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MALTE

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New York, à bord du Venezia, Mercredi soir, 26 mars 1913.

Nous sommes bien arrivés ce matin, à l'heure exacte marquée par l'horaire. A la descente du train, l’abbé Dorais et moi, nous allons directement à la cathédrale Saint-Patrice pour y célébrer la messe.

Cette vaste église, d’un si beau gothique, aux verrières si riches et dont l’ensemble

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respire si bien la piété, sera longtemps, je le crois, la plus belle de l'Amérique. La gracieuseté des messieurs de la cure nous emmène, sans résistance, au presbytère, où nous prenons le déjeuner. Nous allons ensuite présenter nos hommages à Son Eminence le curdinal John Farley, archevêque de New York.

Nous voici maintenant arpentant le pont du Venezia, en attendant l’heure du départ. J'ai fait la connaïssance du Commandant N. Mercantetti. C’est un Corse, marié à une américaine catholique et domicilié à Marseille, Il s’est montré dès l’abord très aimable, sachant joindre à la tenue un peu raide et à la dignité impeccable du capitaine d’un transatlantique, la courtoisie et la bienveillance d’un parfait gentilhomme. Son état-major, Y compris le médecin du bord, semble se modeler sur lui. Nous sommes donc au milieu d’un équipage très aimable. Ayant traversé plusieurs fois l’océan, j’affirme que ceci ne constitue pas du tout une banalité.

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S. E, le Cardinal Ferrata

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Les passagers sont peu nombreux. Il ÿY a une religieuse canadienne-française, mère Columba, originaire de N icolet, ayant son domicile à Rome, à la maisonmère de sa commnuauté dont elle est supérieure-générale. Elle y retourne après avoir fait la visite des m isons de son ordre, dans l’Ouest américain. Elle a Pour Compagnes de voyage une égyptienne née au Caire et franciscaine comme elle, et deux jeunes postulantes irlandaises,

La sirène vient de pousser son cri rauque ; c’est la levée des amarres. Nous sommes partis. Ayant tourné lentement, le vaisseau descend la rivière. Le temps est beau, mais voilà que sur le point de franchir la passe, en pleine rade, il est arrêté par une brume très épaisse, Pourrons-nous sortir du port ce soir ? Heureusement une brise légère est venue dissiper le brouillard. Tout à l’heure, le pilote local, celui qui est chargé de conduire le vaisseau à travers les difficultés

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du voisinage de la terre ferme, et de le

lancer en toute sécurité sur la haute mer, va descendre dans la barque qui l’attend pour le ramener à la ville.

C’est le moment donc de clore cette première lettre qui lui sera confiée pour être mise à la poste, à New York. Tout nous fait espérer un voyage agréable.

Priez avec nous et pour nous, afin que l’archange Raphaël nous accompagne durant la traversée, et que les cieux et l’océan nous soient favorables.

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Naples, 8 avril 1913.

Nous voici bien installés, pour deux ou trois jours de repos, à l’hôtellerie des Soeurs de l’Espérance, Nous Y avons Pour commensal, le R. P. Augier, o. m. i., ancien supérieur-général de sa congrégation, type achevé de distinction ecclésiastique, de modestie et de fine amabilité.

Doc, ici, bon gîte, bonne table, excellente compagnie et, pour célébrer la sainte ‘messe, la chapelle dans le voisinage de nos chambres, C'est l'idéal. Au reste, n’avons-nous pas à rendre au bon Dieu des actions de grâces, pour notre heureuse traversée? Aucun incident

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désagréable, Température très douce, ciel habituellement sans nuages, un peu de vent, assez pour nous rouler, mais sans bourrasque, et surtout sans tempête.

Seulement, c’est long et monotone. Le vol si gracieux des milliers de blanches mouettes qui nous suivent, ne suffit guère Pour la distraction. La vue d’ailleurs assez lointaine des Açores et le passage trop rapide du détroit de Gibraltar font désirer davantage des arrêts qui nous sembleraient tout naturels. Douze ou treize jours en pleine mer ! C’est assez long pour vieillir et j'en ai fait, hélas !

la douloureuse expérience, puisque c’est durant cette quinzaine que jai, à la grande joie des indiscrets, atteint l’âge que lon n’est pas toujours disposé à s'avouer. Oui, j'atteignais soixante ans le 31 mars. Je n’en parlais guère, mais le capitaine le sut. Il commanda un dîner en mon honneur. Il porta ma santé en un petit discours exquis, Il me fallut

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répondre. Tout en me plaignant un peu des bavardages de famille, je dus admettre que j'étais extrêmement sensible à ces délicates attentions dont m’entouraient équipage et Passagers. Je crois vraiment que ce détail, insignifiant par lui-même, n’est pas une chose très ordinaire sur leg grands paquebots. J'ai pu célébrer la messe à bord pour l'anniversaire de mon baptême, La petite chapelle, un des Salons, avait été Pr<parée par la mère supérieure. C’était un dimanche, M. Dorais a pu dire la mvsse après moi. Plusieurs assistants reçurent la communion. Les autres jours, malheureusement, le roulis mit obstacle à nos désirs.

