CABINET DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL
« Le capitaine-commandant Michaux est chargé de » conduire les opérations contre les Batétélas révoltés. » Il aura le commandement de toutes les troupes, quelle » que soit leur provenance,qui concourront à l'exécution » de ces opérations. Il est autorisé à prendre toutes les » mesures politiques qu'il jugera nécessaires à la bonne » exécution de ses mouvements. Il rendra compte de » ces mesures aux commissaires de districts et chefs » de zones sur le territoire desquels il se trouvera.
» Kassongo, le 26 octobre 1896.
» Le Gouverneur Général, » (S.) WAHIS. »
La situation à la date du 26 octobre était donc celle-ci : Les anciens révoltés, avec environ 500 Albini et 4.000
à 5.000 auxiliaires, menaçaient la zone de N'Gandu. Xous avions à leur opposer : M. Swenson, qui se
trouvait à Kolomoni avec 100 soldats et 800 auxiliaires,
puis M. Gervais, ayant avec lui MM. Burke et Windey, ainsi que 130 hommes ; il était parti de Nyangwé et était en marche afin de faire sa jonction avec Swenson ; je quittais Kassongo avec 315 soldats, dont 115 venus avec moi de Lusambo et 200 sous les ordres de Bastien, Spiliiart et Bollen, provenant du camp de Kassongo ; enfin Lusambo envoyait 150 hommes sous la conduite de MM. de Bêche et De Cock.
La concentration devait se faire à Kolomoni, où j'arrivai le 5. Tous mes détachements s'y trouvaient réunis, sauf celui de Lusambo. J'avais donc, en ce moment, 7 blancs et environ 550 soldats à opposer aux révoltés.
Pendant ma marche sur Kolomoni, les Likwangulas, venus de Kassongo, me donnèrent assez de tablature.
Sur les 200 hommes provenant du camp de Kassongo, il y avait 150 Likwangulas ; or, ceux-ci sont de très braves soldats, quand il s'agit de se battre, cela est certain, mais ce sont aussi les plus grands voleurs que je connaisse.
Le lendemain de mon départ de Kassongo, je fus obligé de faire désarmer et mettre à la chaîne une dizaine de ces mauvais bougres,qui avaient été surpris à piller un petit village situé près de celui où nous logions.
Le lendemain, à peine arrivés à l'étape, une autre bande va piller un village qui se trouvait à 3 ou 4 kilomètres de notre campement. Apprenant la chose, je leur
Officiers ayant pris part à la campagne contre les Batétélas révoltés. 1896-1897
1er plan de gauche à droite
SWENSON, MICHAUX, BAST1EN, de BESCHE
2e plan
DECOCK, BURKE, GERVAïS, BOLLEN WINDEY, SPILLIAERT
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Une musique militaire au Congo
fais donner la chasse par mes vieux soldats, qui m'en ramènent 22 à la chaîne.
Cette fois, ma patience est à bout : il faut en finir sous peine de voir le pays pillé par ces malandrins noirs.
Je fais sonner le rassemblement et, après avoir fait donner la chicote à mes 22 voleurs, je déclare qu'ils resteront à la chaine pendant le restant de l'expédition et que, dorénavant, tout soldat qui sera surpris à voler les armes à la main sera fusillé séance tenante.
Ils ont enfin compris que je suis bien décidé à en finir avec leurs rapines : je suis tranquille pour le restant de l'expédition.
Mais, encore une fois, quelle sale race et quelle différence avec mes bons vieux braves qui m'ont suivi partout et qui, eux, auraient pu servir de modèle, même à des soldats européens, tant par leur probité que par leur dévouement sans limite.
vVussitôt arrivé à Kolomoni, j'envoyai deux de nos auxiliaires, Albert et Mohamedi, aux nouvelles, avec ordre d'occuper Kalamba et de se rabattre ensuite sur Bena Kapwa.
