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Rome, 20 mai 1918.

Mgr E. Dügas, Vicaire capitulaire,

Joliette.

Mon cher ami,

Je reçois à l’instant même votre lettre du 6. Il me tardait de recevoir des détails précis sur cette mort, dont la nouvelle | | était venue me frapper à Malte, au milieu des fêtes du Congrès eucharistique.

Merci ! pour la bonne pensée qui vous a poussé à m'écrire. J’ai pleuré, je pleure encore avec vous et avec ceux qui vous

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Mont-Cassin

entourent dans cette maison naguère si vivante, maintenant si triste et dont l’atmosphère doit être si lourde depuis la disparition de votre évêque bien-aimé.

Ecrasé dans ma douleur au reçu de la dépêche mortuaire, j'ai annoncé le décès de Mgr Archambeault au cardinal-légat et aux évêques présents à Malte. Tous ont partagé notre deuil, d’autant plus que l’illustre défunt était bien connu d’un bon nombre qui l’avaient vu et entendu à Vienne, au Congrès précédent. A la tristesse générale se joignait l'éloge ; il n’y avait qu’une voix pour dire les belles qualités, les grandes vertus, la science, le zèle, l’activité dévorante de l’évêque de Joliette. Tous ceux qui avaient eu l’avantage de l’approcher, aimaient à rappeler son amabilité, la vivacité de sa conversation, son ardente piété, et, au milieu des paroles animées et provoquant la äiscussion, une charité toujours en éveil qui retenait le mot trop prompt, ou atténuait tout de suite une répartie trop brusque.

Il avait du coeur, autant que de l'esprit,

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et sa franchise n’était jamais en défaut.

11 vous aimait plus que vous ne sauriez l’imaginer, vous ses prêtres, ceux de sa raison, et tous les membres de son ciergé.

Comme il aimait à parler de sa famille sacerdotale!! À mon retour à Rome, je trouve les mêmes expressions de chagrin et les mêmes louanges chez tous les personnages que je visite ou qui viennent me voir. Pas un qui ne dise combien il était intelligent et bon, et comment son besoin d’apostolat le suivait partout.

Ici même, au cours de son récen: voyage, il baptisait, confirmait et Admettait, à la première communion une personne qu’il avait convertie. Cette cérémonie très touchante s’est faite dans la pieuse Chapelle des Soeurs Réparatrices. Le pape a daigné me parler en termes émus de Mgr Archambeault, et les cardinaux— ceux que j’ai pu voir — m’ont dit leur chagrin et leur sympathie en faisant l’éloge de votre cher défunt. I1 n’y a qu’une voix pour dire que le diocèse de Joliette, que

DE MALTE 163 a …—

l'Eglise tout entière du Canada subit, par sa mort, une perte bien grande, et que le vide sera vraiment difficile à combler.

Vous le sentez plus vivement que tous autres, vous qui avez vécu dans son intimité épiscopale, témoins de son dévouement, gardiens des monuments impérissables qu’il laisse, et continuateurs obligés de ses grandes oeuvres. Vous avez recueilli un héritage bien précieux qui doit être conservé, qui fructifiera bien longtemps sous le souffle de la pensée et du sentiment qui l’amassaient autour du trône épiscopal de Joliette. On reste émerveillé quand on voit tout ce que Mgr Archambeault a su faire en si peu d’années, et comment il a su faire tant et de gi belles choses. Le culte divin, l'éducation chré.

tienne de la petite enfance, des adolescents, de la jeunesse, le soin des pauvres, des malades, des vieillards et des orphelins, les sphères plus étendues où il traitait des grands intérêts de l'Eglise, la vigueur et la sûreté de ses vues en matiè-

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res dogmatiques ou morales, ses travaux incessants que soutenait un désir insatiable de posséder à fond, et de communiquer ensuite aux autres la doctrine de l’Eglise dans toute sa pureté, avec toute son intransigeance, tout cela s’harmonisait dans son esprit, et dans la pratique s’est traduit par ce que l’on peut appeler une vraie Carrière épiscopale dans toute la force de l'expression.

Le nom de Mgr Joseph-Alfred Archambeault vivra dans l’histoire de l’Eglise au Canada, et y brillera d’un éclat très particulier. Il a été vraiment évêque, il a mené la vie, il a fait les oeuvres d’un évêque de la sainte Eglise de Jésus-Christ.

