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se fondit dans le coeur même de Jésus, suivant la belle expression de saint Jean Chrysostôme: Cor Pauli, Cor Jesu; de Paul, qui prêcha l’Evangile en cette île bénie, et, le premier, y offrit la Victime adorable de notre salut.
C'était, en effet, vers l’an 58 de notre ère, suivant les chronologies les plus probables. Le bateau qui portait Paul et son compagnon, -saint Luc, battu pendant quatorze jours par une furieuse tempête, venait se briser sur les écueils de cette île, non sans un dessein pariculier de la divine Providence. Tous les passagers restaient sains et saufs. ÆEt cum evasissemus, tum cognovimus quia Melita insula vocabatur. (1).
Il y trouva vos ancêtres encore païens, mais hospitaliers, courtois, serviables, qualités propres toujours à votre race, et que Dieu récompensa par le don incomparable de la foi. Ici, Paul passa trois mois, prêchant, guérissant les malades, fondant une belle communauté
(1) Act. xxvin, 1.
chrétienne, dont le premier évêque, suivant la tradition, fut Publius, premier citoyen ou ‘“ prince ”” de l’île.
Mais Paul qui, avec la fierté d’un citoyen romain, en avait appelé au tribunal de César, se rendait à Rome pour rendre hommage à Pierre, le chef des apôtres, partager avec lui l'honneur suprême de sceller par le sang les enseignements de Jésus et avec lui prendre possession pour tous les siècles de la Ville Eternelle.
Et aujourd’hui, c’est le successeur de Pierre, notre saint et bien-aimé pontife Pie X, qui, ne pouvant venir en personne, vous envoie son Légat, pour présider en son nom auguste le Congrès eucharistique célébré dans cette île où Paul jeta la semence féconde de vos croyances catholiques et de votre culte pour la sainte Eucharistie.
Rome et Malte, en ce jour fortuné, se donnent, pour ainsi dire, la main ; Rome, la mère de toutes les Eglises; Malte, sa fille de prédilection; toutes deux unies dans la véné-
ration et la reconnaissance pour l’Apôtre des Gentils; toutes deux honorées du privilège d’avoir reçu l’inestimable bienfait de la foi dès l’aurore même du christianisme.
L'’envoyé du Pape n’est pas un inconnu Pour vous, et vous n'êtes pas des inconnus pour lui. Oui, elles sont encore présentes à ma mémoire, les grandioses solennités d'il ya sept ans, lorsque nous vinmes couronner la Vierge immaculée de la Cospicua. Elle dure dans mon coeur, la douce émotion qu'y produisit alors le cordial accueil que je reçus des autorités ecclésiastiques, civiles et militaires, et de tous les chers habitants de cette île. En ce moment, cette émotion de joie et de reconnaissance se réveille plus intense devant les splendides manifestations de sympathie, d’affection et de respect avec lesquelles vous avez reçu le Légat du Pape.
En admirant les rues de cette cité si splendidement ornées, les belles et éloquentes inseriptions, les superbes arcs de triomphe, la joie profonde peinte sur tous les visages, j'ai parfaitement compris votre pensée : après
avoir honoré si solennc'!cment Marie, vous voulez tous, unis da;:5 un seul sentiment de piété et de foi, fai. : .:re plus pour son divin Fils. J'ai clairemer:t conpris que Marie, notre auguste Reine, que vous iavoquez et vénérez avec tant d’ardeur, avait ici préparé les voies à Jésus, en dirigeant vers lui efficacement ve esprits et vos coeurs: Ad J'esum per Mariam.
Ah! soyez bénis, vous, citoyens de Malte, et vous, chers pèlerins de toutes les nations, rassemblés ici pour rendre un hommage, non plus seulement individuel et privé, mais collectif, public et solennel, tel qu’il est dû au Créateur de l’univers, au Roi des rois, au Rédempteur des hommes, qui, par un effet de sa charité infinie, a voulu rester pour toujours au milieu de nous, non relinquam vos orphanos, nous nourrir de sa chair immaculée, nous faire vivre de sa vie divine.
C'est, entre tous, un mystère profond et incompréhensible; mais sa réalité a pour garant la parole claire, catégorique, formelle, d’un Dieu sur le point de mourir: Hoc est
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corpus meum. C’est un mystère d’une hauteur incompréhensible, mysterium fidei, dans lequel sont renfermées et comme versées toutes les richesses de l’amour divin, in quo divitias sui amoris quasi effudit, suivant l’expression du Concile de Trente (2). Mais ce mystère n’est pas contraire à la raison, qui, malgré l’éblouissement de sa splendeur, s'incline et adore, tandis que le coeur, qui a soif de l'infini, en sent l’ardeur mystique, les pures douceurs, les merveilles ineffables.
C’est pour cela que l’Eucharistie fut toujours considérée, à la lumière de l’Ev:-gile et de la tradition, comme le centre de la vie chrétienne, le soleil des intelligences, le trésor et l’âme de l'Eglise. Les Pères, les Docteurs, les liturgies occidentales et orientales, les Conciles redisent sans cesse les louanges de ce très doux sacrement, vers lequel converge tout le culte de l'Eglise, et sans lequel, tout serait froid, sans couleur, sans vie. En fait, c’est ce Pain angélique que nous mangeons tous,
(2) Sess. XII, c. 17.
qui nous unit, qui nous rend frères les uns les autres, qui alimente notre piété, suivant la belle considération de saint Augustin s’écriant dans un saint enthousiasme : ‘‘ O sacrement de piété, Ô signe d'unité, ô lien de charité! Dieu, disait-il encore, dans son infinie puissance, ne pouvait rien faire de plus grand; Dieu, dans son infinie sagesse, ne pouvait inventer un moyen plus excellent pour notre bien; Dieu, dans son infinie bonté, ne pouvait nous donner un trésor plus magnifivue et plus précieux.’
