I. Souvenir» de Morenu
TO Af COUCIIAXT DK LA MONARCHIE.
talion (le In Uclno. De là parlirenl les mots piquanls et les anecdotes scandaloiises, les libelles, les vers, les chansons, tout l'arsenal des l rails empoisonnés qui, dirigés contre la femme, atteignaient aussi la souveraine, ébranlaient graduellement le prestige de la royauté. Nous verrons bientàt d'\iguillon trouver, pour celle Iriste besogne, des auxiliaires inattendus jusque sur les marches du Irnne.
Les choses avaient marché si vile, que d'Aiguillon élail parli avant qu'on eût eu le loisir de pourvoir à sa succession. Berlin, selon Thahilude établie, lit Tinli'rim les premiers jours. Le bruit courut même un instant qu'il garderait le portefeuille des Affaires élrang^ros, et Ton rappelait déjà Tun des mots de (]hoiseul : « C'est un l)on petit homme, fort honnête, disait un ami de Berlin. — Oui, répliquait Choiseul, c'esl du vin à deux sous qui n'est pas frelaté. » Il fallut attendre au 3 juin pour connaître les titulaires des deux départements vacants; les noms publiés à celte date, pour n'être pas de» ceux que prononçaient d'avance les gens bien informés, faisaient pourtant heureusement augurer de la sagacité royale.
Le comte du Muy, gouverneur de la Flandre*, qui fut créé ministre de la Guerre, avait été le
I. n fut fait maréchal de Fronce quelques mois après son entrée au roinistôre.
mcnin du Dauphin, père de Louis XVI, et les noies posthumes de ce prince l'honoraient d'une mention spécialement chaleureuse. Bon militaire, encore que peu gâté par la Fortune sur les champs de bataille, c'était un homme probe et loyal, vertueux jusqu'à l'austérité, dévot jusqu'à la bigoterie, remplaçant par la fermeté, la conscience et l'application ce qui pouvait manquer du côté de l'esprit. Louis XV, qui i'eslimait, lui avait jadis proposé une place de secrétaire d'État, que du Muy avait refusée, par une lettre qui lit grand bruit, alléguant son humeur sauvage et son ignorance de la Cour : « A mon âge, terminait-il, on ne change point sa manière de vivre. Mon caractère inflexible transformerait bientôt en blâme et en haine ce cri favorable dont Votre Majesté a la bonté de s'apercevoir. On me ferait perdre ses bonnes grâces, et j'en serais inconsolable. » Ces objections tombèrent à l'appel de Louis XVL II consentit à se charger d'une besogne épineuse, et, si une mort prématurée n'eût arrêté brusquement sa carrière, il est à croire qu'il eût déployé les talents d'un administrateur habile, sage sans génie et utile sans éclat.
Plus important par la durée comme par l'étendue des ser\'iccs fut le ministère de Vergennes, auquel échut le portefeuille des Affaires étrangères; nous retrouverons son nom en bien des pages de celle
histoire. Fils d'un magistrat dijonnais*, Charles (ira>ier, comte de Vergennes, comptait, lorsqu*il arriva au pouvoir, trente-quatre ans de diplomatie. M. de Ghavigny, son parent, réputé sous Louis X\ par le succès de ses différentes ambassades, l'avait formé de bonne heure à la politique^ avait essayé ses talents en plusieurs missions délicates, à Lisbonne, à Trêves, à Hanovre. Partout Télève avait fait honneur à son maître, et nul ne s'étonna de le voir nommer par le Roi, à Tâge de trente-huit ans, ambassadeur à Conslantinople, en remplacement de Des iVlleurs. Il resta treize ans dans ce poste, en des circonstances difliciles, où il fit preuve d'adresse, de clairvoyance et de courage. Quelle fut plus tard, en l'an 1768, la véritable cause de sa querelle avec Choiseul, ministre des Affaires étrangères, c'est une question qui demeure incertaine*; le prétexte fut son mariage et
I. M. de Vergennes uaqait eu 1717, à Dijon, d'un président à mortier du parlement de cette yille.
a. Voici la version que donne, dans ses Mémoires inédits, le comte Gui|^ard de Saint-Priest, qui remplaç;a Vergennes à Constantinople. « Le duc de Choiseul, raconte-t-il, me manda un jour à Versailles, me parla de Constantinople et m*ofiFrit le poste à rimproviste : « Nous avons là, dit le ministre, M. de » Vergennes, dont les dépêches ne sont que des amplifications de » rhétorique. 11 nous faut un ambassadeur qui ait plus d'activité, » et nous pensons à vous... » M. de Vergennes, ajoute Saint-Priest, remplissait cette place depuis treize ans, et, malgré le mépris que le ministre m*avait montré pour ses dépèches, j'y eus recours et les lus en entier. Il faut être juste, cet ambassadeur était en effet un peu phrasier (sic), mais ses arguments, qui avaient déplu au duc <le Choiseul, étaient cependant tr^s
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le prclondu discivdit que celle union jelaît sur l'envoyé du Roi.
Le mariage du comte de Vergennes fut la source de tant d'attaques dirigées contre lui, au début de son ministère, qu'il est bon d'éclaircir ce qui, parmi tant de versions, parait être la vérilé. Les bruits répandus à Versailles représentaient la comtesse de Vergennes comme une vile créature, longtemps courtisane do métier, et ramassée par son amant dans les bouges de Stamboul pour en faire une ambassadrice. En fait, elle était fdie d'un «( artisan savoyard, nommé Vivier » et veuve d'un chirurgien du quartier de Péra*. Fort jolie, fort coquette, elle avait inspiré une passion violente au diplomate quadragénaire; une liaison s'était établie, dont étaient résultés deux fils; quelques années plus tard, im mariage en due forme avait régularisé les choses. D'ailleurs intelligente, réservée et de bonne tenue, la comtesse de Vergennes avait justifié depuis lors la confiance de celui dont elle portait le nom. Rien, semble-t-il,
fondés. > M. de Saiiit-Priest explique ensuite que le dissentiment consistait en ce que Ghoiseul, fort monté contre la grande Catherine, voulait pousser la Porte à faire la guerre f\ In Russie, tandis que Vergennes y montrait de la répugnance, en alléguant • la faiblesse et Tineptie militaires » du gouvernement Ottoman, d'où résulterait, disait-il, le prompt écrasement de la Turquie et un surcroît de puissance pour la Russie. Ghoiseul ne pardonna pas à Vergennes d^avoir refusé de se prêter ù ses vues politiques. — Mémoires inédits du comte de Saint- Priest.