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de ce qu’on entend partout ailleurs, même dans les milieux que nous fréquentons d'habitude.
J'ai visité souvent des Chartreuses, celle de Grenoble, m'était familière, je suis revenu ici pour renouveler des jouissances qui m’étaient connues.
Je veux revoir à l'entrée de chaque maisonnette cartusienne ce guichet par où l’ermite reçoit sa Pitance, d’où la viande est pour toujours rigoureusement exclue, je veux voir ce lit si simple et si dur, ce prie-Dieu sans peinture et tout usé, ces images de piété si Pauvrement encadrées, ce livre ouvert qui prêche le sacrifice et des vertus déjà si fidèlement pratiquées, le tas de fagots qui brûleront dans la cheminée aux jours trop humides ou trop froids, ce tour ingénieux qui détendra l'esprit par un travail reposant.
Je veux monter, descendre, sortir dans le jardinet et rentrer avec une fleur ou un
petit cailloux en souvenir. Cette petite habitation où réside une âme favorisée de la vocation la plus noble quil y ait, est grande comme un Palais et plus intéressante que le plus riche musée, Les abnégations qui s’y pratiquent et l’orai- Son qui s’y fait traversent d’elles-mêmes les murailles du monastère et se mêlent aux grandes impétrations qui protègent le monde contre les foudres divines. Ici c’est un portique du ciel, on y fait l’apprentissage de la vie des bienheureux. Les Chartreux n’auront qu’à continuer là-haut ce qu’ils ont accompli et goûté dans leur cloître,
Pourquoi n’avons-nous pas de Chartreuse au Canada? J’en exprime mon regret au Révérendissime Père Prieur, Dom Mayaud qui a trop l’air de croire que la chose n’est guère possible, Je lui affirme au Contraire que, dans n’importe quel endroit de la province de Québec, il serait facile de fonder un monastère, que les sujets viendraient en bon nombre et que
212 AU CONGRÈS EUCHARISTIQUE ne NE
le peuple ne serait pas lent à comprendre l'immense bien spirituel qui en résulterait. Quant au climat, l'expérience prouve qu’il n’est pas du tout.un obstacle aux fondations de ce genre. Dom Mayaud est, comme votre serviteur, un ancien élève de Santa Chiara. Il était à la Grande Chartreuse secrétaire de Dom Michel, à, l’époque des expulsions. Il est élu à vie et a autorité sur toutes les maisons de son ordre.
La Grande Chartreuse, ici comme naguère en France, est la bienfaitrice insigne de tout le pays et plus particulièrement des quatre-vingts ou cent familles qui vivent sur les fermes dépendantes du monastère. Cela suffit-il à garantir l’avenir? Ni le Père prieur, ni ses frères ne se posent cette question...
Un détail curieux, c’est que Dom Ma- Yaud, qui d’ailleurs ne porte aucun signe distinctif de sa dignité, ne doit jamais, de son vivant, franchir les limites de son
désert. I] ÿY est don Statuts de son ordre, persécution Pourrait ]’
C stable de par les
seule une nouvelle en éloigner.
nts du dehors qui intéressent l'Eglise. Ils étaient au Congrès
de Malte, non seulement par leurs prières, mais d’une façon effective. C’est ‘un d’eux qui était l’auteur d’un travail ia été lu à la section française et qui avait Pour titre: “ Sainte Marie-Madeleine et les Adorateurs du Très Saint-Sacrement”, C'était très pieux et très documenté, Les nt être discutées, On a remis à plus tard la considération du voeu Proposant que Marie-Madeleine soit présentée aux pieds de Jésus, comme le vrai modèle, le guide sûr, la protectrice tutélaire de toutes les oeuvres d’adoration de Jésus au Très Saint-Sacrement de l’autel et comme leur Patronne très spéciale,
C'était tout de même un trait remar-
214 AU CONGRÈS EUCHARISTIQUE ne quable du Congrès que cette participation immédiate d’un religieux cloîtré.
Ce matin, nous avons assisté, dans les stalles du choeur, à la grand’messe, qui a été chantée par le Père prieur lui-même.
C'est tout ce qu’il y a de plus simple, aucun ornement à l’autel, point d’orgue pour soûtenir le chant très lent et très grave, point de bénédiction par le prêtre à ia fin de la messe. Dans le milieu du sanctuaire descend la corde de la cloche du monastère, chaque religieux la tire à son tour en entrant, ce qui fait que l'office est annoncé par autant de coups de cloche qu’il y a de chartreux présents. L’attitude des religieux debout, appuyés sur la miséricorde, assis au fond de leur stalle ou écrasés par terre, suivant les différen-
tes parties de l’office, leurs livres énormes, leur petite lanterne si discrète, tout devient pour l'étranger objet d’attention curieuse et plus encore sujet d’édification.
