainsi que je sais par elles que Kalamba a donné quatre énormes pointes d'ivoire aux Kiokos pour les intéresser à sa cause, mais que ceux-ci ont perdu dans la bataille sept de leurs chefs et une foule de guerriers, qu'ils ont reproché amèrement à Kalamba de les avoir entraînés dans une mauvaise affaire et ont encore exigé cinquante femmes. Elles m'apprennent enfin que, tous, ils se sont réfugiés chez les Bena-Kalembas, à deux jours du Kassaï. Je les y suivrai ! Mais avant je veux attendre les renforts que je sais en route, pour me rejoindre, sous les ordres de Dufour, ainsi que mon ravitaillement en vivres et en munitions.
Dès le lendemain matin, je retourne à Mukabua et deux jours après la caravane de ravitaillement m'y rejoint.
Voulant ménager les plantations du poste, le 15 au matin nous quittons Mukabua afin de nous installer
dans l'ancien village de Bakua-Chilamba, qui est maintenant abandonné et où il se trouve des plantations énormes.
Le 19, Dufour nous arrive avec quarante bons soldats et, le 21, mes hommes ayant eu tout le temps de s'approvisionner largement de vivres de toutes espèces, nous levons le camp et : En avant !
Bien que ce soit un grand détour, je désire m'assurer si le chef Kassongo Moina N'Zila, qui m'a fait de magnifiques promesses, mais à qui je ne me fie pas beaucoup, ne m'a pas trompé ; je me dirige donc sur son village. Heureusement nos hommes sont chargés de vivres lors de leur départ, car, pendant huit jours, nous voyageons dans un véritable désert.
Le 1er juin, vers midi, nous arrivons devant le village de Kassongo Moina N'Zila. Le village vient d'être incendié. Je sais donc à quoi m'en tenir sur le compte du chef.
S'ils ont incendié le village, ils n'ont heureusement pas touché aux plantations ; celles-ci sont immenses et de toutes espèces et nous arrivons juste au moment de la récolte. Il y a de tout : du manioc, du maïs, du millet, du sorgho, des arachides, des bananes, des patates douces et même des ignames et des ananas.
Pour nous, c'est la terre promise des Hébreux.
Mes hommes sont fous de joie et je ne le suis guère moins qu'eux. Enfin, vers le soir, on me ramène un
troupeau de chèvres que les indigènes ont cachées dans les bois ; en nième temps, un courrier de Palate, venant de Luluabourg, nous apporte de l'eau de vie, du tabac et des citrons. Nous n'avons jamais été aussi riches !
Voulant permettre à nos hommes de se refaire un peu de leurs privations et leur donner le temps de se préparer de nouvelles provisions pour notre marche en avant, je décide de rester au village jusqu'au 1 au matin.
Pendant trois jours, nous traversons une contrée dont les sites les plus enchanteurs alternent avec les plantations les plus riches. Aussi, si les blancs ne cessent d'admirer les paysages, l'admiration de nos hommes n'est-elle pas moindre à la vue des riches moissons.
Le 7, vers midi, nous arrivons à la Luébo.
Après quelques recherches, un de mes hommes trouve un arbre tombé en travers de la rivière, j'en fais abattre un second à côté ; bientôt un pont est fait et nous pouvons passer.
Dans l'après-midi, nos hommes s'emparèrent de quelques femmes, dont l'une est précisément la femme principale du chef de la contrée.
Voulant à tout prix empêcher des tueries inutiles, je résolus de mettre à profit la bonne aubaine qui avait fait tomber cette femme entre mes mains.
Ayant remarqué qu'elle était très intelligente et sachant que chez les Bachilanges, le pouvoir de la
femme principale du chef est toujours au moins égal à celui du mari, j'entrepris immédiatement de la raisonner et lui fis tout l'historique de la campagne que j'avais été amené à entreprendre par l'entêtement du vieux Kalamba et les déprédations des Kiokos. Je finis enfin en lui déclarant que mon plus vif désir était de vivre en paix avec les autres populations et que si parfois j'étais forcé de faire la guerre, c'était à mon corps défendant, que jamais je n'attaquais le premier.
Finalement, je lui fis comprendre que si son mari nous faisait la guerre, c'était certainement pour lui la défaite et la ruine ; qu'il valait donc bien mieux pour lui et pour elle qu'il vint faire sa soumission à l'Etat, puisqu'alors non seulement je la rendrais à la liberté, mais qu'encore son mari et son peuple seraient, à partir de ce jour, sous notre protection.
Elle parut parfaitement comprendre mes arguments et se rendit à mes bonnes raisons ; aussi m'affirma-t-elle que la nuit venue, elle parlerait à son peuple et que la paix ne tarderait guère à être conclue.
