‹ Au couchant de la monarchieChapitre 27 sur 148 · Chronique secrète de l'obbé BaudcQU · texte numérisé non relu

Chronique secrète de l'obbé BaudcQU

68 AL' COl'CHANT DE LA MONARCHIE.

général. Maurepas joue un jeu plus obscur; sans doute soulienl-il son parent, mais mollement et sans conviction, soit qu'il éprouve, comme on Ta dit, un peu de jalousie méfiante à Tégard d'un collègue ambitieux et hardi, soit plutôt que, jugeant sa perte inévitable, il redoute d'user son crédit en faveur d'une cause sans espoir. Dans ce conflit, Louis XVI flotte d*un parti à l'autre, s'emporte par moments et ne sait que résoudre. Le Journal de Véri le met en scène avec Maurepas, écoutant d'un air dépité l'éloge que ce dernier lui fait de son neveu, et criant soudain brutalement, en frappant du poing sur la table : c Eh ! je le sais, qu'il fait bien, et c'est ce qui me fâche!... Mais la porte par laquelle il est entré!... Et les troubles que sa haine* a occasionnés! i> Maurepas souriait à cette sortie et n'insistait pas davantage.

Ce fut le duc lui-même qui, informé, par les soins de Maurepas sans doute, du coup suspendu sur sa lètc, voulut, en homme d'esprit, précipiter le dénouement. Le 2 juin, Moreau, son ami, se présentait de bon matin à l'hôtel d'Aiguillon et trouvait porte close. Il forçait la consigne et voyait d'Aiguillon tout seul : « Je crains, lui disait-il, que vous ne soyez occupé aujourd'hui; je reviendrai demain, si vous voulez, et nous travaillerons. — Ni aujourd'hui, ni demain, répliquait le duc en souriant, je ne suis plus

t. Allusion aux luttes de d'Aig'uillon contre La Ghalotaîsi.

LOUIS XVI ET Tunr.OT. 69

de ce inonde. » Sur quoi, il lui confiait qu'il comptait le jour même donner sa démission, ce ayant été averti qu*on la désirait » *. Dans Taprès-dîner, en effet, il se rendait au conseil et déposait entre les mains du Roi son double portefeuille.

Cette chute, plus ou moins volontaire, consacrait aux yeux du public le triomphe de la Reine. C'était dans tous les cas, comme écrit Mercy-Argenteau, « une grande preuve de son crédit ». Quelques personnes regrettèrent cependant qu'elle en eût fait l'essai au profit d'une rancune et que son début politique eût eu pour objectif un acte de vengeance. Elle eut du moins, pour le moment, le mérite de s'en tenir là, et elle n'exigea pas que l'exil suivît le renvoi, comme il était alors d'usage. D'Aiguillon conserva sa charge de capitaine de cheVau-légers el put reparaître à la Cour, « chose rare », dit le duc de Croy, et dont on fit honneur à Marie-Antoinette. 11 est triste d'avoir h dire que celle mesure d'indulgence relative tourna au détriment de celle qui l'avait inspirée. D'Aiguillon, en effet, oublia la modération pour ne retenir que l'offense. II établit sa demeure à Paris, y vécut aigri, mécontent, entouré d'une « cabale », d'une clientèle de gens obscurs qui le reconnaissaient pour chef et prenaient chez lui le mot d'ordre. Ce fut, dit-on, le centre des premières attaques qui assaillirent la répu-

Page 1