Messieurs, cette doctrine est celle-là même que prêcha saint Paul à vos pères, et que professèrent les premiers chrétiens qui, comme nous, & rèrent, aimèrent et reçurent la sainte Eucharistie. Si, dans les siècles de persécution, le culte eucharistique, pour le soustraire aux profanations des païens, fut couvert des voiles de l’arcane, jamais pourtant les fidèles ne cessèrent de réchauffer leurs coeurs à ce feu divin; ils conservaient les Saintes Espèces, comme le trésor des trésors dans leurs maisons, sur leurs poitrines ; et
souvent, à la veille du martyre, ils passaient leur dernière nuit en adoration devant la Victime trois fois sainte, à laquelle ils allaient bientôt, en versant leur sang, se réunir dans le ciel.
Puis vinrent les siècles de paix et de liberté, l'Eglise catholique n’atténua point son Culte pour la sainte Eucharistie ; mais elle la protégea contre toutes les erreurs. En son honneur, elle édifia des temples et des autels, elle inspira et suréleva par elle les arts et les lettres, elle étendit dans la vie sociale le règne de la bonté et de la douceur des moeurs, surtout elle raffermit par elle le courage de ses fils dans les tribulations et les difficultés de la vie, en imprimant dans leurs âmes l’énergie du sacrifice, de l’héroïsme pour toutes les oeuvres ardues, généreuses, magnanimes.
Comme l’a fait l'historien Taine, demandez au missionnaire qui, jeune encore, abandonne patrie, famille, espérances, pour aller évangéliser des sauvages qui peut-être lui réservent la mort ; demandez aux Soeurs de Cha-
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rité, attachées aux lits des malades et des mou- |. rants dans la tristesse des hôpitaux, ou expo- F0 sées à la mort sur les champs de bataille ; 1! demandez à toutes ces créatures célestes qui passent leurs jours à soigner les vieillards, les cancéreux, les lépreux, les pestiférés; demandez-leur où ils puisent le courage de vaincre les répugnances de la nature, et tous, sans s'être préalablement entendus, vous montreront le tabernacle et la table eucharistique ; tous vous diront que quand Jésus est descendu dans leur poitrine en se donnant tout entier à eux, ils sentent l’impérieux besoin de se donner entièrement à leurs frères, aux pauvres, aux infirmes, aux malheureux. de tout genre.
Mais je ne continuerai pas à énumérer les | AE gloires et les bienfaits immenses de l’Eucha- : ristie : ce sera la mission des éminents ora- | teurs que vous aurez le bonheur d’entendre | dans nos assemblées.
Pour votre consolation et la mienne, je ne veux plus parler que d’un seul fait qui se réalise de nos jours dans la grande famille
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catholique; je veux dire ce magnifique et Progressif accroissement de la piété et du culte envers le Saint-Sacrement qui se répand comme un souffle rafraïîchissant de vie sur toute la surface de la terre. On ne peut le nier: la seconde moitié du dernier siècle et le début de celui-ci, après avoir vu disparaître entièrement les théories glaciales du jansénisme,se distinguent par une affirmation plus solennelle et plus pratique de la présence réel. le de Jésus au Saint-Sacrement, et par une conviction plus répandue et plus profonde de la nécessité de s’approcher fréquemment de la Sainte Table, source inépuisable de notre force au milieu de l’atmosphère de péché qui nous entoure.
Cette augmentation de piété et de dévotion paraît bien préluder à une époque plus prospère pour l'Eglise, comme disait le Saint-Père dans une lettre à Mgr l’évêque de Pavie (3); c’est une heureuse .ésipiscence des principes nets
(3) Lettre à l’évêque de Pavie, 12 septembre 1912, (Acta ap. Sedis., No 18).
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erronés et des funestes tendances du siècle.
L'erreur qui domine la société moderne et qui la pousse vers la décadence et la barbarie, c’est le naturalisme. Comme l’a bien décrit le Concile du Vatican, le naturalisme concentre tous ses efforts pour chasser Jésus-Christ, notre unique Sauveur, des intelligences, des moeurs, des lois, des institutions, bref, de toute la vie sociale, et Pour mettre à sa place la pure raison et Ja pure nature. De là la libre-pensée et la libre morale, le froid égoïsme, la passion avide du plaisir et l'expulsion de tout noble et saint idéal; de là l’abaissement de l’âme immortelle vers la matière brute. -
Or, l’Eucharistie s'oppose puissamment à cette erreur et à ses funestes conséquences.
Elle élève et ennoblit les esprits, purifie les coeurs, inspire les actions grandes et généreuses ; elle couvre les purs horizons du royaume surnaturel, nous fait aimer nos frères, ROUS arrache aux choses matérielles et caduques pour nous attacher aux beautés spiri.
tuelles et éternelles.
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