Dès le soir, la consigne fut donnée dans le camp d'observer le plus profond silence, car dans ce pays il est de règle en temps de guerre, lorsqu'on a une communication à se faire pour entamer des pourparlers de paix, d'attirer l'attention de l'adversaire par un roulement de tambour, puis de lui faire ses propositions, auxquelles il répond toujours,
Nous étions donc certains ou que les indigènes nous parleraient, ou bien qu'ils étaient aux aguets pour entendre nos propositions.
Vers 8 heures, la femme m'ayant dit que le moment était propice, je fis exécuter un long roulement de tambour.
La chefesse monta de suite sur une haute termitière qui se trouvait dans le camp et fit entendre un retentissant : Moyo ! à la ronde, auquel les indigènes, cachés dans les herbes, répondirent en chœur.
Pendant plus d'une heure, elle ne cessa de parler en gesticulant, comme si ses auditeurs avaient pu la voir, parfois aussi, elle ponctuait sa narration de cris perçants et suraigus.
Cette grande femme noire, presque nue, gesticulant et parlant avec force et autorité à des êtres que nous ne voyions pas, mais que nous savions être présents, toute cette scène enfin qui se passait dans le silence absolu de la nuit et était seulement éclairée des lueurs indécises d'un feu de bois, avait quelque chose d'impressionnant et me fît songer malgré moi aux histoires de sorcières, encore si fort en vogue dans les fermes du pays wallon.
Lorsqu'elle eut fini de parler, les indigènes lui répondirent et la palabre se termina par un Moyo ! final de part et d'autre.
Gomme mon interprète me tenait au courant de tout
ce qui se disait, je savais déjà, lorsqu'elle revint près de moi, que la paix était conclue.
En descendant de son tertre, elle me parut grandie et, franchement, lorsqu'elle revint vers moi, la palabre terminée, elle avait grand air ; sans la moindre hésitation, elle vint s'asseoir à mes côtés et me dit : « La paix est faite entre toi et mon peuple et désormais nous vivrons en frères. Mon mari est trop vieux pour venir dans ton camp ; ce sera son frère qui viendra demain sceller la paix entre nous. »
En effet, le lendemain, vers li heures, mon interprète vient me prévenir que Tambo, le frère du chef, se trouve sur la route et me fait demander l'autorisation de pouvoir se présenter. J'envoie aussitôt à Monsieur l'Ambassadeur une carotte de manioc en signe de paix et, voulant respecter les lois du pays jusqu'au bout, je fais donner l'ordre à mes sentinelles de mettre leur fusil la crosse en l'air et la baïonnette en terre, afin de bien montrer que la guerre est enterrée entre nous.
Tambo me remit quelques chèvres de la part de son frère, je lui remis également un présent pour lui et un pour son frère, ainsi qu'un magnifique pagne pour la chefesse.
Nous nous quittâmes alors en bons amis et Tambo me promit de venir me prendre le lendemain afin de me servir de guide pendant tout le temps que je resterais sur le territoire de son frère.
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Cases recouvertes de papyrus
Il tint parole et le lendemain matin il vint se mettre à ma disposition. Pendant les quatre jours que nous sommes restés sur le territoire de son frère, nous avons été reçus partout avec la plus grande cordialité.
Le quatrième jour, vers midi, nous arrivons au village des Béna-Kalengas et Tambo me prévient qu'à partir de ce moment nous ne sommes plus sur le territoire de son frère et que, par conséquent, il ne peut plus répondre des événements.
Le village est abandonné et nous nous y installons. Dans l'après-midi, nous entendons une assez vive fusillade du côté du ruisseau qui approvisionne d'eau le village. J'envoie vite aux nouvelles et bientôt on vient me dire qu'un Haoussa et quatre femmes viennent d'être tués par les Bachilanges. Mes hommes sont furieux ; j'ai toutes les peines du monde à les empêcher de se porter en avant.
Vers 5 heures du soir, le camp est attaqué de tous les côtés à la fois ; nous repoussons cependant assez facilement nos agresseurs.
La nuit se passe alors relativement de façon assez tranquille ; on nous tire encore quelques coups de fusil, mais sans nous occasionner de nouvelles pertes.
Au matin, désirant me renseigner pour savoir exactement à qui j'ai affaire et ne voulant pas exposer la vie d'un de mes officiers dans une reconnaissance sous
bois, je donne quarante bons soldais à Djuma et je le charge d'éclairer la route.
Pendant ce temps, je fais cacher mes hommes dans le village, afin de donner une leçon à ceux qui essaieraient d'attaquer nos bagages.
Notre ruse allait réussir, lorsque l'un de mes hommes fut pris d'un éternuement intempestif qui suffit pour donner l'éveil à l'ennemi et faire rater ainsi notre combinaison.
Quant à la reconnaissance que j'avais envoyée, elle était à peine sous bois qu'elle était attaquée avec rage. Elle se défendit de son mieux, mais comme l'ennemi avait fait tomber de gros arbres en travers de la route et qu'il s'en servait comme abri, elle fut obligée de battre en retraite ayant assez bien d'hommes blessés grièvement.
La situation devenait critique et un mouvement énergique pouvait seul nous sauver.
