I. Lettre de Mcrcy-Argenteou du 38 juin
moins d'esprit, des mêmes instincts que son époux. Tous deux d'ailleurs s'entendaient à merveille et formaient un couple assorti, que l'on ménageait par prudence et qu'on n'estimait guère. « Nous vivons fort bien avec Monsieur et Madame, au moins en apparence, écrivait Marie-Antoinette*. Notre pli est pris; nous serons toujours sans division ni confiance. »
Le Comte d'Artois, le plus jeune des trois frères, était fort différent des autres. De tournure leste et dégagée, aisé dans ses manières, il aurait eu un visage agréable, n'était une bouche toujours ouverte, qui donnait à ses traits une expression peu spirituelle. Une intarissable faconde et un imperturbable aplomb semblaient, à première vue, démentir cette physionomie. Son amabilité légère, sa constante gaité, son audace, lui valaient de bonne heure du succès près des femmes. Mais ces frivoles mérites cachaient mal l'âme la plus médiocre, le jugement le plus faux, l'intelligence la plus bornée et la plus profonde ignorance. Passionné de plaisir et peu difficile dans ses choix, il défrayait par de fréquents scandales la chronique de la Cour, sans chercher même à sauver l'apparence au regard de sa femme, laquelle d'ailleurs, « nulle et désagréable en tout, ne comptait ni en bien ni en mal* ». On eût par-