‹ Au couchant de la monarchieChapitre 10 sur 148 · I. Souvtnirt de Moreau · texte numérisé non relu

I. Souvtnirt de Moreau

3. Lettres des i6 join et i6 jutUet 1774* Correspondance f ubliée par d*Ameth.

rapidement place à Tinquiétude contraire. Non que le trône ait modifié les sentiments et les goûts de Marie-Antoinette. Elle restera toujours, de cœur, éloignée de la politique, étrangère à lesprit d'intrigue. Mais son entourage familier ne lui permettra pas longtemps cette abstention prudente. Ses amis et ses favorites la jetteront dans la lutte, exploiteront sa facilité, pousseront son indolence à travailler, non pour elle, mais pour eux. Ni la France, ni le Roi, ni Marie-Antoinette elle-même n'auront à s'en féliciter * !

Après la Reine, la plus grande influence auprès du nouveau Roi semblait devoir être celle de ses tantes, i< Mesdames tantes », comme on les appelait, les filles non mariées de Louis XV. En 1774, quatre d'enlre elles sur\ivaient à leur père : Mesdames \délaïdc. Victoire et Sophie, demeurées à la Cour, et Madame Louise, cloîtrée chez les Carmélites de Saint-Denis. Ces vieilles fdles, toujours tenues à l'écart des aflaires, reléguées à dessein dans le cercle restreint d'un entourage inepte et les puérilités d'une étroite bigoterie, unissaient, a-t-on dit, c aux sévé-

I. « Reste à savoir, écrit le prince Xavier de Saxe, si la Reine aura du crédit et de Tinfluence dans les affaires. Si cela arrive, je n'en angnre pas bien, car elle est fort légère et toute antrichienne... Elle est si volage et si enfant qu'elle ne suit aucun système. » Lettres des 9 juin et i5 juiUet 1774. Archives de TAube.

S'a au couchant DE LA MONARCHIE.

rîtes de l*âge toutes les aigreurs du célibat * ». La plus active, la plus intelligente des quatre était Tainée, Madame Adélaïde. Elle avait eu, dans sa première jeunesse, des traits nobles et réguliers, mais les années avaient de bonne heure fait leur œuvre. C'était maintenant une grande femme sèche, au nez coupant, au regard impérieux, à la voix dure, au parler bref, aux manières brusques et cassantes. Vertueuse d'ailleurs, malgré les bruits affreux répandus jadis sur son compte, mais sans douceur et sans bonté, orgueilleuse de son rang, implacable sur l'étiquette, pétrie de préjugés, autoritaire et tracassière. Après la mort du Dauphin et de la Dauphine, elle s'était occupée, avec un certain zèle, de ses neveux orphelins, spécialement du futur Louis XVI ; aussi ce dernier montrait-il, pour celle qui avait € caressé sa solitaire enfance 9, une gratitude mélangée de respect, d'affection et de crainte.

Mesdames Victoire et Sophie, créatures effacées, subissaient passivement l'ascendant de leur sœur aînée. La première avait été belle; elle restait encore agréable, avec quelque douceur dans les yeux et dans le sourire ; d'ailleurs l'incapacité même, sans instruction, sans volonté, menant avec résignation une existence végétative. Madame Sophie, d'une rare laideur, timide et gauche jusqu'à l'infirmité, l'air « triste et

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