‹ Au CongoChapitre 30 sur 51 · S.) O. MICHAUX · texte numérisé non relu

S.) O. MICHAUX

Je pris de suite toutes mes mesures : Après avoir envoyé un courrier rapide à Windey, afin de le faire rentrer le plus vite possible, j'allai établir mon nouveau campement à trois heures de marche de l'ancien,

Windey me rejoignit en effet dans la soirée ; tous nous étions bien heureux puisque nous avions enfin l'espoir d'en finir en livrant une bonne bataille quand, vers 7 heures du soir, un fugitif de la troupe de Burke vint nous annoncer sa mort.

Que s'était-il passé ?

Je pus le reconstituer dans la suite.

Le 18 au matin (au lieu d'attendre mes ordres, ainsi qu'il me l'écrivait le 17 au soir), Burke s'était décidé brusquement à se porter en avant ; enivré sans doute de son petit succès de la veille, croyant peut-être aussi pouvoir en finir à lui seul avec les révoltés, qu'il savait peu nombreux (il ne tenait aucun compte des bandes énormes de Kabongo), il avait résolu d'attaquer seul.

A partir de ce moment, il accumulait faute sur faute.

Alors qu'il savait n'avoir avec lui que des hommes affaiblis par la faim et les privations sans nombre, il leur faisait faire ce jour une marche de neuf heures ; en effet, parti le matin à 6 heures, il ne rencontra l'ennemi qu'à 3 heures de l'après-midi. Non content de cela, comme si la fatalité le poussait, il marchait en tête de ses soldats, sans avant-garde et sans s'inquiéter de savoir s'il était suivi !

Aussi, lorsqu'il alla donner tête baissée dans l'embuscade que l'ennemi lui avait tendue, n'y eut-il pas de combat,

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Frappé le premier, il n'eut même pas le temps de faire déployer les quelques hommes qui se trompaient le plus près de lui.

Ceux-si, le voyant tomber, prirent la fuite, entraînant les autres avec eux.

Ce fut la débandade générale, sans le moindre combat. Aussi, deux jours après, lorsque j'arrivai à cet endroit, je pus compter 27 cadavres sur la route et pas un, sauf celui de Burke,à la place où le combat avait dû avoir lieu.

Cette panique fut quelque chose de si insensé, que je dus attendre pendant deux jours pour rallier tous les fuyards, ceux-ci rentrant tous isolément.

Comme ils s'étaient cachés dans les bois environnants, je fis pendant deux jours faire des sonneries dans toutes les directions. Je pus, de cette façon, les rassembler presque tous : huit seulement manquèrent à l'appel.

Ainsi donc la folle équipée de Burke coûtait à l'Etat un blanc et trente-cinq soldats noirs.

Burke était certes un brave, il l'a prouvé ; mais sa mort même nous est un bel et triste exemple de ce que l'héroïsme seul ne suffit pas : à la guerre, l'obéissance est la plus précieuse des qualités d'un chef.

S'il avait exécuté mes ordres à la lettre, nul doute que j'aurais eu l'occasion d'écraser définitivement les révoltés dans un dernier combat,tandis que, par son acte de bravoure inconsidérée, il nous fit perdre une bonne partie des fruits d'une campagne longue et difficile.

Après avoir fait fouiller tous les bois, je me portai en avant, espérant bien que, enivrés de leur dernier succès, les révoltés consentiraient à me livrer une seconde bataille.

Mon espoir fut déçu : le 23, j'arrivais à leur nouveau campement, mais là, comme partout où ils avaient passé, je ne trouvai que la dévastation et la ruine.

Pendant un mois encore, je les poursuivis ; mais alors je n'avais plus que des squelettes pour soldats ; sous peine de les voir tous mourir de faim, je fus bien obligé de reprendre la route du retour.

Elle se fit sans incident ; je licenciai successivement les différents détachements formant mes troupes, ne conservant avec moi que les 115 vieux soldats avec lesquels j'étais partis de Lusambo.

A Nyangwé, des ordres formels du Gouvernement m'ordonnaient de les désarmer avant de m'embarquer pour l'Europe, car, moi parti, comme ils étaient de race Batétéla et Wabudja,on n'aArait plus de confiance en eux.

Ce fut donc sans armes que j'arrivai avec eux aux Falls.