Dès le 8 au soir, je recevais la nouvelle que nos auxiliaires se trouvaient en contact avec les avantpostes ennemis.
Bien que le détachement de Lusambo ne nous eût pas encore rejoints, je décidai de me porter en avant dès le lendemain'matin .
Je crois qu'il sera peut-être intéressant pour certains de nos lecteurs de savoir comment se faisaient une marche et un campement au Congo ; c'est pourquoi je donne ici mon dispositif habituel de marche et de campement.
Le voici : mes troupes étaient divisées en six compagnies à trois pelotons. Chaque compagnie était numérotée de 1 à 5 ; la 6e, directement sous mes ordres et composée d'anciens soldats qui avaient fait leurs preuves, formait en quelque sorte ma réserve générale.
Lorsque nous étions en marche, j'avais toujours avec moi 100 à 150 auxiliaires indigènes, armés de fusils à piston et qui, commandés par quelques chefs jeunes et ambitieux, ne demandaient pas mieux que d'avoir l'occasion de se distinguer.
Sauf la solde qu'ils ne recevaient évidemment pas, ils étaient, au point de vue des vivres, traités sur le même pied que nos soldats. Ils me servaient en quelque sorte de cavalerie d'exploration et, tous les jours, ils étaient envoyés en avant de la colonne et devaient battre l'estrade en avant et sur les flancs.
Venait ensuite la compagnie qui était chargée de l'avant-garde.
Cette compagnie se trouvait toujours de 500 à 1.000 mètres en avant du gros, suivant la nature du terrain.
La compagnie qui avait été à l'avant-garde aujourd'hui passait à l'arrière-garde demain, et ainsi de suite,
chacune d'elles arrivant donc tous les cinq jours à être d'avant-garde.
La compagnie qui se trouvait à l'arrière-garde avait un peloton en tète des bagages et un peloton en queue.
Les hommes du 3e peloton étant intercalés parmi les porteurs, chacun avait à surveiller, aider ou défendre deux ou trois de ceux-ci, dont ils étaient responsables.
Je marchais en tète du gros avec la compagnie que j'appellerai de vétérans et qui, elle, ne me quittait jamais.
Le petit canon 3,7 marchait immédiatement derrière cette compagnie.
En cas d'attaque, je me trouvais à même ainsi de transmettre mes ordres rapidement à toute la colonne.
Deux autres précautions avaient aussi été prises.
Chaque fois que l'on se mettait en marche, les hommes étaient comptés par a quatre ».
Les bois, dans ces pays-là, étant immenses, il est impossible de les fouiller complètement. Aussi, en temps de guerre, leur passage est-il toujours dangereux : une surprise est toujours à craindre.
Dans ce cas et sans commandement, les numéros 1 et 3 devaient faire un à droite et les numéros 2 et 4 un à gauche ; de cette façon, aucun secteur n'était privé de feu.
En cas de surprise, le commandant de l'arrière-garde devenait en quelque sorte indépendant.
Il avait l'ordre de choisir rapidement l'endroit qui lui paraissait le plus propre à la défense, et les porteurs, pressés par les soldats, devaient venir le plus vite possible se former en cercle autour de lui ; les caisses et les ballots étaient, au fur et à mesure de l'arrivée des porteurs, mis en cercle et l'un au-dessus de l'autre, de façon à former un abri, derrière lequel les soldats de l'escorte prenaient position, tandis que tous les porteurs recevaient l'ordre de se coucher, afin d'empêcher tout désordre.
En arrivant à l'endroit que j'avais désigné pour le camp, mon Ie'' sergent aidé de 4 caporaux, toujours les mêmes, plantait rajridement 4 drapeaux formant les 4 coins du camp.
Chaque compagnie, en arrivant, savait alors exactement l'endroit qu'elle devait occuper.