Priez, mon cher ami, je prie avec Vous, Pour que le Saint-Esprit dirige toutes choses afin que son successeur soit vraiment son héritier, possède son coeur, ait son intelligence, dépense avec le même zèle, pour la gloire de Dieu et le bien des âmes, d’égales réserves d'énergie, de dé-

DE MALTE 165 Et D Be

Vouement. — Oh! c’est vraiment demander beaucoup. Mais le bon Dieu est si Puissant, et puis nous le supplions tous ensemble pour l’amour de l'Eglise notre mère.

Je vous fait part de toutes les sympapathies dont je reçois ici, partout et chaque jour, l’expression évidemment très sincère; pour moi, c’est l’affliction fraternelle que je Partage avec vous dans la prière fervente offerte Pour notre bien.

cher et très regretté ami et collègue, Mgr Archambeault.

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Rome, 22 mai 1913.

Aujourd’hui, fête du Très Saint-Sacrement, la Fête-Dieu. Autrefois elle était très populaire et se Célébrait à Rome avec une très grande pompe.

C'était au temps des papes-rois et de la religion libre. Tout le peuple prenait part à la procession somptueuse qui se déroulait dans les rues de la ville, allant d’une basilique à l’autre; maintenant les manifestations religieuses de ce genre sont interdites dans la ville éternelle.

Toutefois, les traditions sont tellement ancrées dans l'esprit du peuple que la Fête-Dieu, rayée du Catalogue des fêtes d'obligation, a été Cependant observée

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d’une manière très générale. Les travaux extérieurs ont été suspendus et les magasins fermés, beaucoup de monde dans les églises, et même des Communions en grand nombre,

Ce matin je suis allé dire la messe chez les Religieuses de Marie Réparatrice, dans leur chapelle de la via Lucchesi.

J'avais vu leurs soeurs à Malte où la supérieure est une française, soeur d’un con-gressiste avec qui nous avons voyagé, M.

Mérillon. C’est dans leur couvent que Mgr Heylen, président du comité permanent, a séjourné durant le Congrès. C’est une Communauté éminemment eucharistique. Le Saint-Sacrement y est exposé en permanence et les religieuses Y sont constamment en adoration au pied de l’autel. Leur Chapelle de Rome est un des sanCtuaires les plus fréquentés, Tous les soirs deux heurcs avant l'Ave Maria, elle se remplit littéralement. 1] J a beaucoup d’habitués très fervents et aussi des visiteurs curieux qui veulent voir le défilé

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très imposant des religieuses à l'entrée et à la sortie, et aussi entendre leur chant très pieux. Le choeur des religieuses est séparé de la nef par une grille. Elles y portent sur leurs vêtements blancs un manteau bleu avec longue traîne, ce qui est réellement d’un effet très joli.

La piété fervente domine ici tous ces petits détails dont elle se sert pour attirer les âmes et les faire prier. Nous avons maintenant à Montréal des Religieuses de Marie Réparatrice. Après avoir habité une maison temporaire, elles sont depuis le premier septembre 1912, installées dans leur monastère, avenue Mont-Royal, à une.

petite distance de l’endroit où la messe a été chantée en plein air, lors de Pinoublia-

ble Congrès eucharistique de Montréal, en 1910.

Cet après-midi,répondant à l'invitation gracieuse de Mme la supérieure, je suis allé présider la procession solennelle du Saint-Sacvement au couvent du Sacré- Coeur, à la Trinité-du-Mont.

Vous connaissez cet endroit tout près du Pincio. Vous vous souvenez du délicieux petit oratoire de la Mère Admirable dans un des corridors du couvent. Avec l’église, et l'académie de France, la maison du Sacré-Coeur est une propriété de l’Etat français et fonctionne sous la protection de son gouvernement. Les élèves-pensionnaïres et externes y sont nombreuses, de diverses nationalités, mais surtout fran- Gaise et italienne.

La cérémonie de ce jour avait attiré une foule considérable, dans laquelle il y avait naturellement aux premiers rangs les parents des élèves et les amis de l’institution.

C’est dans les réunions de ce genre, et telles qu’elles se produisent partout à certains moments qu’on peut voir combien les congrégations enseignautes possèdent l'estime et jouissent de la confiance des esprits les plus sérieux et les plus distin-

gués,

La procession, en .ête de laquelle marchaient les religieuses avec leurs élèves, comprenait spécialement les étudiants du Collège Germanique, ceux du Collège Américain du sud, plusieurs prêtres et religieux, quelques évêques parmi lesquels NN. 88, Virili et Vas Concellos.

Elle se déroula lentement dans les allées du jardin abondamment décoré.