Ma patrouille étant rentrée, je rassemble mes chefs de pelotons et leur déclare qu'il faut que nous passions, coûte que coûte, et à l'instant.
La forêt, nous dit-on, est bondée d'indigènes et de Kiokos, tant pis ! Il faut les en déloger et nous les délogerons !
Mes ordres sont rapidement donnés et non moins rapidement exécutés.
Puisque la route est barrée, que l'on me fasse un sentier à côté du premier et en avant !
Les Zapo-Zapes sont, pour commencer, en avant, mais bientôt ils ont brûlé toutes leurs cartouches et ils sont remplacés par Lapière et ses hommes.
Mon seul cri est « En avant ! En avant ! » car j'ai hâte d'être hors de cette maudite forêt.
A un moment donné, nous sommes attaqués de toutes parts. Je fais alors numéroter nos hommes et je donne l'ordre aux numéros pairs de tirer vers la droite et aux numéros impairs de faire feu vers la gauche.
Le feu crépite partout, la pétarade est assourdissante ; à chaque instant, des balles viennent couper des branches au-dessus de nos têtes, ou s'enfoncent dans les arbres à quelques centimètres de nous.
A un moment donné, la queue de la colonne étant attaquée, les femmes, prises d'une terreur folle, se jettent au milieu des soldats et causent un tel désordre que c'est miracle que nous en soyons sortis.
Enfin, au moment où nous traversons une petite clairière, mon sergent Battétéla, un nommé Kondolo, me repousse brusquement et se jette devant moi ; au même instant il reçoit une balle dans l'épaule d'un Bachilange que je n'avais pas vu et qui, à genoux, me visait à son aise.
C'est ce même sergent qui venait de me sauver la vie aux dépens de la sienne, qui, quelques jours plus tard, avec un autre sergent de même race, nommé Kimpoké,
devait se mettre à la tête des révoltés et causer la mort de tant d'officiers blancs.
Dans ce même combat, Lapière fut également sauvé par son clairon, qui envoya une balle dans la tête à un autre indigène, qui visait notre ami à quelques mètres de distance également.
Vers 5 heures de l'après-midi, nous sortons enfin de la forêt. Cette fois, nous sommes sauvés !
Eu face de nous, se trouve un immense village, c'est celui de Kalamba.
Il n'est pas défendu, les Kiokos et les indigènes en ont assez cette fois. Nous n'avons donc qu'à nous installer. Mes pauvres hommes l'ont bien gagné, il y en a qui se battent depuis 5 heures du matin !
Quant à moi, loin de pouvoir me reposer, je dus même passer une bonne partie de la nuit à soigner et à opérer de nombreux blessés.
Le lendemain, après une forte marche, nous arrivons à un village abandonné. Voulant me rendre compte du nombre de cartouches qui avaient été brûlées dans le combat de la forêt, je passai une inspection des munitions.
Je constatai alors que mes hommes avaient brûlé neuf mille cartouches ! J'étais réellement consterné, car lorsque j'eus rendu des cartouches à tous ceux à qui il en manquait, il ne m'en restait plus une seule de réserve.
Ne voulant pas, dans ces conditions, risquer de nouveaux combats dans la forêt et ayant marqué notre victoire par notre marche en avant, je décidai de regagner Mukabua, mais par une route plus courte que Tambo nous avait indiquée et grâce à laquelle, le 18, nous étions à la Luebo et le 20 à Mukabua. Nous y restâmes jusqu'au 22.
Le 21, au soir, nous donnâmes une fête et fimes de larges distributions à nos soldats ; le lendemain, après avoir largement pourvu aux besoins du poste, où je laissai 80 soldats et 13,000 cartouches, je repris avec Dufour le chemin de Luluabourg.
Le 24, nous logeons chez le père Cambier, qui nous reçoit d'une façon charmante.
Le 25, nous arrivons à Luluabourg, et les Pères de la mission qui sont venus nous rendre notre visite nous font le plaisir de diner avec nous.
Le lendemain, nous recevons un courrier du capitaine Pelzer, qui nous annonce son arrivée pour le 27. Nous passons deux jours ensemble ; toute la station est en liesse, fêtant l'heureux retour de deux expéditions menées à bonne fin.
Nous ne nous doutions guère en ce moment que nous festoyions sur un volcan et que quelques jours à peine nous séparaient de la plus sombre des tragédies congolaises, que ces soldats, enfin, qui nous fêtaient avec tant d'entrain, étaient les mêmes qui allaient
trahir leurs officiers et les massacrer dans quelques
jours
Le 29 juin, nous partons de Luluabourg.
Le 5 juillet, nous nous trouvions chez le chef Mocadi, lorsque le chef Matadi vint se plaindre que les Bakuas M'Putt lui enlevaient de ses gens.
Voulant régler la chose de suite, je décidai que Dufour se rendrait le lendemain 6 chez le chef, afin d'y faire une enquête sur place.