La compagnie qui avait formé l'avant-garde était à cheval sur la route ; la compagnie qui la suivait et qui, par conséquent, devait prendre la garde, se mettait immédiatement derrière elle ; le numéro 3 faisait face à droite ; le numéro 4, face à gauche ; le numéro 5, face en arrière ; la compagnie des vétérans se formait en cercle autour de ma tente et des bagages et fournissait tous les jours la garde qui devait veiller sur ceux-ci. Ils étaient en plus chargés de couper du bois pour mettre en dessous des bagages, afin que ceux-ci ne reposassent pas sur la terre, de les recouvrir d'herbeg
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mouillées afin de les préserver du feu, de les arranger toujours dans le même ordre au fur et à mesure qu'ils arriveraient, enfin de dresser ma tente et de faire le kilombe,où les blancs prenaient leurs repas. En revanche, ils étaient exempts de garde à l'extérieur du camp.
La garde de celui-ci était confiée à la compagnie qui se trouvait au deuxième rang et à cheval sur la route et qui, par conséquent, le lendemain matin, devait faire l'avant-garde.
Un peloton était affecté à cet effet. Les deux autres pelotons étaient considérés comme étant de piquet ; des hommes armés devaient, lorsqu'on se trouvait dans une zone dangereuse en pays ennemi, accompagner les femmes ou les porteurs, qui se rendaient soit à l'eau, soit aux champs de manioc ou de patates.
Aussitôt que les cases des hommes étaient construites et qu'ils avaient eu le temps de prendre un peu de repos, le camp était mis en état de défense.
Chaque compagnie, excepté bien entendu le numéro 2, devait, au moyen de ses machettes, déblayer un champ de tir d'environ 100 mètres. Tous les branchages abattus étaient amenés à environ 10 mètres de la lisière du camp, puis enchevêtrés le gros bout des branches du côté du camp, le petit bout du côté de l'ennemi. Gela fait, les hommes, au moyen de la pioche indigène dont chacun était muni, creusaient une tranchée-abri, rejetant les terres, sur le gros bout des branches.
Une seule entrée était laissée au camp, et celle-ci était défendue en avant par un redent, où se tenait un piquet.
Tout étranger, avant d'être introduit au camp, devait être interrogé par le chef de piquet.
En cas d'attaque pendant la nuit, la compagnie attaquée se défendait derrière ses retranchements avec son effectif au complet et était bientôt renforcée du peloton de piquet qui n'était pas de garde à la porte d'entrée.
Les trois autres compagnies envoyaient leurs pelotons un et deux dans leurs tranchées-abris respectifs, tandis que leur peloton numéro 3 venait rapidement se former auprès de ma tente.
Eu comptant les trois autres pelotons de vétérans, il se faisait donc que, mon camp parfaitement gardé, j'avais encore six pelotons susceptibles d'être dirigés successivement ou simultanément sur l'endroit qui me semblait le plus menacé.
Quant au peloton qui se trouvait de garde aux avantpostes,il se repliait aussitôt que l'attaque s'était dessinée comme sérieuse.
Celle-ci terminée, chaque sentinelle, qui était toujours double, devait rejoindre son poste.
Celles-ci étaient placées la première fois par un officier accompagné du sergent de garde. Tous deux devaient faire une ou plusieurs rondes pendant la nuit.
Les sentinelles étaieut toujours cachées, soit derrière des buissons, soit derrière un arbre.
Tout homme surpris endormi pendant sa faction était impitoyablement dégradé le lendemain matin de son rang- de soldat et devait servir, le restant de la campagne, comme porteur.
Une couple d'exemples suffirent ; plus jamais dans la suite aucune sentinelle ne fut prise en défaut.
Ceci dit, voyons la suite des événements.
Au reçu des renseignements fournis par mes auxiliaires, je m'étais porté en avant et j'avais établi mon campement, le il, à Bena Kapwa, dans une position magnifique au point de vue de la défense.
Je me trouvais, en effet, dans un terrain entièrement découvert et dont l'herbe rase empêchait toute surprise de la part de l'ennemi.