Parmi les blancs qui se trouvaient dans celle station, il y avait un pays et un camarade.

Le brave Hambursin, l'artilleur intrépide qui, quelques mois auparavant, pointait tranquillement son canon à 100 mètres des bornas arabes, s'y trouvait cloué sur son lit de douleur.

Le héros, aux hauts faits duquel nous avions tous applaudi, était vaincu par la terrible hématurie.

Il mourut dans mes bras ; plus heureux en cela que tant d'autres, il eut au moins la consolation suprême d'exhaler son dernier soupir sur le sein d'un ami.

Quelques jours après mon arrivée aux Falls, où j'avais rencontré Dhanis, un steamer devait descendre à Léopoldville. Comme mon terme de service était expiré depuis longtemps, je résolus de prendre ce steamer, car je me sentais très fatigué.

Le jour du départ, une trentaine de blancs qui se trouvaient aux Falls s'étaient rangés sur la rive, afin de me faire leurs adieux.

Je me dirigeais vers eux quand, tout à coup, je vois une longue file noire d'hommes, marchant deux par deux cl semblant se diriger vers nous.

Intrigué, je m'arrête un instant; bientôt je reconnais mes anciens soldats qui, eux aussi, ont tenu à assister à mon départ.

Ils sont conduits par Mussongo.

Arrivée près de moi, toute la troupe fait front et salue militairement. Mussongo s'avance alors vers moi :

« Ghibalanga, me dit-il, nous n'avons plus de fusils pour te rendre les honneurs, mais nous avons tenu quand même à venir te saluer avant ton départ pour M'Puttu, te souhaiter un bon voyage et te dire que tu emportes nos cœurs avec toi. »

— « Mes enfants, répondis-je, je vous remercie beaucoup. Restez toujours »

En ce moment, un sanglot m'étouffa et, ne pouvant plus continuer, j'étreignis Mussongo dans mes bras ; je serrai les quelques mains les plus proches et je me précipitai en pleurant dans ma cabine.

Quant aux blancs qui étaient réunis pour me saluer, je ne les vis même pas et je passai devant eux en courant.

Après mon départ, tous mes anciens soldats ont fondé un village près des Falls et lui ont donné mon nom.

Voici ce que l'Almanach du Congo, .édité en 1900 par les prêtres de la mission Saint-Gabriel, a Stanley-Falls, publie à la page 16 :

(( Un coup de fusil avertit nos voisins et bons ouvriers de Chibalanga, qui accoururent avec leurs mousquets. (Ghibalanga est le nom du commandant Michaux.)

» Ses anciens soldats ont gardé affectueusement son souvenir.

» Gomme les vieux légionnaires de la Rome antique, après avoir essuyé le feu des batailles, ils cultivent leurs champs et goûtent les loisirs de la paix. »

En quittant les Falls, je regagnai Borna, puis la Belgique, je ne vous parlerai pas de mon voyage du retour.

J'ai cependant encore un mot à vous adresser avant de finir mon récit.

Des camarades m'ont souvent demandé si je crois qu'en cas de conflit avec une grande puissance quelconque, l'Etat du Congo, livré à ses seules ressources, pourrait faire une résistance honorable.

Gomment donc ! Tellement honorable môme que, le cas échéant, il stupéfierait le monde !

N'oublions pas que la plupart de nos officiers en Afrique sont aguerris, ainsi que les troupes qu'ils commandent ; les uns comme les autres ont fait leurs preuves.

Seulement, à mon humble avis, et mon opinion est tout à fait personnelle, si un jour des forbans nous attaquent, nous ne devons pas livrer de grandes batailles. La tactique à suivre serait celle-ci :

Ne défendre que deux points ; les passes de Borna ainsi qu'un endroit central, soigneusement choisi et puissamment fortifié ; où l'on aurait accumulé toutes espèces de vivres et de munitions.

En cas de guerre tous les bateaux du fleuve iraient se mettre en sûreté sous les canons de la place.

Quant aux troupes de l'Etat, elles seraient réparties en quarante à cinquante guérillas, d'une force de quatre à cinq cents hommes chacune, sous les ordres de deux blancs. Le commandant et son second.

Chaque guérilla opérerait pour son propre compte et aurait ordre de ne jamais accepter le combat, elle devrait tendre partout des embuscades, dans lesquelles elle

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tirerait de 3 à 5 cartouches ; puis au moment où l'ennemi voudrait riposter, elle s'éparpillerait pour se reconstituer à quelque distance et recommencer sur un autre point.