Vous savez tout ce que peuvent accomplir des religieuses en Pareille occurrence.

Du reste, les lacets en pente douce sur le flanc du petit coteau s’y prêtaient ad.

mirablement.

Outre le chant bien fourni, il y avait la fanfare des jeunes salésiens du collège du.

Sacré-Coeur.

La Procession, qu’on eut le talent de rendre assez longve dans cet espace restreint, offrait un fort joli coup d’oeil.

Et ce qui n’était pas le moins gracieux,

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un groupe des plus jeunes élèves, toutes petites Communiantes, parées de blanc et de rose, allaient jettant sur le passage du Saint-Sacrement, avec un ensemble et une précision admirables, des fleurs dont la provision se renouvelait comme par enchantement dans les élégantes corbeilles ornées de ruban qu’elles portaient en sautoir.

De retour à l’église, trop petite pour contenir la foule, il y eut le chant ordinaire du salut et lecture ou plutôt récitation à haute voix par toute l’assistance, d’un acte de consécration au Sacré-Coeur dont on avait distribué les feuilles,

Rien n’impressionne davantage que les prières auxquelles leg assistants prennent ainsi part effective en récitant les mêmes paroles avec l’officiant. À Malte les fidè.

les récitent en même temps que le prêtre l’oraison du Tantum ergo, et se tiennent fréquemment Jes bras étendus comme le prêtre à l'autel.

trouve la porte fermée et toute la façade dans les ténèbres, Aucune lumière aux fenêtres et pas même chez le concierge, Ceci m'étonne, car son secrétaire m'avait fort bien dit que Son Eminence, toujours fort occupée durant la journée, recevait après l’Ave Maria et aussi longtemps qu’il venait des visiteurs. J'attends quelques minutes, après avoir sonné plusieurs fois, puis j'allais remonter en voiture pour rentrer au Collège Canadien, quand un gardien de la Paix, qui faisait les cent Pas au carrefour voisin s'approche et me dit: “ Vous désirez voir l’Eminence ? — Mais, oui.—Alors Prenez patience. Toute la famiglia vient de monter à l’oratoire Pour réciter ensemble le rosaire et faire la prière du soir, — Et c’est comme cela

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chaque jour? — Sicuro. Les réceptions commencent ensuite, ” En effet, après une demi-heure d'attente, je vois les fenétres s’éclairer; les portes s'ouvrent, j’entre et je vois descendre tous les membres de la maison cardinalice et leg domestiques eux-mêmes qui viennent . faire leurs prières du soir avec Son Eminence, Malgré l’heure tardive je suis conduit 4a &rand salon où le Cardinal m’attendait.

Le cardinal Rampolla est le grand prieur de l’Ordre de Malte, qui est encore reconnu comme Souverain par le pape, l’empereur d'Autriche et l'Italie, Le grand-maître actuel est un autrichien, le comte Galeazzo de Thun Hohenstein, baron de Castelfondo, qui est du Trentin, ce qui fait qu’il est Autrichien de fait pour les Autrichiens, et Italien de droit Pour les Italiens.

Le palais de l’Ordre des Chevaliers de Malte, sur le Mont-Aventin est un ancien monastère de bénédictins, C’est

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là que le moine Hilldebrand, plus tard le Pape saint Grégoire VII, prononça ses voeux.

En sa qualité de grand prieur de Malte, le cardinal s’intéressait tout naturellement à tout ce qu’on pouvait lui dire sur le Congrès de Malte.

Et puis l'église titulaire de Son Emi- -:ence est celle de Sainte-Cécile, au Trans- «ère. Elle s'élève sur les ruines mêmes de la maison de lillustre martyre, et le cardinal l’a fait récemment restaurer et décorer avec une grande richesse, Le tombeau de sainte Cécile, qui renferme, comme on le sait, son corps demeuré intact, est tenu en grande vénération par

le peuple romain.

Mont-Cassin, 24 mai 1913.

Nous sommes arrivés ici vendredi dans la soirée. Une route moderne permet de faire assez facilement l’ascension de la montagne, au sommet de laquelle s'élève le célèbre Monastère, Elle monte en zigs- Zags et traverse la voie romaine, fréquentée encore par les piétons et par laquelle

remplacé par le Couvent. Celui-ci avec ses dépendances oCCupe tout le plateau du baut duquel il semble dominer majestueusement les collines et les vallons d’alentour. C’est comme un immense nid d’aigle, celui de La sainteté, de la science, et de l’activité monastique,

Nous sommes, en effet au berceau de la vie religieuse en Occident.