Ayant appris alors d'une façon certaine l'endroit où se trouvaient les forces des révoltés, j'envoyai l'ordre à Albert et à Mohamédi de se replier en arrière, même pendant la nuit, s'il le fallait.
Cet ordre fut exécuté d'une façon très intelligente ; mes deux auxiliaires vinrent établir leur campement vers minuit dans un petit village à environ 1,500 mètres sur la droite de notre camp.
Le combat étant imminent, j'avais passé la journée à placer moi-même les sentinelles et à donner à chacun ses instructions en cas d'alerte.
L'endroit par lequel nous serions presque certainement attaqués étant connu, je modifiai quelque peu mon dispositif habituel.
C'est ainsi que je plaçai à cheval sur la route probable par où viendrait l'ennemi et à environ 500 mètres du corps principal,un détachement commandé par Swenson ayant sous ses ordres les sous-lieutenants Gervais et Burke.
Ce détachement était lui-même gardé par de petits postes et des sentinelles avancées.
Le corps principal, qui se trouvait directement sous mes ordres, était formé en carré.
Le capitaine Bastien commandait l'aile droite, Windey l'aile gauche. Bollcn était à l'avant, Spilliart à l'arrière, mes « anciens » formant réserve générale au centre.
Albert et Mohamédi se trouvaient, comme je l'ai dit plus haut, un peu en avant et à 1,500 mètres sur ma droite.
La nuit était venue, noire, opaque, sans lune et presque sans étoiles : une véritable nuit à surprises.
Un silence lourd, qui avait quelque chose de morne, s'était appesanti sur le camp ; il s'était comme recueilli sous l'attente d'un événement mystérieux et formidable. Seul le rire strident des hyènes et l'aboiement des chacals troublaient lugubrement le silence de la nuit.
Il était près de 3 heures du matin et nous pouvions espérer que la nuit se passerait sans alerte, quand, tout à coup, un coup de fusil éclate, puis deux, puis trois. Un court silence, puis une salve de peloton...
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Quelques rumeurs s'étant fait entendre dans le camp, « Silence ! criai-je, éteignez les feux et chacun à vos postes ! »
Aussitôt, mes trois ordres furent exécutés ; cinq minutes après, je pus constater que chacun occupait le poste qui lui avait été assigné pendant la journée et que tous s'apprêtaient à faire vaillamment leur devoir.
Après la salve exécutée par le petit poste, les révoltés se déployèrent en un vaste demi-cercle, afin d'essayer de nous envelopper.
Cette manœuvre leur ayant demandé quelques minutes, ce court laps de temps avait suffi à chacun des nôtres pour occuper son poste de combat.
Les instructions que j'avais données dans la journée furent ponctuellement suivies.
Swenson s'étant porté en avant pour soutenir son petit poste, Gervais gagna au pas gymnastique son flanc gauche, tandis que Burke prolongeait son flanc droit tout aussi rapidement.
Ces deux officiers, bien qu'assistant à leur premier combat, furent tous deux admirables de sang-froid et d'entrain.
Les Batétélas, ayant achevé leur mouvement, nous attaquent avec rage, avec folie; on sent qu'ils jouent leur va-tout et qu'ils se sont juré de vaincre ou de mourir.
Mais si l'attaque est énergique, la défense ne l'est pas moins et pour ceux qui, forcément, sont au repos, c'est
une chose d'un tragique sans nom, que ce combat dans la nuit, où l'on n'a pour se guider que le feu des fusils de l'adversaire.
Nous sommes, nous, rivés à notre camp, lui peut manœuvrer : sa présence ne nous est révélée que par les coups qu'il nous envoie !