Chaque groupe aurait un numéro d'ordre : de 1 à X. En cas de nécessité, lorsque plusieurs de ceux-ci concouraient à une même action, le commandant de la guérilla qui aurait le numéro le moins élevé, aurait momentanément la direction de l'opération ; celle-ci terminée, les autres redeviendraient immédiatement indépendantes.

Nos troupes devraient également être très mobiles, nos officiers n'ayant avec eux que le strict nécessaire, réduit à quelques demi-charges.

Quant à nos officiers, on devrait les choisir parmi les plus intelligents et les plus énergiques et surtout les plus sympathiques.

Ce qu'il faut avant tout, c'est un caractère ferme qui, leur permettant de regarder le danger en face, leur laisse toute leur liberté d'esprit et leur donne l'immense avantage d'être en possession de la plénitude de leurs moyens, afin de pouvoir prendre immédiatement une résolution et de l'exécuter avec vigueur.

Les qualités du cœur leur seront aussi de toute nécessité. Il faut qu'ils connaissent bien leurs hommes, qu'ils sentent leurs besoins et comprennent leurs aspirations, qu'ils compatissent à leurs peines, partagent leurs fatigues et sachent subir les mêmes privations qu'eux.

Connaissant bien leurs hommes, ils s'en feront aimer et posséderont leur confiance ; au jour du danger, ce ne sera pas alors une masse inconsciente et purement passive qu'ils lanceront sur l'ennemi. Ce seront des hommes qui les aiment, qui les comprennent, qu'ils auront fait leurs ; leur force individuelle sera centuplée par cent volontés qui, se joignant à la leur, formeront un tout formidable,.... invincible.

Quant aux troupes, dès maintenant on devrait les exercer journellement au tir, leur donner une haute paie lorsqu'elles entrent en campagne et les habituer à ne toucher cette paie que lorsque la campagne est terminée.

Si nos troupes étaient conduites dans ces conditions, je ne doute nullement que le prix et les sacrifices qu'une puissance devrait s'imposer pour conquérir le Congo ne devinssent si fabuleux qu'aucune ne voudrait en courir les risques.

Mais ce sont là les moyens extrêmes, auxquels, j'espère bien, nous ne devrons jamais recourir.

C'est la simple serrure de sûreté que chacun de nous met à sa porte.

Encore faut-il que nous n'oubliions pas de pousser le verrou.

Ne trouverions-nous pas insensés ceux qui, sachant que des gens mal intentionnés ambitionnent leurs richesses, veulent les dévaliser, rôdent déjà autour de

leurs maisons, ne prendraient cependant aucune mesure pour sauvegarder leur bien ?

Je vous en supplie, ne soyons pas ceux-là !

Quelle que soit notre opinion politique, n'oublions pas que nous sommes Belges avant tout, que nous avons un riche patrimoine à conserver à nos enfants, un nom glorieux à leur transmettre.

Et lorsque nous entendons des marchands rapaces, toujours les mêmes, qui, se couvrant hypocritement d'un masque faussement humanitaire, médisent de notre belle colonie, disons bien haut qu'ils ont menti ! Si quelques faits délictueux ont été commis, ils ont été réprimés aussitôt connus !

Quelques-uns, peut-être,auront échappé au châtiment, mais ne faut-il pas être d'une mauvaise foi insigne pour en rendre le Gouvernement responsable ? N'y a-t-il pas dans tous les pays des voleurs et des assassins ?

11 ne faut pas conclure d'une rare exception à une règle générale !

C'est cependant ce que l'on veut faire pour le Congo.

Ne négligeons donc aucune occasion de démasquer la cupidité et la mauvaise foi de ceux qui nous calomnient,

N'oublions pas que leur cœur vénal ne s'émeut que pour des populations sur les territoires desquelles il se trouve beaucoup d'or, de cuivre ou de caoutchouc.

Que l'exemple de certains petits peuples qui ont tant d'affinité avec nous et qui, eux aussi, ont été diffamés et vilipendés, nous serve de leçon !

Et chaque fois que nous entendrons les bons apôtres s'apitoyer sur le sort de pauvres nègres qui sont infiniment mieux traités chez nous que dans la plupart de leurs colonies, disons-nous que le danger est peut-être proche, que des malfaiteurs veulent nous dévaliser...