C’est ici qu’à vécu et que mourût le plus grand législateur de l’ère chrétienne, le Moïse de l'Europe. La règle qu’il écrivit se vit encore en ce même lieu, comme elle a vécu et qu’elle vit toujours en cent autres monastères de l’Europe. C’est ici que la barbarie envahissante a rencontré son maître C’est ici qu’est descendue, Pour se répandre dans toutes les directions à travers l’Occident, l’action civilisatrice qui portait en elle, avec la religion du Christ, l’adoucissement des moeurs, dans la formation des peuples nouveaux.

Par leur travail et Par leur influence, les moines bénédict'ns ont fait pénétrer Partout, en même temps que la douceur bienfaisante des préceptes évangéliques, des habitudes et des goûts de labeur intellectuel allant de pair avec le travail Manuel, et dont le résultat a été le défrichemrent Progressif de la. terre, la conser-

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D DE MALTE 177 PE vation des trésors intellectuels reçus en héritage des siècles passés, et un progrès

Sans cesse renaissant dans la culture des

lettres, des arts et des sciences dans toutes les sphères,

Le Mont-Cassin a été 1 C’est d’ici que sont 80 même souche,

a pépinière, rties, comme d’une toutes les branches qui, partout ailleurs, sous tant de formes différentes, ont vu fleurir et fructifier les vertus chrétiennes, portées jusqu’à l’hé.

roïsme dans le sacrifice, la prière, la vie Commune et le travail sanctifié,

La vie religieuse,

érémitique ou cénobitique, est le fruit

direct, indéniable de l'Evangile, Notre-Seigneur la créait en proclamant la grande loi de la perfection :

“ Si vous voulez être parfaits... À

L’hospitalité des monastères est prover.

biale. Chacun a une annexe spécialement affectée à la réception des visiteurs et qui s'appelle lhôtellerie, Le Mont-Cassin

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conserve fidèlement cette tradition qui remonte jusqu’à lui. |

Les appartements que nous occupons sont admirablement disposés pour l’agrément des pèlerins. Du balcon de ma chambre qui surplombe l’abîme la vue embrasse l’immensité.

Le coup d’oeil est merveilleux, et prête au réveil dés plus intéressants souvenirs

historiques depuis saint Benoît jusqu’à nOS jours.

Le religieux mis à notre disposition est un maltais, le R. P. Maur Inguanez. Il avait donc suivi avec un vif intérêt toutes les phases du Congrès. Sa famille du reste est encore à La Vallette, Lui-même ici travaille en vrai bnédictin. Jeune encore il a déjà poussé très loin ses travaux intellectuels, I] s’occupe sous la direction de Dom Gasquet à la révision de la Vulgate. Il a publié sur les écrits des Pèreg des travaux de haute érudition, il est en

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outre professeur d'écriture sainte, et consacre les loisirs qui lui restent à la bibliothèque, qu’il nous a fait visiter en détail durant plusieurs heures,

Ce serait une naïveté de vous dire qu’elle est Considérable par le nombre, et très importante par la valeur des ouvrages qu’elle renferme. Je me suis attardé longuement à considérer la collection des Manuscrits avec leurs enluminures et leurs estampes, Groupés par ordre d’a- Près leur âge et les sujets qu'ils traitent, ils nous font si bien voir sur place ce qu’étaient les copistes, jusqu’à quel point ils étaient Consciencieux dans leur travail

de patience intelligente, et quels immen:ses services ils ont rendus à l’humanité.

On ne connaît rien de l’histoire, quand On ne sait pas quelque chose au moins de celle des monastères; et quand on est Pour quelques heures enfermé dans ces vastes salles où se Conservent.au milieu de

tant de richesses, les Preuves documentai.

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res de l’activité religieuse et bienfaisante des moines durant douze siècles, on se sent pris d’une pitié dédaigneuse Pour ces malheureux dévoyés qui, sans ancêtres et Sans descendance, jettent au vent dans leurs livres ou leurs feuilles éphémères, leurs accusations ineptes contre les ordres religieux, Ceux-ci tiennent au coeur de l’église et sont dans l’ensemble immortels

comme elle-même. Ils traversent les âges

continuant à faire le bien en dépit de tou-

tes les ingratitudes, de toutes les persé- Cucions, que dis-je, en dépit de la logique même de leurs ennemis.

Voyez, ce monastère du Mont-Cassin, a été — combien de fois — pillé, brûlé, dé.

vasté, confisqué et ses moines dispersés.