Nous sommes arrivés à Naples ce matin, de bonne heure, par un temps pluvieux et froid. Heureusement que le vaisseau a pu se “endre et aborder à son quai, ce qui nous a épargné les ennuis et les embarras d’une descente dans les fameuses barques napolitaines,

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Les journaux de toutes nuances sont remplis de nouvelles alarmantes au sujet du Saint-Père. Il est mourant ou peu s’en faut. En tout cas, chose certaine, c’est qu’il a eu une rechute inquiétante.

On va même jusqu’à annoncer qu’en vue de l'événement à redouter, le Congrès de Malte a été contremandé et les fêtes constantiniennes suspendues. Nous verrons bien. Dans les égii:es on fait des prières publiques pour le rétablissement de la santé de Pie X. Il y a donc espoir. Il est intéressant tout de même de constater la place immense que le pape occupe dans le monde et dans les préoccupations de tous....

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Naples, 12 avril 1913.

Malgré les beautés du site et de ses

décors, Naples n’a rien Pour nous retenir après trois jours passés à visiter ses Principaux monuments religieux, son musée national et son célèbre palais royal.

La cathédrale Saint-Janvier avec sa crypte où se conserve l’ampoule fameuse, contenant le sang du martyr dont la liqué:faction se produit périodiquement, avec une si étonnante régularité ; l’église de Sainte-Claire aujourd’hui desservie par les Pères Fianciscains, tolérés en petit nombre dans le monastère avoisinant,

celle du Gésu et de Saint-François de Paule, sont au premier rang de celles très nombreuses qui offrent, par leur caractère architectural, leurs richesses artistiques ou les monuments dont elles ont la garde, un très grand intérêt. Leur description est dans tous les guides, et je vous en fais grâce.

Au palais, ancienne résidence des rois de Sicile, où les visiteurs sont accueillis par des laquais en livrée de cour, pleins d’obséquiosité, et qui semblent vouloir rappeler les grands seigneurs d’autrefois, nous avons surtout observé le cachet de piété domestique qui régnait évidemment dans la famille de Ferdinand, et aussi le tact avec lequel on a su conserver tout ce qui en portait l’empreinte. Toutes les décorations y sont de caractère religieux, en même temps que très riches et de très bon goût.

Nous nous sommes attardés davantage à la Chartreuse de Saint-Martin. Il

m'est difficile de rendre en quelques mots l’impression que l’on ressent en parcourant ce cloître monumental que les siècles ont respecté beaucoup plus que les hommes. Il est toujours debout, comme indestructible, avec ses colonnades superbes ses cellules originales, ses vastes salles ; mais il est désert, les religieux en sont bannis depuis longtemps. L'église ellemême, qui dit si haut la piété austère, intelligente, très élevée des moines, dans laquelle on ne se lasse d'admirer, outre les peintures qui ornent la voûte et les murs latéraux, des fculptures de marbres précieux qui sont € véritables dentelles, des boiseries uniques en leur genre, oeuvre de patience non moins que d’habileté artistique, et que seule peut produire une série d’efforts coordonnés par l’obéissance et qui se continuent d’une génération à l’autre, cette église est solitaire et triste. Plusieurs siècles de vie monastique ont passé là et laissé leur empreinte, Maintenant à la place de la silhouette des fils de saint Bruno, glissant doucement dans

le plus éloquent silence sur ces dalles de pierre, au lieu des hymnes religieuses et de l'office divin, c’est le monde profane qui chaque jour envahit cet asile de la prière: le désert s’anime, on visite, on admire, on cause bruyamment, on ne s'étonne même pas du contraste pourtant très frappant et de fort mauvais goût offert soudain au regard, dans quelques salles du monastère, par l'installation d’un musée tout à fait profane, destiné surtout, paraît-il, à glorifier ceux qui ont chassé les moines : on les appelle les libérateurs de la patrie. Mon titre fit ouvrir devant nous une porte qui d’habitude reste fermée devant les voyageurs ordinaires et nous voici, dans l’espèce d'appartement qu’il s’est aménagé dans un coin du monastère, en présence d'nn vénérable Chartreux, en chair et en os, Dom Giustino. Est-ce une apparition ou une relique? pourtant il est bien vivant.

Nous causons avec lui, c’est bien sûr qu’il est là tout seul, sur le désir du gouvernement et par obéissance à son supérieur.

I1 dépend de la Grande Chartreuse. Il a Pour société deux frères lais. 11 maintient les traditions. Il sert d’attrait au public qui ne le voit pas, d'ordinaire, mais qui sait qu’il est là. Puisse-t:il être le gage d’une restauration prochaine de son ordre en Italie.

