‹ Au couchant de la monarchieChapitre 113 sur 148 · I. Mémoires do Besenval, t. II · texte numérisé non relu

I. Mémoires do Besenval, t. II

qui n'existera dorénavant que pour lui en témoigner sa reconnaissance et lui prouver son zMc !» La Reine parla de même, toutefois avec moins de chaleur : « J'ai reconnu, dit-elle, que j'étais dans l'erreur au sujet des sentiments de M. de Maurepas. Je vous déclare que je suis contente de lui. » Le Roi, ra importe l'abbé de Véri, < courut alors à elle pour l'embrasser, en serrant d'une de ses mains celle de M. de Maurepas. La Reine, se soulevant de son canapé pour répondre aux caresses du Roi, laissa tomber sa coiffure, que M. de Maurepas se trouva à portée de relever, tandis qu'il se baissait pour baiser la main du Roi. Tout cela produisit un mélange d'attendris- 5ement et de gaité*. »

Un accommodement analogue eut lieu entre Maurepas et la comtesse de Polignac, qui, jusqu'alors plutôt méfiante à l'égard du vieil homme d'État, fit soudain volte-face et prôna ses mérites avec une telle ardeur, que quelques personnes de la Cour en conçurent des soupçons : ci J'ai découvert et fait voir à la Reine, mande l'ambassadeur autrichien*, que la comtesse 4e Polignac était manifestement gagnée et conduite par le comte de Maurepas. Mes preuves à cet égard ont acquis le plus grand degré d'évidence à la suite des propos que la comtesse a hasardé d'insinuer, pour persuader la Reine qu'il serait de son

t. Journal inédit de Tabbc de Véri.

a. Lettre du i3 nTril 1776. Corresj». publiée par d'Arncth.

intérêt de déterminer le Roi à nommer le comte de Maurepas premier ministre ». Mercy revient, à quelques jours de là, sur les rapports « plus que suspects » établis secrètement entre la favorite et le conseiller de Louis XVI, ainsi que sur l'utilité de mettre la souveraine en garde contre l'union de ces deux puissants ]>orsonnages. Peine perdue ; la coalition a désormais un chef; elle marche vers un but précis, dont nul ne parle ouvertement, mais que chacun poursuit dans l'ombre : le renversement de Turgot, la destruction de ses réformes.

Certaines imprudences du ministre, qu'on ne peut passer sous silence, servirent singulièrement les projets de ses adversaires. Rude avec ses contradicteurs comme nous le connaissons, il avait des faiblesses pour ceux qui flattaient ses idées et se proclamaient ses disciples. Sa droiture, sa candeur, l'ardeur même de ses convictions, l'entraînèrent ainsi plus d'une fois à protéger des hommes qui méritaient peu sa confiance. De cette crédulité fâcheuse, il me serait aisé de multiplier les exemples ; je n'en rapporterai qu'un seul, caractéristique, il est vrai, par l'importance du personnage et par le tort que fit cette aventure au prestige de Turgot. Je veux parler de Jean Devaines ', type curieux de cette race de gens

I. Gonsalter sur DevaiDes l'intéressante notice de M. Frédéric Masson : Un académicien, de Van XI, Revue hebdomadaire da 37 octobre 1906.

LOUIS XVI ET TUnGOT. 313

qui, partis de plus ou moins bas, prétendent arriver A tout prix et s'accrochent, pour s'élever, à ceux dont leur instinct subtil a su deviner la fortune. Futil vraiment a fils de laquais », comme l'ont écrit quelques mémorialistes? Une ombre plane sur sa naissance et sur ses débuts dans la vie. Toujours estil qu'il marcha d'un pas leste, tour à tour secrétaire d'un intendant de province, puis d'un riche fermier général, ensuite rédacteur officieux des gazettes du duc de Clîoiseul, se glissant par cette voie dans l'intimité de Diderot, de Suard, de Morellet, des chefs do l'Encyclopédie, enfin directeur des domaines à Limoges, où Turgot était intendant. 11 semble avoir, l'un des premiers, pressenti les hautes destinées de son voisin de résidence. Dans tous les cas, il s'appliqua des lors, avec un plein succès, à gagner le cœur du grand homme, épousant toutes ses théories, entrant dans toutes ses vues et se pliant à tous ses goûts. Plusieurs années durant, le parvenu vaniteux et épris de luxe, insolent avec ses égaux et familier avec les grands, dont nous ont laissé le portrait ceux qui l'ont rencontré plus tard au temps de sa prospérité*, prend la figure d'un philosophe austère, détaché des biens de ce monde, ennemi et dédaigneux du faste. « Point de jeu, point de valet de chambre, en un mot la plus grande simplicité, c'est-à-dire au ton

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