La fusillade se continue ainsi, pendant une heure, rageuse, désespérée ; mais alors l'ennemi semble faiblir et Swenson porte en avant son héroïque petite troupe. Or, ce que nous avions pris pour une reculade de l'ennemi n'était qu'une adroite manœuvre de sa part ; il avait profité de la marche en avant de Swenson, pour faire avancer, derrière lui, un corps considérable dans l'espoir de piller le camp, qu'il escomptait peut-être sans défense, et prendre ensuite nos troupes entre deux feux.
Cette manœuvre fut déjouée. Aussitôt que les révoltés se présentèrent en face de Bollen, celui-ci, bien qu'assistant également à sa première bataille, les reçut par une succession de feux de salve, faits avec la même correction qu'à la manœuvre.
C'était magnifique,et volontiers j'aurais crié « Bravo! »
Mais bientôt Swenson s'est aperçu de la manœuvre de l'ennemi : comme un vieux sanglier acculé par la meute, il fait un brusque demi-tour et se rue à nouveau sur l'ennemi qui, pris dans son propre piège, se trouve lui-même entre deux feux et est enfin obligé de songer à la retraite.
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En se retirant, les révoltés vont butter contre le camp d'Albert Frees et de Mohamédi, qu'ils ne connaissaient pas, puisque ces derniers étaient arrivés pendant la nuit. Ils se croient alors tombés à leur tour dans une embuscade : la panique se met dans leurs rangs, qui, j usqu'alors, étaient restés unis ; ils se débandent et prennent la fuite dans toutes les directions.
Il était alors exactement 5 beures 10 ; le jour commençait à poindre.
Je fis rassembler la réserve, ainsi que les troupes restées inactives, et je les lançai, sous les ordres du capitaine Bastien, de MM. Spilliart et Windey, derrière les fuyards que Mohamédi et Albert poursuivaient déjà.
La poursuite dura toute la journée du 12.
Xos pertes furent assez sensibles ; nous avions six soldats tués et dix-sept gravement blessés.
Quant aux pertes de l'ennemi, elles furent énormes. Leurs deux chefs principaux, Yamba-Yamba ainsi que Ulédi, furent tués et, ce qui peut donner une idée de l'acharnement de la lutte, plus de nonante cadavres furent trouvés sur un espace d'un peu moins d'un hectare.
Tous, dans ce combat, officiers et soldats, se sont montrés admirables d'énergie et de sang-froid.
Je ne sais, en effet, ce que l'on doit le plus admirer dans ce combat de nuit. Est-ce l'héroïsme, la fougue, l'élan irrésistible de Swenson, de Burke et de Gervais,
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qui se battirent en lions, ou l'à-propos de Bollen, qui sut entrer en action si bien à point, ou enfin le calme, le courage raisonné du capitaine Bastien, de Spilliart et de Windey, qui, rivés au poste que je leur avais ordonné d'occuper, assistaient impassibles à la lutte et l'arme au pied, plaisantaient avec leurs hommes sur la grêle de balles qui venaient s'abattre autour d'eux, et savaient, par leur calme, empêcher ceux-ci de s'énerver et de gaspiller inutilement leurs munitions.
Deux faits aussi prouveront quel était le moral de nos soldats.
Un Mongo nommé Manguelli rentrant de courrier, pendant le combat, alla, quoique n'ayant que cinq cartouches, prendre sa place près de son chef de peloton. Mendiant une cartouche à chacun de ses voisins, il put faire le coup de feu jusqu'à la fin de la bataille. Un autre, nommé Abuganga, s'empara à lui seul de quatre fusils et fut promu caporal sur le champ de bataille.
Honneur soit donc rendu à tous ces braves : je salue en eux une troupe de héros !
Cette belle bataille, malheureusement, ne devait pas avoir de lendemain ; toute cette expédition ayant dû être improvisée au plus vite, nous n'avions aucune espèce de vivres avec nous et nos marchandises étaient dérisoires. Enfin, pour comble de malheur, le pays que nous avions à parcourir à la suite de l'ennemi avait été complètement pillé et ruiné par celui-ci.