A leurs yeux, nous avons deux grands torts : le premier c'est de n'avoir pas de cuirassés, le second c'est de posséder une belle colonie qui, jusqu'ici, a échappé à leur domination.

Ne cherchez pas autre chose.

Faisons tout ce que nous voulons, soyons aussi parfaits que possible ; ils n'en continueront pas moins à crier à l'abomination ; leur siège est fait.

Xe nous endormons donc pas dans une fausse quiétude, le danger est plus réel peut-être qu'on ne le croit, puisque des voraces ont faim.

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Nos glorieux morts. — Heureux avènement. — Magnifiques résultats obtenus. — Quelques vœux pour l'avenir. — Clairons sonnez aux champs !.. au drapeau ! !

La première édition de cet ouvrage a paru il y a six ans à peine et cependant que d'évènemeuts se sont accomplis depuis cette époque !

Notre grand Roi, le Créateur de l'œuvre africaine est mort !

Celui dont le règne fut pour son peuple une splendide leçon d'énergie, d'audace et de ténacité, n'est plus !

Lorsque le Congo était encore représenté sur la Carte d'Afrique par une tache blanche, il a su deviner les richesses de ce Continent mystérieux, et malgré l'inertie, l'indifférence et même l'incrédulité de la plupart des Belges, après trente années d'efforts continus, par la seule force de sa volonté, il a doté son pays d'une splendide colonie 80 fois plus grande que la Mère Patrie.

Presque seul, avec l'aide de quelques hommes d'élite, tels que Banning, Lambermont, Strauch, Bernaert et Thys, il a accompli une tâche peut être plus grande encore, puisqu'il a su tirer ses compatriotes d'une torpeur légendaire.

Après les avoir animés de son initiative hardie et de sa clairvoyance extraordinaire, il en a fait un peuple entreprenant et colonisateur.

Mais à tous ces bienfaits d'un ordre matériel, il en a ajouté d'autres d'un ordre moral supérieur.

Il y a trente ans, cette terre d'Afrique, était une terre d'épouvante et d'horreur, tout entière au pouvoir d'Arabes esclavagistes ou de féroces anthropophages.

Aujourd'hui tout le Congo est pacifié. L'Arabe a été vaincu, chassé du territoire, et le cannibalisme s'est fait honteux, se cache et n'existera bientôt plus qu'à l'état de légende.

Or, si de nos jours toutes ces populations peuvent vivre en paix, prospérer et se développer librement, c'est à Lui qu'elles le doivent, à Lui notre grand Roi LÉOPOLD II. O

(*) Voici en quels termes le Cardinal Lavigerie dans sa lettre du 8 Novembre 1889 et Paul Leroy-Beaulieu dans son ouvrage « De la Colonisation des peuples modernes, t. I, p. 264, rendent hommage à l'œuvre de LÉOPOLD II :

« La postérité placera parmi nous le nom de LÉOPOLD II à la tète de ceux des bienfaiteurs les plus insignes de l'humanité pour l'initiative souveraine, la persévérance, les sacrifices mis par lui au service d'une telle cause ».

(Cardinal Lavigerie).

« Ce sera l'éternel honneur du Roi LÉOPOLD d'avoir deviné l'avenir de cette partie du monde, de l'avoir préparé par d'immenses sacrifices, de ne s'être laissé envahir ni par la fatigue ni par le doute qu'eussent pu susciter chez un esprit moins ferme les lenteurs et les mécomptes du début. Il mérite par là d'être compté au rang des plus grands souverains de ce temps comme créateur d'empire ».

(P. Leroy-Beaulieu).

Morts aussi, mes deux anciens chefs, ces deux héros de l'épopée congolaise, Dhanis et Paul Le Marinel.

Mort également, Albert Lapière, ce brave entre les braves, celui de tous mes officiers qui le plus longtemps a servi directement sous mes ordres, celui auquel j'étais resté le plus attaché.

Morts encore Roget, Popelin, Van den Heuvcl, Van de Velde, Burdo, Crespel, Hanssens, Ilanolet, Hambursin, Ramackers, de Wouters, de Heusch, Van Kerchove, Cambier, Milz,Becker, Ponthier, Dubois, Légat, Tobbac, Doorme, Dufour, Droeven, Swenson, Antoine, Duchêne, Prégaldien, les Pères De Decken et Huberland, le Professeur Laurent et d'autres, hélas dont le nom n'évoque déjà plus qu'un lointain souvenir.