Nous quitterons demain au petit jour cette maison bénie,
Lourdes, 24 juin 1913,
J'avais entendu exprimer tant d’opi.
nions diverses sur les effets Produits par la loi inique de Séparation et Par la situa.
tion religieuse actuelle en France que j'ai
voulu m’en former une à moi, après m'être renseigné sur place. Je suis allé chez des religieux dans leurs discrets petits domiciles, chez des évêqu improvisés, chez des presbytères de fortune écoles libres, dirigées pa sécularisées, des Patronages et même des hôpitaux où se trouvent encore des Sœurs, j'ai rencontré nombre de laïques influents, tous Catholiques, bien entendu, mais à des
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degrés et avec des sentiments divers; j’ai observé sur place la vie du prêtre et l’organisation paroissiale, la marche générale
des oeuvres résultant de la rupture du Concordat. J'ai eu l’avantage de rencontrer ainsi des prêtres et des religieux à Nice, à Marseille, à Aix où j'ai été retenu à dîner par le vénérable archevêque Mgr Bonnefoy. En Provence j'ai visité la partie du pays ravagée par le tremblement de terre. J’ai vu à côté des ruines d’une église paroissiale une vaste salle en bois érig. - pour servir temporairement de chapelle. Je suis allé à Charleval chez le curé, l’abbé Boutière, une ancienne connaissance, un ami que j’ai pu voir à l’oeuvre accomplissant au milieu de toutes sortes de difficultés, son ministère paroissial. De même chez ses voisins dans la Campagne, ou chez ses confrères dans les villes d’Aix et d’Arles. A Montpellier j'ai pu causer à loisir avec le cardinal de Cabrières, ce vénérable évêque qui célèbre ses noces de diamant, c’est-à-dire le soixantième anniversaire de son ordina-
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tion Sacerdotale, et qui, expulsé de son Palais, habite un logis quelconque en attendant d’avoir terminé Ja Construction d’un nouvel évêché. J'ai été reçu à dîner chez le curé de la Cathédrale, M. Je chanoine Halle, ancien Condisciple au Séminaire Français. J’ai passé le dimanche Chez un autre Condisciple, Mgr Lazaire, curé à Lodève et dont l'église paroissiale est l’antique Cathédrale de cette ville qui avait été le siège d’un évêché jusqu’à la révolution française, Et j'ai pu assister à tous les offices et voir comment le peuble remplit ses devoirs religieux. Jai Parcouru toutes les classes de ses écoles libres, soutenues uniquement Par la géné.
rosité des catholiques. Entre temps j'ai rencontré des religieux missionnaires, notamment les Pères Fillâtre et Gohier, autrefois de l’Université d'Ottawa, qui prêchent des retraites ici et là, attirant à la réception des Sacremenis, nombre de fidèles qui en étaient éloignés. Ce que j'ai vu et entendu Jusqu'ici je sais que je Continuerai à le voir et à l'entendre à
travers toute la France. Comment formuler de tout ceci une impression d’ensemble ? C’est difficile, il faut nécessairement analyser. Il faut d’abord mettre hors de question l'ennemi, toujours le même, au gouvernement, à la chambre, dans la grande presse, dans de vaste Orga- .
nisations occultes ou publiques et aussi dans la classe des fonctionnaires. Les lois restent les mêmes, on les applique avec incohérence. Le persécution sèche sévit toujours. |
De même je laisse de côté la masse incroyante, indifférente qui ne s'occupe guère de la religion et qui est plutôt hostile quand elle devient agissante. C’est elle surtout qui maintient au pouvoir l'ennemi et l’encourage dans son oeuvre destructive.
Mais je regarde au-dessus de tout cela l'Eglise elle-même, son épiscopat et son clergé, ses fidèles enfants et, à la voir aujourd’hui en France, dans le plein épanouissement de sa vie intime et dans le
déploiement de ses oeuvres admirables, On se dit qu’une fois de plus l’iniquité s’est menti à elle-même, et que la sépara-
tion qui fut un crime, fut en même temps une folie,
Je dois dire d’abord que le fait pour l'Eglise d’avoir repoussé tous les avanta- 8esS matériels et de s'être même laissé voler ses biens et réduire à une Pauvreté extrême plutôt que de sacrifier une parcelle de sa Constitution divine, lui a con-
rement avec le dédain marqué à ceux qui
8e SOut montrés prêts à tout sacrifier sauf l’argent,
En second lieu, en dépit de quelques divergences regrettables et qui ont toujours cette Vilaine
tous autour du père Commun le Pape, Vous ne Voyez aujourd’hui aUCune discus-
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on
sion publique désagréable entre les évéques comme cela s’est fait autrefois au grand détriment de la religion. Les prétres, en très grande généralité, suivent cet exemple comme ils imitent sans murmure l’abnégation de leurs chefs. Si cette union peut descendre un peu plus avant et s'étendre davantage dans les couches populaires de manière à ce que parmi les fidèles comme dans le clergé, l'intérêt religieux supérieur en vienne à dominer les préoccupations politiques, il sera permis de tout espérer.