Le lendemain de la bataille, De Bêche et De Cock, arrivaient avec 150 hommes de Lusambo, mais à eux non plus on n'avait pu presque rien donner, ni comme ravitaillement, ni comme marchandises.
Partis de Kapwa le 16 novembre, nous étions arrivés à Kabongo le 18 février sans incident remarquable, si ce n'est que blancs et noirs, tout le monde avait faim.
Il y avait trois mois que nous étions en route et nos pauvres soldats étaient obligés de se nourrir la plupart du temps de manioc non fermenté, quand encore ils en trouvaient, car, sans l'avoir vue, il est impossible de se faire une idée de la misère du pays.
A en juger par ses vestiges, il avait cependant dû être très florissant; mais, au moment de notre passage, il n'y avait plus que des ruines et des plantations dévastées.
Pas un être vivant ; à peine de loin en loin, quelques plantes de manioc, au milieu des hautes herbes. Les blancs, d'ailleurs, étaient à peu près aussi mal lotis que les noirs; on en jugera par le fait suivant :
Un jour, une oie magnifique venant de l'arrière volait au-dessus de la colonne.
Aussitôt qu'il l'aperçoit, Bollen me crie : « Commandant, commandant ! une oie !.... »
Celle-ci était justement au-dessus de ma tête ; sans prendre le temps de descendre de ma monture, je lui envoie un coup de fusil, l'oie décrit une courbe
majestueuse et repasse une seconde fois au-dessus de moi. Je lui envoie un deuxième coup de fusil, mais sans plus de résultat que la première fois.
Alors De Gock se retourne furieux et, s'adressant à Bollen, lui dit : « Eh bien ! que le commandant vienne encore se vanter de ses chasses !... je sais bien ce que je lui répondrai.
» Voilà maintenant notre dîner qui f... le camp. »
Dans des conditions semblables, la maladie avait beau jeu. Le 14 décembre, j'avais fait partir Bastien et Gervais, chacun avec un détachement de malades ou d'hommes affaiblis.
Le 20 décembre, Swenson nous quitta avec la dysenterie, et je fus obligé de faire partir De Bêche le 13 janvier, car il avait contracté la même maladie.
Le 15 janvier, je campai à Kabongo, dans le village de l'allié principal des révoltés. Ayant perdu toute trace de l'ennemi, j'avais envoyé De Cock et Bollen qui remontèrent l'un la rive gauche et l'autre la rive droite du Lomami, afin d'aller aux renseignements.
Ils rentrèrent le 16 au soir sans nouvelles.
Le 17, ce fut le tour de Burke et de Windey.
Chacun d'eux avait 120 hommes sous ses ordres et devait reconnaître le pays, le 1er au S. E. et le 2e au N. E.
Le 18, au matin, je reçus de Burke le billet suivant :
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Mon Commandant,
J'ai le- plaisir de vous informer que je suis sur la trace des révoltés.
Uae reconnaissance, que j'ai envoyée avec Kapopa, a rencontré une patrouille de Batétélas et l'a mise en fuite, après lui avoir tué deux hommes et en avoir blessé six.
On leur a pris aussi un Albini, un ceinturon et des cartouches que je vous envoie par quatre hommes de Mohamédi.
J'avancerai doucement demain et camperai sur la route
Ayez l'obligeance de nous envoyer vos instructions, ainsi que les femmes des soldats avec des vivres, car il n'y a rien à manger ici.
Les soldats sont en bon esprit et ne demandent pas mieux que de se battre.
Il y a sept heures de marche pour la caravane.
J'espère avoir de bonnes nouvelles à vous envoyer bientôt.
(S.) Intendant BURKE.
Un peu plus tard, je reçus un second billet me disant :
Mon Commandant,
Je vous envoie deux guides ; dans le cas où vous en auriez besoin, ils pourront vous montrer le chemin le plus court pour me rejoindre