Et cependant, tous dans leur domaine ont été des héros.

En soldat, je les salue du sabre et je leur dis :

« Vous qui avez si grandement et si noblement rempli toute votre tâche :

(( Vous, qui sans compter, par devoir, par dévouement, avez consacré les plus belles années de votre vie à l'œuvre féconde de la colonisation :

« Vous, qui par votre travail, votre courage et votre abnégation avez soustrait tout un peuple à la barbarie et avez contribué si largement à la prospérité de notre

Pays, dormez et reposez en paix dans le grand sommeil éternel :

« Vous avez bien mérité de la Patrie. »

Bien que datant de quatre années à peine, l'avènement du Roi ALBERT a déjà eu de profonds et féconds résultats tant au Congo qu'en Belgique.

Succédant à un Souverain comme LEOPOLD II, sa tâche était certes difficile.

Aujourd'hui, grâce à ses qualités de cœur et d'esprit grâce à un travail de tous les instants, nul Souverain, nulle Famille régnante, n'est plus populaire, plus aimée ni plus respectée que la nôtre.

Voilà pour la Belgique.

Quant au rôle qu'il était appelé à jouer dans nos affaires coloniales, Il s'y est préparé dès son enfance.

Il s'est occupé toujours avec passion de tout ce qui concerne les questions maritimes et coloniales.

Dès qu'il l'a pu, Il s'est embarqué pour le Congo. Le récit des explorateurs avait tout à la fois amusé son en fance et éveillé toutes les curiosités de son adolescence.

Cette colonie, Il n'a pas voulu la parcourir simplement en curieux. Conscient de son rôle de Prince et des responsabilités qu'il aurait un jour à assumer, il a voulu voir le pays, tel qu'il est et s'assurer par lui-même de ses richesses et de ses besoins ,

Aussi, à peine sur le trône, Il a déjà rendu d'immenses services aux colons, aux indigènes, aux agents et aux anciens agents.

C'est à lui que nous devons :

1°) Un secours aux veuves et parents besogneux d'agents décédés de l'ancienne administration coloniale.

2°) Une indemnité de voyage aux femmes légitimes de magistrats, fonctionnaires, militaires ou agents du Gouvernement colonial, accompagnant leurs maris au Congo.

3°) Une indemnité de voyage aux religieuses, missionnaires au Congo, rentrant en congé en Europe.

4°) Un subside aux missions du Congo Belge, spécialement aux missions enseignantes.

5 ') Un subside au service d'hygiène du Congo Belge (maladie du sommeil, lazarets, missions scientifiques, indemnités de voyage et de séjour résultant de la fréquentation du Cours de l'Ecole de médecine tropicale). Achat d'instruments de précision.

6n) La création d'un sanatorium sur les bords de la Méditerranée et indemnités de séjour pour les agents malades de l'administration coloniale.

7°) Un subside pour le balisage du fleuve Congo.

8°) L'envoi d'une mission ethnographique.

9°) Traitements et salaires relatifs à la construction de l'Ecole coloniale de Tervueren et des cultures maraîchères et fruitières de Laeken et de Tervueren,

10°) La construction d'hôpitaux pour noirs.

11e) Fonds pour favoriser le mariage des femmes indigènes unies à des monogames.

12°) Expérience et installation de télégraphie sans fil.

13°) Don d'un bateau rapide pour le service des postes.

14°) Enfin il a accordé une pension civique aux anciens africains, aux pionniers de la première heure.

Rompant avec une habitude bien nationale, Il a voulu montrer à tous que, s'il convenait d'honorer toujours les morts, il était parfois seyant de savoir récompenser les vivants.

Son geste généreux aura certes jeté la consternation dans certains milieux qui se seront demandé avec stupéfaction, si le monde était changé ! ! !

On leur avait toujours enseigné que pour honorer ou récompenser un Belge, il convenait d'attendre qu'il fût mort!

En récompensant les vieux, Il aura par le fait même stimulé l'ardeur des jeunes.

Au nom de tous les Congolais, qu'il me permette de Lui crier respectueusement :

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