Aujourd’hui il ne s’appartient point. Par la loi spoliatrice il est propriété de PEtat, les religieux n’y demeurent que par laisser faire, cependant ils y restent, ils y prient, ils y travaillent, ils Sy recrutent, ils y ont leur séminaire et leur collège, bref ils y vivent Comme chez e:1x et comme

DE MALTE 181 nc

si demain ne leur donnait aucune inquié.tude,

C’est ainsi que l’on célèbre actuellement des fêtes splendides, amenant de Partout, des visiteurs de marque ei des Pèlerins Par milliers, pour l'inauguration de Ja crypte qui recouvre la dépouille mortelle de saint Benoit et de sainte Scholastique.

A notre arrivée le R. P, abbé, Dom Gré.

goire Diamare, était absent du Monastère, retenu, nous a-t-on dit, au bureau de sa Chancellerie, car l’abbé du Mont-Cassin a

salle,

Il y avait avec nous, Mgr Caron, le

182 AU CONGRÈS EUCHARISTIQUE a

nouvel archevêque de Gênes qui ne peat prendre possession de son siège, parce que le gouvernement italien lui refuse l’exequatur.

Ce sont des religieux qui font le service et nous apportent absolument les mêmes plats qu’à leurs confrères. C’est abondant, c’est bien apprêté, c’est surtout très propre, mais c’est bien simple et bien frugal. Tous les repas se prennent en grand silence, on y fait du haut d’une tribune la triple lecture de l’Ecriture sainte, de l'Histoire et du Martyrologe ou de l’Imitation de Jésus-Christ,

En tête des religieux, sur ma droite, j'en vois un dont je me demande si les images et les statues de saint Benoit sont faites d’après ce modèle, ou si c'est lui.

même qui a force d’imiter saint Benoit en est venu à lui ressembler à ce point. :

Or c’est précisément Dom Desiré Lenz, l'architecte qui a devisé et fait exécuter les travaux de restauration de la crypte.

Certes ce n’est lui qui le laisse

Pas lui qui nous l’a dit, ni

rait deviner. C’est le plus

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Mont-Cassin, 25 mai 1913.

Les fêtes de l’inauguration coïncidant avec le jubilé constantinien, et se célébrant à cette époque de l’année, la saison la plus favorable pour cette fin, des pèlerinages organisés viennent presque chaque jour des différents points de la contrée. C’est tout à fait pittoresque.

Ce matin, à six heures, par un temps splendide — soleil radieux et température plutôt fraîche — j’écoutais de ma fenêtre le chant des cantiques montant du village, et produisant le plus curieux effet d’acoustique par le fait des détours et des effacements momentanés de la route passant, de ci de là, au pied d’énormes

rochers, ou à l’ séculaires.

très nourrie

ombre de massifs d'arbres C'était comme une musique

avec ses crescendo et ses de.

Créscendo et donnant le plein effet de ses instruments à de rarçs intervalles.

On vient me chercher, “ Venez voir, c’est un Pèlerinage formé de plusieurs

paroisses de Ja campagne napolitaine, cela vous intéressera. ”

En effet, je vais me mettre en observation, en bas du premier des trois parvis entourés de colonnades, qui conduisent à

la basilique Par trois séries de gradins en pierre,

Bientôt débouche a colonne imposante rins, hommes et fe plein gosier. Ils 80 et marchent ainsi heures sans arrêt.

u dernier détour une d’un millier de pèlemmes, qui chantent à nt partis au petit jour depuis quatre ou cinq

Les hommes portent les bannières dé-

ployées, ou de grandes croix de bois avec Christ. Les femmes, — ces italiennes ne veulent rien savoir des modes actuelles, rien n’entrave leur marche, elles ne portent point d’aigrettes, ni d’épingles pour déchirer ou aveugler leurs voisins, — portent le costume national heureusement conservé dans ces contrées. Il est à la fois très voyant et très modeste, Pour coiffure, un châle replié de soie ou de toile selon la richesse de chacune, et disposé d’une façon très élégante. Bon nombre d’entre elles ont apporté les provisions de la journée pour la famille, et le panier sur leur tête complète l’accoutrement.

D’autres ont un bébé dans les bras. Ces gens qui viennent de faire un trajet long, pénible, montant, ne marquent aucune fatigue, ils passent devant nous fièrement en continuant de Chanter, et arrivent ainsi jusqu’aux portes de la basilique.

Là, le spectacle change et devient émouvant. Dès l'entrée ils s’agenouillent, et tels qu’ils sont s’avancent à chaque

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