Nous sommes retournés, cette fois encore, à Pompéi, que nous avons parcouru en tous sens hier par un teips désagréable, sous la pluie. Les fouilles n’ont guère avancé depuis sept ans. Il reste même énormément de travail à faire si ca veut arriver à mettre à jour la ville tout entière, Maïs à quoi bon! on en a découvert suffisamment pour pouvoir étudier sur place et connaître à fond la civilisation romaine et le sens vraiment extraordinaire du confort auquel elle était arrivée. Les réflexions que nous aVOns recueillies au cours du voyage sembleraient indiquer que le gouvernement italien, surtout depuis la guerre de Tri.

poli, trouve d’autres manières plus avantageuses de dépenser son argent.

Il est midi, nous descendons dîner, puis nous partirons pour Rome....

Rome, Collège Canadien, 20 avril 1913.

Ces huit jours que nous venons de passer dans la Ville Eternelle nous ont

permis de prendre part, dès le début, à quelques-unes des fêtes les plus solennelles du jubilé Constantinien. Dimanche dernier, c'était à Saint-Jean de Latran, l’église propre du Pape en sa qualité d’évêque de Rome, la tête et la mère de toutes les églises du monde, Elle se rattache aux premiers triomphes du christianisme par la donation même de Constantin au Pape saint Sylvestre. C’est à côté que se trouve le célèbre Baptistère

qui porte le nom du glorieux empereur. C’est dans cette même basilique, restaurée par son ordre, que Léon XIII avait choisi sa sépulture et fait faire son tombeau.

Comme dans toutes les grandes basiliques majeures, il y a l’autel papal, exclusivement réservé au Souverain-Pontife, à moins qu’il ne cède son droit par des lettres spéciales. C'était le cas pour dimanche. Un bref, autorisant le cardi-

nal Vincent Vannutelli à célébrer à la Confession, était affiché sur une des colonnes du baldaquin qui surmonte l’autel. La cérémonie devait être très solennelle ; aussi avait-elle attiré une foule considérable qui se pressait dans les nefs.

Il y avait dans le choeur de l’abside plus de quarante évêques, venus de toutes les parties du monde. Je me trouvais moimême placé entre un bulgare et un allemand, mon deuxième voisin était un français. C’est toujours la rencontre et le mélange catholiques. Les cardinaux

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de la curie avaient tous été conviés et occupaient les sièges les plus rapprochés de l’autel, formant comme une couronne autour du célébrant. Le choeur ordinaire de la basilique donna en plein chant grégorien les parties spéciales du Graduel, et le reste en grande musique aussi religieuse que possible,

Aujourd’hui, c'était à Saint-Pierre, où l'office était présidé par le cardinal Rampoilla, archiprêtre de la basilique ; ici encore, à l’autel papal, avec le même privilège. La foule était encore plus considérable que dimanche dernier. Les romains affectionnent et fréquentent Saint-Pierre plus que toute autre église, et, durant la semaine un grand nombre de pèlerins sont venus, isolés ou par groupe, des différents pays. Tous nourrissaient l’espoir d’être bientôt admis en présence du pape, dans une audience particulière, ou au moins dans une réception publique, mais jusqu’à ce moment l'attente a été illusoire.

C’est un fait que Pie X est très souffrant. L’inquiétude est générale, elle est d'autant plus grande qu’il semble impossible d’avoir des renseignements bien précis et que le champ reste ouvert à toutes les conjectures. On ne s'en fait pas faute. (Chaque jour, les journaux donnent cours aux rumeurs les plus fantaisistes. J'ai été personnellement rassuré par le cardinal Merry del Val, qui a bien voulu m’accueillir et me dire que le Saint Père avait besoin du repos absolu que lui imposent les médecins, mais qu’on exagère beaucoup sa maladie et que, dans le cours ordinaire des choses, il y a lieu d’espérer son rétablissement assez prochain. Mais les audiences sont impitoyablement suspendues jusqu’à nouvel ordre, et il est à peu près décidé que la cérémonie projetée pour le vingt-cinq mai, fête de la Pentecôte, à Saint-Pierre, et qui devait être présidée par le pape en personne, sera supprimée. Au reste les travaux que l’on fait actuellement dans l’abside, où l’on pose le revêtement de marbre,

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n'auraient pas permis de donner à la fête tout l'éclat désirable.

J’ai donc dû renoncer à solliciter une audience durant ce premier séjour.

Je syis allé, en revanche, faire visite à Son Eminence À: cardinal Dominique Ferrata, nommé légat apostolique pour le Congrès de Malte. I1 m'a reçu avec une extrême bienveillance, Il me dit être très heureux d’avoir une si belle occasion de retourner à Malte où il est allé déjà, il y a six ans, pour le couronnement de la Vierge de Cospicua, et il a fait un grand éloge du peuple maltais et de son clergé.

Le cardinal Ferrata est âgé de soixantesix ans ; il est préfet de la Sainte- Congrégation des Sacrements et, par une nomination toute récente, archiprêtre de Saint-Jean de Latran. Il a été jadis, nonce à Paris. Il doit partir demain pour Malte,

Une autre visite qu’il m'était dé-

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