En attendant la situation s'améliore notablement de jour en jour, elle est le fruit des sacrifices communs; la liberté a succédé à une dépendance humiliante, le denier du culte, un peu lent à prendre pied en beaucoup d’endroits, offre le double avantage de faire participer directement les familles av soutien de la religion, et de maintenir une fraternité édifiante parmi les membres du clergé qui reçoivent des émoluments égaux, pris sur le
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fond commun et distribués par l’évêque.
N'’étant plus un salarié de PEtat, le prêtre
triste, jen ai VU qui avec leurs neuf cents francs doivent Pourvoir à tout : Je loyer du presbytère, leur propre subsistance, l'entretien de l’église, le maintien de lé.
cole libre, les oeuvres Post-scolaires, I] leur faut donc, et à tout instant pel à une générosité qui ne se lasse jamais.
lement tout son temps, il sait que le ministère sacré, tel qu’établi par Notre-Sei.
8neur: la prière Publique, la prédication évangélique, le Catéchisme, ladministra.
tion des Sacrements, la visite des malades, le Soulagement des Pauvres, le soin des
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petits enfants, que tout cela porte en soi une grâce d’état sacerdotal et des bénédictions que rien autre ne saurait remplacer. Sous ce rapport, le clergé paroissial en France est admirable, et on peut affirmer que son travail est fructueux ; non seulement il a empêché la séparation de produire ses effets désastreux, mais encore il a attiré vers l’Eglise et les pratiques religieuses beaucoup d’âÂmes jusque là gisantes dans la torpeur de l’indifférence. Les sacrifices gér<reux et le zèle désintéressé du prêtre sauveront l'Eglise de France.
Il faut dire que le clergé séculier est puissamment aidé par l’apostolat laïque —une spécialité française. — C’est réconfortant de voir à la tête de toutes les organisations religieuses des hommes du monde, des femmes qui donnent au dévouement sacerdotal l’appui d’une activité intelligente descendant jusqu'aux détails du petit catéchisme fait aux enfants de l’école laïque, ou de la distribution de vivres et de vêtenients aux pauvres,
Et puis on aurait tort de croire que les Congrégations religieuses dépouillées, dispersées, mises hors la loi, ont pour cela déserté le Champ d’action que la providence leur avait assigné. Leurs membres se retrouvent partout » Sachant se maintenir dans les limites de la stricte légalité et, Pour le reste, gardant tout ce qu’il peuvent réchapper de leur patrimoine spirituel, on les trouve dans les églises, dans les écoles ou ailleurs, faisant le bien,
donnant au curé et à l’évêque un concours des plus précieux.
La France demeure toujours la fille ainée de l'Eglise, elle est toujours à la tête des nations, elle donne toujours géné.
reusement son or et son Sang, même à l'étranger, Pour la grande cause catholique, elle est toujours le pilier, le point d’appui, le centre de toutes les organisa.
tions qui ont la foi Ou la piété pour objet.
C’est à elle que revient au premier chef l'honneur de ces Congrès eucharistiques internationaux qui' viennent d'atteindre
à Malte un si haut degré de gloire, et dont le premier cycle se refermera en France à Lourdes, dans la célébration du vingtcinquièrre,
I] faut aussi tenir compte, et largement, de l'Association Catholique de la Jeunesse Française, fondée en 1886 par le comte Albert de Mun. Ses membres, qui se Chiffrent par des centaines de mille et sont répartis par toute la France 2n groupes régionaux, forment une véritable Fédération Nationale agissant sous la direction des évêques; la dévotion eucharistique, jointe à une soumission absolue à toutes les directions du Souverain-Pontife, en constitue le lien et la force. La jeunesse catholique française, ainsi enrégimentée dans une organisation prodigieuse qui s’étend tous les jours davantage, a droit à ce que l’on fonde sur elle les plus grands espoirs.
De même convient-il de signaler cet autre symptôme très encourageant de la réaction produite en ces dernières années
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L'habitation d'un Chartreux